SE
NM. RICHARD
Oui.—Comme cela vous a déjà été dit, sept ans auparavant, étant simple ecclésiastique. :. avait été employé comme professeur de Philosophie dans cette maison où il avait laissé les meilleurs souvenirs, Il avait ensuite enseigné au Collége de Nicolet, Devenu prêtre en 1826, il fut appelé à l'Evêché de Montréal où il fut chargé de diriger les ecclésiastiques qui y faisaient leur séminaire, et de leur enseigner la Théologie. Mgr. Lartigue appréciait ses services ; il avait pour lui une haut: estime et une vive affection : mais il consentit à en priver sa maison, pour le donner comme directeur au Collége de St, Hyacinthe, fidèle à la promesse qu'il avait faite à M, Girouard de protéger, autant qu'il le pourrait, l'institution qu'il avait fondée.
M. Prince arriva ici avec le prestige d’une renommée de talent et de vertu: il fut dès l’abord l’objet d'une confiance qu'il satisfit pleinement.
M. DUCHARME
Il a été le vrai type du directeur. Il comprenait tous les devoirs que lui imposait sa charge, et il les a remplis avec le plus grand dévouement ; il était d’une sollicitude continuelle ; il examinait tout ; sa surveillance était pleine de sagacité ; rien ne lui échappait ; il était habile à tout découvrir. Sa gravité en imposait et maintenait le respect à son égard. On sentait en même temps qu'il y avait dans son cœur une bonté qui attachaïit à lui, malgré une certaine sévérité. Il se faisait craindre par le biâme qu’il infligeait publiquement à ceux qui étaient en faute. Quand on le voyait arriver à la lecture spirituelle avec le front soucieux, et un air mécontent, on s'attendait à quelque sortie véhémente contre ceux qui avaient manqué au devoir : il affectait un aîr d’irritation qui faisait redouter sa censure.
Doué d’une grande piété, M. Prince savait exciter la dévotion parmi les élèves ; dans la direction intime, il parlait avec une onction qui pénétrait le cœur,
dit, sept ans :. avait été hie dans cette Juvenirs. Il colet. Devenu
de Montréal stiques qui y gner la Théovices ; il avait ffection : mais ur le donner acinthe, fidèle ouard de proion qu'il avait
d'une renoml’'abord l'objet
Il comprenait ge, et il les a
il était d’une t; sa surveilui échappait ; vité en impo- . Onsentait
igeait publi- Quand on le vec le front ait à quelque t manqué au ii faisait re-
vait exciter
Il préchait assez souvent, ce que ne faisaient point ses prédécesseurs. Il y avait toujours quelques idées frappantes dans ses instructions ; mais comme il n'avait point le temps de se préparer, sa parole était lente, et peu soignée, Il était au reste plus écrivain qu'orateur ; comme le prouve ce qu'il a écrit plus tard
dans les Mélanges Religieux, et ses mandements
comme Evèque : il avait à un haut dégré le talent
‘épistolaire.
M. VALIN
M. Prince donnait aussi une attention dévouée aux études, aidé cependant en cela par quelques uns des professeurs : il avait le don de savoir encourager ceuxci dans leur œuvre. Il a travaillé extraordinairement ; il était directeur, préfet des études, professeur de théologie, procureur, et la première année seul confesseur d'une communauté déjà nombreuse, Il faut bien dire que cette multiplicité d’occupations lui a été nuisible sous un rapport, Elle l'a empèché d'acquérir par l'étude, des connaissances qui auraient donné plus d'éclat et d'utilité aux facultés intellectuelles dont il était doué.
M, RICHARD
M. Prince, pendant quelque temps, à employé comme économe M. Antoine Birs, le neveu de M. Girouard, qui, étant alors ecclésiastique, l'avait aidé dans la construction du collége et avait été un des premiers régents ; ce Monsieur a encore rendu, dans l'emploi qu'il a rempli sous M. Prince, des services qui ont été appréciés.
M. VALIN
Ce que vous avez dit de la surveillance sévère ce M. Prince me rappelle une anecdote, Il allait de temps à autre au manoir seigneurial où l'honorable M. Dessaulles, et son épouse si distinguée, le recevaient avec cette politesse qui leur était propre, et cette bienveillance affectueuse qu'ils ont toujours té-
PORN OR ANNEE TERRIER DAT VE Ar D
moigné au fondateur du collége et à ceux qui ont continué son œuvre. Or, un jour, la spirituelle seigneuresse lui dit: Il parait, M. le directeur, que vos élèves ont fait dernièrement une importante découverte, dont ils sont heureux. —Mais, je n’en ai pas entendu parler. —-Je pense bien qu'ils n'ont pas dû vous en informer, —Eh ! que serait-ce donc? —On s'est aperçu que vous aviez la vue courte, et qu'ainsi votre surveillance serait moins à appréhender.—Le fait était vrai. M.Prince sourit, mais au fond demeura peu satisfait de la découverte.
M. RICHARD
La première année de la direction de M, Prince se termina plus tôt que de coutume, à raison du choléra. Auparavant on sortait vers le 15 août ; cette année, ce fut au commencement de juillet: deux élèves pendant les vacances furent enlevés par l'épidémie. C'est dans ces mêmes vacances que, comme vous le savez, le Collége de St, Hyacinthe a perdu son vénérable fondateur; on vous a raconté, l’année dernière, les circonstances de sa mort. M, Prince fit tout en son pouvoir pour que ses obsèques fussent aussi solennelles que possible, et il a tenu à rendre sa mémoire vénérée par les élèves.
À le rentrée des classes, le directeur eut l’aide de deux prêtres, M. Raymond, qui fut ordonné au mois de septembre, et M. Magloire Turcotte. Ce dernier était vicaire de M. Girouard quand il mourut, Charcé de régler les affaires de sa succession, il demeura au collége, et aida M. Prince dans l'administration temporelle de la maison.
M. LANGEVIN
Nous tenons à connaître les professeurs qui se sont succédés dans l'institution. Veuillez bien nous dire quels étaient ceux de cette époque.
