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était la grande vénération qu'il avait pour le fondateur du collége : il n'en parlait qu'avec un profond respect, et il aimait à faire sentir aux écoliers ce qu'il devait à cet insigne bienfaiteur de la jeunesse. M. Girouard, à son tour, se plaisait à parler du directeur avec l'expression d'une haute estime, et d'une vive reconnaissance pour les services qu'il rendait à sa maison,
M. NORMANDIN
Je ne sais pas pourtant si dans une circonstance M. Maguire n'eut pas une intention uu peu malicieuse à l'égard du vénérabl: fondateur. Celui-ci avait pris dans ses missions chez les sauvages l'habitude de fumer, et il faut bien dire qu'il ne laissait la pipe que lorsque le devoir ou les convenances l’exigeaient, ce qui donna lieu a une plaisante aventure.
Un citoyen de St. Hyacinthe se trouvant dans une paroisse voisine, après avoir fait, sous plusieurs rapports, l'éloge de son curé, dit qu’il fumait beaucoup, et s'apercevant de la naïveté de ceux à qui il parlait, il dit que c'était une habitude telle chez lui que lorsqu'il chantait la grand’messe, il se faisait apporter sa pipe pendant le Gloria et le Credo. Ceux-ci le crurent, racontèrent la chose à leurs voisins, et le dimanche suivant il vint un certain nombre de gens de cette paroisse assister à la messe de St. Hyacinthe pour être témoins de ce curieux fait.
Donc M. Girouard était un grand fumeur.
Si c'est un défaut il y en a bien qui ne peuvent lui jeter la première pierre. Or M. Maguire s'était aperçu que quelques-uns des jeunes professeurs faisaient usage de la pipe, que lui avait en horreur, et ce qui était d’ailleurs contre l’ordre. Le règlement ne contenant pas la défense de fumer, le directeur y ajouta un article renfermant cette prohibition avec l'exposé des motifs qui la nécessistaient, consistant dans l’énumération des inconvénients de tout genre que la pipe amène avec soi. Mais il fallait que le Supérieur approuvât cet article pour qu'il eut force de loi.—Je com-
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prends, dit M. Girouard, lorsqu'il lui fut présenté, et prenant sa pipe, il signa en disant : il faut faire ce que je dis et non ce que je fais.
M. DUCHARME
Nous ne devons pas oublier que M. Maguire fut bien efficacement aidé dans la première année de son administration par M. Crevier, qui avait été directeur l'année précédente, et qui alors exerçait la charge de procureur, Les sages conseils de celui-ci furent utiles à celui qui l'avait remplacé et qui n'avait pas l’expérience du gouvernement d’un collége. M. Crevier mit à son emploi ce dévouement, cet amour du bien, ce désir de rendre service qui l'ont animé dans tout ce qu'il a fait. Il quitta le collége à la fin de cette année scolaire en 1828, et il fut nommé curé de St, Luc; il dirigea cette paroisse avec un tel succès, que,comme cela vous a été raconté, M. Girouard, que ses infirmités forcèrent a donner sa démission le demanda pour être son remplaçant à la cure de St. Hyacinthe. Ilne pouvait avoir un plus digne successeur: cette paroisse qu’il a desservie pendant 20 ans doit lui conserver une perpétuelle reconnaissance pour le zèle avec lequel il a rempli ses devoirs de pasteur, les vertus dont il l'a édifiée, et la fondation de cet Hotel-Dieu, si précieux à cette ville, dont les membres ont exercé la charité avec un héroïque dévouement, et qui accomplit sa belle œuvre dans les diverses maisons qu'il a établies dans ce diocèse ct dans ceux de Sherbrooke et de Portland.
M. VALIN,
M. Crevier a continué de porter un vif intérêt au: Collége de St. Hyacinthe. Devenu l’un des membres de la corporation civile de cette institution, il prenait part régulièrement aux assemblées qu'elle tenait et, donnait des avis judicieux pour lesquels on avait un respectueux égard. En diverses circonstances, il a fourni des preuves de la bienveillance qu’il a conservée envers les anciens membres de la maison avec lesquels il avait été en rapport.
