‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 115 sur 160 · LIVRE VlII · texte numérisé non relu

LIVRE VlII

Au premier rang des familiers de Livie , nous avons

déjà fait remarquer Salluste, qui devait seul lui In* spirer une inaltérable confiance. U était digne de la rivalité de Mécène , unissant comme loi à nn rare génie pour les affaires cet esprit voluptueux et déli* cat qui le ramenait sans cesse à la culture des lettres. JNous FavoDS vu y dans les dernières années de la vie de Mécène, prévaloir enfin sur lui dans Tesprit d^Auguste.

Depuis ce temps , Livie avait exercé par Salluste une influence sans bornes dans i^ conseils du prince. Elle s*en était servie pour renvmer tous les obstacles qui entravaient son ambition : désormais elle n'avait plus à redouter que les efforts d Auguste, impatient du joug qu'elle lui avait imposé. Elle aspirait alors à les prévenir, en lui créant des embarras par des guei icsdiiTiciles ; c'était dans ce motif qu'elle avait fait résoudre l'expédition proposée par Tibère contre Maraboduus , roi de Bohème , dont le nom commençait à devenir fameux chez les Germains.

Maraboduus était i un de ces Marcomans , élite de ^ 2. leur jeune noblesse , que Drusus avait envoyés à Rome comme otage après sa victoire : il se montrait digne de sa naissance par sa taille avantageuse , par sa bravoure, par une sagacité peu commune , surtout ebez les Germains. Auguste , qui le traitait avec distinction et le comblait de présents , séduit par les démonstrations de son zèie, 1 avait renvoyé dans sa patrie , et fait nommer chef des Marcomans. C'était le but du dévouement qu'avait affecté le jeune et rusé barbare , et il se flattait même d'user de cette faveur pour étendre sa domination. Mais ses ambitieux projets ne pouvaient étire réalisés dans un pays voisin

S1£GL£ li AliGLâTE.

des RonalDs et entouré de lears conquêtes. 11 rappelle donc aux Marcomans les temps plus heureux 4e leurs iovasious au delà du Rhiii ; il \eê retroa^e dans leur triste oisiveté , et MentAt il les verra rMults

à une humiliante servitude ; mais il peut encore les eu garantir , en cherchant avec eux daos des contrées plus favorables à leur iodépendance de nouvelles occasions de butin et de gloire.

Maraboduus obtient sans peine leur aveu , et celui des Quades, leurs voisins. Ëntraina&t sur ses pas cette population nombreuse et guerrière, il la conduit dans la Bohême qu il enlève aux Boïens et réserve à ses Marcomans. II fait ensuite la conquête de la Moravie, où il établit les Quades.

Ces brillants succès Tautorisent à dévoiler ses pré* tentions. Le titre de chef, toujours précaire , l'exposait à de constantes rivalités et aux caprices de la nuiltitude : il aspirait au titre de roi, et réussit bientôt à Tobtenir.

Un grand nombre de chefs des peuples voisins ac^courarent alors sous ses drapeaux , attirés par sa renommée , par ses largesses , par Tespoir de nouvelles conquêtes . il recueillit aussi les restes des Sicambres qui fuyaient errants dans, la Germanie. Enhardi par ces nouvelles forces » Il occupa d'abord les pays qui devaient former un jour le duché de Silésie, et finit par soumettre à sa domination tout lecoursde rOder.

Telle était la puissance du roi de Bohème lorsque Tibère était revenu à Rome , après sa brillante campagne dans la Germanie. Maraboduus avait formé, nne armée de qnatre-vingt mille hommes , abondam* ment pourvue d'armes et de machines de guerre ^

Page 1