‹ Histoire du second empireChapitre 98 sur 176 · ANGOISSES DE M. DE CAVOCR. A · texte numérisé non relu

ANGOISSES DE M. DE CAVOCR. A

> lanuer aussi gratuitement les intérêts! Qui pourrait » montrer les éléments, si menus qu'on le veuille, de ces » accusations générales que la malveillance invente, que »la crédulité colporte et que la sottise accepte!» La note officielle ajoutait qu il était impossible à un homme de bon sens de croire à la guerre, en présence des faits les plus propres à «rassurer les esprits sincères et à faire » justice des allégations des hommes intéressés à jeter du » doute sur les pensées les plus loyales, et des nuages » sur les situations les plus claires » .

Les torys avaient remplacé les wighs au pouvoir en Angleterre ; lllalie ne perdait pas grand'chose au change* Lord Palmerston ne montrait plus, depuis quelque temps, que de l'aigreur au Piémont ; lord Derby se tint sur la réserve. Le commerce de Gênes était si convaincu pourtant de l'hostilité de l'Angleterre, qu'au mois de mars 1859 ou n'aurait pas trouvé un armateur capable de fréter un navire à destination pour Liverpool. Le bruit d'un congrès commençait à circuler et à défrayer les conv^'satious à Turin; M. de Cavour n'y voulait pas croire. Un de ses amis, se rendant chez lui, trouva dans le vestibule son valet de chambre qui lisait les journaux : «Eh bien^ lui dit-il, nous avons la paix. — Ah ! pour cela non, répondit le valet; les gazettes ne savent pas ce qu'elles disent, M. le comte est trop content. » La paix, en effet, c'était la ruine du Piémont, il lui fallait la guerre à tout prix, et M. de Cavour tremblait de perdre Tocca- Mon de l'engager. « Nous avons été amenés peu à peu à » entreprendre une œuvre pleine de gloire et de justice, » mais excessivement périlleuse. Nous n'avons pas assez ^ tenu compte de l'égoïsme développé dans les sociétés

» modernes par les inlérèts matériels. Malgré cet obsta- » cle, j'espère que nous réussirons. L'Italie est mûre : » l'expérience acquise en 18&8 a porté ses fruits. Il n'y » a plus ni Guelfes ni Gibelins. Sauf quelques exceptions » insignifiantes, des Alpes à l'Adriatique il n'y a qu'un » drapeau : celui de Victor-Emmanuel (1). »

Napoléon m, toujours incertain et irrésolu, influencé tantôt par le prince Napoléon, tantôt par l'Impératrice, mettant dans la balance les avantages et les inconvénients de cette guerre au point de vue de ses intérêts dynastie ques, et ne sachant quel plateau l'emportait décidément, passait à chaque instant d'une résolution à l'autre. La crainte d'allumer un incendie général Tavait longtemps empêché d'aborder résolument la question italienne. La Russie pouvait seule par son appui permettre à la guerre de garder un caractère local. Il devint bientôt certain que la Russie se prêterait à toutes les combinaisons pour amener ce résultat. L'Angleterre inquiète envoya lord Cowley à Vienne, avec la mission difficile de trouver un arrangement de nature à empêcher une rupture entre r Autriche et le Piémont, par conséquent entre l'Autriche et la France. Évacuation des États romains parles troupes françaises et autrichiennes; renonciation, par l'Autriche, aux traités signés avec les princes italiens et à l'occupation de leurs États; préparation des réformes sollicitées parles peuples italiens, tels étaieiit les points sur lesquels portaient les négociations des diplomates anglais. L'Autriche demanda si ces concessions lui assureraient la garantie de ses possessions en Italie. L'Angleterre s'adressa

(i) Lellre écrilc par M* de Cavour à M. Wé de la RiVe^ 20 man 1850.

NOTE DU MONITEUR. àZI

tout de suite à la Sardaigne pour recevoir des éclaircissements à ce sujet. La réponse de M. de Cavour ne laissa guère d'illusion à T Autriche; elle déclarait que les dangers d'une guerre ou d'une révolution ne pouvaient être conjurés momentanément que par la création d'un gouvernement national séparé pour la Lombardie et pour la Yénétie, la cessation de l'occupation des Komagnes, la reconnaissance du principe de non-intervention, rétablissement, à Modène et à Parme, d'institutions analogues à celles du Piémont, le rétablissement de la constitution en Toscane. M. de Cavour terminait ainsi : « Puisse TAn- > gleterre obtenir la réalisation de ces conditions! L'Italie » soulagée et pacifiée la bénira, et la Sardaigne, qui a tant » de fois invoqué son concours et son aide en faveur de » ses concitoyens malheureux, lui vouera une reconnais- » sance impérissable. »

L'Angleterre ne pouvait plus se faire illusion sur le succès de la mission de lord Cowley. La guerre était iminioente. La presse anglaise accusait le gouvernement impérial de se livrer à des armements considérables et d'entretenir Teffervescence des esprits en Italie. Le 310niieur du 5 mars 1859 publia une note en réponse à ces accusations :

« L'Empereur n*a rien à cacher, rien à désavouer, soit dans ses préoccupations, soit dans ses alliances. L'intérêt français domine sa politique et justifie sa vigilance.

> En face des inquiétudes mal fondées, nous aimons à le croire, qui ont ému le Piémont, FEmpereur a promis au roi de Sardaigne de le défendre contre tout acte agressif de rAutriche, il n*a promis rien de plus, et Ton sait qu'il tiendra parole.

» Est-ce là des rêves de guerre ? Depuis quand n'est-il plus conforme aux régies de la prudence de prévoir les difficultés plus ou moins prochaines et d'en peser les conséquences?

s NoQ8 venons d'indiquer ce qu'il y a de réel dans les pensées, dan

les devoirs et dans les dispositions de J*Empereur ; tout ce que les ewgérations de la presse y ont ajouté est imagination, mensonge et délire.^

Lord Cowley cherchait toujours à Vienne la possibilité d'un arrarigeraent. Le princQ Gortschakoff invoqua le vœu exprimé par les plénipotentiaires du Congrès de Paris que les États entre lesquels s'élèverait un dissentiment sérieux, acceptassent la médiation d'une puissance amie avant d'en venir aux armes. Il proposait un congrès. Les cabinets de Paris, de Londres et de Berlin l'acceptèrent. Le Piémont qui en était exclu protesta.

L'Autriche, le 22 mars 1859, consentit k se rendre.au congrès, à la condition qu'il y aurait désarmement préalable de la part du Piémont. L'Angleterre insistait auprès de Napoléon III pour qu'il engageât le Piémont à se résigner à cette condition. Napoléon III consentit à prêter ses bons offices pour amener le désarmement, à condition que le Piémont et tous les autres Ëtats italiens feraient partie du congrès.

L'Angleterre demanda dans la note suivante, qui fut le dernier acte de l'espèce de médiation qu'elle avait tentée :

< 4° Qu'on effectuerait au préalable un désarmement général et simultané ;

) 2° Que ce désarmement serait réglé par une commission militaire indépendante du congrès, et composée de six commissaires, un pour chacune des cinq puissances, le Fixième pour la Sardaigne ;

> 3<* Qu'aussitôt cette commission réunie, le congrès procéderait i la discussion des questions politiques ;

» i** Que les représentants des Ëtats italiens seraient invités, parle congrès, à siéger avec les représentants des cinq grandes puissances, absolument comme à Laybach. »

Le désarmement du Piémont n'était pas facile. Comment renvoyer dans leurs foyers ces volontaires réunis de tous les points. de l'Italie pour tenter un suprême

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