‹ Histoire du Séminaire de St. Hyacinthe [microforme] :Chapitre 6 sur 9 · EX · texte numérisé non relu

EX

M. DUCHARME

M. Dêsaulniers est revenu de Georgetown en 1834. 11 avait abandonné les doctrines de LaMennais,ayant suivi l’enseignement des Jésuites qui avaient toujours été opposés au système philosophique de l’auteur de l'Essai sur l'Indifférence. T1 eut alors à lutter contre ses confrères dont il avait auparavant soutenu les idées avec cette ardeur qu'il mettait dans toutes les discussions, Il professa à son retour les Mathématiques et la Physique,.et dans quelques classes il enseignait le grec qu'il avait étudié à Georgetown. M. Raymond continua à faire la Philosophie ainsi que l'année suivante, Cette année il y eut un nouveau régent, M. Paré, depuis Chanoine de Montréal, que la mort vient d'enlever, et qui a laissé, à cause de ses belles qualités, un souvenir bien cher à tous ceux qui l'ont connu. Le nombre des élèves s’accroissait considérablement, M. Paré, chargé de faire les Eléments avait 75 écoliers ; la Syntaxe avait au-delà de 50 étudiants : on ne divisait pas alors les classes quand elles étaient nombreuses, Les ecclésiastiques de ce temps travaillaient beaucoup. Ils avaient, comme je viens de le dire,des classes nombreuses ; on sent quel temps devait prendre la correction des devoirs. Ils avaient tous trois heures et demie de classe. De plus, à leur tour ils faisaient l'étude, et surveillaient à la récréation, vu qu'il n'y avait pas de maîtres chargés spécialement de ces offices. Au reste non-seulement tous les ecclésiastiques, mais même les prêtres assistaient aux récréations ; nous conversions beaucoup avec nos maîtres ; c'était pour nous sous plusieurs rapports un avantage précieux.

M. VALIN

Aux examens de 1836, la maison eut encore l’hon-. neur de la présence du gouverneur du pays, alors Lord Gosford. On lui fit une adresse en français et en anglais, Il ne répondit pas immédiatement, mais au diner il fit un discours où il exprima avec chaleur:

sa reconnaissance pour l'accueil qu'on lui avait fait. Il ne s'était rien passé cette fois qui pût être désagréable, Malgré l'opposition qui existait alors à l'égard du gouvernement, Lord Gosford fut reçu avec un grand respect. Il logeait au Collége, il y passa la nuit. Plusieurs des hommes les plus marquants du pays assistaient aux exercices littéraires de cette année, qui eurent un grand éclat.

Les examens attiraient toujours un concours nombreux d’auditeurs. A l'époque où nous étions écoliers, ils duraient deux et même trois jonrs Toutes les classes étaient interrogées et sur toutes les matières de leurs études ; il n’y avait que les élèves tout-à-fait incapables qui ne se présentaient pas, et leur absence, remarquée par leurs parents et leurs connaissances, était une humiliation pour eux. C'était au contraire un bien grand honneur de subir un examen où l’on était applaudi : cela excitait fortement au travail; à l'approche de la distribution des prix, les récréations devenaient des études ; on tenait à ne pas être embarrassé en répondant. On ne subissaït pas seulement | l'examen sur les matières vues dans le dernier semestre ou trimestre, mais sur tout ce qui avait été appris dans le cours de l’année : ce retour sur toutes les connaissances acquises dès les premiers mois les fixait dans l'esprit.

M. NORMANDIN

Des examens sur les matières d’études n'offrent guère d’attrait, surtout s’ils sont tant soit peu prolongés ; aussi pour attirer les spectateurs on avait recours aux pièces de théâtre. Après l'examen de chaque classe, il y avait un drame; quelquefois c'étaient des scènes comiques, Pour les classes supérieures, pendant plusieurs années c'étaient des tragédies entières. De mon temps on a représcuté Athalie, Cinna, Catilina de Voltaire, Jonathas, par je ne sais plus quel poëte, les Foscari de Byron, Arthur de Bretagne dont le sujet avait été emprunté à Ducis, qui lui-même l'avait emprunté à Shakespeare, Il y avait dans ce drame

