LIVRE I
GesalMis éCiieiit déjà intolérables an temps ^Gr-*
céron , qui les avait attaqués avec toute la supériorité que lui donnaient son rang et ses lumières. Secondé par Sulpilius, Offilios, et d'autres Jurisconsultes distingués, il avait tenté une réforme, presque aussitôt interrompue par les discordes civiies. Jules-César l'avait reprise » quand il les eut apaisées ; il avait oublié les intérêts de sa puissance , pour mettre le comble à sa gloire, tu élevant à la législation un monument digne de son génie. L'abandon du code de lois, qn il se disposait à promulguer, n'est pas le moins fuaeste des nombreux désastres que lattentat des conjurés vint alors attirer sur leur patrie infortunée.
Auguste n'était que trop invité , par les souvenflrs de cet attentat , à ne pas imiter une générosité , qui avait été si indignement méconnue. Au lieu de réformer les abus de la république , il en autorisait ses innovations. A l'exemple des préteurs , il changeait les dispositions des lois anciennes , dans les édits qu'il publiait sous prétexte d assurer leur exécution. Ainsi que Gibbon l'a fait observer , il établissait de nouveaux principes de législation, sous le nom des auteurs des lois républicaines ; il altérait même par ses édits les lois que lui- même avait publiées, et, à mesure que les circonstances lui en fournissaient Toccasion ou le prétexte , il étendait leurs dispositions par ces actes inaperçus de rantorité législative.
Auguste lit un abus plus fréquent encore des man^ datS' du prince. On appelait de ce nom les ordres qu'il adressa d'abord aux magistrats qui lui étalent suboi donnés , et ensuite aux autres magistrats , en vertu de sa puissance consulaire et proconsulalre. il substi tuait ainsi leur intervention à la sienne» etlesdé-
velopponients que ! intérêt de sod autorité pouvait exiger, avaient iieu , suivant iaocieu usage , par les édîU ou le» décrets des magisUrats.
Un semblable motif devait porter le prince à recourir aux sénatus-coDsultes , que les citoyens étaient
surtout accoutumés à respecter. 11 leur donna par son inlfirreatlon un nouveau caractère } leur autorité de* valt cesser avec celle du magistrat qui était chargé de Jeur exécution , et , en tes publiant par ses édits, il leur conununiquall son autorité inamovible. Leaiéna> tufr*consulte$ ewreni ainsi tout Teffet des lois; le sénat exerça désormais la puissance législative eu partage avec le peuple. Mais le prince s'attribua le droit d*initiation et de sanction que le sénat avait smil exercé dans Toriglne de la république ; désonnais , la pin* part des sénatus-consultes furent proposés par un édit du prince, et uu autre édit autorisa leur publication.
L'influence dn prince sur la législation s'exerça le plus souvent en vertu de la suprématie Judiciaire, qn'il avait fait comprendre parmi les prérogatives de sa puissance triiMiAitienne. Ses décrets , ou jugementa sur les causes portées à son tribnnal ; ses rescrits^ oo décisions sur les questions de droit qu'elles soulevaient, faisaient prévaloir les principes monarchiques. Les décisions des magistrats y toujours soumises à l'appel devant le prince , se conformaient à la Jurisprudenee
quil s'efforçait d établir (1).
I Toutefois 9 et malgré des moyens aussi puissants 7S0. pCHir faire prévaloir ses innovations , le prince les
voyait sans cesse entravées. L'opposition avait surtout
pour organe les patriciens , qu une loi de Romulus
(l> Bich. « /list. Jurigp. ~ Cujac , Obs. VI , iS. - Gibbon .
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avait établis les conseils et les défenseurs de leurs cliente. Dévoués ainsi de tout temps à la proimloii dejuriaoonsalte, qu'ils conciliaient avec les fonctions les plus éminontes , ils lui aTatent attaché la considération publique, qui les suivaitalors dans leur retraite. Ils sortaient que pour prodamer an Forum les ■MxHnes anciennes , dont irâr mâle éloquence assurait souvent le triomphe , ou pour solliciter la préture. Auguste n^osail contrarier leur élection , de tout temps accordée par les citoyens à leurs services , et il avait ainsi de plus à combattre 1 autorité toujours véoérèe des préleurs.
Unainstilutiott nouvelle , qui devait rendre lautHes les eflbria des patridens , Ait alors autorisée par la cor*
ruption qu'ils avaient introduite dans la jurisprudence. Les subtilités et les tormuies dont ils l'avaient embar^ raaséa , pour en faire une sorte de sdence occulte » et imdre ainsi leur concours indispensable dans les affaires (le leurs clients , excitaient de fréquentes réclamations. Auguste ne parut avoir pour olget que de lui rendre son ancienne splendeur, lonque , par un édit rendu en vertu de sa suprématie judiciaire , il ordonna que les magistrats et les tribunaux se conformeraient dans leurs Jugemente aux réponses des jurisconsultes , qu^ll aurait autorisés à prononcer sur la question de droit. Le prétexte qu'il alléguait était spécieux , et Ton doit reconnaître avec le savant l^ch , que les réponses de ses jurisconsultes contribuèrent puissamment à ré-> former la jurisprudence. Mais , ajoute ce même an* teur, le véritable raotif de l'édit était do la rendre plus conforme au système de la monarchie et d^icrver l'autorité du préteur. Le prince devait à Tavenir dominer tous les irihuiiâui , même le tribunal éminent
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des ceotumvirsy dont ses jurisconsultes prescrivaieol d'avaûee les Jugements.
Auguste devait ainsi , fiar degrés , acquérir tout Tascendant qu'une jurisprudence mystérieuse avait assuré jusqu'alors aux patriciens. Mais le conoottfs des principaux jurisconsultes iui détenant indispensable ^ il employa , pour les gagner, ses plus puissants moyens de séduction; le consulat fut le prix ordinaire et le signal de leur condescendance. Il l'accorda à Tubèron^ lÉdisrimpuissantadversairedeCicéron , parvenu akm au premier rang des jurisconsultes , il y porta AIfénus- VaruSy issu d'une famille obscure d artisans. Parmi eeux qui résistèrent à ses avances , on a cité dilius, qui publia ensuite un écrit estimé sur la loi vieesimaire; Trébati as Testa , dont les suffrages et Famitié de Gicéron avaient préparé jadis les succès, Aulus Gascelius ^ vieillard austère, que toutes les menaoea des triumvir» n^avaient pu dédder à rédiger leur» odieux édits. Désigné pour le consulat, il refusa de l'accepter, pour ne pas s exposer au soupçon d'une* lAclie oomplaisanee.
Auguste eût désiré surtout obtenir l'appui du barreau , formé sous Tempire par l'élite de la jeune noblesse. Il vit séloigner de lui Galba ; Fabius ; Blœsu», le plus digne rejeton de filluslre famille des Junius ; Cinna , petit-fils de Pompée , qui devait ensuite eédw, non sans honneur, à sa généreuse clémence. Vitellius. se montra plus lacile , et prépara ainsi pour son petit* fito la brillante carrière que devait terminer une fin ignominieuse. Mais cet exemple de faiblesse ne put entraîner Antistius Labéon , que la voix publique désignait pour leur cbef , et que nous verrons manifester dans d'autres occasions un si noble caractère. Il re-