LIVRE IX
donnée » comme un témoignage spécial de son afleclion , à Grëticus Silanus. Il s'empressa vainement de solliciter son pardoo par Doe prompte renondatioD. Poursuivi désonnais par ane implacable vengeance, il ne put se rouvrir 1 accès des honneurs , même après Tavénemenl de Tibère à Templre. Ce fut seulement à la faveur de la rupture qui précéda d^in an la mort de Livie , qu il obtint eiiliû de Tibère la présidence de la Syrie.
Auguste y déjà irrité par d'autres imprudences de Tibère, surveillait toutes ses démarcbes. Tous les efforts fureul vains pour \m dérober un attentat si grave et si audacieux ; la violence de ses ressentiments dépassa même toutes les prévisions de sou épouse* L'ardeur de la vengeance réduiuffa son sang , que l'âge avait glacé; il sentit ses forces rauiniées par cette jalousie du pouvoir qui avait été ia passion de toute sa Tie. Portant autour de lui ses regards , si tardiveoient dessillés, il aperçut toute Fimprudence de Tisolement auquel il s'était laissé amener, et consul de trop justes alarmes sur la plupart des amis dont il n'avait pas soupçonné la fidélité. Un seul , Fabius ManLimus, lui avait conservé un attachement à toute épreuve ^ justifié dans une longue et constante intimité.
Dans ses épanchements accoutumés avec Fabius ,
Auguste se laissa entraîner à lui faire part de ses projets. On avait abusé de sa vieillesse pour éloigner de lui tous les siens ; après la perte de ses deux petitstils , on avait obtenu par des calomnies Texil du troisième ; il était résolu de le rétablir dans tous ses droits. Si Ton en croit d'autres historiens , il se rendit même en secret avec Fabius dans nie de Planasie , em*
ôia SIÈCLE D'AUGUSTE.
brassa Agrippa i^osUiume avec des larmes de douleur et de tendresse , et lui promit un prochain retour. Ce prince si éclairé ^ malgré tant d'épreuve» , n'avait pas encore pénétré tons les replis de cette politique qui le maintenait sous le joug d une liabile épouse.
Lorsque Livie avait éloigné d'AnguBte tona eem qui lut étalent restés ttdéles, elle avait pris soin de relenir Fabius. Ce n'était ikis sciileiHiMit pour éviter de 1 alarmer par une défection trop générale ; I atTection dévouée de cet ami , et rintîmité qu'elle lui obtenait entraient aussi dans ses vues. Elle avait attaché à ses inlérêls i épouse de i abius , IMarcia , qui 1 avait entièrement captivé et at coulumé à lui dév<»ler ses plus secrètes confidences : instruite ainsi de la démarche d Auguste , elle usa aussitôt de Tascendant qu'elle Tavail accqutumé à redouter. Elle lui reprocha vivement ses plaintes, ses soupçons» ses menaces encore plus in|ttstes ; n'était-ce pas de son propre meuvement qu il avait puni les dangereux projets d'Agrippa , la noire ingratitude qui avait été le pris: de ses bienfaits? S'il avait I imprudence d'exposer ses vieux Joure aux attentats d un petit-fils dont il semblait ignorer la profonde scélératesse, ne devait-il pas au moins s abstenir de lui inspirer contre elle-même d'implacables ressentiments?
A.ugusLe, intimidé par sa violen te épouse , s elTrayan t même de ses propres desseins, sitôt avortés, tourna contre un indiscret ami toute sa colère. Lorsqu'il le vit reparaître devant lui , il le congédia brusquement par l'expression usitée chez les Romains envers les morts qu'ils venaient de déposer dans leur tombeau : « Fabius, lui dit-il, repose en paix. » On apprit peu de Jours après que Fabius venait, d expirer subitement ;
UVUE IX. Mi
et Tûù entendu à ses fonéraUles les regrets de Mareia, qui s'accusait de celle mort précipitée (1 ).
Des présagea sinistres vinreni alors détourner l ai* ^ teniion publique. On rapportait que le soleil, an milieu de sa course^ sélait tout à coup obscurci; que les étoiles avaient paru entourées d'une chevelure sanglante ; qoe la statue érigée à Augure dans le Gapitole avait élé sillonnée par la foudre. On avait vu, pendaiU la célébration des Augustales, un liornme en démence prendre la couronne qui reposait sur la chaire dorée de Jules-César , la mettre sur sa téte , et s'asseoir dans la ehaîre. Mais un présage moins re* marqué pouvait se tirer de l'influence qu'accréditaient les plus funestes prévisions, et semblait vouloir attribuer à la colère céleste les elR»ts d'un attentat déjà inspiré à Livie par ses terreurs ; car elle en élail poursuivie; et devait-elle êlre rassurée par le suceô& qa'eile venait d'obtenir ? Pouvait-elle encore se confier dans son ascendant , après la fin tragique de Fabius?
La superstition d'Auguste Tavait disposé à s'effrayer de ces présages; des craintes plus fondées ne tardèrent pas de Tagiter. Les vives douleurs qu'il ressentit daiis les entrailles accrurent la faiblesse que de trop justes emportements lui avaient laissée. Les impressions secrètes qu'il dissimulait encore, se trabirent , lorsqu'il procédait avec Tibère à la clùlure du lustre.
Cette cérémonie eut lieu dans le Cbamp-de-Mars, l'an 767 de Rome , peu de Jours après la prise de possession des consuls Âpaléius et Pompéius. Pendant que le sacriiicateur consultait les entrailles des vie-
(I) Soél. , Tib. , iS« — T«eit; , Aon. VI , 1 1 . Pline , XIV, 4». — Plntarc. de Garrul. — SoUd. , oap. 3. ^Pigh , Ann. , ton. lil^
finies , Auguste voit un aigle planer sur sa tète , et
croit reconnaître dans ce messaîre de l'oiseau de Jupiter y Tordre du maître des dieux qui Tappeile à rCHympe. Il s'avançait ^ après le sacrifice , tenant en main ses tablettes , où étaient écrits les vœu\ qull s apprêtait à prononcer pour obtenir la prospérité du peuple romain pendant le lustre qui venait de commencer. Mais, en ce moment, il aperçoit le même aigle, prenant un vol rai)i(le vers le nom d'Agrippa, inscrit en lettres d airain sur le frontispice de son monoment funèbre , et se percliant sur la première lettre, qui était aussi la première de son propre nom. Ce présage achève de Faccabler; et, convaincu de sa fin prochaine, il remet ses tablettes àTiiière, lui ordonnant de prendre la parole à sa place : Je ne veux pas, dit-il, prononcer des vœux, dont je ne dois pas voir 1 accomplissement.
La clôture du lustre fut ainsi terminée par l'il)ère. Elle constata que le nombre des citoyens romains dans * tout Tempire était de quatre millions cent trente* sept mille. 1} où 1 on peut conclure qu il était resté à peu près stationnaire pendant tout le principal d'Auguste.
Cependant les progrés de la maladie de ce prince attiraient raltention publique. Les citoyens portaient leurs regards sur un avenir qui paraissait désormais si prochain , et se coniiiiuuiquaient leurs réflexions. Quelques-uns exprimaient encore des regrets et des vœux pour la liberté ; plusieurs redoutaient , d'autres désiraient de voir renaître les troubles civils; la plupart exprimaient leurs inquiétudes , i\m ne semblaient que trop justifiées par 1 orgueil et par les vices des maîtres dont Ils étaient menacés.