‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 126 sur 160 · UVRE MIL · texte numérisé non relu

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-leiir» remparts, restent victorieux dans l'assaut qu'ils viennent de provoquer. Ce succès exalte encore leur fureur ; ils font une nouyelle sortie , se précipitent sur le camp des Romains et s*efforcent d*arracher les palissades.

Tibère recrouvre ses avantages par leur audace si imprudente. Laissant une partie de ses troupes à la garde des retranchements, il sort par la porte opposée du camp, pénètre par un détour dans Andètrium , qu'il trouve sans défenseurs, et fond sur les derrières des assaillants. Troublés par cette attaque Imprévue, menacés de front par une vijjoureuse sortie des Ror mains, les Dalmates rompent leurs rangs et se dispersent. Mais y déjà enveloppés sur toutes les Issues » Us succombent presque tods après une lutte désespérée.

La terreur se répand dans Ja Uainiatie, épuisée par ce désastre et abandonnée par son général. Les corps qui tenaient la campagne désertent leurs drapeaux , et les transfuges, qui n'espéraient aucun pardon, se réfugient dans Arduba» place forte dont une rivière rapide baignait les murs. Ils y sont assiégés par Germanicus et se flattaient de prolonger leur défense. Mais les habitants , menacés du sac de leur ville , ouvrent leurs portes, malgré la vive résistance de leurs femmes, qui soutenaient les transfuges et préféraient la mort à la scrviUule. Devenues furieuses à la vue de l'ennemi qui pénétrait dans leur ville, elles jettent leurs enfants sur des bûchers allumés ou dans le fleuve , et* s'y précipitent après eux.

Tandis que Tibère faisait occuper les principales villes de la province , il reçoit un message de Bâton , qul's'était tenu caché depuis son évasion, et qui en* voyait son fds à Seretium pour demander un sauf-

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cmdiiJl. Il lui fait donner l'ordre de te {irèswitor à

soii tribunal, et, dissimulant sous une apparente rigueur leurs rapporte ;»ecrelSy il lui r^procbe vivmeol sa ré|>eiUoii. « Voiis ne devex nmputor qu'à toiw milf dit Baten avec uoe noble fierté; au lieu de bergers pour tondre vos troupeaux , vous avez cuvoyé des lou|» pour les dévorer. » Tibère le traita d'ailleursavee bienveillance , et , après avoir conda la paix auK con* di lions déjà arrêtées , lui accorda la liberté d un grand nombre de {prisonniers» 11 ei^igea seulement que son séjour fût filé dans une de:» villes de Tltalie; son cboix s'étant porté sur Ravenne, il y fit les frais de son établissement et ne cessa de 1 y combler de ^ bienfaits.

Auguste ratifia le traité qui lui fut apporté par Ger-

nianicus; il coiivoqua ensuite le sénat pour statuer sur les récompenses. U n accepta pour lui-même qm ûmx arcs de triomphe » qui devaient être érigés dana la Pannonie, et le surnom d^imperator^ qu'il prit alors pour la vingtième fois. Tibère reçut pour la quatrième fois le même surnom » et obtint aussi le triooh pbe sur lesPannoniens et sur les Dalmates. On voulaii joindre à ces honneurs un litre qui îsignalât Timportance de ses ex pioits, le titre de Pannonique^ de Pieux, dlnvincible. Auguste réprima ces adulationa. « Il doit être satisfait , dit-il , du titre que je lui destine. »

Les généraux qui avaient servi sous Tibère, Qer« manicus , Lépidus , Messalinus , Syl vanus et Posti|u^ mus obtinrent les ornements triomphaux. Germanicua obtint de plus les ornements de la yiHure , le droit d opiner dans le sénat après les consulaires , une dispense des lois annales pour le consulat. Un autre décret accorda au jeune Drusus, ûis de Tibère, le

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droit d'assister aux assemblées du sénat, et, lorsqu'il aurait géré ia prëture , le droit de préséance sur tous les aaciens préteurs (i).

Noos alloDs rerealr sur les éTénemenls arrivés aux 5 15» mêmes époques dans le reste de l'empire et que nous avons passés sous silence pour ne pas interrompre les récits de la ^erre dlllyrie. Nous avons seulement fait connaître la nomination de Varus , président de la Syrie , au proconsulat de la Germanie. Cette mesure, dirigée contre Tibère, va bientôt amener des désastres qui affermiront son crédit: mats alors elle fournit à Livie roccasion d'obtenir pour l'un de ses partisans de nouveaux bonneurs , et Quirlnus Ail nommé à la présidence de la Syrie.

Quiriims gouvernait alors TEgypte dont i! avait êtù nommé préfet 1 lorsque , après la mort de Caïus Cë- SU- 9 il eut pacifié l'Arménie. Cette province était désolée par les incursions de ses voisins. Les Marma* riques , dont le vaste territoire couvrait ses frontières, s*étaienk ligués avec les Garamantes , impatients de là domination romaine. Leurs hordes nombreuses étendaient leurs courses au delà du Nil , pour piller caravanes et les navires qui transportaient les ri* dtesses de llnde à Alexandrie.

Qutrinus envahit le pays des Marraariques , résolu de mettre un terme à leurs rapines. Après une guerre longue et opiniâtre ^ ces contrées , devenues presque déseHes , furent enfin comprises dans les limites de Tempire.

Lorsqu'il fut appelé à ia présidence de la Syrie , le sénat venait de prononcer la déposition d^Arcbélaûs,

(I) Dion, LVl. - Palcrc. , U, 115 cUuiv. — Suél. , Tib , 1/ rlio.