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M. GUERTIN,
Nous avons souvent entendu nos maîtres nous parler de ce vénérable prêtre avec l'expression d’une haute et respectueuse estime pour ses vertus, et d’une vive reconnaissance pour les services qu'il a rendus à cette maison.
M. LANGEVIN
Vous rappelez-vous quels étaient les professeurs employés pendant l'administration de M. Maguire ?
M. RICHARD
M. Pouliot faisait les Mathématiques ; c'est lui qui a été pendant longtemps Curé de la paroisse de St, Gervais dans le diocèse de Québec ; il est décédé il y a quelques années. M. Proulx, depuis directeur, faisait la Rhétorique. La classe de Belles-Lettres avait pour professeur M. Jean-Baptiste Boucher Belleville, qui depuis a quitté l’état ecclésiastique, et il faut l’attester avec tristesse, a abandonné la foi catholique, Il y avait alors parmi les maîtres, M. Léon Birs, ce respectable neveu de M. Girouard que nous avons vu l’année dernière à la réunion ; M. Brien, longtemps Curé de St.Mathias et qui est mort à l'Hotel-Dieu de cette ville; M. Ignace Archambault, frère de M. le Curé de St. Hugues, décédé à St. Antoine dans sa deuxième année de prêtrise,; M. Raymond le supérieur actuel, qui fit d'abord la Syntaxe, et ensuite la KRhétorique.
N'oublions pas un ecclésiastique irlandais, M. Dempsey, qui amusait beaucoup par ses saillies et la manière dont il parlait le français.
Un jour, il fut mandé auprès de Mgr. Lartigue qui faisait la visite de la maison, et on lui demanda au sortir de l’entretien, s’il n'avait pas éprouvé quelque crainte, quelque embarras en présence de ce prélat dont l'aspect était sévère. Oh non, répondit-il, il ne
m'a pas du tout serré, il voulait dire gêné.
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M. NORMANDIN
Vous avez mentionné un ecclésiastique à qui il est arrivé une assez singulière aventure,
À cette époque, il y avait une bande organisée de voleurs, anglais ou américains, qui en divers endroits du pays étaient entrés la nuit dans les maisons, et s'étaient emparés de sommes d'argent plus ou moins considérables ; on les redoutait à St. Hyacinthe comme ailleurs, Or, l’ecclésiastique en question,ayant un peu d'argent, en avait une terrible peur. Deux de ses confrères s'avisèrent de lui jouer une pièce. Ils se déguisent, entrent dans sa chambre pendant la nuit ; puis affectant un accent étranger etune manière de parler plus anglaise que française, ils lui demandent, le poignard à la main, de leur remettre sa montre et tout l'argent qu’il pouvait avoir. La frayeur de celuici était si grande qu'il donna tout sans se faire prier.
Le matin, tout pâle et tremblant de l'aventure de la nuit, il en racontait les circonstances à ses confrères, parmi lesquels se trouvaient les deux voleurs. Quelle espèce d'hommes étaient ces brigands, lui demandent ceux-ci? —#“ Ah! c'’étaient des gaillards d’une haute stature et d’une grande force, comme je l'ai bien senti lorsqu'ils ont mis la main sur moi; vous comprenez bien qu’il n’y a que des gens robustes qui se livrent à ce métier,”—Or l’un des deux assaillants était de petite taille, et d'apparence peu redoutable.— Et qu'estce qu'ils vous ont dit? demandent encore ceux-ci. —Ïls me disaient: Bourse ou vie !—donne vite ou la mort, et en même temps ils prononçaient, en anglais, des jurements épouvantables.-Mais vous ne savez pas l'anglais ; comment pouvez-vous dire qu'ils juraient ? — Ah ! je sais assez d'anglais pour avoir pu les comprendre.—Et que disaient-ils donc ?—Je n'ose le répéter.— Dites sans scrupule : vous ne faites que rapporter leurs paroles.—Ils disaient : God bless me.— Vous ne ririez pas si vous aviez été à ma place, ajouta-t-il Au reste, je vais chez le directeur pour qu'il me permette d’aller faire ma déposition chez le magistrat: peut-être retrouverai-je ma montre et ma bour-
qui il est
nisée de endroits sons, et )u moins vacinthe n,ayant Deux de , lisse la nuit ; ière de andent, ontre et le celuie prier.
