‹ Histoire du second empireChapitre 99 sur 176 · ULTIMATUM DE L'AUTRICHE. \Z · texte numérisé non relu

ULTIMATUM DE L'AUTRICHE. \Z

effort? La France, la Russie et l'Angleterre pensaient que le Piémont serait bien obligé de se résigner devant leur accord.

M. de Cavour, informé vers la fin du mois de mars 1859 qu'un cbangement contraire à l'Italie s'opérait dans l'esprit de Napoléon III, accourut à Paris. Sa première entrevue avec l'Empereur laissa le ministre italien convaincu qu'il ne pouvait plus compter sur son ancien allié, et qu'il ne lui restait qu'à faire un suprême appel aux forces révolutionnaires de Tltalie. Le baron Hiibner, instruit des progrès du parti de la paix, presque certain delabandon de la Sardaigne par Napoléon III, pressait M. de Buol de le prendre sur un ton plus haut avec le cabinet de Turin. Le langage de l'Autriche ne tarda pas à prouver que ces conseils étaient écoutés.

L'Empereur, toujours en proie aux incertitudes de son caractère et de sa position, abandonna cependant bientôt ses intentions pacifiques sur les instantes sollicitations de son cousin le prince Napoléon, et bientôt M. de Cavour put repartir pour Turin avec la certitude d'une prochaine déclaration de guerre à l'Autriche, tandis que le baron Hiibner, plus que jamais convaincu de l'inutilité du voyage de son adversaire, rassurait de plus en plus son gouvernement; le cabinet de Vienne redoubla donc d'insolence envers le Piémont. M. de Cavour laissa TAutriche s'engager dans cette voie jusqu'au moment où elle lança son ultimatum qui équivalait à une déclaration de guerre :

c Le gouvernement impérial. Votre Excellence le sait, s'est empressé d'accéder à la proposition du cabinet de Saint-Pétersbourg de réunir un congrès des cinq puissances, pour chercher à aplanir les complications survenues en Italie.

hàO L'EMPIRE.

1 Convaiocus, toutefois, de rimpossibîlité d*entamer avec des chances de succès des délibérations pacifiques, en présence du bruit des armes et des préparatifs de guerre poursuivis dans un pays limitrophe, nous avons demandé la mise sur pied de paix de Tarmée sarde, et le licenciement des corps francs ou volontaires italiens, préalablement à la réunion du congrès.

» Le gouvernement de Sa Majesté Britannique trouva cette condition si juste et si conforme aux exigences de ia situation^ qu'il n*hésita pas i se Tapproprier, en se déclarant prêt à insister, conjointement avec la France, sur le désarmement immédiat de la Sardaigne, et à lui oITiir, en retour, contre toute attaque de notre part, une garantie collective à laquelle, cela s'entend, l'Autriche aurait fait honneur.

» Le cabinet de Turin paraît n'avoir répondu que par un refus catégorique à l'invitation démettre son armée sur pied de paix, et d'accepter la garantie coUeclive qui lui était offerte.

> Ce refus nous inspire des regrets d'autant plus profonds que, si le gouvernement sarde avait consenti au témoignage de sentiments paciGques qui lui était demandé, nous l'aurions accueilli comme un premier symptôme de son intention de concourir, de son côté, à ramélioration des rapports malheureusement si tendus entre les deux pays depuis quelques années. En ce cas, il nous aurait été permis de fournir, par la dislocation des troupes impériales stationnées dans le royaume Lombanlo- Vénitien, une preuve de plus qu'elles n'y ont pas été rassemblées dans un but agressif contre la Sardaigne.

» Notre espoir ayant été déçu jusqu'ici, l'Empereur, mon auguste matlre, a daigné m'ordonner de tenter directement un effort suprême, pour faire revenir le gouvernement de Sa Majesté Sarde, sur la décision i laquelle il paraît s'être arrêté.