“les scènes si tragiques qu'on entendait par toute la salle des gémissements ; il y eut même des cris d’effroi ou de pitié à certains moments. Aussi demanda-t-on que cette pièce fût de nouveau jouée l’année suivante ; ce qui eut lieu. Quelques-uns de ces drames avaient besoin de modifications pour être représentés dans un Collége; il fallait faire disparaître les rôles de femmes,et quelquefois c'étaient les principaux personnages; on sent que la vraisemblance devait avoir à souffrir de ce procédé, Et il fallait qu’un jeune professeur substituât de temps à autre des vers de sa façon à ceux de Corneille et de Racine, qu'il composât même des scènes entières pour remplacer celles où les femmes apparaissaient, Aussi j'ai entendu dire depuis à l’un de ceux qui s'étaient donné cette tâche : Il faut avoir la témérité de la jeunesse pour avoir osé ainsi défigurer des chefs-d'œuvre.—Cependant,ces tragédies ainsi modifiées plaisaient de même à l'auditoire, et recevaient des applaudissements. La dernière séance des examens se terminait par un plaidoyer ou un entretien littéraire. De mon temps on a reproduit de

l'Iliade les discours d’Ajax, de Nestor, de Phénix à Achille pour l'engager à combattre. Une autre année <e furent les Martyrs de Châteaubriand qui furent mis à contribution dans les discnn-s de Symmaque, de Hiéroclès et d'Eudore devant ‘;ioclétien.

M. RICHARD

Moi, j'ai vu reproduire le procès du Maréchal Ney, qui a commencé la réputation oratoire de Berryer ; j'ai aussi entendu un entretien prétendu de Bonaparte délibérant avec quelques-uns de ses conseillers sur l'opportunité de prendre le titre d'Empereur. On vous a déjà parlé du procès de l'Ecole libre ; un autre débat judiciaire qui fit une grande sensation, ce fut le procès de Lacenaire, Celui-ci était un scélérat coupable de meurtre avec un complice du nom d'Avril, Dans sa défense, il voulait justifier son crime par certains principes qu'on laissait se répandre dans la société, On s'empara de cette idée, et le procès devint une

discussion où l’on cherchait à faire voir les funestes. effets pratiques de la liberté illimitée d'opinion laissée: à la presse et à la parole ; la question de la peine de mort s’y trouvait aussi traitée ; la forme d’un procès qu'avait cette dissertation lui ôtait ce qu’elle pouvait | avoir d’aride par elle-même, et elle fut entendue avec fé beaucoup d'intérêt.

sa Le rôle de Lacenaire était peu honorable à remplir, mais le discours par lequel il était censé se défendre était plein d'énergie, et se prêtait à la déclamation. Un élève prit un singulier moyen pous se le faire donner. Il dit au professeur : Vous êtes peut-être embarrassé pour le rôle de Lacenaire; vous n'osez proposer à personne de représenter ce misérable ; eh bien, nevous gênez pas à mon égard ; si vous trouvez dans mon caractère et dans mon physique quelque chose qui vous inclinerait à croire que je pourrais faire ce personnage, je l’accepterai ; il faut bien que quelqu'un se dévoue pour le remplir. Le rôle lui fut donné, et il s'en acquitta avec un admirable talent de déclamation.

M. DUCHARME

En 1835 au lieu de plaidoyer, il y eut un entretien sur la littérature; on s'y éleva fortement contre le réalisme, qui dès lors commençait à envahir ce domaine de l'esprit humain ; le beau idéal était présenté comme devant être l’objet de l'emploi du génie du poëte et de l'artiste; on y rendait hommage au talent des écrivains de l'antiquité, mais avec de fortes réserves sur leurs œuvres au point de vue moral, et on y déclarait trop exclusive l'admiration qu’on avait pour elles considérées même littérairement, On y déplorait le paganisme dominant dans l'éducation classique, La religion dans la sublimité de ses dogmes, la beauté de sa morale, les faits merveilleux de son histoire, la grandeur de ses héros, la noblesse des sentiments qu’elle inspire, était donnée comme offrant les plus: beaux sujets que pouvait traiter un écrivain, Et qu'on le remarque, à cette époque, ni le P. Ventura, ni Mgr.

‘Gaume n'avait commencé cette lutte contre la littérature payenne, qui s'est soutenue depuis avec tant de vigueur, et qui a obtenu de Pie IX une si solennelle approbation.

