‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 131 sur 160 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

TIBÉAË.

ANS DK ROM 8 763 — 767.

1 ibère attirail tous les regards des Romains sur $ icr. Sérëtium , sur celle forleresse de la Dalmalie où il ^03. alteDdail la ratificatioa du traité apporté à Rome par Germanidbs. Désormais il n'avait plus de rivaux à redouter pour la gloire militaire. « Il venait, dit Suétone, da termineur la guerre la plus difficile que Rome eût soutenue depuis les guerres puniques. Par sa persévérance et par son coura*^e, il avait achevé de soumettre les vastes pays renfermés entre le golfe Adriatique et le Danube , oea provinces de 1111 jrie qui devaient faire la force et devenir le boulevard de Tempire. y>

Des exploits si éclatants semblaient assez justiÛer l adoption qu il avait obtenue. Telle a été néanmoins la iréprobation dont Ta frappé Tinflexible histoire , que sa funeste influence sur les destinées d'Auguste ne s est pas bornée aux chagrins dont il avait empoisonné sa vie. Ëlle s'est même étendue sur sa mémoire; et ce prince a été soupçonné d'avoir voulu relever la gloire de son principal par le contraste d'un si indigne successeur. Mais nous avons fait voir que Tibère avait dû le choix d'Auguste aux obsessions de Livie;

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Noas pounioDsi^outer que la corruption de son coeur

ne s était point encore dévoilée : il ne fut amené que par degrés et par un déplorable concours de circonalances à cette profonde scélératesse , ifue le génie ▼engeur de Tacite devait la! faire expier par l'eiécralion de la postérité.

Tibère avait toutefois manifesté, dès son bas âge, les perverses inclinations qui devaient Tentralner tour à tour vers la cruauté et vers la débauche , qui n*étaient retenues dans leur essor que par sa paresse naturelle. Son front superbe annonçait le descendant de cette famille des Glande dont il était également issu par son père et par sa mère. Une âme hautaine respirait dans son ton et dans ses gestes , les expressions même de sa bienveillance étaient brèves et dédaigneuses.

Mais Tanibiliou qui le poussait aux grandes choses eût pu réformer les vices de son caractère. Elle était juste d'ailleurs » autorisée par ses avantages extérieurs et par ses qualités éminentes. Sa stature était mâle et élevée, sa constitution devait résister aux plus dures fatigues; ses talents guerriers se manifestèrent dès sa plus tendre Jeunesse , et lorsqu'il suivit Auguste en Espagne pour faire ses premières armes contre les Cantabres. Dans cette expédition difficile, il se montra digne de suivre les traces d' Agrippa » par la même capacité pour radministration militaire , par la même constanc dans les travaux et dans les dangers , et par cet art si rare de se concilier i'affecUon des soldats et d'exciter leur ardeur « sans relâcher Jamais le frein de la discipline. Il obtint ainsi le suffrage de ce grand capitaine , et autorisa lopinion , répandue par ses partisans^ que lui seul pouvait désormais le remplacer.

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Un orgueil iodomplable devait égarer ce géoie déjà si puissant et le pousser vers d'autres destinées : son cœur s'ouvrait dés lors aux passions cruelles qui exercèrent sur lui un si funeste empire , et qui eurent pour première cause les rigueurs constantes de la fortune* Qsur ii les avait éprouvées dés son bas Agé , et ses yeux . à peine ouverts , n'avaient été frappés que despèrijs dont une proscription cruelle menaçait toute sa famille. Il fut ensuite admi% dans la maison d'Augasie , mais pour s^ voir humilier par la préférence accordée au jeune Marcellus , qui lui disputait la main de Julie. Lorsqu'il se flattait ensuite de succéder au rival qui lui avait été préféré , ses espérances forent de nouveau trompées par Félévalion dAgrippa , puis par la faveur inattendue de son frère Drusus , qu'il rendit ensuite victime de son atroce jalousie. Mais comme il n'avait obtenu pour tout fruit de cet attentat que de considérer de plus près la grandeur précoce des jeunes Césars, il trahit la violence de son dépit par cette imprudente retraite qui devait être ciiangée en exil, et achever de le corrompre.