Uiyiiizeo by

roi de Judée. Chargé de réduire en proYioee œ

royaume allié , il y établit le procurateur qui dev«l le gouveruer sous ses ordres , el y fit de nouveau le cen» , en vertu d'une délégation spéciale d'Auguste.

Une guerre heureuse contre les Isaures accrut alor» sa renommée ; il les poursuivit dans les défilés du mont Taurus d où ils élendaienl leurs brigandages sur toutes les provinces voisines. Cette nation féroce et jusqu'alors iiidoniplêe fut presque entièrement détruite dans une muiUtude de combat» ou dans ses forteresses emportées d*assant ; ses restes peu nom* breux furent transportés dans les plaines et contenus par des postes fortifiés. Quirinus reçut les ornements du triomplie ; il aurait pu » dit Florus , obtenir le surnom de Marmarique ou dlsaurique ; mais U fut plus modeste que Lentulus Cossus dans Tapprèciation de ses exploits. Nous ajouterous que Livie exigeait toujours cette réserve de ses partisans.

•Lentulus, auquel Thistorien fait ici allusion , était iiii ancien ami d'Auguste , qui l'avail nommé au proconsulat de la province d Afrique. Dans la première année de la guerre dlllyrie , Juba , roi de Mauritanie» fut réduit à implorer son secours. En voulant soumettre les cantons de la Gétulie , qui faisaient partie, de ses états, et-qni s'étaient révoltés avec le secours des autres Gélules , Juba avait été contraint de prenr dre la fuite et d abandonner ses provinces à leurs ravages. Lentulus les en chassa par une sanglante victoire, et les poursuivit dans la Gétulie, qui fut réduite» après une longue résistance , à subir tout entière le joug des Romains. Il obtint les ornements triomphaux, et le surnom de Getulicus.

Il mourut avant le terme de son proeonsulat , après

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^voir fait un testamenlqui renfermait des dispositions

fidéi-comniissaircs et souscrit plusieurs codicilles, dans lesquels ii priait Auguste , comme son ami , d assui er leur exécution . Nous avons vu que fe prince saisit celte occasion pour autoriser , par ses mandats , les Odëi* commis et les codicilles.

Cependant, dans Tannée de l insurrection illj* S i^rienne , Poliion avait terminé sa longue carrière , à '^^^ râge de quatre-vingts ans : il ètiiil 1 un desdciniciscl le plus illustre de ces vétérans de la liberté qu'une politique habile avait abusés par de communes déceptions* L'ascendant du fils de Jules-César sur ces hommes éminents , qui se disputaient avant lui la prépondérance, était dù surtout à cet esprit supérieur et si fécond en ressources qui avait jadis été le motif de son adoption. On a remarqué que l'art, si difficile, de varier les séductions suivant la diversité des caractères, avait été son principal moyen de gouvernement. Il avait satisfait dans les uns Tamour du pouvoir et des richesses ; les autres s'étaient laissé chai nuT par ses grâces , par ses prévenances , par son respect pour les formes républicaines , et ceux qui ne l'eussent pas secondé dans ses desseins avaient craint du moins d en paraître les adversaires. Mais , tandis qu il tlatlait ainsi chacun d'eux ^ se jouant également de tous , il les avait entraînés à sa suite par les insensibles progrés de ses institutions.

Poliion avait surtout obtenu d'Auguste une tolérance bien remarquable de la part d*un prince si hostile à toute licence dans tes propos. Uniquement occupé de la discussion des causes civiles ou de la culture des lettres , .et , dans cette retraite volontaire, protégé par la- considération (lue loi assuraienl^ son:

opulence et une aDcienoe renommée , il conservait

dans ses discours toute la franchis*» rèpiil)lkaine. Lorsque le rhéteur Timagène, qu'il avait jusqu'alon traité avec mépris , fut exclus , pour des propos tè* méraires , de la familiarité du prince , il n'hésita poÎDlàle recueillir dans sa maison. Auguste lui en ayant fait amiablement des reproches, U offrit de le renvoyer. Gomment le voudrais -je? reprit te prince ; c'est moi qui vous ai réconciliés. )>

Auguste Tavait même conservé dans sa familiarité. Lorsqu'il déplorait la perte récente de Gains César, il apprit que Pollion venait de donner un grand re^ pas. u Vous savez , lui écrivit-il , quelle part vous avez dans mon amitié ; comment pouvez-vous être indifférent à mon affliction? — Pai traité mes amis^ répondit l'oUiiui , le jour niéme où j'avais perdu mon fils Hérius; voudriez-vous exiger d'un ami plus que d*un père ? » Pollion avait en effet montré cette dureté, ou plutôt cet abus d une àrnc forte, qui se roidissait contre les revers domestiques quand elle n'avait plus à lutter au dehors contre les caprices de la fortune^ Mais on peut ainsi apprécier Ténergle de ces ffeEscLloyens dont Auguste avait obtenu la résignation au gouvernement d'un seul.

Pollion avâU publié des poésies et une histoire de son temps qui fuient citées avec éloges, mais il n'obtint le premier rang que parmi les orateurs. Forn^ à Técole de Cicéron , il eût pu même aspirer à sa rivalité par un aulre genre de talents , par la profondeur des conceplions , Télévatiou des sentiments , la mâle vigueur du style. Mais nous avons déjà fait observer que les circonstances n'étaient plus favorables aux grands succès de l'éloquence.

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