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s.— Voici la montre, dit l'un de ceux auxquels il s'adressait, en la tirant de sa poche.— Voici la bourse, dit l’autre, Il comprit alors la mystification dont il avait été l’objet, et la joie de recouvrer les effets qu'il s'était cru enlevés fit qu'il ne parut pas trop mécontent et ne garda pas de rancune,
M. RICHARD
Je reviens à M. Maguire. Au printemps de 1820, il fut chargé par l'Evêque de Québec conjointement avec M. Tabeau, Curé de Boucherville, d’une mission à Rome pour des affaires très importantes. Il justifia la confiance qu'on avait en son habileté par un succès complet. Il revint prendre la direction du collége en Octobre 1830.
C'est de grand matin que M. Maguire avait quitté la maison; il avait tenu son départ caché, excepté à celui qui devait le remplacer, et à un ecclésiastique qu’il avait fait lever la nuit, pour lui dire de le recommander aux prières des élèves; ceux-ci furent très surpris d'apprendre que leur directeur avait quitté la maison en quelque sorte furtivement.
M. LANGEVIN
Permettez-moi de demander qui a remplacé comme Directeur M. Maguire pendant son absence,
M. DUCHARME
Ce fut M. Proulx. Ce prêtre a été une des gloires du clergé de notre pays. Il était de la paroisse de la Baie-du-Febvre ; il avait fait ses études à Nicolet avec le succès le plus brillant. Ainsi qu'il a été dit, il fut d’abord Professeur dans cette maison ; D fit la classe de Rhétorique ; il s’est éminemment distingué par son enseignement ; il avait un goût littéraire exquis ; il savait exciter l'intérêt de ses élèves pour les matières, objets de leurs études ; il s’attachait à les former à la déclamation. Aussi les pièces théâtrales qu'il faisait jouer à la distribution des prix étaient-
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elles parfaitement exécutées, Peut-être a-t-il trop: recherché le succès en ce genre; et on a remarqué que sa prédication, du reste solide et éloquente, avait quelque chose de trop étudié quant à la déclamation.
M. Proulx était aussi un excellent musicien, tant pour le piano que pour le violon ; c’est lui qui a donné le premier enseignement de la musique dans la maison.
Il a été ordonné prêtre à Boucherville en 1828. Il est revenu au Collége comme professeur de Philosophie ; il remplissait cette fonction quand le départ de M. Maguire pour l'Europe lui fit prendre la direction de la maison. Alors il arriva un fait peu ordinaire ;, il fut remplacé dans la chaire de Philosophie par un élève de Rhétorique. Voici comment la chose s'explique. Celui qui, après avoir été coadjuteur de l'Evêque de Montréal, et ensuite Evêque de St.Hyacinthe, est aujourd'hui l’objet de notre vénération sous le titre d'Evêque de Germanicopolis, terminait cette année son cours d’études dans lequel il avait eu les succès les plus distingués, ayant été presque constamment le premier dans ses diverses classes ; un travail assidu secondant sa belle intelligence, il était devenu un élève très fort, et possédant beaucoup de connaissances. Après ses Belles-Lettres, il avait fait son cours. de Philosophie, montrant la plus haute aptitude pour cette science. Ses progrès dans l'étude qu'il en faisait étonnaient son maître, M.Michel Morin, ce professeur distingué dont il vous a été parlé; il fit ensuite ses Mathématiques et sa Physique sous M.Pouliot, et puis sa Rhétorique sous M. Raymond. C'est pendant qu'il était élève en cette classe,.qu’il fut appelé à remplater M. Proulx comme professeur de Philosophie. Il gardait le costume et suivait le réglement des écoliers ; il inspirait une telle estime que ses élèves eurent pour lui beaucoup de respect, et de docilité. Son enseignement, grâce à la préparation qu'il y apporta fut goûté et donna une pleine satisfaction. Cependant comme c'était une position anormale, on fit venir pour le remplacer, M. Octave Boucher, étudiant alors au.