M. RICHARD

Je me rappelle que dans ma classe en 1828, on expliquait l’Appendix de Dis: c'est comme vous le savez un abrégé de Mythologie; on passait une partie de l’année scolaire à apprendre avec ce livre toutes les aventures des dieux et déesses de l’'Olympe. Sans doute rien d’obscène ne pouvait se trouver dans cet ouvrage composé par un religieux ; et même dans le dernier chapitre on faisait en faveur du christianisme un argument des aberrations de l’idolatrie. Mais d’abord c'était unetriste pâture à offrir à l'intelligence -que ces fables ineptes et ridicules, au dépens de l’ac- -quisition de connaissances d’un ordre plus élevé et d’une utilité incomparablement plus grande, Et puis, cette application de l'esprit fixée par la traduction sur cet ensemble d'erreurs et d’infamies n'était pas sans inconvénients. À l’occasion d’une question provoquée par un certain passage, que lui fit un de nous, le professeur crut qu’il pourrait y avoir du danger dans cet auteur classique. Il demanda et obtint un peu plus tard qu’il füt exclu de l’enseignement. Vous voyez que l'opposition au paganisme classique date de loin au Collége de St. Hyacinthe.

M. DUCHARME. '

On sent quel travail imposait à quelques professeurs les exercices littéraires de ce temps. Il leur fallait préparer leurs élèves pour ces examens, exercer pendant longtemps les acteurs qui avaient à figurer dans les drames, voir à tout l'appareil que demandaient des tragédies complètes en cinq actes et à dix ou douze personnages, composer en tout ou en partie des plaidoyers ou des entretiens philosophiques ou littéaires, et quelquefois des compliments ou discours de

circonstance, vu la présence de hauts personnages. Et il ne faut pas oublier qu’à cette époque, les prix nese: décidaient pas d’après un certain nombre de devoirs. faits dans le cours de l’année, mais d’après des compositions auxquelles les élèves se livraient tout-à-fait dans les derniers temps : la correction de chacune de: ces compositions, thèmes, versions, vers, amplifications latine et française de chaque classe, se faisait par plusieurs professeurs réunis, et alors les maîtres n'étaient. pas nombreux. Cet examen d’un seul devoir qui devait déterminer le prix, demandait un soin qui exigeait beaucoup d'application et de temps. Puis il y avait le prix de mémoire que les élèves obtenaient en apprenant par cœur de très longs morceaux des au-teurs ; c'était quelquefois un livre de l'Enéide ou l'Art. Poétique d'Horace tout entier. Quel temps ne fallait-il pas pour entendre une aussi longue récitation de la part d'un certain nombre d'élèves ? je dis un certain nombre, car tous les élèves de la classe n'étaient pas. obligés de concourir.

M. VALIN

Les examens, nous l'avons déjà remarqué,attiraient. un grand concouïs de spectateurs; on y venait de: toutes parts, même de paroisses assez éloignées, quoi-qu'on n'eût pas alors les facilités de communication. que l’on a aujourd’hui.

J'y ai vu une fois Mgr. Turgeon, alors coadjuteur del’Evêque de Québec, et des hommes haut placés dans la. société laïque entre autres MM. Lafontaine, Caron, Morin qui déjà avaient acquis une grande célébrité. Assez. longtemps d'avance, la foule envahissait les avenues du vieux collége ; au moment où l’on ouvrait les portes, elle se précipitait dans la salle malgré les précautions qui avaient été prises, et il fallait du temps pour rétablir un peu d'ordre, et commencer les exercices. Les examens se faisaient au troisième étage dans le grand dortoir. Une année on avait déterminé de faire entrer avant la foule les membres du clergé et les personnages marquants pour la. derniêre séance qui atti-

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rait toujours le plus de monde. Les portes avaient été fermées avec soin pour que personne ne pénétrât dans la salle pendant le diner qui la précédait. Mais le repas finissait à peine que l’on vint annoncer que cette salle était occupée par la foule. Il y avait quelque part auprès du collége une grande échelle pour servir en cas de besoin ; des hommes l’appliquèrent à la maison, ils entrèrent par les fenêtres du lieu des exercices, trouvèrent moyen d'ouvrir une porte latérale, et en peu de moments à l’aide de cette escalade la foule avait pris possession de la place.

Ce qui attirait un si grand concours aux examens c'étaient les drames tragiques et comiques que l’on jouait. Les matières classiques n'étaient pas écoutées avec un entier silence ; on entendait un certain bruissement ; mais aussitôt qu’une pièce dramatique commençait, tout chuchottement cessait ; on écoutait avec l'attention la plus soutenue, le plus vif intérêt. Voilà ce qui s’est fait durant tout le cours de nos études.

