‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 137 sur 160 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

d'aaires mesures , el en foituant des dètadiements pour anéantir toutes les traces de la domination qui

avait pesé sur les Germains. C elait la garantie de leur indépendance; ils ne pouvaient la maintenir ^'en détruisant ces ponts , ces chaussées , tous ces travaux dont une fiineste industrie avait fait rinstrument de leur servitude.

Tibère semblait , d'autre part ^ éviter les occasions de combattre. Il alléguait les ruses de son adversaire et l'inexpérience de ses légions ; que l'Incendie des moîssous et des villages attirerait Jes Germains hors des positions où il ne pouvait sans danger les attaquer ; que ses négociations détacheraient quelques peuples de leur ligue. 11 u'ignorait pas que leurs habitudes nomades les rendaient peu sensibles à ces ravages , et qu'un enthousiasme récent ne laissait pas plus d'espoir de succès à ses intrigues ; mais il aspirait à prolonger une guerre qui devait le maintenir dans le commandement des armées, et nous apercevrons hient6t une autre cause de son inaction. Lorsqu'il fit rentrer ses légions dans leurs quartiers d^hiver , il se vantait d'avoir gardé l'oflensive et manifesté ainsi sa constante supériorité sur son adversaire. Arminius avait obtenu de plus solides avantages ; les quartiers des Romains n'étaient plus établis dans la Germanie.

Tibère s'arrêta sur les bords de la Lippe , pour célébrer Tanniversaire de la naissance d'Auguste, et les centurions de son armée fêtèrent cette solennité par des jeux équeslres. Le danger qu1l y courut prouve à la fois la vive impression de sa renommée sur les Germains et leur dévouement à la liberté de leur patrie.

Un Bructère s'était mêlé parmi les habitants voisins du Bbin qui n avaient pas concouru a la li^ue , elque

SIECLE D'Al}GLST£

oetteféte avalUttiré». Le Iroulile quil laissa ^raflre et

son empressement indiscret à se rapprocher de l ibère ayant inspiré des soupçons , il fut arrêté : pressé par les douleurs de la torture , il avoua qii il était venu dans le desseio de TassasslDer.

Les légions prirent leurs cantoimements dans Hle des Bataves, et Tibère parcourut la ligne du âliio» prescrivant des travaux et donnant des ordres pour rendre les opérations de Tannée suivante plus décisives. Son véritable motif était d éluder son retour à Rome, et Suétone dit qu'en effet il n'y revint qu'après an séjour de deux ans dans la GerinaBie.

Dans le récit de celte carni)a^nc slcrile , Dion nous fait connaître une circoustance importante et qui suffirait pour expliquer la conduite de Tibère. Germanicus avait été envoyé à Tarmèe du Rhin comme son collè<?ue , et revêtu ainsi que iui de ia puissance proconsulaire.

Germanicus était désormais Tunique recours d'Aji-

gusle ; lui seul pouvait balancer Tascendant toujours croissant du ûls de Livie. Sa brillante adolescence , sa taille élevée y sa noble physionomie » lui conoiiiaîent les soldats, ^jà disposés en sa faveur par les souvenirs de sa bravoure et dv s( s manières généreuses pendant la guerre d'illyrie ; son nom même secondait ces impressions ; il rappelait les exploits de son père ; il paraissait d'un heureux présage dans ces lieux où il avait été mérité par de si glorieuses victoires

Tel était Tattrait des qualités aimables de Germanicus y quelles séduisaient celui même dont les inlèrêts avaient t^té compromis par son adoption. Le jeune Drusus, (ils du premier lit de Tibère , gérait alors la questure ; il conçut pour lui une amitié que Tacite a

UVRË JX. 491

remarquée , et devait bientôt la cimenter en contractant avec âa sœur Liville cette union que les trames de Sèjan lui rendirent dans la suite si funeste. ' Mais Tibère ne croyait pas au noble coeur du fils adoptif dont il voulait prévenir la concurrence; il opposait aux. souvenirs des anciens soidats de Drusus le dévouement des officiers qu'il avait appelés de 171-» lyrie , pour conduire les renforts destinés à l'armée du Rliin. Son extrême circonspection dans cette campagne avait été surtout inspirée par la crainte d'offrir des occasions de gloire à Germanicus. Il fut enfin ras* suré par son élection au consulat , qu'il parait avoir provoquée, el dont il s'autorisa du moins pour presser son retour a Borne.

Germanicus prit possession de la souveraine magistrature avec Fontéius Capito , l*an 765 de Rome. A peine âgé de vingt-cinq ans , il se voyait élever à cette éminente dignité par une dispense des lois qui Teus* sent soumis à exercer auparavant Tédilité et la préturc, (ii^})C'Ilse dont l'exemple n'avait eucore été donné qu'en laveur des jeunes Césars.

Mais Auguste n'osa pas lui accorder une nouvelle mission , intimidé par le dévouement si peu dissimulé que témoignaient au fils de Livie tous ceux qui aspiraient aux. honneurs ; apercevant , dans les rapports mêmes qui lui étaient adressés , dlnfidéles ménageuients pour une puissance élevée , par d'audacieuses intrigues el des crises imprévues, au-dessus de ses at^ teintes , il avait abandonné à Tibère le commandement suprême de Tarmée du Rhin. Toutefois il s*était flatté de levoirambiUonnerdessuccèsplusdécisifsdans celte seconde campagne, dont il lui avait réservé toute la gloire. Mais sa condescendance y qui trahissait sou

m SIECLE D AUGUSTE.

(lécoura{^einent el sa soumission aux volontés cTiilie épouse f ne servit qu'à le confirmer daos le desseiu de prolonger celte guerre.

Tibère ge bâta néanmoins de passer le Rbin , et poussa vivcniénl l'ennemi, qu'il paraissait vouloir contraiodre à une action générale ; il allégua ensuite que plusieurs des chefs prêtaient Toreille aux insinuations de ses émissaires , que des symptômes de division se manifestaient dans la ligue des Germains, qu'un danger trop pressant les empéclierait de se développer. La destruction des ponts et des chaussées lut offHt bientôt d'autres prétextes; devait-il s engager plus avant , lorsque la retraite était devenue si périlleuse ? Sottéloignement mèmepouvait entraîner d'autres dangers ; la fidélité des Gaules était ébranlée , et des mouvements séditieux venaient de s'y manifester.

Auguste était vivement frappé de ces dépêches, qui achevaient de dissiper les illusions dont il aimait encore à se flatter : il ne tarda pas à recevoir une autre lettre qui mit le comble à ses alarmes. Tibère l informait qu'une dangereuse insurrection avait éclaté dans la Gaule lyonnaise , qu'elle menaçait de s'étendre à toutes les ( «auU s, im'il avait cru ne devoir consulter que l urgence de sa répression.

Des troubles avaient en effet agité la ville devienne; Ils étaient fréquemment provoqués par les ressenti* ments des habitants , que les privilèges accordés à la ville de Lyon avaient dépouillés de leur ancienne suprématie ; et tous les rassemblements étaient dissipés avant l'arrivée de Tibère. Mais ils lui avaient servi é& prétexte pour ramener son armée sur les bords du Rhin et accourir en personne, à marches forcées , avec des corps d'élite et une nombreuse cavalerie.

Page 1