M. RICHARD
Il y avait donc M. Raymond que je viens.de men-
jui ont elle seique vos décou- 1 ai pas pas dû
? —On
qu'ainsi er, — Le emeura
rince se choléra.
inée, ce es pene. C'est > SAVEZ, nérable ère, les en son blennel- Dire vé-
aide de u mois dernier
Charemeura tration
se sont s dire
e men
re
tionner, M. Désaulniers, M. Joseph Larocque, M. Marchessault dont il a été question, M, Chabot, depuis curé de St, Lin, ensuite aumônier de diverses communautés à Montréal, M. Elie Lévêque ex-curé de St, Marc, maintenant retiré à St. Charles, M. Lecours curé actuel de St.Théodore d’Acton, et aussi,pendant une partie de la première année de M. Prince, M.Eusèbe Durocher, qui, après une carrière si bien remplie, est mort récemment à l'Hôtel-Dieu. Les portraits de ces derniers messieurs,que j'ai vus dans le salon du collège, indiquent leur bienfaisance envers la maison et la reconnaissance qu’on leur conserve,
M. LANCEVIN,
Oui, ces portraits rediront à la longue suite des élèves qui se succèderont dans ce Séminaire, la libéralité d'un certain nombre de membres du clergé à son égard, Mais nous sommes heureux d'avoir à dire aujourd'hui que l'exemple qu'ils ont donné vient d’étre généreusement imité par un membre de la société laïque. Un respectable cultivateur de la paroisse de la Présentation n'a pas cru pouvoir mieux disposer des biens que lui ont acquis son travail industriel et son économie qu'en les employant à favoriser l’'éducation de la jeunesse de son pays, heureux de contribuer à former dans cette maison de dignes ministres des autels et des citoyens qui serviront honorablement la patrie, Lui aussi a donné à cette institution la somme de 4,000 piastres. Son portrait conservera le souvenir de ce bienfait, et des prières provoquées par la reconnaissance attireront sur lui les bénédictions du Ciel.
M, DUCHARME
M. Désaulniers n’est pas demeure toute cette année scolaire à St. Hyacinthe. De bonne heure au printemps, pour qu'il apprit l'anglais et se perfectionnât dans l'étude de la Philosophie et des sciences physiques, il fut envoyé au célèbre collége de Georgetown
aux Etats-Unis, dirigé par les Jésuites. Il fut remplacé dans la classe de Philosophie par M. Raymond, lequel, à la fin de l'année scolaire, fit soutenir une thèse qui a amené une discussion demeurée célèbre,
M. Désaulniers avait lu, étant encore élève à Nicolet, l'Æssai sur l'Indifférence de Y'Abbé de Lamennais. Il était difficile à un irune homme de ne pas se laisser entraîner aux idées de cet écrivain qui exprimait ses doctrines avec une vigueur et un éclat de style qui subjuguaient, Il adopta son système philosophique, et il le soutint même contre ses professeurs. À St, Hyacinthe, il n'eut pas à lutter pour soutenir la thèse dite du sens commun, Ses confrères dans l'enseignement se prirent vite d’une forte admiration pour le célébre écrivain, qui était regardé alors comme le plus grand apologiste du Christianisme, Le premier volume de lÆssas sur l'Indifférence avait acquis à son auteur un nom qui faisait autorité. Et certes, il est peu de livres où la religion ait été défendue avec plus de vigueur et d'éclat. On se trouvait tout disposé, si on n'avait pas fait de fortes études philosophiques ou théclogiques, à admettre les idées du second volume de cet ouvrage, à raison de l'influence que le génie de l’auteur faisait subir à ses lecteurs, et parcequ'on croyait voir dans le systême philosophique qui s'y trouve une arme puissante en faveur de la foi. On le sait, l'abbé delamennais eut une école brillante en France ; il avait attiré à sa doctrine des hommes, jeunes alors, qui sont devenus dans la suite ces vigoureux et brillants athlètes qui ont fait la gloire de la polémique catholique en notre siècle. Il me suffit de citer les noms des Gerbet, des Lacordaire, des Montalembert, des Guéranger, des Bonnetty. L'abbé de Lamennais était regardé comme un homme qui rendait de tels services à l'Eglise que le Pape Léon XIT avait eu la pensée de l'élever au cardinalat.
Il n’est donc pas étonnant qu’au Collége de St, Hyacinthe on ait adopté ses idées, partagées d’ailleurs par Mer. Lartigue sous l'autorité et la direction duquel était l'institution.
t reimmond, r une “lèbre, Niconnais.
pas se n qui \ éclat stéme s pror pour onfrèforte gardé ianisfé ‘y CC torité.
tit été )n sc fortes nettre aison tbir à | sys- SRE moais à sa enus qui otre des des nine que au
St; eurs uel
oo *):)
Aux examens de 1833, le Professeur de Philosophie ft soutenir par ses clèves des thèses sur divers points de cette science, l’une entre autres en faveur du SyStème de M. de Bonald sur l'origine des idées, et une autre en faveur du système de l'abbé de Lamennais, sur le fondement de la certitude: on avait plutôt l'intention de faire connaître ces doctrines que celle de les présenter comme des vérités absolues hors de toute contestation : c'était un essai dé l'opinion publique que l'on voulait faire. Les clèves étaient préparés à répondre à certaines objections mises entre les mains des interrogateurs, Parmi ceux-ci était M. Odelin, Curé de St, Hilaire. [l présenta alors une difficulté à laquelle l'étudiant en Philosophie n'avait pu s'attendre, Le professeur le fit remarquer, et dit quelques mots pour répondre à l'objection. M, Odelin sépliqua. Alors, Mgr. Lartioue qui présidait à la séance, déclara que la discussion était hors de propos dans cette circonstance,
L'’incident fut clos pour le moment, mais il devait avoir des suites.
M. VALIN
En effet, quelque temps après, on vit paraître sur l'An du Peuple, journal qui se publiait à Montréal, une correspondance signée Dorcel qui attaquait l'enseignement philosophique du Collége de St, Hyacinthe, Ilne fut pas difficile de reconnaitre dans cette signature l'anagramme de M.Odelin,Curé de St. Hilaire, M. Prince répondit dans un article caustique, mais sans toucher le fond de la question. M. Odelin sous son vrai nom, entama une discussion dans les formes,
La polémique s'engagea : MM. Joseph Larocque et Raymond la soutinrent pour le Collége.