M. RICHARD

Les drames ont été abandonnés depuis, Je crois que le dernier qui se soit joué est le Prênce Constant de Calderon en 1843. Je pense qu’on a eu raison de les faire disparaître, Les examens perdaient leur caractère propre pour devenir un théâtre, La préparation nécessaire pour bien représenter des tragédies entières faisait perdre beaucoup de temps, et fatiguait professeurs et élèves à raison de leurs autres travaux, Un certain nombre d’écoliers tenaient plus à paraître avantageusement dans un drame attirant les regards et les applaudissoments, qu'à se bien préparer pour un examen où on leur ferait quelques questions pour la forme, et où la réponse ne serait guère écoutée. Assez souvent le succès de la pièce demandait qu'on employât certains élèves peu distingués par leur travail, et le fruit de leurs études, mais qui étaient doués du talent de la déclamation ; leurs noms rappelés avec compliments dans le compte-rendu des journaux était pour eux un dédommagement de ce

qu'ils n'avaient point ou peu de prix. Et puis cela donnait aux élèves et aux spectateurs un goût théâtral dont on pouvait appréhender les conséquences, comme certains faits l'ont prouvé,

M. VALIN

Malgré ces raisons plus ou moins contestables,peutêtre, il y a de grands exemples pour l'emploi de pièces dramatiques dans les colléges ; ce qui ferait voir que les inconvénients exposés ne sont pas reconnus partout, il y a là un exercice fort utile pour former les élèves à la déclamation,

M. RICHARD

Je ne serais pas opposé à ce que, non aux examens devant le public, mais dans le cours de l'année, on représentât, sans grand appareil, quelques scènes choisies des tragédies classiques pour en faire sentir les beautés littéraires et les fixer dans la mémoire des é'èves ; ce serait un exercice qui aurait son utilité. Quant à la déclamation on s’y forne beaucoup mieux par le débit de discours, car il s’agit de préparer des hommes qui puissent parler dans les assemblées publiques, et non des acteurs pour le théâtre.

M. DUCHARME

Depuis nombre d'années il n’y a plus d'examens publics, et cela, je crois, dans aucune maison de haute éducation dans le pays. Dans ce collége, c’est une simple distribution de prix, précédée d’une dissertation ou d’un entretien sur des questions philosophiques, littéraires ou sociales ; on choisit des sujets propres à instruire, qui gravent dans l'esprit des élèves et des auditeurs, des enseignements salutaires. J'ai assisté à plusieurs de ces exercices; et j'y ai vu un grand nombre de membres du clergé, et outre les parents, beaucoup de citoyens éclairés, parmi lesquels se distinguaient des hommes occupant de hautes dignités.

M. VALIN

Pour continuer l’histoire du Collége dans le temps que nous en étions élèves, je dirai qu'en l’année 1836, M. Clément Aubry, auparavant curé de St. Athanase, est entré dans la maison avec l'intention de s’y fixer, si la vie de séminaire pouvait lui convenir. C'était un homme de talents distingués, aimant l’étude, et très remarquable par ses originalités spirituelles. Il fut chargé de l’enseignement de la Philosophie; il montra qu'il possédait bien cette matière ; il fut agréable et utile à ses élèves. Mais l’enseignement le fatiguait ; aussi, l’année scolaire expirée, il quitta là l’institution pour reprendre le ministère.

Cette même année la maison se recruta de deux nouveaux ecclésiastiques qui venaient de terminer leurs études; c'étaient M.Hyppolite Moreau,maintenant Vicaire-Général de Mgr. l'Evêque de Montréal, et M. Isidore Gravel, ci-devant Curé de Laprairie, Ces messieurs continuèrent à rendre service à la maison les deux années suivantes.

M. Désaulniers était professeur de Mathématiques

et de Physique, Ses leçons dans cette dernière science, étaient écoutées avec une vive attention par ses élèves, à cause de la clarté avec laquelle il en exposait les principes, et de l’utilité pratique qu’il faisait reconnaitre à ses applications. Il agrandissait sans cesse le domaine de ses connaissances eri “ette matière par ses études de chaque jour. En 183/, la maison fut pourvue d’un cabinet de Physique contenant un assez grand nombre d'instruments parmi lesquels se trouvaient la grande machine électrique et le télescope. Cette acquisition a été due à M. l'abbé Holmes, ce célèbre ‘professeur et préfet des études du Séminaire de Québec. Dans un voyage en Europe, il choisit avec discernement et utilité, à prix assez réduits, des instruments de physique pour l'institution à laquelle il appartenait, et pour diverses autres maisons d'éducation. Il a toujours montré un intérêt bienveillant pour ce Collége,

