‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 15 sur 160 · LIVRE I. $i · texte numérisé non relu

LIVRE I. $i

accorder le suroum de JKoniulus. Plaiicus, qui devait sa forione et ses hooDenrs à Tart de flatter , sut mieux pénétrer les iutentions d'un prince, qui aspirait à couvrir le pouvoir souverain des apparences républicaines. Il représenta que ce surnom exprimait une affectatk»n de la royauté, bien opposée aux intentions connues d'Octavt^ ; il proposa le surnom d'Auguste, qui désignait le caractère sacré des objets du culte public. Son avis forma le décret. L'ère des Augustes marqua dans la suite te grand changement qui avait . inspiré ce surnom. Pour la metlre d'accord avec la période Julienne , on ia fit remonter au premier janvier de cette annéé.

' Octave , que nous appellerons désormais Auguste, reçut sous ce titre de nouveaux honneurs. Un décret An sénat ordonna que le vestibule de sa maison serait décoré de lauriers et d une couronne civique. Cette couronne s'accordait à celui qui avait sauvé la vie d'un citoyen : offerte à Auguste au nom de tous , elle

.exprimait que tous lui étaient redevables de leur salut. Un autre décret l'autorisa , malgré la défense des lois, à conserver dans Rome les cohortes prétoriennes, et leur asrigna une double paie , trente as ou deux francs quatre décimes par jour. Ces cohortes étaient de mille hommes chacune et au nombre de dix , suivant Dion. Tacite n en compte que neuf sous Tibère,

' parce qu'Auguste » après les désastres de Yarus , avait cassé la dixième qui était composée de Germains. Auguste établit dans la suite des cohortes urbaines et des cohèrtes des veilles ; les troupes qu'il conservait dans ia ville furent alors portées à environ vingt mille hommes.

Ainsi lut établie ia puissance impériale , quatae ans '

après la victoire d Actiiim. Le plau qu Augujsle avait adopté démontre a&^e« qu li la jugeait iacamplète; mais lui seul avait le secrel de sa Caibietse , et il pouvait désormais attendre i|ue ceux dont 11 venait d*excl* ter les méûanceseusssent repris leur sécurité. Il s'occuperait alors de loi donner des bases plus solides, et de Tentonrer des appuis qui pouvaient seuls la garaniir contre les inconstances populaires.

$ 10. Auguste avait profité de la lassitude des guerres 7^7. civiles pour obtenir Taotorité souveraine sons le titra de prince. Ainsi s'exprime Tacite , et nous avons dû emprunter de ses traducteurs le mot de pnncipat , pour désigner cette forme de gouvernement. Le mot de règne aurait rappelé des idées de tout temps odieuses aux Romain à. SmUone nous en offre la preuve , lors» qu il raconte le dessein formé par Caligula de r^eter le principat pour s'élever à la royaoté* Car il nons montre les mêmes courtisans qui prodiguaient leurs éloges à ses plus coupables attentats , résistant alors à ee caprice , qni les eût entrataiés dans une nrine commune, avec une imprudente tjfrannle*

Par les dispositions que les Romains avaient conservées après deux priocipats si longs et si habiles , on peut joger quelles étalent » au début de oelui d'Auguste , les susceptibilités populaires. Cétait pour les Tnéna$îer, que le prince avait obtenu sa désignation anticipée au consulat pour cinq aos ; il voulait rendre une nouvelle démarche inutile jusqu'au moment où il les jugerait calmées. C était la crainte de les soulever contre lui, qui lui avait fait limiter sa commission de gouvernement à un terme peu éloigné et à «ne partie de l'empire. Il avait même eu soin de la restreindre aux pioviQces, et les provinces» dit encore

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Tacite, voyaient sans regrets les changements qu'il venait d'introduire, ou plutôt il leur en avait inspiré le désir, isomma de leur unique recoure contre la ty* rannie des grands et les concussions jusqu'alors impunies des magistrats.

Quaat à I autorité exercée dan» Rome , Auguite la horoait constamment aux fonctions accoutumées du consulat. Bientôt même il annonça son départ pour les Gaules t laissant Agrippa seul chargé des rênes du ipiu veroement , comme un consul en Tabsence de son collègue. Il évita de les reprendre, quoiqu'il eûl<m- $ui le ajourné son départ; sou» prétexte d'une grave indisposition , il s'était fait transporter dans les jardins de Mécène* Nous le verrons ainsi se dérolier aux re* gards des républicains , pour dissiper leurs ombrages, ou exagérer la faiblesse de sa santés pour caresser leurs espéranoee-

Toutefois , les soins dont Agrippa restait diargé ne CompreuaieiU qu une faible partie des attributions consulaires. C itaient les fonctions de police que noua verrons bientôt attribuées au préfet de Rome. Aaguste s'était réservé les a fia ires du gouvernement qu'il dirigeait , secondé par Mécène , concertant avec ce sage ministre toutes les mesures de quelqîie impor*^ tance , et surtout les plans d^exécutfon de sa poNttqiw extérieure. On a trop peu remarqué les grandes vues dQBt elle était le résultat , et qui n'auraient pas per* mis de mettre en question le puissant génie de ce priuce , si , par sa prudence non moins admirable , il n'en avait pas dissiiiiulé presque toujours l'élévation et Tétendue* Mous tenterons de la faire apprécier » en la comparant à la politiciue qui était suivie avant cette époque , et nous en donnerons uu premier exemple

dans les expéditions qui devaient réonir i l*enipire les <

diverses provinces de rillyrie (1).