M. Odelin avait l'extérieur le plus désavantageux, mais il était doué d'une forte intelligence, et d’une aptitude spéciale pour les questions philosophiques ; on voyait qu'il avait autrefois beaucoup étudié ces matières : il soutint la discussion qui fut longue,n'ayant aucun auteur dont il püût s’aider, Il portait de rudes
coups aux défenseurs des systèmes de MI. de Bonald et de l'abbé de Lamennais. Cependant, comme il n'avait pas leurs ouvrages entre ses mains, quelquefois ses objections portaient à faux, ce que ses adversaires ne manquaient pas de relever, et ils prenaient d’ailleurs leur revanche en attaquant les principes cartcésiens qu'ils croyaient trouver dans la doctrine du Curé de St, Hilaire, Assez souvent, comme il arrive dans les discussions philosophiques, on ne s'entendait pas sur les termes ; il fallait des explications qui prolongeaient la polémique,
Les messieurs du Collége publiaient des articles sous diverses signatures qui n'étaient point celles de noms propres : on crut qu'ils avaient des auxiliaires de côté et d'autre, Ceci embarrassait M, Odelin, qui pensait avoir affaire à plusieurs adversaires, Il lui arriva un jour une fatale méprise. L'abbé de Lamennais avait pour nom de baptème Félicité ; or un ex-élève du Collége, doué de beaucoup de talents, cet ayant déjà l'art d'écrire, publia sur un journal, un article sur la question au bas duquel étaient les initiales de son nom, Félix Maynard, M, Odelin crut que c'était Félicité de Lamennais. Il fut un peu déconcerté de voir l'illustre écrivain intervenir dans la lutte ; il répondit cependant, Son jeune adversaire letira d'erreur en se faisant connaître, et en le remerciant malicieusement de l'honneur qu'il lui avait fait de le prendre pour M. de Lamennais.
M. RICHARD
Une autre fois, 11 fut l’objet d’une clarmante plaisanterie, Celui c'es professeurs du Collége qui défendait spécialemert le système de M. de Bonald, avait, dans un de ses articles, cité ces paroles de ce philosophe : “ Un système est un voyage au pays de la vérité: on en remporte toujours quelque chose d’utile.” Oh! dit M. Odelin, en répondant à cet article: “Il paraît que vous ne connaissez pas encore la vérité ;. vous partez pour la chercher, je vous souhaite un bon
voyage, que l'ange Raphaël accompagne vos pas,”
Bonal mme il Iquefois crsaires t d’aily Cartelu Curé ve dans Jait pas prolon-
articles les de iliaires lin, qui
Il lui de La- : or un ents, ct un atnitiales rut que déconà lutte ;
letira erciant
de le
e plaidéfenavait, 1ilosola véutile.” El érité ;, n bon
pas,
ir
J'accepte votre souhait, lui fut-il dit dans la réplique,
et je me flatte d'être assez heureux à mon retour pour guérir l’'aveuglement du bon vicillard.—Ce mot fit fortune, M. Odelin en fut blessé, Jusque-là ses articles, quoique un peu acerbes quelquefois, néanmoins n'avaient rien exprimé d'injurieux, Cette fois, il mit en tète de sa réponse: Vous serez d'autant plus longtemps sots que vous avez commencé plus de bonne heure à l'être,
M. DUCIHARME,
La discussion avait été transportée de l'Art du Peuple à Echo du Pays, journal qui se publiait à St, Charles, Rivière Chambly : elle dura six à sept mois, vu que les articles de part et d'autre ne se succédaient pas toujours à des intervalles rapprochés, Le public s'y intéressait beaucoup, et la défaveur n'était pas à
l'égard du Collège.
M, NORMANDIN
On avait à peine cessé la controverse que parut l’'Encyclique de Grégoire XVI qui la décida, M. de Lamennais, qui avait d'abord été un ardent défenseur je dirai presque de l'autorité illimitée des souverains, s'était constitué, après la révolution de 1830, l'athlète de la liberté absolue de la presse et de la parole,mème en fait de religion, Il avait fondé dans ce but un journal ayant nom l'Avenir, où écrivaient avec lui ceux que j'ai déjà mentionnés : MM, Lacordaire, Gerbet, Montalembert,et d'autres écrivains du plus grand mérite ; je n& sais si un journal a jamais publié des articles récigés d'une manière plus brillante. Cette publication rendit service à l'Eglise par les coup mortels qu'elle porta au Gallicanisme, mais elle soutint des doctrines erronnées sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat, Celles-ci furent condamnées dans l'Encyclique de Grégoire XVI Æirari tros. M. de Lamennais parut d'abord se soumettre ; mais l'orgueil avait pris possession de son esprit : ilrevint sur une rétrac-
tion qu'il avait faite—et il publia le livre fameux intitulé les Paroles d'un Croyant ; cet ouvrage avait été composé en grande partie dans le temps où l’auteur avait conservé toute sa foi, Il y a des passages d’une beauté ravissante ; la magnificence du style du grand écrivain s'y montre dans tout son éclat. Mais il y avait ajouté un certain rniombre de chapitres où s’exprimait dans les termes les plus injurieux un esprit de révolte et de haine contre l'Eglise et l'autorité des. souverains, Ceci provoqua une nouvelle Encyclique: du Pape, qui condamna les Paroles d'un Croyant, et en même temps improuva fortement le système philosophique de l'abbé de Lamennais, Hélas le malheureux prêtre ne se soumit point. Il se sépara complètement de l'Église ; il perdit la foi, et ses derniers ouvrages sont un démenti de tout ce qu'il avait écrit. dans les premiers. Mais il sembie avoir perdu en même temps son génie : il n'y a aucun éclat dans les livres publiés depuis sa défection ; aussi ils sont oubliés. Chose plus étonnante encore, aucun de ces disciples qu'il s'était attachés en exerçant sur eux une sorte de fas ination, ne le suivirent dans sa chute ; ils devinrent tous de zélés défenseurs de l'Eglise—ils. pleurèrent les égarements de leur maitre, et d’après la connaissance qu'ils avaient de son caractère, ils ont constamment désespéré de sa conversion; c'est ce que nous avons entendu dire à votre Supérieur qui dans son voyage en Europe a eu occasion de s’entretenir avec quelques-uns d’entre eux.
M. RICHARD
Pas plus en Canada qu'en France M. de Lamennais n'eut d'adhérents après sa condamnation, Aussitôt qu'au Collége on eut connaissance de l'Encyclique du: 21 juin 1834 qui désapprouvait son système de philosophie, le directeur, M. Prince, publia dans les journaux une adhésion complète au document pontifical. Depuis, des rapports tout-à-fait bienveillants se sont établis entre les prêtres du Collége et M. Odelin. Celui-ci venait de temps à autre les visiter et leur
ameu“
e avait auteur s d’une grand ais il v 1 S'exprit de té des.
clique:
vit, et e phie mal-
1 ComMrniers t écrit.
du en ns les
it ou-
de ces
exprimer avec sincérité de l'estime et de l'amitié: sentiments, qu'eux-mèêmes aussi éprouvaient à son égard,
Il paraît qu'on n'enseignait pas en ce temps la philosophie de St, Thomas.