» Tel est, monsieur le comte, le but de cette lettre. J'ai l'honneur de prier Votre Excellence de vouloir bien prendre son contenu en sa plus sérieuse considération, et de me faire savoir si le gouvernement royal consent, oui ou non, à mettre sans délai son armée sur pied de paix, et à licencier les volontaires italiens.

» Le porteur de la présente, auquel vous voudrez bien, monsieur le comte, faire remettre votre réponse, a Tordre de se tenir, à cet effet, à votre disposition pendant trois jours.

» Si, à l'expiration de ce terme, il ne recevait pas de réponse, ou que celle-ci ne fût pas complètement satisfaisante, la responsabilité des graves conséquences qu'entraînerait ce refus retomberait tout entière sur le gouvernement de Sa Majesté Sarde. Après avoir épuisé en vain tous les moyens conciliants pour procurer à ses peuples la garantie de paix, S';r laquelle l'Empereur est en droit d'insister. Sa Majesté devra, k son grand regret, recourir à la force des armées pour l'obtenir.

» Dans l'espoir que la réponse que je sollicite de Votre Excellence sera conforme à nos vœux tendant au maintien de la paix, je saisis, etc.

> Buou

t YtennetletO •vril 18tk9. &

DISCUSSION AU CORPS LÊGISUTIF SUR U GUERRE. Ui

La présentation par M. Barocbe de deux projets de loi, Tun autorisant le gouverneinen ta élever à i&O 000 hommes le contingent de la classe de 1858, l'autre lui donnant la faculté d'émettre un emprunt de 500 millions, était bien iaite pour atténuer le bon effet de la note du Moniteur annonçant la proposition de désarmement faite par l'Angleterre, aussi M. de Morny crut-il devoir faire suivre la présentation de ces deux projets de quelques commentaires. Le président du Corps législatif, en déplorant T inutilité des efforts de l'Empereur pour maintenir la paix, se félicita du moins que la guerre n'offrtt aucun danger de conflagration générale, et qu'il ne s'agit que « d'une ques- » tien purement italienne, qui ne cachait aucun projet de » conquête, et qui ne pouvait enfanter aucune révolution » . Le Corps lé^siatif accueillit ces explications avec une confiance et une docilité d'autant plus surprenantes que, jusqu'alors, suivant l'expression de son président, il «avait montré un esprit très-paciBque » ; il est vrai que, n'étant saisi de la question qu'en présence des faits accomplis, toute observation de sa part devenait inutile. Le contingent fut immédiatement voté à l'unanimité au cri de : Vive r Empereur ! M, Emile OUivier protesta contre le rftie muet imposé au Corps législatif :

c M. Emile OUivier dit que depuis quatre mois Tesprit puY)lic s*est ému : on s*est demandé avec anxiété si la France conserverait la paix ou si elle s'engagerait dans la guerre, l/oraleur regrette que pendant ce long temps, il n'y ait eu de renseignements fournis que par les discus* lions du parlement anglais ou sarde, et que le Corps législatif ne soit enfin saisi de la question qu'en présence des faits accomplis (1 ). >

L'emprunt de 500 millions donna lieu à une discussion

(i) C*est sous cette forme plus que succincte que les débats du Corps léfislalif étaient reproduits dans le compte rendu ofQciel du Moniteur.

sérieuse. M. Anatole Lemercier, quoique rassuré par le respect de l'Empereur pour le Saiot-Siége, demanda que le gouvernemeDt voulût bleu affirmer que toutes les précautions avaient été prises pour sauvegarder rindépen^ance du pape et l'intégrité du territoire de TËglise. La réponse de M. Baroche fut si satisfaisante, que M. de La Tour se leva pour « garantir la vive reconnaissance » que les paroles de Torateur du gouvernement excite- » raient au sein des populations bretonnes » .

