LIVRE I. S
venait de me voir au faite de la poissance , de reparaître
voioDtairement dans les rangs des simples ciloycns?
» Je ue prétends pas néanmoins que les rênes du goayeniement soient abandonnées à nne multltnde téméraire ou saisies par des citoyens dangereux. G^est à vous , qui surpassez tous les autres pour le rang et pour la sagesse, a vous seuls que je veux les confier. Rassuré sur les destins à venir de la république , je pourrai chercher le repos que de longs soucis et des inûrmilés prématurées m'ont rendu nécessaire. Voire appui saura me le garantir. Mais fût-il impuissant pour me défendre contre ces haines , que provoque toujours un long exercice de l aïUorilé , au milieu des dissensions intestines, je m'applaudirais encore de n'avoir pas cherché mon salut dans l'asservissement de ma patrie.
w Pour mieux juslilier mon choix , prolitez des conseils que va me dicter mon expérience. Maintenez les lois existantes; le temps leur a imprimé une ma* turité qui manque toujours aux lois nouvelles. Protégez leur exécution , comme magistrats ; donnez , comme citoyens» l'exemple du respect qu'elles doivent Inspirer. Que , dans Tintérleurde vos malsons, ou sur votre tribunal ; dans vos actions , comme dans vos discours , on reconnaisse toujours en vous leur digne interprète. Que les emplois soient toujours accordés aux plus dignes ; que le bien général ne soit jamais sacrifié à des intérêts privés. Soyez avares des finances deTétat , et prodigues envers lui de votre propre fortune. Montrez* vous fidèles à vos alliés ; ne souffrez pas que vos sujets soient exposés à des vexations ; ne tournez jamais vos armes contre des citoyens. Maintenez-vous en bonne intelligence avec vos voisins;
Si SIÉGLB l^AUGDSTE.
tnofitrez-vous prompts à réprimer leurs insultes. Soyez <^«ImiuiiiI attentifs au besoins des soldats etau mainti^Q de la discipline ; vous préviendrezainsi les excuses
que ia nécessilé , ou ies occasions que rhabitudo de la lignes pourraient offrir à leurs désordres.
» Je me borne à ces règles générales, dont il tous sera facile d*étendre les applications. Vous tronverei le bonheur en les observant , et vous me devrez de la reeonnaissanGe pour vous avoir élevés , de votre condition présente , à de telles prospérités. Si vons abusiez , contre mon attente , du pouvoir que je dépose entre vos mains , vous jetteriez la patrie dans de nouvelles infortunes et vous m'autoriseriez à mieux placer ma confiance. »
La conclusion de ce discours d'Octave prouve assez qu'il se réservait l'autorité nécessaire pour perdre ceux qui auraient abusé de ses oKm illusoires. Qn'avalt-il besoin de pouvoirs extraordinaires ? Il restait pour cinq ans consul et censeur, conservant les priviléges4u tribunat et l'autorité du sacerdoce; disposant d'un fisc plus riche que le trésor public ; exercaut les droits attachés au prénom d'imperator, sur une multitude de vétérans qui lui étaient dévoués. Toutefois, en ce moment trop prévu , où la chute de . la liberté allait être consommée , les regrets qu'elle inspirait éclatèrent avec tant de force, que la plupart des sénateurs se consultaient par leurs regards , sollicitant Fun de l'autre un reste d'espérance. Mais , ajoute Dion, trop convaincus de rinuttllté des périls qu'ils allaient susciter en acceptant Tabdication d Octave y ils réprimèrent ce premier mouvement. Ceux qui étaient dans le secret y et les flatteurs toujours habiles à le deviner, élevèrent seuls la voix , exposant
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au prince que ies dieux 1 avaient donné à la pairie » Tacooianl de l'alMoidoiiiier, réclamant povrelie te «a* crifleede «» répugnances.
Octave persista d'abord , avec une feinte obslinaliODy dans ses refus. Il céda enfin, mais en dédaranl que ses forces ne poayaienl saflbre aa gonveroeomil d'un si vaste empire. Il consMitalt à se charger des provinccs les plus exposées aux troubles intérieurs ou aux. invasions , mais seulement pour le terme de dÎK ans. U se réservait même de Pabré^r, s'il parvenait, avant ce temps , à ramener le calme et la sécurilé dans les provinces de son partage.
Cette modération inespérée adoudt les ressenti- $ 9. ments. Octave acheva de calmer les esprits en effec^ tuant le partage des provinces, dans l'assemblée du 13 janvier. U le fonda sur ies nouvelles divisions qu'il avait établies , par le conseil de Mécène , dans la do^ cription des pays soumis aux Romains , commencée par ordre de sou père , et qu'il faisait alors terminer.
Les Gaules avaient été divisées en quatre provinces ; la Narbànnaise, la Lyonnaise^ TAquitaine et la Bè*» tiqne; toutes les quatre entrèrenl dans son partage. Sur les trois provinces de i Espagne, la Bétique, la Lusitanie et la Tarragonaise , il céda la Bétiqne. Se réservant dans les vastes contrées illyriennes Ul Pannonîe et la Mœsie, dont il terminait la conquête, et la Libnmie , déjà soumise , il n'abandonna que la Dalmatie. La province d'Afrique , celle de Namidie , la Sicile et la Sardaif^ne complétèrent, dans 1 occident , le lot du sénat. Octave fut plus généreux pour Torienty où il ne retint que la Syrie» la Phénicie» l'Ile de Chypre et TÉgypte. Les six autres provinces : la Macédoine, l Aehaïe, TÂsie, la Biibynie, 1 ile de Crète et
la Cyrëpaïque, restèrent dans le partage du sénat, cm plQtÂt du sénat et du peuple. Car le sénat n'avait obtenu que les provinces d Asie et d Afi iciue, appelées proconsulaires, et destinées aux deux consuls; le peuple disposait des dix autres provinces , appelées prétoriennes, et réservées aux préteurs qui sortaient décharge. Mais celte distinction fut bientôt illusoire; on s'accoutuma à considérer toutes ces provinces comme cédées au sénat , et à les désigner sous le . nom de Proconsul aires.
Ces provinces étaient situées dans Tintérieur de rempire; celles d'Octave s^étendaient sur les frontières. Il feignait de ne vouloir laisser au sénat que les avantages du gouvernement , et prétendait , en réalité , se réserver le commandement des légions. 11 donnait aux gouverneurs du sénat le titre de proconsul, douze licteurs, et tous les honneurs d'une magis* trature souveraine ; mais ii leur faisait rarement accorder la puissance militaire. Ses gouverneurs se contentaient du titre de président, jadis usité : ce qui fit donner à ces provinces le nom de Présidiales. Lors même qu'ils avaient géré le consulat, ils ne prenaient que le rang de propréteur , et n'étaient précédés que de six licteurs ; mais , en qualité de ses délégués , Ils ceignaient le glaive et portaient la colle darmes de pourpre, signes du commandement militaire.
Ces détours d'un prince astucieux n abusaient pas les sénateurs. Mais les uns s^étalent dévoués, les autres résignés aux volontés du prince, et dans l'assemblée du sénat qui eut lieu le 17 janvier, tous furent d accord pour lui offrir un témoignage de la reconnaissance publique ; on ne différa d'avis que sur les moyens de l'exprimer. Des flatteurs indiscrets voulaient lui