Ses vices , qu'avaient jusqu'alors contenus la crainte de l'opinion et l'ambition des honneurs , prirent un funeste ascendant , favorisés par les ennuis de cette longue solitude. La vigueur de son âme rendit même plus fécondes les pernicieuses semences qu elle renfermait, et qu un plus noble emploi de ses facultés aurait étouffées. Son caractère altier , son génie observateur^ les bassesses des courtisans lui avaient inspiré le mépris des hommes : il conçut alors pour eux une haine violente ; et son cœur , nourri du fiel le plus amer » se gonfla du poison qu'il devait un jour verser sur Tem* pire. Ainsi se vérifiait de nouveau celle assertion ,

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devesM proTerMale , qoe celui qui passe de Texil à Fautorité esl avide de wermr du sang.

Après la mort suspecte des jeuues Césars , Tibère lemblail devoir repreodre plus de coofiance dans sa fortune, car il obtint bientôt Tadoplion d'Auf^ste. Mais cette faveur inespérée flattait peu son orgueil ; U la devait à la seule Livie, sans laquelle il ne pouvait remplir tous ses vœux et acbever de prévaloir sur ses rivaux. Instrument nèqessalrederambltlond^une fem^ me, autorisé ainsi à la croire placée sous sa dépendance, il se voyait contraint de lui subordonner toutes ses volontés. Tel était même TasGendant de cette mère impérieuse , qu'il ne devait jamais s'en aflhinehir; il ne cessa pas de le redouter après son avènement à l'empire , et toujours son génie étonné trembla devant ce géuie supérieur qui l'avait relevé de son abaissement.

La violence qu'il se faisait paraissait dans Texcés de ses soumissions , et surtout dans ses déférences envers Auguste ; Il les prodiguaii comme des obligations de la dépendance filiale qu il afFeclail même d^observer pour la jouissance de ses biens. Ainsi que les iils de famille » il ne faisait aucun acte de propriété , et n'acceptait les donations et les legs qu'à titre de pécule.

Résigné désormais au joug de Livie , Tibère obtint le commandement sur le Rbin qui affermit sa renommée militaire , rexpëditiou contre la Bobème , la mission de réprimer le soulèvement des ïllyriens. Lorsque , dans cette dernière expédition , ses lenteurs calculées eurent réveillé de trop justes méfiances , Auguste avait bientèt éprouvé que Tappui de son épouse mettait Fascendant de Tibère au-dessus de ses atteintes , et ses efforts pour établir Hmpuissante ri-

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' valité de GerniaBkus n avaient fait qu'accroître les dangers de la guerre. Mais ce prince avait préparé de bien plus graves désastres sur le Rhin lorsqu'il avait rappelé Seotius, lieutenant de Tibère , et qu'il Tavait remplacé par Varus dans le commandement de l ar* mée de Germanie (1).

La guerre dlllyrie était à peine terminée lorsque i ss. les couséquences de cette imprudente mesure se mani- '^^^^ festérent par des revers qui dépassèrent les prévisioiM les plus sinistres Les Romains , empressés dans leurs temples, olTraietit aux dieux des actions de grâce, lorsque les dépêches arrivées des bords du Rhin changèrent en deuil ces réjouissances. Le proconsul Va-* mSy attiré par les Germains dans leurs bois et leurs marécages , venait d'y succomber avec ses légions

A celte funeste nouvelle , Auguste déchira ses vètementSy et parut égaré par la violence de sa douleur. Il frappait de la tète contre les murs ; il s'écriait, dans les accès de sou désespoir : « Varus I Varus 1 rendsmoi mes légions. » Pendant plusieurs mois, il laissa croître sa barbe et ses cheveux , et , tout le reste de sa vie , il passa ranniversAtre de ce jour dans une sombre retraite.

De tristes pressentiments achevaient de 1 accabler. L'ascendant de Tibère s'était accru par le choix même de Varus, destiné à raffaifolir , et ses partisans le célébraient comme le sauveur de Tempire. En soumettant les provinces iilyriennes , il avait privé de leur secours les Germains victorieux » et prévenu raccord qui eût menacé d une si formidable invasion les frontières de 1 Italie.

(1) Dion, LVI. — Snél., m, 16el fuIr, ~ Ticit., Aini. , 1 , 7; , IV, w.

Tibère revenait cependant à Rome. « Patron constant de Tempire , dit Paterculus , il venait , suivant soo usage, en accepter la défense. » Auguste , qui 1 attendait liors de Tenceinte de la ville , le revêtit d'une robe prétexte et ceignit son front d'nne couronne de

laurier. Tous deux se reiidireiU dans les Parcs-Jules, où ils saluèrent le sénat et le peuple , et parcoururent ensuite les temple» pour invoquer la protection des dieux.