NT, RICHARD
Les doctrines philosophiques du Docteur Angélique étaient alors tout-à-fait inconnues. Nous entendions bien parler de lui comme d'un grand théologien ; nous ne connaissions sa Somme que de nom. Nous n'avions pas même de livre pour l'étude de la Philosophie; nous avions des cahiers en partie faits par nos professeurs ; ce qui était un grand travail pour eux, et pour nous aussi qui étions obligés de les copier. Depuis on s'est servi de la Philosophie de Mgr. Bouvier, qui est très méthodique, mais passablement cartésienne,.
M, D'UCHARME.
Quant j'ai fait ma Philosophie, nous avions pour auteur les Zastitutioncs Philosophice du vénérable M, Demers, du Séminaire de Québec; cet ouvrage est très clair, enrichi de notes précieuses; dans un seul volume, il comprend la Logique, la Métaphysique et la Morale, Jlne traite pas toutes les questions métaphysiques, 1hstraites, que renferment les livres d’aujourd’hui que l'on appelle cependant Eléments de Philosophie; on n'y trouve point au reste les doctrine., de St, Thomas, ce qui l'a fait abandonner plus tard. M. Demers dans son travail se montre partisan des idées de M. de Bonald, en r ,.tant le système de l'Abbé de Lamennais qui venait d’être condamné.
NT, LANCEVIN.
Est-ce que la doctrine du Traditionahisme dont M, de Bonald est le Père n’a pas subi aussi une condamnation ?
M. DUCHARME
Non—le Traditionalisme est combattu par un très grand nombre d'auteurs, mais il n'a pas été condamné: on a tenté d'amener contre lui une censure au Concile du Vatican ; on n'a pas réussi, Au reste ce système n'est pas entendu de la même manière par ceux qui s'en occupent ; il a peut-être aussi subi quelque modification de la part de ses défenseurs. Le plus ardent et le plus constant de ceux-ci, A. Bonnetty a toujours prétendu que ses adversaires le défiguraient pour le combattre, et il s'est plaint de ce qu'ils ne tenaient jamais compte de ses réclamations contre ce qu'il appelait leur faux exposé de ses idées,
M. NORMANDIN
Vous savez sans doute que ce savant si distingué est mort il y a quelques mois.
M. DUCHARME,
Non, je ne l'avais pas appris.
M. NORMANDIN
Quoiqu'on puisse penser de ses idées philosophiques, il est peu d'hommes qui aient rendu plus de services à la science et à lareligion. Ses Arwnades de Philosophie Chrétienne sont un recueil d'une incomparable érudition : là toutes les découvertes de la science sont mises à profit à l'avantage de la foi catholique. Je ne sais si l'on peut citer un autre exemple d'un travail aussi assidu, et d'une persévérance aussi constante à la même œuvre. La publication dont je parle forme O8 volumes in 8 © et la moitié au moins des articles qui la composent ont été écrits par M.Bonnetty lui-même, Ses études sur l'antiquité païenne rendent à jamais impossible l'admiration si aveugle accordée à ses philosophes et à ses poîtes sous le rapport moral, et sont propres même à nous faire donner une appréciation moins favorable
un très ondamsure au reste ce ère par bi quel- ;. Le -Ci, M.
aires Île it de ce mations s idées,
stingué
sophilus de rles de ncomde la OE-:Chs emple aussi ont je ns des pnnetienne aveuoûtes nème brable
à leur mérite littéraire. M. Bonnetty est décéde à l'âge de 80 ans, et peu de moments après avoir reçu la bénédiction du Pape si justement méritée par ses longs et utiles travaux pour la défense de la religion. Il est mort pour ainsi dire les armes à la main, car il avait encore fourni un article à la dernière livraison des Annales, qui avait paru peu auparavant.
M. LANGEVIN
Nous connaissons M. Bonnetty de renom. Dans son voyage en Europe, M. le Supérieur avait été introduit auprès de lui par une lettre de l'Abbé Gerbet, alors à Kome, et depuis Evèque de Perpignan. Ji l'avait vu plusieurs fois, et depuis son retour il a correspondu avec lui. Il y a trois ans, M, le Préfet des Etudes, recommandé par M. le Supérieur, alla visiter cet homme illustre ; il en fut accueilli avec | plus grande bienveillance ; il fut étonné de l'activité et de l'ardeur qu'il conservait encore malgré son age. M. Ouellette eut occasion de rencontrer chez lui plusieurs des notabilités catholiques, et d'entendre sur de hautes questions philosophiques des entretiens qui ont été pour lui d’un bien vif intérêt. — Au reste nous avons à la bibliothèque la collection complète des Awrales de M. Bonnetty.
M. VALIN
Les examens de 1833 n'ont pas été célèbres seulement par la discussion avec M. Odelin qu'ils ont provoquée ; il s’y est passé un autre fait qui produisit dans le temps une certaine sensation. On y avait répété, en l'abrégeant, le fameux procès de l'Ecol libre, à la Chambre des Pairs en France, où Montalembert et Lacordaire firent ces discours qui commencèrent avec tant d'éclat leur carrière oratoire. Le but de cette reproduction était de former les élèves à la déclamation, et de faire connaître au public cette discussion si intéressante par l'importance de la question qui y était traitée, et par les chefs-d'œuvre d’éloquence
qui s'y firent entendre, On sait que dés lors en France, Quoique avec moins d'acharnement qu'aujour. hui, un SOuvernement qui se disait issu de la liberté, VOulait par un acte du plus injuste despotisme, s'arroger le Privilége exclusif d'enseigner les lettres, condamnant ainsi les intelligences à subir l'esclavage doctrinal qu'il leur iMmposcrait, Les défenseurs des droits de la religion et de la famille invoquaient au Soutien de leur Cause les principes libéraux, au nom desquels venait de s'accomplir la Révolution de 1830,
Notre Pays était alors livré AUX grandes apitations Politiques qui ont amené les troubles de 37. Legou- Vérnement était mal vu de la généralité de nos con- Citoyens : les Partis opposés étaient désignés sous Je nom de bureaucrates et de patriotes il V avait déjà ne Srande agitaiion dans les esprits ; et Le langage, ‘T1 que les Procédés, n'étaient Pas toujours EMpreints. dE Tiodération, Le SOUvVerneur d'alors était Lord. AYlrier, I] Passait la belle saison à Sorel, qu'on appelait en ce temps William Henry. Il avait EXprimé le désir d'assister à Ja distribution des Prix du Collége, Si mes SOUVEnirs ne me trompent pas, Mer, Larticue, alors administrateur du diocèse de Montréal, l'aurait Invité, ou fait inviter à cette fête littéraire,
La chose causa Un peu d'embarras dans l'institution... Il était trop tard pour qu'on pût substituer une autre discussion au Plaidoyer du procès de l'Ecole libre que les élèves avaient appris, et À la déclamation duquel ils étaient EXercés. D'un autre côté on pouvait craindre, vu les querelles politiques du temps, que les idées libérales EXprimées dans ces discours ne fussent: désagréables au Gouverneur, Puisqu'on l'avait invité, il était du devoir le Plus rigoureux d éviter tout ce Iui pouvait Le blesser, Voilà Pourquoi, dans un die. COUrS préliminaire, il fut dit que l'on faisait des réserves quant aux idées eXprimées par Les défenseurs de la liberté d'enseignement. et qu'en reproduisant leurs discours on avait eu Particulièrement en vue de faire admirer leur beauté littéraire ; ce qui au reste était Vrai,
lors en aujour..