M. RICHARD

M. Désaulniers sut exploiter habilement les instruments mis à sa disposition. Il se livra à toutes sortes d'expériences qui intéressaient et instruisaient beaucoup ses élèves. Il en fit même devant le public, soit dans les exercices de la fin de l’année scolaire, soit dans les réunions qu'il convoquait et où il exposait devant de nombreux auditeurs les nouvelles découvertes faites dans cette science, celles surtout qui se rattachaient à l'électricité, Il aimait à faire voir les divers instruments aux personnes qui visitaient la maison ; il en expliquait le mécanisme, montrait l’usage que l’on en pouvait faire, et faisait ressortir l'utilité des inventions récentes. Il mêlait à ses explications, qu’il savait toujours rendre piquantes, de ces saillies originales si fréquentes chez lui, et qui étaient écoutées avec plaisir par ceux qui en éta...nt les témoins. Aussi disait-on : “ Ce qu’il y a de plus intéressant au Cabinet de physique de St. Hyacinthe, c'est le professeur qui le montre et en fait voir l'usage.”

C'est M. Désaulniers qui a introduit l'étude de la Chimie dans la maison qu’il a pourvue d’un apparatus: convenable pour l'enseignement de cette science. Ses leçons sur cette matière ont été reçues avec beaucoup de satisfaction, et un grand profit de la part des élèves. Ceux d’entre eux qui ont embrassé la carrière médicale se sont bien trouvés des connaissances qu'ils avaient acquises au Collége de St. Hyacinthe, et ils se sont plus à rappeler à leurs condisciples dans leur nouvelle carrière le talent et le succès de leur professeur...

M. VALIN

Cet enseignement de la Chimie me rappelle une des plus singulières espiègleries que peuvent faire des éc liers. Si vous n’aviez pas l'air si sage, ie craundrais de vous scandaliser en vous la racontant "#muis elle ne fera que vous amuser, M. Désauh .vait parlé dans la classe du gaz nommé hilariant | avait dit à ses élèves qu'on pouvait connaître par ses effets le caractère de ceux qui en prenaient, et il avait annoncé

que des expériences seraient faites dans l'après-midi. Dans l'intervalle un complot se forma : on savait que le savant professeur n'était pas plus brave devant les vivants que devant les morts, et que son caractère naïf ne le rendrait pas défiant. Quand les élèves furent en classe, M. Désaulniers, dans l'intention de les amuser, commença à leur faire aspirer le gaz dont il avait parlé, Ilen présente à l'un d'eux que je désignerai par son nom de baptême, Robert.—Non, je n'en prends point, dit celui-ci, je me connais, je suis très prompt ; si comme on le dit, ce gaz excite, je ne puis m'eripècher de dire ou de faire des sottises. Un de ses condisciples insiste pour qu'il en prenne. Le professeur dit que le gaz ne pouvait produire l'effet qu'il craignait. Robert parait se laisser persuader, imbibe son mouchoir du fluide, et fait semblant de l'aspirer fortement. C'est trop, lui crie M. Désaulniers. — Robert parait être dans une sorte d'exaltation. Un des élèves lui dit un mot propre à le taquiner: “Tu m'insultes, reprend-il, et prenant un bâàton qui se trouvait là comme par hasard, il fait mine de frapper. M. Désaulniers lui crie de s'arrêter, Robert se retourne vers lui avec un air menaçant. Le professeur craint qu'il ne le frappe ; la porte était ouverte, il sort de la classe en courant. Robert court après lui, M. Désaulniers crie : arrêtez-le ; les autres élèves le suivent ; ils l'atteignent et l’arrêtent. Robert semble revenir à lui, et parait surpris de tout ce mouvement.—On lui dit ce qu'il avait fait. Je vous l'avais bien dit, reprend-il, et il se confond en excuses. M. Désaulniers n’a appris le tour que longtemps après.

M. NORMANDIN

Voici une autre anecdote qui m'a été racontée, Parmi les élèves de M. Désaulniers il s'en trouvait un qui avait du talent pour le dessin, et avait acquis certaines notions de cet art M. Désaulniers était avide d’avoir des connaissances sur tout ordre de choses. Il demande à son élève de lui donner quelques leçons de dessin, Quelque temps après en faisant sa classe

de Chimie,il interrogea celui-ci, qui ne sut guères que répondre, et reçut de sa part une réprimande. A la fin de la classe quelqu'un demanda au jeune dessinateur, comment réussissait l'élève qui suivait ses leçons, voulant parler de M. Désaulniers qui était présent.—- À peu près comme moi dans la Chimie, répondit-il. Et de fait c'était assez vrai,

M. RICHARD

Les faits plaisants qui viennent d'être racontés n'enipêchaient pas les élèves d’avoir à l'égard de M. Désaulniers la plus haute estime, à cause de :55 talents, ‘le sa science, de son mérité sous tous rapports, et ils avaient pour lui une vraie affection correspondant à celle qu’il leur témoignait, Mais les écoliers sont toujours des écoliers : ils ne résistent pas à la tentation d'une espièglerie quand l'occasion s'en présente. N'est-ce pas vrai, Messieurs ?