$11. Le sénat avait procédé dans ses conquêtes par de ^s'* rapides invasions; négligeant les pays montnenx, laissant même leur indépendance aux peuples des • Alpes, qui désolaient par leurs brigandages le nord de l'Italie. li voulait sans doute éviter de stériles expéditions qui auraient refroidi Tardeur des soldats \ et justifier les levées anmn Iles de troupes, qui entretenaient Tesprit militaire des citoyens. Mais cette politique était aussi inspirée par les proconsuls , qui préféraient , à la guerre obscure des monta^jnes , celles dont ils pouvaient attendre du butin el de la gloire. Jules-César avait ainsi constamment dédaigné les sauvages contrées des Alpes ou de nilyrie , n'aspirant qu'à dépouiller de leurs trésors, ou a remplir de ses» trophées les Gaules , la Germanie , Ttle de Bretagne. A peine triomphant de la guerre civile , il avait porté ses regards sur la ligne de TEuphrale , et se proposait de la franchir, pour soumettre, dans sa course victorieuse » les contrées qui la séparent de la mer Caspienne.

Auguste suivit une politique toute contraire , même avant d avoir abattu ses rivaux , et lorsque , pour aguerrir ses légions , il tentait de nouvelles entreprises. On le vit dès lors moins jaloux d'exdter Tardeur des citoyens, en les appelant sous ses drapeaux , que d'y retenir ses soldats, pour les attacher à sa personne. Peu sensible à la gloire des conquêtes lointaines, il pénétrait dans les montajrnes pour en chasser les tribus guerrières qui troublaient la paix des provinces. Le premier projet que lui inspira cette

(I) T«cit. Annal. 1 » 1. Sud. Calig. ,

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politique eut toutefois de Téciat et de la grandeur. Il prèteudait reculer jusqu'au Danube la frontière du

nord , pour Funir, dans uu môme système de défense, avec la frontière de Torient et avec celle de Toccident de remplre.

Tel fut le motif de l'expédition qui précéda la guerre tentée en Sicile contre Sextiis Pompée. La conquête de la Libnrnie et de la Dalmatie fut alors terminée ; la Pannonie subit le joug des Romains ; Toceupation de la place forte de Sciscia assura leur donniialion sur tout le cours de la Save. Le succès de la guerre de Sicile permit ensuite de reprendre Texpèdition qu'elle avait interrompue. Auguste porta ses armes dans la Mœsie , et soumit plusieurs des villes situées sur le Danube. Cette entreprise si vaste ^ et qu'il poursuivait avec tant de constance , lorsque la lutte avec le plus redoutable de ses rivaux était imminente, atteste dans ses desseins une audace que 1 on n'a point assez remarquée, fille faillit alors compromettre sa fortune , car Tépoque de la rupture ayant devancé ses prévisions, il fut contraint do rappeler en Epire Télite de son armée. Mais déjà les Daces , dont il avait menacé les établissements sur le Danube , avaient appelé aux armes leurs innombrables tribus, et formé une ligue , qui s'était fortifiée par l'accession de presque tous les peuples de la Messie. Ils "Offrirent à Antoine des secours , dont cet imprudent triumvir se vanta dans ses lettres , mais dont il ^ne sut d'ailleurs tirer aucun avantage.

Grassns, Tunique rejeton de l'ancien collègue de Jules-César, était chargé de les contenir. Voyant son armée trop affaiblie par les détachements envoyés en Épife^ il se replia sur les frontières de la Macédoine ^

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où il se maintint dans nne courageiue dèiiNifife , pendant la campagne qne signalait aillaiira la glorkme

victoire d'Actium. Octave, lavant ensnite pris pour collègue dans son quatrième consulat , et lui ayant •KToyé de nombreux renforts » îi ramena le tbéàtre de la guerre dans la Mœsie. Après une lutte longue et sanglante , il fut enQn attaqué par Deldon , roi des fiastarnes , qui commandait l'armée enneif le , et dont la bimyoure impétueuse avait déjà ébranlé ses cohortes. Crassus s avance hors des rangs , le délie au combat , et le tue de sa main. Ralliant alors ses soldats , il se précipite sur ces bordes que la chute de leur général «▼ait consternées » et sa victoire décide teaoeeês de lu campagne.