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de talents supérieurs. Ilest mort après quelques
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M. NORMANDIN
C'est à la fin de cette année scolaire (1829) qu'un discours de remerciements fut adressé aux membres de l'Association de la Rivière Chambly, qui par leurs souscriptions généreuses avaient procuré le bienfait de l'éducation classique à un certain nombre d'élèves, comme cela vous a déjà été dit Or ce cours commencé en 1821, se terminait en 1829. Mgr. Joseph LakKocque était un de ceux qui avaient dû leur éducation à cette société. En son nom et en celui de ses
confrères qui avaient joui de la même faveur, il ex-
prima un vif sentiment degratitude. C'était pour les prêtres et les laics généreux qui avaient concouru à cette œuvre une bien glorieuse satisfaction de voir leur zèle pour l'avancement &e l'éducation récompensé par un si grand succès: qu'auraient-ils senti s'ils avaient prévu que deux de ces écoliers seraient devenus Evêques de St. Hyacinthe, honorant leur siége épiscopal par leurs éminentes qualités ? Des laïcs qui ont occupé des rangs distingués ont dû aussi les services qu'ils ont rendus à leurs concitoyens à cette bienfaisante association ; je nomme entre autres, M. le Dr. Giard qui depuis tant d'années sert si avantageusement la cause de l'éducation dans le département de l'Instruction Publique.
C'est, comme vous le savez, l'Honorable Charles de
St. Ours qui fut le promoteur de cette belle œuvre, Il
écrivit à ce sujet à M. Girouard une lettre qui lui fait le plus grand honneur pour ses sentiments religieux
et patriotiques. * Son fils l'honorable Roch de St,
Ours a aussi montré beaucoup de bienveillance envers
* Nous publions cette lettre à la fin de cet entretien,
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la maison, Il prêtait volontiers des livres de sa bibliothèque, il correspondait avec l’un des professeurs, qui s’en tenait fort honoré, Je me rappelle qu'un jour il fit une visite à l'établissement: une adresse lui fut présentée où l’on rappelait avec reconnaissance la mémoire de son vénérable père,
M. DUCHARME
M. Proulx montra dans la direction de la maison une grande habileté ; il savait y maintenir l'ordre— il était respecté et aimé des écoliers ; illes rappelait souvent au sentiment de l'honneur ; il a pu cependant agir quelquefois avec sévérité. Les élèves à cette époque étaient beaucoup moins nombreux qu'à présent : et je crois plus difficiles à conduire : il se faisait de temps à autre des actes de dissipation qui, d'après ce que je puis en connaître, ne se renouvellent pas: aujourd'hui, Vous êtes plus sages que nous ne l’étions de notre temps.
M. LANGEVIN
Vous êtes; Monsieur, trop bienveillant à notre: égard,
M, GUERTIN,
M. Proulx a-t-il été longtemps directeur ?
M. DUCHARME
Non, au retour de M. Maguire, en 1830, il quitta la maison pour aller prendre la direction du collége de Ste. Anne. La renommée qu'il avait acquise à St. Hyacinthe, le fit appeler à cette charge que les circonstances rendaient très-difficile à remplir. Il y réussit néanmoins parfaitement. Depuis, il a été Curé de St. Pierre les Becquets, de St. Antoine de Tilly, puis appelé à l’Archevèché de Québec; ensuite il est devenu Curé de cette ville, où par son zèle, le talent de sa parole, la dignité de ses manières, son affabilité, et les œuvres auxquelles il a pris part, il s’est attiré:
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une estime générale, Fatigué des travaux qu'exigeait de lui cette importante fonction, il [a demandé à en être déchargé, Il fut nommé Curé de Ste, Marie de la Beauce en 1851. Entre autres actes importants dûs à son zèle, se trouve l'érection d'une magnifique église gothique qui est un des plus beaux édifices du pays. Il est devenu Vicaire Général de l’Archevèché de Québec ; il est mort en 1871.
M. NORMANDIN
Il ne faut pas oublier que M. Proulx à montré un grand talent d'écrire dans une publication dirigée contre l'impiété qui cherchait à s'introduire dans le pays. Cet ouvrage est écrit avec beaucoup de force et d'éloquence. Il est à regretter que son auteur n'ait pas écrit plus souvent : il aurait été une de nos gloires littéraires.
M. GUERTIN.
Quels étaient les professeurs qui étaient chargés des classes pendant la direction de M. Proulx ?