En l'année 1837 et 38, M. Désaulniers reprit la ciasse de Philosophie, qu'il a faite avec un bien grand succès ; mais ce n'est que plus tard qu'il a étudié et enseigné les doctrines de St. Thomas. Parmi les professeurs de cette année se trouvaient M. Pierre Bianchet qui a depuis été le rédacteur de l'Avexir, et M. D'Orsonnens, aujourd’hui Professeur à l'Ecole de Médecine de Montréal,

M. DUCHARME

Mil huit cent trente-sept-—quel souvenir cette date rappelle! Malgré les efforts faits par le directeur pour empêcher toute expression d'opinions politiques, nous ne pouvions ignorer le mouvement qui agitait tout le pays ; le sentiment patriotique ne pouvait être comprimé en nous. Quand nous avons appris que le soulèvement avait eu lieu, et qu'il fallait s'attendre à une rencontre avec les troupes anglaises, jugez quelle anxiété il y avait dans les cœurs de ceux d’entre nous qui avaient des parents partis pour le combat. Pendant que le Dr, Nelson se battait si vaillamment à St. Denis, son fils Arthur était ici, Il fut, on le pense

que A la sinacons, 1t.—lit-il.

bien, joyeux de la victoire; mais l’allégresse ne dura pas longtemps ; il put voir quelques jours après la lueur de l'incendie de St. Denis où brüûlait 1: maison de son père. La bataille de St. Charles avait été désastreuse pour les patriotes. Je me rappelle encore vivement la pénible émotion que nous éprouvions en voyant la terreur répandue dans la ville ; on s’attendait à voir arriver à chaque instant les soldats anglais ; la plupart des citoyens qui étaient compromis dans le soulèvement avaient pris la fuite. On tremblait sur leur sort à cause des poursuites dont ils pouvaient être l’objet,

Pendant la nuit qui suivit, les grands écoliers veillaient en faisant une sorte de patrouille, pour qu'on fût en garde contre toute surprise fâcheuse, On sent que dans ces jours il n’était pas facile de se livrer à l'étude, Les anxiétés se calmèrent un peu, vû qu'on ne vit pas arriver immédiatement les soldats. Les craintes étaient dissipées, lorsque quelques jours après, une compagnie militaire entra à St, Hyacinthe, Son commandant vint demander qu'’eile fut reçue au Collége, et il exprima le désir qu’elle fût bien traitée, parceque les soldats étaient exténués de fatigue.Ceuxci furent reçus le mieux possible ; ils couchèrent deux nuits dans la salle de récréation sur de la paille qu’on y avait préparée. Il faut dire qu’ils se conduisirent bien ; on n'eut pas de vol à leur reprocher ; les écoliers se familiarisèrent avec eux. Un certain nombre d'entre eux étaient catholiques et voyaient les prêtres avec plaisir,

M. VALIN

Nous eûmes encore une visite militaire l’année suivante, après la nouvelle insurrection qui eut un sort si fatal Un régiment entier entra à St. Hyacinthe; nous n'eûmes pas cette fois de soldats à loger ; mais le Collége eut à héberger le major-général McDonaid, un des officiers les plus brillants de l’armée anglaise qui avait fait des prodiges de valeur à Waterloo ; c'était un homme d’unetaille colossale, Il

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était accompagné du Capitaine Torrance, etavait pour aide de camp, le jeune Lord Aberdeen, fils du ministre d'Etat de ce nom. Ces hôtes distingués se montrèrent gracieux. Le major général demanda à voir les élèves, et il leur donna un congé. Dès ie lendemain ces militaires quittaient le village, laissant seulement un certain nombre de soldats qui occupèrent le palais de justice.

Il ne faut pas oublier une aventure qui a failli les compromettre, À cette époque les élèves de la maison s’'amusaient à des exercices militaires ; iis avaient des fusils faits de bois avec lesquels ils faisaient la parade. De temps à autre il y avait des combats simulés, Une fois on représenta la bataille de Waterloo. Je me rappelle qu'un certain nombre d'élèves tombaient comme morts. En cette qualité ils ne pouvaient remuer jusqu'à la fin du combat, Une fois un écolier s'approcha d’un de ceux-ci, et lui fit, je ne sais quelle iche : tu me le paierais, si je n'étais pas mort, lui répondit l’autre élève.