M. Plicbon exprima ses doutes et ses inquiétudes sur la guerre et sur ses résultats : La guerre conduiraitelle à l'unité ou à la fédération de lltalie? serait- elle la confirmation ou la négation de la campagne de Rome en 18&9? M. Baroche fit à M. Plicbon] cette singulière réponse, que rien n'était plus an ti -patriotique qu'une discussion sur ce terrain, car elle pouvait porter le découragement dans Tâme des jeunes soldats qui rejoignaient leur drapeau. La Gbambre couvrit d applaudissements les paroles de M. Baroche qui ne la satisfaisaient nullement, et de murmures celles de M. Plichon qui étaient l'expression de sa pensée.

M. Jules Favre demanda la parole pour la première fois. M. de Morny, avant de la lui accorder, crut devoir prendre une précaution constatée par le Moniteur du 30 avril :

s M. le président, en donnant la parole à M. Jules Favre, recommande le silence à la Chambre. M. Favre est asses maître de sa parole pour que la Chambre soit certaine d^avance que le discours de Vorateur sera approprié à la gravité des circonstances. M. le président prie donc la Chambre d'écouter ce discours sans Tinterrompre. »

M. Jules Favre interrogea le gouvernement sur la

PROPOSmON DE M. JULES BRAME. 443

cause et sur le but d'une guerre capable d'embraser TEurope, et engagée sans que les représentants de la France eussent été consultés. Il montra la domination autrichienne, fondée sur la violence en Italie, et toutes les tyrannies de la Péninsule y compris le gouvernement pontifical restauré en 1869 par la France, chancelant au premier souffle de liberté parti du Piémont. L'Empire rétablira-t-il ces monarchies si la guerre les renverse? et « si le gauvernement des cardinaux. est brisé, verserat-il le sang des Romains pour le relever ?» M. Baroche resta muet devant cette question. L'emprunt de 500 millions fut voté par 247 voix. M. Walewski, trois jours après (3 mai 1859), annonça officiellement la déclaration de guerre à la Chambre, qui adopta, dans la même séance, deux projets de loi pour lever 140000 hommes par anticipation sur le contingent de 1859, et pour ouvrir un crédit de 90 millions pour dépenses urgentes. Quelques orateurs essayèrent vainement de ranimer la discussion sur la question italienne, la poudre allait parler.

M. Devinck déposa son rapport sur le budget le â mai, le jour de la déclaration de guerre à l'Autriche. <x Nous » avions reçu, dit le rapport, l'assurance que le gouver- » nement avait l'espoir que la paix ne serait pas troublée, » et qu'il emploierait tous les moyens de conciliation pour » obtenir une solution pacifique des difficultés pendantes. ^ Nous sommes heureux de le reconnaître, le gouverne- » ment n'a négligé aucun moyen d'assurer, autant qu'il » était en lui, ce résultat désirable. Mais les événements » ont rendu stériles les efforts qu'il n'a cessé de faire dans » un esprit de conciliation.» Le rapporteur du budget, toujours optimiste, célébra ensuite les améliorations in*

hàà L'EMPIRE.

troduites dans la situation financière, surtout Tamortissèment élevé un moment à 60 millions et ramené à &0; il se félicita de voir les accroissements survenus dans les dépenses évaluées depuis 1 853 à 228 millions^ balancés par une somme correspondante dans les accroissements de recettes. Le budget de i 860 sortit des mains de la commission équilibré de la façon suivante :

Dépenses 4 824 957 778 fr.

Receltes. .' 4 825 854 379

La commission présenta cinquante-deux amendements réclamant des réductions s'élevant à h &â6 302 francs.

Le Conseil d'Ëtat en admit trente-neuf.

Les crédits supplémentaires de 1 859 avaient donné lieu à des réclamations repoussées aussitôt par un vole. M. Devinck les renouvela. Le Corps législatif demandait non point l'abrogation des crédits indispensables pour faire face aux besoins qui se manifestent dans l'intervalle des sessions, mais leur fixation par des règles déterminées. Les crédits depuis 1852 n'étaient plus soumis à aucune restriction : <x Us peuvent être indifféremment ouverts pour tous les chapitres du budget, quelle que soit la nature de la dépense ; leur rectification n'est soumise au Corps législatif que durant la session qui suit la clôture de l'exercice, c'est-à-dire lorsque le fait est consommé depuis deux ans, » M. Devinck gémit sur cet état de choses, mais avec discrétion, et mitigea ses critiques par les plus lyriques effusions sur l'incroyable prospérité des. finances de l'Empire.