M. RICHARD
C'était d'abord M. Raymond qui en 1829 commençait sa troisième année d'enseignement, M. Charles LaRocque, depuis Evèque de St. Hyacinthe : il était de la même classe que son cousin, mais comme il n'avait pas fait son année de Mathématique et de Physique, il avait pris la soutane un an avant lui; puis M. Joseph LaRocque, M. Marchessault, le digne Curé de St.Aïmé, et je crois, M. Olivier Archambault mort il y a quelques années Curé de St. Thimothée, lesquels, venant de finir leurs études,étiient employés comme régents. Le professeur d'anglais était M. Blyth,Curé actuel de Ste.Martine. Il est un des maîtres qui ont le mieux réussi dans l’enseignement de cette langue, et il a laissé un souvenir agréable à la maison à cause de l’amabilité de son caractère et de ses saillies spirituelles,
Cette mème année arrivait M. Désaulniers.
Comme tout le monde le sait, il avait fait ses études à Nicolet de la manière la plus brillante, Il fut chargé de l’enseignement des Mathératiques. Il était plein d’ardeur pour cette science. Il était toujours vivement préoccupé de problèmes algébriques et géométriques, Il s’attachait aux plus difficiles, et quand il en avait trouvé la solution, il éprouvait une joie qu'il exprimait devant tout le monde, et par cela mème il intéressait beaucoup ses élèves à l'étude de la science dans les profondeurs de laquelle il se plaisait ainsi à pénétrer, Dès lors il donna une haute idée de son talent, et il put faire présager l'éclat dont son enseignement devait briller plus tard. Il fit immédiatement apprécier ces qualités qui l'ont si éminemment distingué comme professeur : une exposition nette et lucide de la doctrine qu’il enseignait, et une
. grande habileté à répondre aux questions qu'on pouvait lui présenter. Son esprit subtil et prompt lui fournissait toujours une raison à l'appui de ce qu'il avançait, ou pour la solution d’une objection qu'on lui avait faite, Il inspirait à ses élèves une haute idée de son intelligence, et il obtenait ainsi leur confiance à son enseignement ; en mème temps il se les attachait par le vif désir qu'il avait de leur être utile, par les connaissances qu'il leur communiquait, et aussi par les traits de la naïveté de son caractère qu'il laissait fréquemment échapper. Les élèves aimaient tout en lui, jusqu'aux formes un peu rudes de son langage, qu'ils accueillaient avec un sourire bienveillant parce qu'ils y voyaient à leur égard une familiarité qui semblait exprimer de la confiance.
M. DUCHARME
Vous ne parlez pas de la peur qu'il avait des morts ; je vais vous en rappeler un trait plaisant, Un jour de congé, il était allé patiner avec un de ses confrères ; c'était un amusement qu'il aimait beaucoup. Ilsy était livré avec une telle satisfaction qu'il était revenu un peu tard au Collége. Quand il arriva, un des
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morts ; n jour 1frères ;
Il s’y revenu un des
ecclésiastiques lui dit: Savez-vous que vous nous avez donné de l'inquiétude ? En ne vous voyant point de retour à cette heure où tout commence à être dans l'obscurité, nous avons craint quelque malheur ; nous appréhendions que vous n’eussiez été vous jeter dans une mare que vous n’auriez pas aperçue.-—Je me figurais, dit un autre, voir entrer votre cadavre apporté bar quatre hommes dans cette maison.—Dieu, s'écrie M. Désaulniers, que j'aurais eu peur! et un instant après :--Mais non, c'est moi qui aurais été mort.
S'il entendait parler de la mort d'une personne qu'il avait tant soit peu connue, il craignaïit de la voir apparaître : pendant plusieurs jours il n° pouvait rester seul à sa chambre, et il fallait que quelqu'un y couchàt mettant son lit près du sien.
