‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 138 sur 160 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Auguste , poussé à bout , avait aussitôt résolu le $ 12. rappel de Tibère ; retenu toutefois par la crainte des ''^^

écarts que semblait annoncer une démarche aussi audacieuse , il désirait s'autoriser de quelque prétexte. Une crise imprévue vint alors le lui offrir; elle était depuis longtemps préparée par d'implacables ressen- Umeols.

Les Athéniens les avaient conçus à Tépoque où , pour punir leurs adulations envers Marc Antoine , Auguste les avait dépouillés de plusieurs des pays soumis à leur domination , et avaii ainsi détruit leur prééminence maritime , dont Rhodes s était emparée. Ils a vaiiHDt profité , pour se venger, de leurs nombreux établissements de commerce sur le Pont-Euxin et des anciennes relations qu'ils s étaient ainsi conservées avec les peuples de la Mœsie , de la Tbrace et de la Dacle. La plupart des soulèvements ou des invasions de ces peuples avaient été l'effet de leurs secrètes instigations.

L'âge avancé d'Auguste leur avait ensuite inspiré

plus de hardiesse. Ils avaient étendu leurs intrigues dans la Macédoine , dont la révolte eût fort accru les dangers du soulèvement de l'IUyrie ^ si elle n'eût pas été étouffée à sa naissance par l'active répression de Tibère. Ils se tlallèrent enfin de satisfaire pleinement leur vengeance lorsqu'ils apprirent le désastre de Yarus et les mesures extrêmes d'Auguste ^ qui attt-* raient sur le Rhin Tétite des légions destinées à proléger la frontière de l'empire sur le Danube. LesDaces> excités par leurs émissaires , se relevèrent de Tacca* blemént où les avaient jetés leurs revers , et traversèrent ce fleuve ; lesThraces suivirent ce mouvement ; les mécontents de laMœsie les secpndèrent. Les Athé-

m SIÈCLE D'AUGUSTE.

nicos jetèrent ators le masque ; leors trésors , amassés de longue main , furent épuisés pour loyer une nom^

tireuse armée ; ils envoyèrent de toutes parts des députés pour inviter les Grecs à une iigue générale, dont le succès était assuré et rétablirait à Jamais leur indé* peudauee.

Ce n'était pas sans fondement que cette guerre si nenasaute et si imprévue avait excité dans Rome de vives alarmes. ËUe réclama des efforts urgents, et fut prolangée par plusieurs revers ; les victoires de la troisième campagne en amenèrent seules le terme. Les Attiéniens, après avoir subi les horreurs d'un long siège > furent contraints de se rendre à discrétioa et de livrer leurs instigateurs, qui périrent dans les supplices. Les historiens ne nous ont pas transmis d'autres renseignements sur cette guerre , mais la preuve de ses dangers résulte de leur accord à la considérer comme l un des événements les plus mémorables du principat d'Auguste.

Le temple de Janus fut alors ouvert, «t Les portes mtiques de ce temple, dit Orose , tournèrent sur leure gonds antiques , que le temps avait rouillés. Auguste iordonnait dans son extrême vieillesse, pour signaler la guerre que la rébellion des Athénien? et l'invasion des Daces avaient suscitée. »

Nous ajouterons une observation du savant Pezron. « Orose , dit*il , est le seul qui nous apprenne ces chreoinstanceSy et l*on ne les trouve plus dans les anciens historiens : mais c est d'eux qu'il les avait tirées. »

Ces témoignages si positifs nous autorisent à ne pas admettre Topinion du baron de Sainte-Croix , qui a voulu foire remonter Touverture du temple de Janus à Tépoque de la guerre entreprise pour vengei le dé-

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saitre de Varus , car il ne leur oppose que des codjeetaresmliliieiiient fofidées sur rimpoitaiice de oette

guerre. Mais il reconnaît lui-^métne qu'Auguste avait toujours ordonné celte iuiposaote cérémonie pour des moli&quîlmèlaieiit peraonnete, eteesmotifa n'avaient |)as plus existé pour la guerre contre tes Germains que pour celle qu avait rendue si alarmante et si opi^ niâtre le vaste soulèvement de toutes les provinces illjrrieinies. S'il Tordonna pour la guerre que les Athé- - niens avalent suscitée , ce fut pour donner à cette guerre une iiiiportance qui l'autorisât à y appeler Tibère» et à lui retirer le commandement de Tarmèe du Rbin. 11 aeciédita ropinion que les Athéniens n*atH raient pas osé la provoquer sans la certilutle d être puissamment secourus , et qu une ligue secrète était formée entre toutes les provinees du nord de 1 Italie ; l'oaverture du temple de Janus annonça les pressants dangers qui menasaient Tempire sur la frontière du Danube (1).

Après cette auguste cérémonie » ta miesion de Ti- 5 19. bère pour cette nouvelle guerre dillyrie lui fiit an<-

noncée , et le patron de l empire fut appelé à le défendre sur la frontière qui paraissait désormais le plus exposée. La flotte qui stationnait dans le golfe de Tarente fut mise sous ses ordres et transporta sur les cotes de 1 Kpire toutes les troupes disponibles qui restaient en Italie; des préfets furent envoyés dans l'Orient pour diriger des renforts sur les légions qui couvraient les provinces illyriennes. Auguste n'ignorait pas que tes corps d'élite et les officiers les plus

(1) Dion et Suél. , ibid. — Euscb., Chron., lib. II. — Orofî. , VI. 23. ~ î'czron , flist. F.vanfj , tom. I, pag. Sli. — Sainle-Croix , Acad, des Insc, , tom. XLiX.

âé\mèê à Tibère avalent passé de ces légions dam Tarniée de Germanie , et il voulait que leur remplacemçni fui effectué «h» ilnapiratioa d'uae autfe politique.

D'autres mesures eurent pour Lut de la seconder. La province où les principales forces de 1 Orient étaient rèuDies pour ooavrir la ligne de TEuptirate était alors sous les ordm de Quirinus, Tod des partisans les plus dévoués de l'ibère. Créticus Silanus partit pour le remplacer dans la présidence de la Syrie; U était rintime ami de Germanicus , dont le fils cimenla peu après leur union par des fiauçailto avec sa fille encore en |jas âge.

Une autre créature de Tibère » Messala Voinsus , revenait alors du proeonsulat de TÂsIe ; il avait été le lléau de cette i)i(>vini:e par ses exactions , il l avait indignée par d atroces cruautés. On rapportait que , après avoir £ût décapiter troés cents bonunes en un seul jour, il s*ètait avancé au milieu de leurs cadavres, en composant sa démarche et en s'écriant : « Voilà une action vraiment royale I » Un rapport écrit de la main d'Auguste le soumit au jugement du sénat , et provoqua un décret qui le condamnait à l'interdiction de Teau et du feu.

Auguste avait cependant profité de l'éclat que conservait encore la souveraine magistrature dontGermauicus était revêtu pour préparer les esprits à son élévation. Il se rendait aux séances du sénat pour Tentendre dans les affaires qui se discutaient siir san rapport; Il le chargeait même d'y présenter la plupart de celles qu'il avait accoutumé de se réserver. Il assistait aux audiences du Forum lorsque le jeune consul y discutait les causes privées avec une gràoe.dans

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