‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 133 sur 160 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

qui frayMêDt sa ronte à tmere un vallon couvert de

bois et de marécages. Le soleil à peine élevé sur l iioroon e^t alors subitement obscurci ; den torrents de pluie, qtt*un vent impétueux porte dans les yeux deâ soldats, détruisent leurs chaussées et les retiennent dans les ravins qu'ils ont creusés sous leurs pas. Varus ranime leurs efforts et faisait déjà reprendre la marche, lorsqa'il voit paraître les premiers rangs de Tennemi.

Les Germains , entraînés par les festins de la nuit • n'avaient cédé que sur le matin aux instances d*Armlnîus. Favorisés par un retard inespéré des légions, animés par la vue de ces lieux didiciles où ils sont accoutumés à combattre » où leurs longues piques , leur haute stature, leur agilité, leur assurent tout lavantage , ils se précipitent avec fureur sur les légions ; mais ils sont de nouveau contraints de céder à la supériorité de la discipline; leurs rangs s'ébranlent dans leur» impuissants eflbrts; une charge vigoureuse de !â cavalerie sur leurs flancs achève leur déroule. Les Romains, dont ce succès a ranimé les forces, poursuivent leur marche sans olistacle au milieu des fuyards qu'ils ont dispersés dans la plaine.

Ârminius la parcourt, furieux, désespéré, appelant à lui ses soldats qui se rallient enfin autour de ^ leur chef ; il leur expose cette occasion si favorable et qu ils ne peuvent espérer de faire renaître ; les dangers de la patrie qu ils laisseront exposée à de sanglantes vengeances et dont le sort est désormais entre leurs mains; la facilité d'accabler un ennemi déjà épuisé par une marche difficile et par des pertes qull ne peut réparer. De nombreux renforts qui arrivaient, attirés par l'ardeur de la vengeance et par

fespoir du butin » seoondeât m exhortatioBS. Il se

hâte sur les traces des Romains , et , mieux fleiri par ses guides , il alteiat leur arrière^arde dans les environs de Dorenkrug.

Yanis se mêle dans les rangs et s^efforce en vain d'encourager ses soldats Épuisés par les travaux de la route et par leurs efforts pour affermir leurs pas dans ces terres marécageuses ; accablés du poids de leurs armes , et ne soutenant qu'avec peine leur bouclier détrempé par la pluie , ils interrompent le générai ifui les a livrés entre les mains de leurs ennemis, ils l'accablent de leurs imprécations , ils se refusent à toute manœuvre. Ces courages si fiers semblaient abattus par le désespoir. Le génie de Yarus était inférieur à d'aussi graves circonstances ; il n'envisage aucune ressource , il n'ose pas même donner des ordres , sa faiblesse accroît le danger ou l avait conduit sa témérité. Les Komains , ainsi abandonnés , ne peuvent soutenir une impétueuse attaque; ils n'osent ni se rallia , ni tenter une fuite inutile ; immobiles dans leurs rangs, ils se laissent égorger presque sans défense.

L'orage s'étant enfin calmé , ils se raniment, saisis de bonté et de fureur , attaquent les corps ennemis qui avaient traversé leurs rangs, et, prolitant du désordre où les a jetés la conûance de la victoire , s'ouvrent un passage pour continuer leur retraite. Tandis qu'Arminius ralliait ses troupes que cette audace inattendue avait déconcertées, ils accélèrent leur marche et parviennent, à peu de distance de Vinfeldy sur une colline propre à l'assiette d'un camp, où des retranchements formés à la hâte leur assurent enfm quelque relâche. La nuit qui s'approchait ayant fait suspendre les attaques y ils réparent leurs forces

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êom cet abri et sentent renaître leurs espérances ;

mais ils devaieiu les voir cruellement déçues à leur

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réveil , et quand ito reconnurent qu'ils venaient d être abandonnés par leur cavalerie.

Numonîus la commandait , qui avait séduit leur erénéral par son esprit éclairé et ses mœurs aimables., mais qui n'avait ni l'énergie ni Texpérience de ia guerre que de si grands périls eussent exigées. Uni* quement occupé de s'y soustraire , il avait voulu proiiter de Tobscurilé de la uuit pour regagner le camp d'Asprénas par des chemins détournés. Égaré dans sa route , engagé dans des bois et des marais , il fat bientôt atteint par les Germains et niassati <} a\ ce tous ceux qui 1 avaient suivi. Sa défection ne put le garan* tir de la mort et la rendit ignominieuse.

Varus s'était flatté d'atteindre Lippspring , d*où un dernier effort l'eût conduit au camp lortiliè que protégeait le tort d'Aiison. Mais ses légions, dont les flancs étaient restés découverts par la perte de leur cavalerie , ne s'avançaient qu'avec lenteur à travers les ennemis qui pénétraient dans leurs rangs ; leur constance était épuisée lorsqu'elles parviennent sur un plateau voisin d'Osterholz. Ëlles le contraignent d'y former son camp , et s'y rangent en bataille pour protéger les corps qui travaillaient aux retranchements.

Un combat aciiarné s'engage en avant de ce pia- j ^ teau. L'aile gauche , plus vivement pressée, commen* 76t. çait à s'ébranler. Varus accourt à la tête de sa cohorte prétorienne et disperse cette multitude dennemis dont les rangs s'étaient rompus dans l'ardeur de l'at>laque. Arminius les rallie. Il appelle à lui les Chérusques et fait envelopper les prétoriens Apies une lutte opiniâtre, Varus tombe grièvement blessé et

voit ses soldats, que sa chute a consternés, fuir en désordre vers leur camp* Près de tomber vivant entre les mains d*Arminlas , il vent do moins se soustraire

à cette ignominie et se pi i ce de son épée ; amené ainsi , par les faveurs du prince , dans une guerre étrangère , au même sort où la défense de la liberté

avait réduit son père et son aïeul pendant les guerres civiles.

La victoire n'était plus indécise, et les Aomain» . étaient entourés d'ennemis qui avalent pénétré à leur

suite dans leurs fail)les i ( IraiRliements. Plusieurs des officiers suivaient L exemple de leur chef : les soldats se perçaient les uns les autres ou cherchaient la mort en se précipitant au plus épais de la mêlée. Ceux qni résistaient encore ne pouvaient tarder à succomber ; mais les Germains les pressent alors moins vivement. Le grand nombre et la richesse des bagages les avaient séduits ; ils quittaient en foule le combat pour les piller.

L'un des tribuns militaires profite de ce désordre » et , réunissant les plus braves légionnaires , traverse à

leur tête les rangs que ces avides barbares avaient dégarnis. Menacé d'être atteint par un corps nom* breux qui le poursuivait , 11 Tabuse par un ingénieux stratagème. Il détache en avant ses trompettes avec Tordre de sonner en même temps sur des points dirtêrents de la route, et ses soldats poussent des cris d'allégresse pour accueillir les légions d'Asprénas qui arrivent à leur secours. Les Germains s'arrêtent alarmés et se décident à revenir sur leurs pas : les uns étaient dupes de cette erreur , les autres s'en autorisaient pour aller prendre part au pillage. Les débris de Varmée vaincue s'étaient cependant

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