M, VALIN
Mais un jour, d'après ce cue j'ai entendu raconter plus tard, il se vengea joliment de ses confrères qui, sans trop de charité, avaient voulu l’épouvanter. Is avaient préparé une sorte de fantôme qu'ils avaient mis dans sa chambre, où il ne deveit rentrer que le soir. Et ils se tenaient à l'étage supérieur d'où,comme il n’y avait qu'un simple plancher, ils espéraient pouvoir l'entendre pousser un cri d’effroi, et ensuite courir éperdument hors de sa chambre. Maisils furent pris dans leur propre piége. En entrant dans sa chambre, M. Désaulniers se douta d'un tour de leur part—et pensant bien qu'ils étaient là comme à laffut—il fit entendre un grand cri, et il se laissa tomber sur le plancher avec le bruit d'une chute subite. Commeil l'avait prévu,ses confrères se hâtèrent de descendr:,En le voyant étendu par terre sans mouvement, ils sont eux-mêmes tout effrayés et confus, et se disent l’un à l'autre : Qu’'avons-nous fait ? [1 est sans connaissance, Peut-être est-il mort, ajouta l'un; un autre lui prend le pouls et dit: il vit encore.—Il peut mourir d'un instant à l'autre, dit un troisième, allons vite chercher le directeur pour qu'il lui donne l’absolution, En ce moment, M. Désaulniers se lève avec un vif éclat
de rire, au grand ébahissement des assistants à cette scène, heureux toutefois, après la crainte qu'ils. avaient eue, que l'aventure se terminât aussi gaiement. Le triomphe remporté par M. Désaulniers en cette circonstance,ne le guérit pas cependant de la peur des morts: ill'a conservée, peut-être un peu affaiblie, jusque à ses derniers jours.
M. NORMANDIN
Pendant l’année de la direction de M. Proulx, il y eut un enseignement extra qui fut suivi avec beaucoup d'intérêt par les élèves. Tous les soirs après la prière, les classes supérieures se réunissaient pendant trois quarts d'heure pour assister à des cours dont les leçons étaient données alternativement par quatre professeurs.
M. Raymond exposait les principr * faits de l'Histoire, en les faisant apprécier sous L, ‘int de vue moral ; M. Joseph LakRocque racontait la découverte et la conquête de l'Amérique par les Européens, et faisait connaître les riches productions de ce continent ; M. Désaulniers enscignait l'Histoire Naturelle ; et M, M. Proulx, directeur, résumait les -événements contemporains les plus importants, et donnait des leçons élémentaires sur les formes des gouvernements et les lois générales de la société pour préparer les élèves à la carrière publique qu'un certain nombre devait embrasser. Ces cours coûtaient beaucoup de travail aux professeurs, jeunes alors ; ils étaient suivis avec une grande attention par les élèves qui prenaient des notes et rendaient compte des leçons. Je ne sais s’il y a eu, à une autre époque, un J2beur aussi fort et un désir anssi vif de s'instruire chez les élèves de la maison pris en général.
M. DUCHARME
Le cours d'histoire naturelle de M. Désaulniers me rappelle une pièce fort amusante dont il a été l’objet de la part de l’un de ses confrères, M. Charles La-
R ocque, le futur évêque de St. Hyacinthe,
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On sait que M. Désaulniers avait une chevelure hérissée, qu'au premier abord il paraissait un peu brusque, quoiqu'il fut plein de bonté, et qu'il avait l'habitude de parler très-fort quand il discutait et de pousser des cris quand quelque chose l’étonnait. Or, un jour, M. LaRocque entre dans sa chambre.—Il trouve sur sa table le cahier où il écrivait ses notes pour son enseignement, Alors à la suite de celles qui devaient lui servir pour la leçon du soir, M.LakRocque écrivit :
“ Il me reste à vous parler d’un animal singulier, “ propre à notre pays. Il a le poil droit sur la tête, il “ a un aspect farouche, cependant il n’est pas malin,il “est même peureux, Il fait souvent entendre des “ cris aigus, mais il ne faut pas s’en effrayer ; il “ s'apprivoise facilement, et il peut être très utile. Il “ se nomme le Désaulniers.”
M. Désaulniers alla faire son cours sans relire d’avance ses notes. [1 donna la leçon qu'il avait préparée. Puis ne faisant pas bien attention à la différence de l'écriture qui au reste n'était pas très-grande, il commence à lire.—“ Il me reste à vous parler d’un animal singulier, propre à notre pays. Il a le poil... Alors il s'arrête—puis à demi voix : qu'est-ce que cela veut dire? je neme rappelle pas avoir écrit cela.— Continuant de lire seul, il s'aperçut de la malice de son confrère. Et s'adressant aux élèves.— C'est assez pour ce soir, l'heure de la fin de la leçon est à peu près arrivée, —la continuation à une autre fois.