liberté, s'arro-
, Conlavage rs des nt au 1 nom ations e gou- Conous le t déjà sage, reints.
Lord.
n ap-
rime
llége,
igue,
urait
tion.
utre
AN er
Lord Aylmer fut reçu avec respect. On lui presenta une adresse exprimant une vive gratitude pour l'honneur que sa présence faisait à la maison en cette circonstance, et la loyauté à l'égard du Souverain qu'il représentait. Elle se terminait par ces mots dont la forme mythologique serait loin d'être employée aujourd'hui: ‘“ Puisse, dans ce modeste asile des muses, Apollon inspirer des génies assez sublimes pour chanter à la postérité la gloire de l'antique et moderne Albion.” Cette adresse avait été composée par M. Prince, le directeur.
M, RICHARD
Il se produisit à la séance un incident propre à blesser Lord Avimer. Un des membres de la Chambre d'Assemblée les plus opposés à la politique gouvernementale assistait à ces examens. En interrogeant sur l'histoire du Canada, il trouva moven de faire une observation qui, sans être directe, était clairement, et j'ajouterai, intentionnellement, une improbation d'un acte de l'administration. Je dois dire que, quoique l'assemblée se composat en grande majorité de patriotes, cette inconvenance déplut et produisit un sentiment pénible. Le gouverneur n'eut pas l'air de la remarquer. Après la distribution des prix, il ne dit et ne fit rien qui indiquat du mécontentement, et il remercia poliment le directeur de laccueil qu'on lui avait fait, Mais la chose n'en resta pas là; elle eut à subir les relations inexactes et les commentaires compromettants des gazettes. L'une d'elle inséra une correspondance d’un assistant réel ou prétendu aux examens disant que lorsque Lord Aylmer avait fait son entrée dans la maison, on avait poussé ces cris : À bas les bureaucrates, qu'une bonne leçon lui avait été donnée parles plaidoyers qu'on lui avait fait entendre, et qu’il avait dû se convaincre de son impopularité par ce qui s'était dit ou fait à son égard.
Je ne me souviens pas si ces assertions impudentes furent contredites. On rapporte que Lord Aylmer.
Jar suite de cet écrit et de Son, Con ut alors à ment qu'il n
apports malv cillants pou
SOn égard un mécontent teavait PAS Paru sentir aUParavant,
M, DUCrrare,
4 aCQuis d €puis cette tation de D: do qui l'a re
4 Pu y contribuer c'est |:
Le Coll cr Cpoque une répundu Populaire: ce qui a réception faite à l’ Honorable Louis Joseph P apineau l’ ne des années Subséquentes au t'fait lont vous venez de parler. Le célèbre or ateur de la ch: ambre était alors dans toute sa Popularité I] venait SOuvent à St Hyacinthe à cause de ses relatione avec la famille scigneuri: Ie: FI] témoiena Ja Confiance qu'il lEposait dans l'édr UCation donnée en ce Colléve EN Yÿ ’aisant instruire °ES {rois enfants, Plusieurs fois Il avait assisté aux CXamens publics, cé qui était con. sidéré comme un honneur va la haute Position qu'il Ji influence toute puis.
l'avait usé de son sante à la Ch hambre Pour faire accor der une allocation ol institution, Prince Crut devoir
À ces. titres M, linviter à une visite en quelque sorte officielle à Ja Maïson, I]f © enellement ; On lui présenta une see Courte, mais atteuse ; ; tout Naturellement et acte ne fût pas apout le Monde, vu qu'il y avait des élèves
appartenc ant au Part; Politique Opposé à celui dont M. Papineau était le chef,
“UX observations qui lui
furent faites, Je Directeur répondit Qu'il avait voulu
rendre homm: age à cet homme « distingué, non comme étant à Ja tète de | oPposition au gouv CInement, mais Comme Pré Sident de l'Assemblée Législative, et comme
ts de Ja Maison, M, Papineau, forcé plus t tard de S'EXpatrier, laissa sa bibliothèque au C -Ollége, Les œuvres des écrivains du 1$e siècle Y Ctaient En plus Sand nombre * que celles des Saints
Pères, Mais :il SY trouvait q excellents classiques dont les Professe
AVantage, I EX-Orateur, opinions fussent loin d'é
CSt venu + tout ‘efois f:
dans Se:
ayant Servi les intéré
Ouvrages TS Durent se servir avec Malgré qu’il sût que ses
4 Maison, directeurs jusque
tre Partagées dans | aire NL à ses S der nières année
lants pour écontentent.
une répuce: ce qui Tonorable séquentes re orateur Jarité, Il relations confiance Colléce sieurs fois tait conon qu'il ute puislocation it devoir
Ile à la
Drésenta
lement
pas ap-
s Clèves ont M.
ui lui voulu
M. RICHARD
On a dit que, par suite du mécontentement qu'il avait éprouvé, Lord Aylmer avait mis obsta cle à l'octroi de l'acte d’incorporation du Séminaire de St, Hyacinthe, demandé par Mgr.Lartigue. Cela ne me parait pas exact.