Or, un jour de congé, les écoliers partirent pour la promenade, étant sous les armes, comme cela se faisait de temps à autre. Un des soldats logés au palais de justice les vit venir. En apercevant ces fusils, il crut à une nouvelle attaque des insurgés ; aussitôt il donne l’alarme, Vite la compagnie court à ses carabines ; mais elle fut bientôt avertie de la méprise, et les soldats de Sa Majesté n’eurent pas la gloire de se mesurer avec la redoutable milice du Collége,

M. LANGEVIN

Les exercices militaires qui avaient été longtemps en usage au Collége, étaient abandonnés depuis un certain nombre d'années, Ils ont été repris dans ces derniers mois. Nous avons entendu dire qu'à une certaine époque le bataillon collégial avait eu pour colonel M. Rodrigue Masson, le compagnon de M. Désaulniers, dans son voyage d'Europe dû à la libéralité de sa vénérable mère, et qui lui-mêr:e a toujours montré un si bienveillant intérêt à cette maison.Après

avoir commandé l’humble milice du Collége, il est -devenu l'Honorable Ministre de la Milice et de la Défense, élévé ainsi par son mérite à une des plus hautes positions de l'Etat, honneur qui rejaillit sur le Collége où il a reçu son éducation.

M. DUCHARME

À propos des troubles de 37 et de 38, je dois rappeler qu’il circulait des bruits compromettants pour le Collége à l'égard du gouvernement: le directeur et les professeurs étaient accusés de manquer de loyauté, d’avoir encouragé la contrebande, et favorisé le mouvement insurrectionnel. Craignant l'effet de ces rumeurs, Mgr. de Montréal, par l'entremise de son secrétaire, demanda aux prêtres de la maison un mémoire justificatif. Ils le firent, j'en ai pris moi-même connaissance dans le temps.

Le Mémoire établit que la question de contrebande avait été traitée au Collége sous le point de vue théologique, que les opinions diverses des auteurs sur cette matière avaient été citées dans les discussions qui avaient eu lieu, mais que les membres de la maison n'avaient jamais traité ce sujet devant des laïcs,et qu'ils n'avaient donné à ceux-ci aucune décision pratique favorisant la contrebande,

Les directeurs disaient ensuite qu'il n’y avait pas d'enseignement politique proprement dit au Collége de St. Hyacinthe, parcequ'ils comprenaient toute l’inconvenance qu'il ; aurait à initier la jeunesse à des discussions sources de tant de diffcultées, et aliment de querelles déplorables. Changer, disaient-ils, le sanctuaire paisible des lettres en arène politique, n’a jamais dû être, n’a jamais été une de leurs pensées,

Le Mémoire affirmait que toute discussion politique entre les élèves était sévèrement prohibée, De plus il établissait que l’enseignement philosophique et théologique de la maison sur l’obéissance à l'autorité était conforme à la doctrine apostolique, que venait de reproduire solennellement le chef de l'Eglise dans l'Encyclique Mirari vos, et il appelait en confirmation

de cette assertion les élèves tant ecclésiastiques que: laïcs qui avaient suivi le cours de Philosophie dans les. dernières années.

Il était rapporté qu’en 1835, une discussion sur la civilisation avait été soutenue par les élèves de Philosophie, dans laquelle les doctrines du libéralisme qui avaient amené la Révolution française, étaient flétries avec indignation,et où il était proclamé que la raison ne justifie pas la violence comme moyen de réprimer les abus du pouvoir. On ajoutait que divers écrits, faits par un professeur du Collége avaient été publiés sur les journaux contre la thèse favorable à l'insurrection, dans l’un desquels se trouvaient ces paroles prononcées récemment par O’Connell : “ Je le déclare en présence de Dieu qui doit me juger, je repousserais la modifi-. cation politique la meilleure, si elle devait coûter une seule goutte de sang.”

Dans le document dont je parle, il était attesté que les Messieurs du Collége avaient déclaré à ceux qui les consultaiet qu'il ne leur était pas permis de prendre les armes pour attaquer les troupes anglaises, et qu'ils ont refusé, à ceux qui se rendaient au camp de St, Denis et de St. Charles, leurs chevaux et certaines armes qu'il y avait dans la maison.