M. RICHARD
M. Maguire, de retour de son voyage, revint prendre la direction du Collége; mais il n'y "it pas la mème activité que dans les autres années—ies affaires dont il avait été chargé l'occupaient encore: il souffrait de plus en plus du rhumatisme; d’ailleurs sous le rapport de la surveillance, il n'y avait point eu en lui une aptitude spéciale; ce qui s'explique par son âge avancé, et le laps de temps si considérable qui s'était écoulé depuis sa sortie du Collège; il n'était pas au
fait de tous les tours des écoliers ; puis le nombre des élèves diminuait sensiblement. Il sentit lui-même qu’il était appelé à faire plus de bien ailleurs. Maïs en quittant la maison il lui rendit un grand service, Il fit imprimer une adresse aux habitants des comtés de St. Hyacinthe, de Richelieu, de Rouville, de Verchères et de Chambly pour leur faire sentir les avantages d'une éducation collégiale, et il réduisit la pension à 50 piastres, en exigeant rigoureusement le payement d'avance par semestre.Cette mesure réussit : l’année scolaire suivante, le nombre des pensionnaires fut plus que double ; il n’a point diminué depuis: l'impulsion était donnée : et on put un peu plus tard augmenter sans inconvénient le prix des pensions ; ce qui, on le sent, devenait une nécessité,
M. GUERTIN,
Qu'est devenu ce vénérable prètre après son départ du Collége ?
NM. NORMANDIN
Il a été aumonier des Ursulines ; il a rendu les plus éminents services à cette communauté, si chère, si précieuse à notre pays, où s'est toujours maintenu l'esprit de sa vénérable fondatrice, celle que nous espérons appeler bientôt la Bienheureuse Marie de l'Incarnation. On peut voir ce que M. Maguire a fait pour cette maison dans l'Histoire du Monastère des Ursulines, en 4 vols. in 8°, publié en 1866. C'est un ouvrage extrêmement intéressant par les faits qui y sont racontés, et qui, par sa forme, est un des plus beaux monuments de notre littérature nationale.
M. LANGEVIN
Nous connaissons cet ouvrage; il a été dignement apprécié dans un discours sur la littérature prononcé il y a quelques années à la distribution des prix: on ena même fait déclamer quelques extraits.
ombre des lui-mème s. Mais service, Il comtés de , de Verles avansit la pensement le re réussit :
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#)() M. NORMANDIN
M. Maguire a fait un second voyage en Eurcpe pour une mission qu'il a accomplie avec un succès complet. Il a été nommé Vicaire-Général de Mgr. l'Archevêque de Québec. Il a publié divers opuscules très instructifs ; il est mort en 1854 à l'âge de So ans.
M. Maguire a conservé jusqu’à la fin de sa vie une aimable originalité. Dans ses derniers tempsil disait quelquefois à ceux qui le visitaient : Voulez-vous voir mon portrait? c'est une spécialité : Pour les autres portraits, quelques années après qu'ils ont été pris, ils ne ressemblent plus autant à leur original : mais quant au mien, Je tends de plus en plus en vieillissant, à lui faire reproduire ma parfaite ressemblance, et il montrait un tableau qui représentait un squelette.
M. RICHARD
Vous me rappelez un fait non moins original. J'étais allé le voir à Québec l’année qui précéda sa mort : il me reçut avec son exquise urbanité, et cette affection qu'il avait gardée aux anciens élèves du Collége de St. Hyacinthe. Quand je me levai pour partir il me dit : si vous revenez me voir, vous ne me retrouverez plus dans cette chambre. Venez, je vais vous conduire à la demeure que j'occuperai, Et prenant ses clefs, il descend avec moi l'escalier, me fait traverser la cour extérieure du Monastère, entre à la sacristie, pénètre dans l'église : et s’arrètant auprès de l'autel indiquant du doigt le plancher—il me dit: ce sera là que je demeurerai bientôt; puis il ajouta avec émotion: priez pour moi.
M. GUERTIN.
Vous nous avez intéressés beaucoup par tout ce que vous nous avez dit de cet homme si distingué: veuillez maintenant nous parler de son successeur. C’est Mgr. Prince, je crois.
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