LIVRE IX
Tandis qalls se livraleot à ces coDjectures, d*atrocesromears se répandirentet s'accréditèreni avec une effrayante rapidité. Un dernier forfait de Livie lui assurait le fruit de ses crimes. Vers la fin de l'automne , se promenant avec Auguste dans son jardin, elle avait cueilli des figues pour en niaD^jer et lui eu offrir ; mais celles qu elle lui avait offertes étaient déjà empoisonnées.
Dion raconte ce fait sans Taffirmer ; il se montre d ailleurs convaincu que Livie avait avancé les jours de son époux par le poison , et c'était une opinion presque générale au temps de Pline. L'historien de la nature semble même persuadé que le prince n a\ait pas pleinement ignoré ces soupçons : a Les complots de Livie et de Tibère , dit-41 , ont été le dernier et le plus cruel des soucis de la vie^d'Âuguste (1). »
Lîvîe était en proie à de mortelles appréhensions. $ 19. Les soupçons d'Auguste , déjà cruellement manifestés, étaient provoqués contre elle - même , et pouvaient amener de graves indices. Elle avait sans doute prévn tous les périls, et ne reculerait devant aucun moyen de les conjurer. Mais le départ de son fils pour TÉpire allait lui ravir un puissant appui , et toutefois ne pouvait plus être ajourné ; car les opérations du cens, qui avaient favorisé tant d'astucieux délais, étaient consommées. Elle voulut donc que Tibère Tannonçàt comme très-prochain , se flattant qu'elle déterminerait Auguste à raccompagner. Tous ceu\ qui entouraient ce prince, et son médecin lui-même , étaient dévoués à une perfide épouse; animé par l'espoir du soulagement qu'on lui promettait dans ce voyage, il se montra
(1) Soél. > Aug- , 57, et note de Pitbcos. — Dion» LVI, SO. — Aur., Vie., Ep., t.— Taeit., Ann. I, 5. — Pline, VU, 4S.
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SIÈCLE B'AUGtTSTE
bientôt le plos empressé de le Mter. Le matin du Jour qo'il avait fiicé , des plaidears étant venus à son palais
solliciter une audience, il les refusa durement, et manifesta son humeur par une exclamation qui fui regardée eomme un présage : « Quelque affaire qui survienne , dit-il , on ne me verra plus à Rome. »
Auguste était uéaomoins si affaibli , qu'il ne put longtemps soutenir le mouvement de la litière ^ et la fit diriger sur Astura , où il s'embarqua pour suivre les côtes de la Campanie. Il prit terre dans la baie de Pouzzole , où venait d entrer en rade un vaisseau qui arrivait d'Alexandrie. Tous les gens de Téquipage vinrent au-devant de lui en robes blanches et couronnés de fleurs , faisant des vœux et des libations en son bonneur ; c'était à lui qu'ils devaient leur salut » leur heureuse navigation , toutes leurs prospérités. Auguste charmé fit compter à chacun des siens 40 écus d'or ou 800 francs , sous la promesse faite avec serment que cette somme serait employée à l'achat des marchandises du navire.
Il se fit ensuite conduire dans cette !le de Caprée , qui devait bientôt acquérir une si triste célébrité, et dont la réunion au fisc du prince était l'effet de sa superstition pour les présages. En y débarquant dans une autre époque , Auguste avait vu se relever à son approclie les brandies d'un vieux chêne , qui étaient presque desséchées et courbées vers la terre. Persuadé parce signe que le ciel de Ule lui serait favorable , Il avait engagé les Napolitains à la lui céder , et leur avait donné en échange Tile d'^aria. Depuis il était venu fréquemment visiter et embellir son acquisition.
Les vallons riants de Caprée , ses jardins embaumés et les sites variés d où la vue s'étendait au loin sur les
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côtes fertiles de ia Campaoie, firent diversion à ses douleurs. Le premier jour, il prit plaisir aux iravestisfiements des gens de sa suite, qui avaient re{u des yétements , les Romains , pour prendre Thabit grec , les Grecs , pour figui ei des Romains , el à leurs fréquentes saillies, provoquées par cet échange de cos* tnme et de langage. Il accepta pour le lendemain une féte qui lut était offerte par les Jeunes habitants de 1 lie , leur donna un grand repas, et leur fit à tous des présents.
Thrasylle avait accompagné Tibère, dont il devait conserver longtemps la faveur, et devenir enfin la
victime. Auguste se plaisait à la conversation de cet astrologue , qui n était pas moins distingué par son esprit que par sa vaste littérature ; il l'invite le jour suivant à diner, cl le fait placer sur le lit qui touchait au sien. Par la fenêtre de la salle, d où la vue s étendait sur la plus grande partie de ilie , il aperçoit au loin les habitants qui tenaient en main des flambeaux autour de la tombe éli \ Tannée précédente à Magasina Se rappelant ce jeune homme, quil avait pris en afiëetion dans ses autres voyages et surnommé le fondateur de Gaprée, il compose sur-le-champ deux vers grecs, qui exprimaient que le tombeau du fondateur semblait enflammé , les dicte à son voisin , et lu! donne à deviner le nom du poète. Je l'ignore , dit Thrasylle; mais, quel que soit leur auteur, les vers sont ingénieux. Auguste sourit à ce compliment» et parut fort gai tout Je reste du repas.
Après quatre jours passés dans cette lie, sentant ses forces ranimées , il se rembarqua et fut aborder dans le port de INaples Les habitants tirent aussitôt procéder à la célébration des Jeux quinquennaux ,
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fondés vingt ays aopiravant eo fioo homieur, lorsque leur vîlle ayant été délniile en partie par un Iremblenieni de (erre, il leur avait envoyé des somHies considérables pour fournir aux frais de leur désastre* Il se monlra diarmé de ce spectacle , qui lui offrait une fiiiige lidèle des jeux de la Grèce. $ 20. Auguste cootinua eusoite sa route jusqu'à Béaé* 7S7 vent , où il reçut les adieux de Tibère , qui allait sembarquer à Brindrs H revinl lentement sur ses pas et poussa jusqu à ^oles , qu'il voulait visiter pour la dernière fois. Dans cette ville obscure^ où il avait reçu le jour d'un simple chevalier romain , il allait terminer la }>lu:^ brillante carrière qu*un mortel puisse envisager dans ses espérances.
Ses douleurs s étaient réveillées , et le repos ni les remèdes ne pouvant plus lui apporter de soulagement, Tèpuisement de ses forces lui annonça bieutôisa ûa prochaine. Tibère fut alors rappelé : il attendait les lettres de Livie sur. les cdtes de TÉpire, et précipita son retour. Paterculus affirme qu'il trouva Auguste encore vivant. Suivant Suétone, il resta tout le jour enfermé avec lui. En le voyant s éloigner, Auguste dit assez haut pour être entendu de ceux qui le servaient : « Que je plains le peuple roniain de tomber sous une mâchoire aussi lourde 1 »
Le jour de sa mort , il demanda plusieurs fois des nouvelles du dehors, et parut curieux de savoir si l'état où il se trouvait n'avait produit aucun mouvement, voulant ensuite recevoir les adieux de ses amis y il ordonna d apporter un miroir , pour faire peigner ses cheveux , et rajuster ses joues pendante». Aprésun court entretien , il prit congé d eux en leur disant : « Trouvez- vous que j'aie bien joué cette farce