Je ne saurais assurer que ce mémoire remis à l'Evéque de Montréal ait été présenté au Gouvernement, mais il est certain qu’il n’y eut de la part de celui-ci aucune expression défavorable à la maison.

M. VALIN

Si les membres du Séminaire se montraient si opposés à la rébellion qui a eu des suites si funestes, ils n'en partageaient pas moins les idées et les sentiments de leurs compatriotes sur la nécessité d’un redressement des griefs dont ceux-ci se plaignaïent. Le 4 Novembre 1837, il se tint à la maison une assemblée où fut formé le projet d'une requête du Clergé au Gouverneur pour le prier d’aviser aux moyens de tranquiliser le pays. M. Prince, promoteur de la mesure, fut un des prêtres chargés de présenter cette requête. à Lord Gosford.

Après la fatale journée de St. Charles, les prêtres du Collége ont caché pendant plusieurs jours dans leur maison quelques citoyens compromis dans le mouvement ; ils ont favorisé l'évasion du fils et du frère de l'honorable M. Papineau; deux d’entre eux MM. Raymond et Désaulniers sont allés à Montréal intercéder auprès de Sir John Colborne, alors administrateur de la Province, en faveur des citoyens de St. Hyacinthe, retenus prisonniers pour leur participation à l'insurrection qui avait eu lieu.

Ils continuèrent au reste à être en bons termes avec le gouvernement, La dernière année que j'ai passé au Collége, nous avons reçu la visite de Sir Poulett Thompson, depuis Lord Sydenham, alors Gouverneur- Général. Je me rappelle la gêne qu'il parut éprouver quand il fut introduit dans la communauté ; pendant qu’on lui faisait entendre une adresse de bienvenue, il y avait chez lui une sorte de tremblement, et il répondit avec une voix entrecoupée et embarrassée ; du reste, il se montra très-affable,

M. DUCHARME

Je ne me souviens d'aucun fait important de l’année scolaire 1838-1839. Les hautes classes avaient toujours les mêmes professeurs. Il y eut de nouveaux régents, entre autres M. Lévêque, M. Tétreau, et M. Prince qui sont encore dans la maïson, puis M.Esdras Lamothe, mort curé de St, Aimé, et nous avons eu pour professeur d'anglais, M. McGilvray, décédé en 1840. Il est le premier qui soit mort dans la maison même.

M. VALIN

L'année 1840 fut remarquable. La mort enleva Mgr.Lartigue, Evêque de Montréal, le jour de Pâques, 19 Avril Cet fllustre prélat avait toujours manifesté la plus grande bienveillance à cette maison. Il lui avait obtenu son incorporation civile ; il avait tenu à la pourvoir des professeurs qui pouvaient lui être le

plus utiles, Il venait de temps à autre la visiter, et lui donnait toutes sortes de témoignages de son intérêt, Malgré la distance des lieux, dans un temps où il n’y avait point de voies ferrées, nous l'avons vu à plusieurs reprises assister aux examens publics, Nous aimions à l'entendre prêcher ; il avait, on le saït, un talent de déclamation extrêmement remarquable,

Il avait un aspect sévère qui nous mettait un peu à la gêne en sa présence. On dit queses lettres étaient brêves, concises, ayant en quelque sorte l'accent de sa parole, Cependant j'ai eu occasion de voir dans le temps une lettre qu’il adressait à M. Prince ; d’un bout à l’autre elle était écrite avec le ton du badinage : elle était montrée comme une chose extraordinaire de sa part.

M. DUCHARME

Le successeur de Mgr. Lartigue n'a pas montré moins de dévouement au Collége de St.Hyacinthe ; il l'a hautement favorisé, et il a contribué à sa prospérité, C'est lui qui en 1842 a constitué les prêtres du Col-

lége en Séminaire, avec une organisation particulière et l'octroi de certains priviléges. Mgr. Joseph La- Rocque a été le premier Supérieur. Mgr. Bourget n'a cessé de s'intéresser efficacement à la maison tant qu'elle a été sous sa juridiction, et depuis il lui a donné encore de nombreuses marques de sa bienveillance,

M. GUERTIN.

Aussi une vive gratitude est-elle conservée dans ce Séminaire pour ce vénérable Prélat si distingué par ses hautes vertus, et ses œuvres admirables.

M. VALIN

Il faut dire pourtant que le premier acte de Mgr, Bourget, devenu Evêque de Montréal n'a pas été en faveur de cette maison ; il lui a enlevé son directeur, M. Prince, qu’il a appelé auprès de lui. Il serait difficile d'exprimer la douloureuse émotion qui se fit

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