LIVRE Vil. S
toiro, qui n ocoiipait «rabord que les cùlcs vobiius de rOcéan. Lorsqu'il avait vu Tibère rclcnu par une lutte diiSclle sur les rives <1e TEIbe , il avait formé un^^ ligue qu'acceplaieiil déjà les Frisons el d aulrcï^ iHMi|»les mariliiues de ces contrées. Surpris par la promptitude de son retour , il succomba après une courte rësislance, cl so frouva heureux d'ohlenir la paix qui Uî dépouillait de toutes ses conquêtes.
Tibère laissa le commandement à Sentius, el revint à Rome, glorieux de ces exploits qui avaient porté les limites de la douiinali<ni romaine sur la li^ne de l'Elbe, d'une part, jusqua TOcèan; d'autre part, jusqu^aux confins de la forêt Hercynienne. Il reçut le titre d'inipcrntnr , qu'Auguste prit pour lui-même, et qui était réservé désormais aux membres de la famille impériale. 11 obtint aussi pour Sentius les ornements triomphaux. Ces succès avaient accru son ardeur pour les combats, et nous le verrons bientôt , avec le secours de Livie , faire adopter par Auguste de nouveaux |>rojets de conquête au delà du Rhin (1).
Ce n'était pas 1 enthousiasme de la ;;loire qui inspi- |rait à Tibère cette ardeur pour les combats. La passion 75». de dominer était le vrai mobile de son âme hautaine ; il ne cherchait dans ses exploits guerriers qu'une garantie de l empire. La rivalité naissante de Germanicas avait plus vivement frappé ses regards , depuis Texil d'Agrippa Posthume; il ne pouvait être rassuré t»ar l'adoption ([ui seiriblait avoir [dacc Iclils de Drusus sous sa dépendance , quand il le voyait obtenir les prèferences d* Auguste et même Taveu de Livie ; car Livie semblait aussi protéger Gei nianîcus , soit par des
(V Dion , LV in f. , rt LVI. — Suét. , Xm- . «•».
vues politiques , soit que le canclère laetle de ce jeune homme l'eût encouragée à manifester sa temlffeflse
j>our un i>etit-ùls.
Germanicus avait obtenu la questure en vertu d'une dispense de cinq ans sur Fâge prescrit par les lois annales , accordée à la demande d'Auguste. Son entrée en fonctions , l'an 759 de Rome , sous le consulat de Lépidus et d'Amintius, flit signalée par des Jeux donnés au peuple , en son nom et en celui de Glande , son frère. On admira leur magnificence qu'Auguste avait favorisée par une assignation sur le produit des dépouilles des Germains. Un chevalier romain y descendit dans l'arène pour se mêler aux luttes sanglantes de s gladiateurs. Les animaux les plus rares figurèrent dans le combat des hèles féroces : on remarqua surtout un énorme éléphant de l'Afrique , qui éludait avec une singulière adresse la corne redoutable d'un rhinocéros , et qui parut ensuite , en le montrant terrassé, solliciter les applaudissements des spectateurs.
La splendeur qu'Auguste faisait donner a ces jeux n'avait pas pour unique but les intérêts de Germanicus. Nous verrons en effet que les citoyens, aigris par de récentes innovations et menacés de la famine, formaient de dangereux rassemblements ; ses eflorts pour les distraire semblèrent même d*abord infructueux , et leur sombre silence , dans la vaste enceinte de la salle , au moment de rouverlure des jeux , lui inspirait de vives alarmes. Leurs dispositions changèrent ^ lorsqu'ils virent entrer dans rassemblée le brillant héritier d'un héros si cher à leurs souvenirs; de bruyantes acclamations manifestèrent l'ivresse de leur joie et de leurs espérances. La seule présence de
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Germanici», dteat les htoioriéiis, eut plii§ d'effet pour
dissiper le seiiUrnent de leurs maux, que le retour même de i'aboodance , qui leur en anoon^a peu après le 4erae.
Tibère yenail alors d'obtenir la permissioii d'entreprendre, au delà du Btiiu , 1 expédition que nous avons annoncée » et dont nous ferons connaître l'objet et les résultats. Ces dèmoBStrations excitèrent ses ombrages , car il savait qu Auguste attachait une grande importance aux vœux populaires, et ii tciUa de se les concilier par un hommage offert à la mémoire de Dnisus. Le temple de la Concorde , dont 11 avait aussi acquitté les dépenses avec le produit d<'S dépouilles des Germains, venait d être terminé. Le nom de son frèfe fut associé au sien dans la dédicace , et le temple fnt consacré au culte des frères jumeaux Casior et Pollux; ii s était Oatté d en imposer sur sa perfide amitié , qu'il osait comparer à celle dont les honneore divins avaient été la récompense , et ne parvint qn'à réveiller les impressions qu'avait produites la mort suspecte de Drusus.
Après le départ de Tibère pour l'armée , Germanteus continua de justifier les témoignages de fiiveur qui avaient signalé ses débuts dans les fonctions de la questure : il montrait une capacité peu commune dan& la discussion des affaires , et paraissait avec édat aux audiences du Forum , pour y plaider les causes des citoyens. Assidu aux leçons de ses maîtres dans Tart de la guerre et aux exercices militaires , il y obtenait une supériorité non contestée sur tous les jeunes gens de son âge. Au milieu de tant de soins , il trouvait des loisirs pour la culture des lettres; d'heureux essais dans la poésie grecque et latine lui obtinrent les éloges
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d'Ovide , qui venail de termiaer ses Fosims^ ei qui lai dédia ce poëine(l\
{ Les mécontentements que le peuple manifestait à
7W* Tépoque des jeux donnés par Germaiiicus avaieal poor première origiiie des lois ûseales pnbliées par Aagoste Tannée précédente , et que nous ferons bientôt connaître. Ils s'étaient ensuite accrus par les approelles de la funinedottt lltalie était saiiê cesse menacée, depab que ses champs avaient été enfermés dans des parcs somptueux, ou abandoiinés au travail stérile Ues esclaves. Les fléaux du ciel avaient rendu ce danger plus pressant par la destruction tfune partie des réeoltes. Les greniers qui renfermaient iee blés de la Sicile et de la Sardaigne comnieupieul à s épuiser, et l'élévation du prix des grains eicitail des soulèvements qui forent d'abord suspendus par les distractions des jeux , el ensuite par 1 avis (jue la flotte qui apportait les blés de l Égypte voguait sur la Méditerranée. Le découragement général se manifesta avee violenee lorsqu'on fut instruit que cette flotte vmail d être dispersée par la tempête.
Auguste, qui voyait les murmures $iu peuple se changer en menaces séditieuses, eut recours à des me^ sures extraordinaires : uq décret du sénat suspendit le cours de la justice» et obligea tous les étrangers à sortir de Rome , n'exceptant que les instituteurs et les médecins. Les riches reçurent Tordre de se rendre dans leurs terres , aveccette multitude d'esclaves dont les entourait un luxe effréné, iics indigenU et les autres esclaves furent envoyés dans les principales villes de l'Italie. Des distributions journalières sup-
(I) Dion. LV. — Soét, , TIb. 20. - Ovid. VHa. an R. 750.- Bmcker. » Belg. , nom.