Les Thraces , qui venaient d accéder à la ligue ^ se réunissaient pour pénétrer dans la Moesie^ Il se met en marche an cœur de l'hiver , les surprend m milieu de leurs préparatifs, et les contraint à demander la paix. Dès le printemps y il comlwttlait sur le Danobe^ aidé par les tronpes nombreuses du Rolés , l^nit dëS roisDaces, qui avait obLemi et voulait justifier l'alliance des Romains. La conquête de toutes les places fortes^ qui commandaient la rive drolté ^ fbt le finfH de cette glorieuse campagne.

Crassus traversa le Danube, dans le sixième consulat d Octave, poor secourir Rol^ , que les JDaces attaquaient, sons la conduite de Darpte, miMIte dn leurs rois. Il surprend lenr cavalerie , la tej^e sur leurs bataillons , qui achevaient de former leurs rangSy et, prolitant de cette confusion générale, dMnit ou disperse leur nombreuse armée. Il ponrsuît Bnpls do si près y qu'il le réduit à chercher un asile dans une forteresse, dont ii s'ouvre Taccès par la trahison d'un

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transfuge. Dapix , au désespoir , se perce de son épée. Zirax , autre roi des Daces , qui avait déjà raliié ieur muée 9 prend la lùite aux approches de Cimus, et oourt solliciter leifteeoim des Scythes. Crassus revient alors sur GeDUcla , sa capilaie , qui dominait la rive droite du Daoube , et dans laquelle on avait jadis déposé les enseignes enlevées par les Daces à Caîius An- ^ toDïus , collègue dtô Gicéron. La garnison , peu nombreuse, et qu il priva de tout secours par les navires dont il avait couvert le Oenve , fut bientét réduite à eapitnier. Repassant alors le Danube , Il se porte contre les Arlaciens , tribus nombreuses et encore indomptées, les seules de la Mœsie qui n'eussent pas cédé aux efforts de ses lieutenants ; il pénétre dans leurs sauvages retraites , leur fait une multitude de prisonniers , et par le désir de les recouvrer , les réduit à demander la paix. Leur soumission termina fa cenquèle de Tune des plus vastes provinces de fem* pire. LaMœsIe, dont on a fait depuis la Bulgarie et la Servie, s^étendait en eûèt depuis le Pont-Ëu&in , d'un o6té sur les frontières de la Thrace et de la Macédoine y et de l'autre sur les rives du Dannbei jusqu'au confluent de ce fleuve avec la Save.

Le vainqneur des Daces arriva aux portes de Kome pen de Jours aTanrt le départ d'Auguste pour les Gaule», réclamant le prix de ses exploits, dignes des plus beaux temps de la république. Mais, sous la républiqne, il aurait offert les dépouilles oplmes, honneur niroetsifrnalé , privilège do inroeonsul qui avait tué de sa main le général ennomi. Il ne put même obtenir la confirmation du surnom d'ùnfierator, qui lui avait été dMérè par ses soldats. Augnste prit seul ce surnom qn'tt voulait se réserver désormais y pour le confondre

avec son prénom héréditaire. Toujours attentif à voiler y sous des Doms familiers aux Romains, les développements de sa puissanee, il avail destiné ce titre, si prodigué sous Ja république , à établir d'abord, et, daos la suite, à désigner le gouvernement qu'il fondait sur ses ruines.

' Le triomphe sur les Thraces , sur les Mceslens , et bui les populations si guerrières des Daces , que Ton désignait encore sous leur ancien nom de Gètes , fut le seul prix des victoires de Grassus. Ce triomphe , qu'il célébra dans le mois de juillet , excita des transports uiiauimes par le grand nombre et la haute stature des chefs captifs , qui précédaient le char du vain* qneur ; par Téclat sauvage de leurs riches dépouilles ; par les images du Danube et des villes opulentes dont la conquête avait afTcrmi sur les rives de ce lleuve la domination des Romains. Crassus , depuis ce momeni, cessa d'être appelé au commandement des armées ; réduit à voir se flétrir, dans les tristes voluptés de Topulence, des lauriers qu'il ne devait plus avoir loccaslon de renouveler.

j 12 ^^^ï conquête des provinces de illlyrie jusqu au 787. Danube > fruit de ces brillantes expéditions, et que des guenres , non moins glorieuses » devaient affermir dans le cours de son principal, Auguste avait fait de la frontière du nord le boulevard de Tenifiire. Le projet qu il avait conçu eu même temps pour la frontière établie sur la ligne du Ahin off^ une nouvelle preuve de cette haute prévoyance , qui le rendait si digne de présider aux destinées du peuple-roi.

Les Romains ne se croyaient menacés que sur la ligne de l'Euphrate ; rabaissenmt des Parthes leur paraissait suifire pour garantir la sécurité de leurs

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