M. Jules Brame, profitant de la discussion du budget pour se plaindre de Tomnipotence des hauts fonction-

nftorosiTioN de m. ërnest pigàiid. khS

naires, demanda la création d'inspecteurs destinés à surveiller les préfets. «Tout contrôle, dit-il, a cessé sur les administrations départementales : la presse, soumise au r^ime des avertissements, a perdu toute indépendance ; quant aux députés, sans influence à Paris, ils sont aussi, par suite, sans action sur les préfets. » M. Brame proposait un mauvais remède ; des fonctionnaires contrôlant des fonctionnaires, çuts custodiet custodes ? M. Deviock répondit à son collègue que le contrôle exercé sur les hauts fonctionnaires était plus que suffisant: «Jamais le gouvernement ne fut entouré de plus de "dévouement; le dévouement se produit tous les jours » dans le sein du Corps législatif. Tous les faits qu'il im- » porte au gouvernement de connaître, lui sont à Tinstant » signalés. » M. Devinck aurait bien fait d'expliquer comment une assemblée privée du droit d'interpellation pouvait signaler un abus quelconque; mais ce député n'était pas optimiste à demi, il trouva la situation finau* cière non-seulement améliorée, mais encore « satisfai* santé» . Le Corps législatif, partageant cette satisfaction, vota le budget par 255 suffrages contre 5.

La Chambre discuta, le 16 mai, le projet de loi demandant une garantie d'intérêt pour les Compagnies de chemins de fer. Le Grand-Central, concédé en 1853 à M. de Morny . et tombé presque en faillite, avait donné naissance, en 1857, au système des fusions, et par suite au {Âirtage du territoire entre six grands monopoles ; la convention du 11 août 1857, ratifiée par le Corps législatif sans soulever le moindre débat, ne suffisait pas aux Compagnies; elles se plaignirent de ne pouvoir, sans de grandes pertes, exploiter les embranchements seçon-

daires qui leur avaient été imposés par la couveatioo de 1857. Le gouvernement, sans les décharger de leurs obligations, consentit à diviser l'ensemble des lignes concédées en réseau ancien et en réseau nouveau, et à garantir un intérêt minimum de h fr. 65 pour 100. 11 se réservait de prélever sur les produits de Tancien réseau ce qui dépasserait le minimum de garantie, et d'entrer, dans une certaine limite, en partage avec les Compagnies. Dans la pensée des rédacteurs du projet, il s'agissait de relever, par un effet moral, le crédit ébranlé des chemins de fer.

MM. Darimon et Picard prirent la parole contre le projet. M. Darimon montra le lien qui unit la politique aux affaires, les inconvénients des grands monopoles, le commerce ruiné par des tarifs différentiels, les voies navigables annulées par la conQscation et par la coDCurrence ; il insista sur le prix élevé des transports, sur les capitaux détournés du commerce et de l'agriculture, enfin sur la moralité du pays mise en péril par les scandales de la Bourse. Il parla eu tribun de l'économie politique. M. Picard repoussa des conventions préparées sans le concours du Corps législatif et non discutées par la presse, il demanda le rejet d'un projet contraire aux principes de bonne administration, et la formation d'une sorte de jury national chargé d'examiner les tracés, et d'aviser, dans le cas où une ligne ne donnerait }ms de produits. M. Plichon défendit si bien le projet, que M. Baroche déclara sen rapporter à ce qu'il venait de dire ; M. Calvet-Rognat fît une histoire de la fusion du Grand-Central avec les Compagnies d'Orléans et de Lyon, dont M. Emile OUivier contredit plusieurs passages. Fina-

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