Cet acte passé dans le SA A provincial avait été réservé à la sanction royale, le Avril 1833.Cette sanction fut donnée le 15 Août 1834 et Lord Aylmer la proclama le 7 Janvier 1835,
La corporation formée par cet acte avait pour nom légal : “ Corporation du Séminaire de St. Hyacinthe d'Yamaska.” Elle se composait du plus haut dignitaire ecclésiastique du district de Montréal, du Directeur de l'institution, du Curé de St, Hyacinthe, et des deux prêtres les plus anciennement résidents dans le Séminaire, Le 18 Mars 1835 la corporation fut constituée, Ses membres étaient Mer. Lartigue, M. Prince, Directeur du Séminaire, M. Crevier, Curé de St. Hyacinthe et Messieurs Raymond et Joseph Ea-
Rocque, professeurs au Séminaire, Le 19 Octobre de la même Eu la corporation adopta les règles particulières qui devaient les régir. Mgr. Lartigue que M. Girouard avait fait son légataire universel, remit à la corporation toute la succession du fondateur, qui en biens meubles et immeubles, comme Île constate l'acte d'incorporation, était estimée à la valeur approximative de près de deux cents mille francs.
M. NORMANDIN
L'érection de l'Evêché de St. Hyacinthe a nécessairement fait subir une modification à l'acte d'incorporation de 1835. Aussi un amendement a été fait par la législature provinciale en 1853. Il porte que la Corporation du Séminaire se composera de l'Evéque de St. Hyacinthe, du Supérieur du Séminaire, de deux prêtres ou ecclésiastiques enseignant la Philosophie ou les Belles-Lettres et des ecclésiastiques qui seraient agrégés à l'avenir au Séminaire,
M. DUCHARME
L'incorporation du Séminaire lui permit de recevoir des legs. Le premier prêtre qui ait fait un don à cette institution est M. Kimber, ancien Curé de Verchères, mort en 1832 ; la somme qu'il a laissée était de mille francs ; elle n'a été remise qu’un certain nombre d'années plus tard par M. Comte, procureur du Séminaire de Montréal, qui en étai. le dépositaire. M. Grenier mort Curé de Varennes en 1834, a laissé à la maison environ 4,600 piastres, pour ètre employées à payer des pensions ou des parties de pension à de pauvres jeunes gens de talents, marquant des dispositions à l'état ecclésiastique. Comme le Séminaire n'était pas encore incorporé, Mgr. Bourget, alors secrétaire de Mgr.Lartigue,était le dépositaire de cette somme; il l’a remise au Séminaire à la fin de 1835. Cette même année la maison hérita de la succession de M. Chevrefils, Cure de St. Constant, qui consistait en deux rentes constituées dont l’ensemble se montait a environ 3,400 piastres, et en sa bibliothèque composée de 700 volumes, presque tous d’une grande valeur, parmi lesquels se trouvaient de magnifiques éditions de classiques ; ce digne prètre était un des membres les plus instruits du clergé. Ni lui, ni les autres Messieurs que j'ai nommés n'avait eu de rapports avec les membres de la maïson ; ils n'ont été portés aux dons qu’ils ont faits que par le désir de promouvoir les intérêts de l'éducation religieuse et littéraire dont ils sentaient le développement nécessaire au pays,
M. VALIN,
C'est encore cette année que le Séminaire a hérité de l’un de ses plus insignes bienfaiteurs, le vénérable M, Déguise, Vicaire-Général, décédé à Varennes,dont il avait été longtemps le Curé, C'était un ami intime de M, Girouard. Il avait fait depuis longtemps l’acquisition d’une terre de valeur dans la paroisse de Ste, Rosalie, et il la lui avait donnée, Par son testament,
cevoir don à e Vere était certain cureur sitaire.
, laissé e eme penrquant nine le ourget, aire de ÉTO se cession isistait ontait
comrrande fiques n des ni les e rap-
t été e pro-
littéssaire
1érité rable dont time l’ac- Ste.
ent,
qui confirmait cette donation, il a légué à la maison, en divers constituts, 5,400 piastres dont la moiti£ devait être appliquée en bourses pour les élèves aspirant à l'état ecclésiastique, et de plus une magnifique propriété, laissée en possession à son successeur à la cure de Varennes, mais dont, à la mort de celui-ci, la valeur des deux tiers devait retourner au Séminaire, lequel en retire annuellement la rente de huit mille piastres, Aussi le portrait de ce prètre si dévoué à l'éducation est-il conservé respectueusement dans la maison à côté de celui de son fondateur.
Il faut aussi rappeler le don de Mme, Veuve Lafontaine, auparavant de la ville des Trois-Rivicres, mais en dernier lieu demeurant à St. Hyacinthe où elle est décédée chez M. le Curé Crevier, son parent. Elle a laissé au Séminaire des rentes constituées au montant de 1,400 piastres.
M. GUERTIN.
Nous conservons la mémoire de ces libéralités qui sont souvent rappelées dans la maison; les noms de ces généreux bienfaiteurs gardés par la reconnaissance y sont préservés de l'oubli; tous les mois une messe basse est dite, et tous les ans un service est chanté pour le repos de leurs àmes,
M. RICIIARD,.
J'ai entendu dire aux ecclésiastiques de mon temps que M. Paquin,mort Curé de Blairfindie en 1832, leur avait légué sa bibliothèque. C'est une bonne œuvre que de laisser ainsi aux jeunes lévites des livres qui commencent le fonds de leur bibliothèque à euxmêmes, et qui fait garder leur souvenir avec gratitude,
M. DUCHARME
Oui, c'est grâce à ce souvenir que j'ai pu savoir que M. Paquin était un très digne prètre, ami intime de
Mgr. Lartigue, distingué comme prédicateur et par
ses reparties spirituelles.
Plus tard d’autres Curés ont aussi laissé ieurs bibli. thèques aux cceclésiastiques du Séminaire, entre autres M. le Grand-Vicaire Demers, et M. Cusson, Curé de St, Antoine.
M. GUERTIN.
Permettez-moi de vous faire revenir un peu en rière, en vous priant de nommer les professeurs depuis l'année scolaire commençant en Octobre 1830.
