LIVRE II
d'insister sor cette offire nouvelle, non moins dérisoire
que la précédente , et qui a néan moins élé juç^ée plus sincère par Suétone. jMais Tanalogie de icurs résultats prouve assez que de semblables motife les avaient inspirées. L'une avait favorisé rétablissement de Tautorité temporaire d'Auguste^ celle-ci préparait les concessions inamovibles sur lesquelles il voulait fonder la puissance impériale.
Agrippa fut alors ea batte aux euiportt iiieuts jaloux de Marcelius et de Julie , qui reprochaient à Auguste de les avoir sacrifiés k une politique timide. Vivement blessé , il fit sentir toute sa supériorité à ce jeune homme, dont il dédaignait la présomptueuse faiblesse. Livie profita de ces discordes pour rappeler les sentiments que les républicains avaient manifestés , lorsqu'ils avaient appris Ja dôsij^nalion d'A^rippa. Convaincus des mesures secrètes qui assuraient Tem* pire à Marcelius, ils s'étaient rassurés par Tespérance qu'Agrippa ne lui laisserait pas impunément recueillir cet héritage.
Les dépêches de lOrient annoncèrent, sur ces entrefaites , que des soulèvements dangereux venaient
d'éclater dans la Syrie. Agrippa fut nuiiiiné président de cette province , et reçut Tordre de s'y rendre sans délai. Mais il dédaigna ces honneurs, qui lui étaient otlei ts comme un voile à sa disgrâce. Arrivé dans Tile de Lesbos avec ses lieutenants, il les envoya dans la Syrie, et fixa son séjour k Mitylène, qu'il avait choisie pour le lieu de sa retraite (I).
Marcelius triompha de 1 éloii^nement d'Agrippa, et j s. se persuada qu'il achèverait de le faire oublier par la 78i.
(1) Dion, LUI.— Paterc. ,11, ai. — Suél. , Aug., 28ct Oô.—Josep., Antiq.,XV.— Cenol. Pis., pag. 290.
wmptuoflilé des jeux de son édilltè. Il Tenait de |ier-
dre son plus sûr appui , et se croyait débarrassé du» concurrent. Dans sa latte contre une si imposante re* nommée , il n'apercevait qu'une tlyalité de magnificence. On distingua paruù ces profusions les voiles de lin qui furent étendus sur le Forum. Jules-César eh avait fait usage pour garantir les spectateurs dans les jeux qu'il donnait au peuple. Màrcellus en couvrit renceinle deslinée aux plaideurs. Bien dilTérent, s'éerie Pline , de Caton le Censeur , qui eût voulu les éloigner du Forum , en le pavant de cailloux aigus. Toutefois, ses soins empressés, et ses brillantes prodigalités , charmèrent la multitude , et il se vit bientôt l'objet préféré des vœux populaires.
Mais ces jours de triomphe devaient être les derniers jours dv ce brillant ûls d'Octavie , à peine entré dans une carrière déjà si enviée. Les faveurs mêmes du peuple avalent préparé sa perte ; les délateurs les atlril)uaient à ses liaisons avec les partisans de la liberté, dont il avait promis de sec<^uder les desseins* Trop occupé de plaisirs et de fêtes pour remarquer les nuages dont se voilait le front d'Auguste, ou les complots des agents de Livic , il se ]>er t ait encore des songes les plus ilatleurs, lorsque déjà circulaient dans ses veines les germes de mort qui devaient se manifester à son réveil. Les symptômes du mal dont il fut atteint semblaient néanmoins les mêmes que ceux qui avaient menacé les jours d'Auguste, et les soins de Musa lui furent également prodigués , mais avec un succès bien différent; car les mêmes remèdes ne tirent qu'aggraver ses douleurs. Transporté aux eaux de Bues, dont il éprouva d'abord du soulagement ; il ne tarda pas à succomber ,
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lorsqu'il venait d atteindre i'âge de vin|2^t-iHi ans.
Ua décret du sénat iui décerna de niaguiliques fu- Bérailies aux frais du trésor public. £d Tertu d*uu autre décret, la chaire cunile, où sa statue en or était assise^ le front ceint d une couronne, devait être placée daus les jeux jiublics , auprès de celles des édiles. Auguste annonça que le vaste théâtre, qu*il terminait alors à ses frais, serait dédié sous le nom de Marcellus.
Le cortège funèbre , accueilli sur sa route par des
regrets unanimes , arrivait cependant aux portes de Home. Auguste ie regut sous le portique de sa matson , et donna des ordres pour que les cendres fussent déposées dans son propre tombeau. Le lendemain , il suivit le corps au Ghamp-de-Mars , où il prononça Téioge du défunt , déplorant le coup imprévu qui lui avait ravi le plus cher objet de ses affections. Des cris de douleur remplirent cette vaste enceinte; toutefois, on entendait aussi les imprécations d'une multitude désolée, dont les espérances s'étaient portées sur Marcellus , et qu'agitaient dlnjorieuses rumeurs sur les causes de sa mort si prématurée. On n accusait pas les intempéries de la saison, quoiqu'elles eussent produit plusieurs maladies contagieuses et une grande mortalité : on dénonçait d'odieux complots, tramés par Livie , et dont Musa avait été le complice. On soupçonnait Auguste de les avoir tolérés, pour punir les tranMs de Marcellus , attribuées au rival de Tibère. Ces soupçons contre Livie devinrent plus graves par la remarque qu ils ne provoquaient aucune recberclie. Dans la soUe , on ne douta plus de leur justesse ; car on voyait Livie préparer la perte des autres rivaux de son iiis , par de pareilles insinuations sur leurs voeux
secrets pour ie rétablissemeot de la répul>li€[ue. Aus» la plupart des auteurs contemporains ont-ils compris cet attentat parmi ceux qui devaient flétrir la mémoire de Livie.
L'épouse d'Auguste redoutait encore l'influence de Mécène; mais elle tentait vainement de l'ébranler.
Elle se rassurait par réloignement d'Agrippa, dont elle faisait dénoncer les ressentiments , et ses rapports secrets avec les citoyens dangereux. Mais ces intrigues devaient encore tourner contre elle-même ; et la disgrâce d'Agrippa , qu'elle s'applaudissait d'avoir prolongée , allait amener le renversement des espérances qu'elle avait de nouveau conçues pour son fils Ti«* bére (1).
j ^ Auguste n'était pas seulement blâmé d'avoir laissé 731. impunie la mort de Marcellus; on Taccusait même' d'avoir chargé son médecin de punir les vœux suspects de son gendre. Impulalion atroce, qui prit néanmoins assez de crédit pour mériter détre rapportée par les historiens. Nous la jugeons, comine eux , sans fondement ; mais elle peut attester Toplnion qu'on s'était fornfiée de ce prince , toujours dominé par la passion du pouvoir, et disposé à lui sacrifier ses plus chères afiections.
Au surplus , sa douleur, fût-elle sincère , devait être d'ailleurs peu durable Rassuré désormais sur les dangers dont la crainte l'avait poussé à de si étranges mesures , on le voit s'occuper aussitôt des projets que les témérités de son gendre Tavaient obligé d'ajourner. 11 en prépara Texécution, en abdiquant le consulat sur le mont Albain , on il s'était retiré au milieu
(1) Tacil. . Ann. U, 41 cl XIV, 53.-Plin., Uisl. nal. VU e4 XIX, — DiOD. , LV.