‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 147 sur 160 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

tions gravées avec son nom snr des tablettes de plomb; Il reconnaissait les enchantements qui étaient alors usités pour dévouer les âmes aux divinités infenialc!;». Confirmé bientôt par les progrés du mal dans ses soupçons , il fait jurer à ses amis de poursuivre sa vengeance sur Pison et sur Plancine. Maisdans ses adieux secrets à son épouse , il accusa Livie et Tibère.

Sa mort fut pleurëe de tous les peuples , dont il s'était concilié lesaflTections; Ton entendit les regrets des rois et des nations èfranjïères. Rome en fui snrlnui consternée , et i on a remarqué qu il ne s'y était jamais manifesté une désolation aussi générale et aussi profonde.

Pison , renvoyé par i'it)ère au jugement du sénat y. fut ensuite trouvé égorgé dans son lit » et Ton soupçonna de ce meurtre les a^^ents chargés d enlever les instructions qu il avait rt'rues. ï.ivie avait soustrait Plancine à [ accusation ^ et dévoilé ainsi sa propre complicité. Mére dénaturée ! et qui se perdait ellemême pour n*avoir pas osé compter sur la îjénérosîtéde son petit-iils; carie crédit quelle avait encore, elle le devait surtout à la crainte qu'inspirait Germanicus.

Mais les protestations de Tibère Tavaient tellement abusée , qu'elle croyait à son avêneuient entrer en partage de Tautorité souveraine. Les sénateurîi s'y . étaient également mépris : Ils unissaient son nom dans les actes publics à celui du prince ; ils voulaient lui décerner les houueui s réservés à la puissance souveraine y et le titre de mère de la patrie.

Tibère réprima ces adulations , mais en montrant; pour lui-m(^nte une semblable retenue, et en santo- ' risant de la rivalité de Germanicus. Lorsqu'il s en lut délivré par le secours de sa mére , il s'attacba à la

m SIEGL^ D'AUGUSTE.

priver ptr defp^^ de toute infloeiice AiBelefenveipe*

uieat. Mais après de vaiQS efibrls , impatiepL de céder eiicqre 4 ce génie supérieur , qu il ^'éUtt necai^tupié 4 respecter . il ae tipl éloigné 4 çMe , p^rcoora^t immis lie Tains prètei^les ies ({lyerse^ coptrèesde^lUlie ; dea» l'espace de trois années , il ne lui fit qu une seule visite. i| éluda enliB de vo|r dans mi dernière tnfile** 4ie » cam ensaite sqd testamenl , el pe ^nom de persécuter ceux qui lui étaient restés fidèles. Uivie yepait d atteindre 1 âge de quatre-vingt-six an» , lor^n'ell^ teroitpa cette vie <pie ion ambilion avait repdue ù funeste à tous les siens , et même si importune h <M»ioi

pour lequel elle lesavail tous sacrifiés.

Tibère avait bien auparavant dépouillé la feinte modératian qui signela son avènement, iionqii'il s'éttalt emparé da prindpat à l âge de cinquante-six ans> ou avait espéré qu il ne voudrait |)as coqrir les hasards d'un^ tardive tyruni^ie, et neuf ans s étaient écoulés sansqull eût trompé cette confiance; mata, soit ipie

des mesures violentes lui parussent désormais indisipçosabies, spit que» dans rorigine, iieûtseuieuient cru devoir les ajourner , op le vit alor^ adopter une politique toute nouvelle II pomma Sèjan «eut préfet des prétorien^ , réunit leurs coliorles dans un Mk^^ie çamp , et provoqua 1 abus^e^iaoppsations de Majesté. l\ s'aQrancbit des égards q^e ^ lOér^ loi inspirait encore , et souffrit de tels excès de pouvoir dans sou favori , qu'il se crut ensuite réduit à employer la ruse pour le perdre. Mais ses fiir^ura despptiqpes n'en furent point ensuite ralenties;, il prouv? au(|ii,dit Suéioiie , que Séjan n'avait pas été rinçt^ateur , m^U le ministre dévoué de ses volontés.