Les premières mesures d'Auguste avaient eu pour but de prévenir les mouvements populaires. Les gouverneurs des provinces , prorogés dans leur commandement , avaient reçu de nouvelles instructions, et les ordres donnés au préfet de Rome «iraient pourvu à la sûreté de la ville. Après avoir cassé sa cohorte prétorienne germanique, il ordonna d^arrèter sans dlstinctioi) tons les Germains. La plupart turent envoyés dans les principales villes de Tltalie, et confiés à la surveillance des magistrats ; les plus suspects furent déportés et gardésà vue dans lesiles voisines des côtes.

Après une cérémonie solennelle pour vouer les grands jçux à Jupiter, Auguste lit procéder en Italie à des levées extraordinaires ; les citoyens riches fîirent taxés à un certain nombre d esclaves qui recevaient la liberté et leur inscription dans les légions. Toutes les exemptions du service militaire furent suspendues; les prêtres , les vétérans , les affranchis même furent sommés de se présenter pour tirer au soi t.

Tibère , nommé au commandement et revêtu de la puissance proconsulaire , envoya ses officiers dans les provinces pour en ramener des renforts, et partit pour Milan , qu'il avait désigné pour le rendez-vous général. Les craintes communes s'y étaient d'abord

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manifestées par la fréquence des désertions ; mais on avait ensuite reçu des nouvelles plus rassurantes, et il procéda sans obstacle à rorganisalion des cohortes , qui étaient aussitôt dirigées vers le camp formé sous Mayence. Laissant ensuite le comniandenienl à Sentius, il reprit la route de Rome, rappelé par le priuce qui réclamait son secours.

Auguste était rebuté par les obstacles qui entra- $ 5. vaient les levées qu il avait prescrites, el di^plorait les succès de ses constants efibrls pour affaiblir l'es[)rit guerrier chez les peuples de Tltalie. Il avait montré d^abord une sévérité antique ; des Jeunes gens qui s'étaient caitiés pour éviter de tirer au sort avaient été arrêtés et décimés ; ceux qui prirent la fuite, après que le sort les eut désignés , furent seulement notés dinfamie, et cette peine moins rigoureuse fait assez voir que le grand nombre des coupables avait intimidé leur juge.

Le prince se voyait même sans cesse réduit à des

actes d'indulgence : instruit qu'un chevalier romain venait de couper le pouce à ses deux fils pour assurer leur exemption , il Tavait condamné à être vendu comme esclave. Les chevaliers en ror|)s menacèrent de se soulever; toutefois il fil procéder à la vente du coupable ; mais il le ût acheter par son affranchi, qui le conduisit dans une maison des champs où il le remit en liberté , sous la condition de rester dans cet asile jusqu'à la fin de la guerre.

Le zèle des colonies du prince se montra avec éclat dans ces difBciles circonstances ; elles fournirent de nombreuses recrues que les plus braves des vétérans furent chargés de iornier aux exercices militaires. Secondé par cet exemple et par l'activité de Tibère ,

Auinisto surmonta enfin tous les obstacles , el le recrulemeai fui terminé avant la Ûn de t année.

Les foioB da prinee pour se concilier les divers ordres de l'état ne furent point ralentis par ces graves sollicitudes. Dion nous a conservé on exemple de ses wéiiageBients envers les principaux câtoyens. Douze préteurs suffisaient à rexpédilion des affaires , ma» Il s'était présenté seize candidats; pour s'éviter le désagrément d'un refus, Auguste ût élire celte année seize préteurs. Sa condescendance pour les combats des gladiateurs prouva , d'autre part, son empressement à llatler la multitude. Le peuple , blasé sur les comtois des esclaves , aspirailA voir couler un sang plus dtsiingué , et le désir de s'attirer ses féroces applaudissements avait plusieurs fois engagé des chevaliers romains à descendre dans raréne, au mépris des édits du prinee qui leur en fermaient rentrée. Mais Auguste s*élait contenté jusqu'alors de tolérer ces infractions ; il ût plus cette année , et, par un mandat aux préteurs, il suspendit i exécution de ses édits*

Nous allons faire connaître révénement qui avait provoqué de telles mesures , le funeste désastre qui devait meltre le comble aux infortunes de la vieillesse d*Âugusle (t).

Quintilius Varus , qu'Auguste avait envoyé comme proconsul dans la Germante , appartenait à une famille réoenmienl illustrée par rexerdce des magistratures. Son aieul et son pére , constants ennemis do parti des Césars , s étaient donné la mort , Tun à Pbarsale , l aulre à Phiiippes. Il devait à ce {WJti tous

(Ij Diou, i6iÉi. — Suél. , Au(^ , i4. - IWrc. , II, lia.

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