M. RICHARD
Cette année, il n'y eut point de classe de Philosophie : les élèves qui auraient du faire leurs Mathématiques étaient trop peu nombreux pour qu'on püt leur donner un professeur : ils avaient terminé leurs cours par la classe de Philosophie morale ; quelques-uns d'entre eux avaient pris l'habit ecclésiastique et enseignaient dans la maison. M. Désaulniers était à Georgetown, M. Raymond faisait la Rhétorique, M. Joseph LakRocque, les Belles-Lettres, M. Elie Lévêque la Versification, les autres classes avaient pour professeur M. Brouillet, depuis Grand-Vicaire de Mgr. l'Evêque de Nesqualy, M. Bourassa mort Curé de St, Martin en 1851, M. Archambault, Curé actuel de St. Hugues, M. Sylvestre, mort Curé de St, Marcel en 1867, M. Grant, de la Nouvelle-Ecosse ; ce monsieur a enseigné l'anglais pendant plusieurs années : il est retourné dans son diocèse ou il a exercé le ministère sacerdotal ; il est mort il n’y a pas très longtemps. Il y avait encore en cette époque M. Schneider, ecclésiastique allemand ; depuis, pendant bien des années, il a desservi la mission de Goderich dans le Haut-Canada. Il n’a été qu’une année en ce collége, et il lui a conservé un attachement qu'il a prouvé par une visite toute récente où il manifestait la plus vive joie de revoir d'anciens confrères et d'anciens élèves.
td: 49
M. DUCHARME
F LR M, Désaulniers est revenu de Georgetownen 1834, ds A Il avait abandonné les doctrines de LaMennais,ayant à de suivi l’enseignement des Jésuites qui avaient toujours de été opposés au système philosophique de l'auteur de l'Æssai sur l'Indifférence. 1 eut alors à lutter contre ni ses confrères dont il avait auparavant soutenu les ra idées avec cette ardeur qu'il mettait dans toutes les 1 e" discussions, Il professa à son retour les Mathématic- pl ques et la Physique, et dans quelques classes il en- 1 seignait le grec qu'il avait étudié à Georgetown, M. Raymond continua à faire la Philosophie ainsi que l'année suivante, Cette année il y eut un nouveau régent, M. Paré, depuis Chanoine de Montréal, que la O- mort vient d'enlever, et qui a laissé, à cause de ses d- belles qualités, un souvenir bien cher à tous ceux qui AL l'ont connu. Le nombre des élèves s'accroissait consirs dérablement, M. Paré, chargé de faire les Eléments 15 avait 75 écoliers ; la Syntaxe avait au-delà de 50 n- étudiants : on ne divisait pas alors les classes quand à clles étaient nombreuses. Les ecclésiastiques de ce [. temps travaillaient beaucoup. Ils avaient, comme je 1C viens de le dire,des classes nombreuses ; on sent quel "+ temps devait prendre la correction des devoirs. Ils r. avaient tous trois heures et demie de classe, De plus, le à leur tour ils faisaient l'étude, et surveillaient à la € récréation, vu qu'il n'y avait pas de maîtres chargés spécialement de ces offices. Au reste non-seulement : tous les ecclésiastiques, mais même les prètres assistaient aux récréations ; nous conversions beaucoup L- avec nos maîtres ; c'était pour nous sous plusieurs À rapports un avantage précieux.
\ë n. M. VALIN.
e Aux examens de 1836, la maison eut encore l’hon- F neur de la présence du gouverneur du pays, alors t Lord Gosford. On lui fit une adresse en français et t en anglais. Il ne répondit pas immédiatement, mais au dîner il fit un discours où il exprima avec chaleur
sa reconnaissance pour l'accueil qu'on lui avait fait, I ne s'était rien passé cette fois qui pût ètre désagréable, Malgré l'opposition qui existait alors à l'égard du gouvernement, Lord Gosford fut reçu avec un grand respect, Il logeait au Collége, il y passa la nuit, Plusieurs des hommes les plus marquants du pays assistaient aux exercices littéraires de cette année, qui eurent un grand éclat,
Les examens attiraient toujours un concours non breux d'auditeurs, A l’époque où nous étions écoliers, ils duraient deux et mème trois jonrs Toutes les classes étaient interrogées et sur toutes les matières de leurs études ; il n'y avait que les élèves tout-à-fait incapables qui ne se présentaient pas, et leur absence, remarquée par leurs parents et leurs connaissances, était une humiliation pour eux. C'était au contraire un bien grand honneur de subir un examen où l'on était applaudi : cela excitait fortement au travail ; à l'approche de la distribution des prix, les récréations devenaient des études ; on tenait à ne pas être em-
barrassé en répondant, On ne subissait pas seulement l'examen sur les matières vues dans le dernier se. mestre ou trimestre, mais sur tout ce qui avait éte appris dans le cours de l'année : ce retour sur toutes les connaissances. acquises dès les premiers mois les Axait dans l'esprit.
M. NORMANDIN
Des examens sur les matières d'études n'offrent guère d’attrait, surtout s'ils sont tant soit peu prolongés ; aussi pour attirer les spectateurs on avait recours aux pièces de théâtre. Après l'examen de chaque classe, il y avait un drame; quelquefois c'étaient des scènes comiques, Pour les classes supérieures, pendant plusieurs années c’étaient des tragédies entières, De mon temps on a représenté Athalie, Cinna, Catilina de Voltaire, Jonathas, par je ne sais plus quel poîte, les Foscari de Byron, Arthur de Bretagne dont le sujet avait été emprunté à Ducis, qui lui-même l'avait emprunté à Shakespeare, Il y avait dans ce drame
cs scènes si tragiques qu'on entendait par toute la salle des gémissements ; il y eut même des cris d'effroi ou de pitié à certains moments, Aussi demanda-t-on que cette pièce füt de nouveau jouée l'année suivante ; ce qui eut lieu. Quelques-uns de ces drames avaient besoin de modifications pour tre représentés dans un Collége ; il fallait faire disparaître les rôles de femmes,et quelquefois c'étaient les principaux personnages, on sent que la vraisemblance devait avoir à souffrir de ce procédé, Et il fallait qu'un jeune professeur substitut de temps à autre des vers de sa façon à ceux de Corneille et de Racine, qu'il composät même des scènes entières pour remplacer celles où les femmes apparaissaient, Aussi j'ai entendu dire depuis à l'un de ceux qui s'étaient donné cette tâche : Il faut avoir la témérité de la jeunesse pour avoir osé ainsi défigurer des chefs-d'œuvre.—Cependant,ces tragédies ainsi modifiées plaisaient de même à l'auditoire, et recevaient des applaudissements, La dernière séance
des examens se terminait par un plaidoyer ou un entretien littéraire. De mon temps on a reproduit de l'Iliade les discours d'Ajax, de Nestor, de Phénix à Achille pour l'engager à combattre. Une autre année ce furent les Martyrs de Chäteaubriand qui furent mis à contribution dans les discours de Symmaque, de Hiéroclès et d'Eudore devant Dioclétien.