Si Ton considère que cette politique fut constam**

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ment imitée par ses successeurs, on sera porté à penser qii elle a été trop exciusivemeni attribuée au «éoie de Tibère. EUe eut aussi d'antres causée » dent l'eiMieo achèvera de liIreeoiiMtlre la nature et les effets des instilu lions sur lesquelles Auguste avait fondé rètablisseaieut de l'empire (i).

Les forlUts i|ui oatattirè rexècration de la postérité ^

sur le principal de Tibère , ii eurent pas pour unique «7cajose sa perversité naturelle , quoique si profonde ; ils ùmmi aussi inspirés par les dangers de la puissenee impériale. Auguste Fayait établie comme Tunique remède au lléau Jes guerres civiles. Mais, toujours menacé par un glaive déjà souilié du sang de Julesr César, il n'avait pas osé la fonder sur les seules bases qui pouvaient garantir sa durée ; il s'était borné à les préparer , en assurant à ses deux petits*lils I hérédité de l'empire.

Leur mort simultanée déjoua sa prévoyance , el ce

crime de Tibère , s il ne fut pas le plus odieux de ceux qui lui imposèrent un tel héritier, fut du moins , par les effets qui en résultèrent , le plus funeste. Tibère devait ensuite vainement tenter d'affermir le prlnci*pat dans sa famille. Ce fui en vain qu il atlecta dans le sénat d'accepter Tempire pour un temps illimité» et» suivant Tobservation de Tabbé de la Bletterie, qu'il le rendit inamovible , pour s autoriser par degrés à le déclarer liérédi taire. Pendant les neuf premières années de son gouvernement » sa eoaatance dansses elfortsneservit qu'à prouver leur impuissanoe» el même ce terme décennal, assigné jadis par Auguste, menaçait de devenir le terme fatal de son principat.

(I) Won, LVII — Suél. . Tib., 01.— Tacil., Ann., ibid.-G'thtrî ,

536 SIÈCLE DTÂUGUSTE.

L'ianniiieDee dn danger n'est qne trop èUMie par la mesure extrême qni Ait adoptée poor le eonjnrer.

Les cohortes prétoriennes , jusqu'alors séparées dans des quartiers différents, furent réunies dans un même eamp. Un chef nniqne leur fot donné; Séjan » déYoaé dés sa jeunesse aux intérêts du prince , fut nommé seul préfet du prétoire. Mais Tibère n était parvenu qu'à préparer Texplation de son attentat contre les petits-fils d'Auguste. Son fils Dmsus, dont les droits à I hérédité étaient le but principal de cette mesure, périt bientôt empoisonné par le préfet du prétoire, dont les espérances s'élevaient jusqu'à Temptre. L'effroi qu'il conçut du pouvoir illimité qui les avait autorisées, se manifesta dans ses manœuvres insidieuses ponr la perte de Séjan. La plus funeste de tontes, et néanmoins la pins indispensable , fut la nomination de Taudacieux Macron h la place de préfet du prétoire. Tibère voulait ensuite appeler à I hérédité ie fils unique de Drasus : il fut contraint d'accepter le choix de Galigula que Macron lui avait Imposé. Réduit à lui associer son petit-lils par un testament, cette manifestation de ses volontés , quoique si timide » éhelda sa perte. Dans une crise de sa maladie , il foi étouffé par ordre de Macron sous des couvertures, et termina ainsi sa criminelle carrière , lorsqu'il venait d'atteindre Tâge de soixante-dix-hntt ans.

Galigula obtint rempire par le choix dicté aux prés toriens; Claude le dut à leurs caprices ; Néron, aux crimes d'une autre Livie. Tous trois, après leur avènement , ainsi qne Tibère , firent concevoir de vaines espérances ; tous trois les déçurent ensuite par leur tyrannie, dont les excès furent semblables, quoique sous des formes difiérentes. Les attentats du premier

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