M. RICHARD
Moi, j'ai vu reproduire le procès du Maréchal Ney, qui a commencé la réputation oratoire de Berryer ; j'ai aussi entendu un entretien prétendu de Bonaparte délibérant avec quelques-uns de ses conseillers sur l'opportunité de prendre le titre d'Empereur. On vous a déjà parlé du procès de l'Ecole libre ; un autre débat judiciaire qui fit une grande sensation, ce fut le procès de Lacenaire. Celui-ci était un scélérat coupable de meurtre avec un complice du nom d'Avril. Dans sa défense, il voulait justifier son crime par certains principes qu’on laissait se répandre dans la société, ‘On s’empara de cette idée, et le procès devint une
Rs) )5
discussion où l’on cherchait à faire voir les funestes effets pratiques de la liberté illimitée d'opinion laissée à la presse et à la parole ; la question de la peine de mort s'y trouvait aussi traitée ; la forme d'un procès qu'avait cette dissertation lui ôtait ce qu'elle pouvait avoir d’aride par elle-même, et elle fut entendue avec beaucoup d'intérêt.
Le rôle de Lacenaire était peu honorable à remplir, mais le discours par lequel il était censé se défendr2 était plein d'énergie, et se prêtait à la déclamation.Un élève prit un singulier moyen pous se le faire donner. Il dit au professeur : Vous êtes peut-être embarrassé pour le rôle de Lacenaire; vous n'osez proposer à personne de représenter ce misérable; eh bien, ne vous gênez pas à mon égard; si vous trouvez dans mon caractère et dans mon physique quelque chose qui vous inclinerait à croire que je pourrais faire ce personnage, je l’accepterai ; il faut bien que quelqu'un se dévoue pour le remplir. Le rôle lui fut donné, et il s'en acquitta avec un admirable talent de déclamation.
M. DUCHARME
En 1835 au lieu de plaidoyer, il y eut un entretien sur la littérature; on s’y éleva fortement contre le réalisme, qui dès lors commençait à envahir ce domaine de l'esprit humain ; le beau idéal était présenté comme devant être l'objet de l'emploi du génie du poëte et de l'artiste; on y rendait hommage au talent des écrivains de l'antiquité, mais avec de fortes réserves sur leurs œuvres au point de vue moral, et on y déclarait trop exclusive l'admiration qu'on avait pour elles considérées même littérairement. On y déplorait le paganisme dominant dans l'éducation classique. La religion dans la sublimité de ses dogmes, la beauté de sa morale, les faits merveilleux de son histoire, la grandeur de ses héros, la noblesse des sentiments qu'elle inspire, était donnée comme offrant les plus beaux sujets que pouvait traiter un écrivain, Et qu'on le remarque, à cette époque, ni le P, Ventura, ni Mer.
Je)
“raume n'avait commencé cette lutte contre la littérature payenne, qui s’est soutenue depuis avec tant de vigueur, et qui a obtenu de Pie IX une si solennelle approbation.
M. RICHARD
Je me rappelle que dans ma classe en 1828, on expliquait l'Appendix de Dis: c'est comme vous le savez un abrégé de Mythologie; on passait une partie de l’année scolaire à apnrendre avec ce livre toutes les aventures des dieux et déesses de l'Olympe. Sans doute rien d’obscène ne pouvait se trouver dans cet ouvrage composé par un religieux ; et mème dans le dernier chapitre on faisait en faveur du christianisme un argument des aberrations de l'idolatrie. Mais d'abord c'était unetriste pature à offrir à l'intelligence que ces fables ineptes et ridicules, au dépens de l’acquisition de connaissances d'un ordre plus élevé et d'une utilité incomparablement plus grande. Et puis, cette application de l'esprit fixée par la traduction sur cet ensemble d'erreurs et d’infamies n'était pas sans inconvénients. À l’occasion d'une question provoquée par un certain passage, que lui fit un de nous, le professeur crut qu'il pourrait y avoir du danger.dans cet auteur classique. Il demanda et obtint un peu plus tard qu'il fut exclu de l’enseignement. Vous voyez que l'opposition au paganisme classique date de loin au Collège de St, Hyacinthe,
M. DUCHARME
On sent quel travail imposait à quelques professeurs les exercices littéraires de ce temps. Il leur fallait préparer leurs élèves pour ces examens, exercer pendant longtemps les acteurs qui avaient à figurer dans les drames, voir à tout l'appareil que demandaient des tragédies complètes en cinq actes et à dix ou douze personnages, composer en tout ou en partie des plaidoyers ou des entretiens philosophiques ou littéaires, et quelquefois des compliments ou discours de
circonstance, vu la présence de hauts personnages. Et il ne faut pas oublier qu'à cette époque, les prix nese décidaient pas d’après un certain nombre de devoirs. faits dans le cours de l'année, mais d’après des compositions auxquelles les élèves se livraient tout-à-fait dans les derniers temps : la correction de chacune de ces compositions, thèmes, versions, vers, amplifications latine et française de chaque classe, se faisait par plusieurs professeurs réunis, et alors les maîtres n'étaient pas nombreux. Cet examen d’un seul devoir qui devait déterminer le prix, demandait un soin qui exigeait beaucoup d'application et de temps. "uis il y avait le prix de mémoire que les élèves obt. iaient er: apprenant par cœur de très longs morceaux des au-teurs ; c'était quelquefois un livre de l'Enéide ou l'Art Poétique d'Horace tout entier. Quel temps ne fallait il pas pour entendre une aussi longue récitation de la part d’un certain nombre d'élèves ? je dis un certain nombre, car tous les élèves de la classe n'étaient pas obligés de concourir,
M. VALIN
Les examens, nous l'avons déjà remarqué,attiraient un grand concours de spectateurs ; on y venait de toutes parts, même de paroisses assez éloignées, quoiqu'on n'eût pas alors les facilités de communication que l'on a aujourd'hui,
J'y ai vu une fois Mgr. Turgeon, alors coadjuteur de l'Evêque de Québec, et des hommes haut placés dans la société laïque entre autres MM. Lafontaine, Caron, Morin qui déjà avaient acquis une grande célébrité. Assez longtemps d'avance, la foule envahissait les avenues au vieux collége ; au moment où l’on ouvrait les portes, elle se précipitait dans la salle malgré les précautions qui avaient été prises, et il fallait du temps pour rétablir un peu d'ordre, et commencer les exercices. Les examens se faisaient au troisième étage dans le grand dortoir. Une année on avait déterminé de faire entrer avant la foule les membres du clergé et les personnages marquants pour la derniêre séance qui atti-