‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 33 sur 160 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

exerçait la puissance , que pour salisfaire aux vœux de» citoyens. Ce luetii o existait pas pour la censure, dé^ odieuse dans ce sièele de lioence , et snr laquelle avaient a!ois rejailli les mépris iospirés par ses derniers titulaires (1).

Les citoyens n'étaîeui plus désormais occupés que $ 15. des distributions gratuites ei des Jeux du drque ; mais 73s. les grands de Rome ne poiivaienl èlre aussi facilement aNxsés : ils pouvaient d'ailleurs mieuiL apprécier les progrès rapides de la puissance, proeonsulaire , parce qu'ils étaient sou veut appelés par leurs fonctions dans les provinces du sénat.

Auguste imitait à*la vérité Tancienne politique do sénat envers les proconsuls. Mais lorsque le sénat les avait soumis à des lois^ sévères, connues sous le nom de lois sur les provinces, il avait à réprimer leur pouvoir sans bornes. En remettant ces Ihêa en vigueur par ses édits, le prince achevait d'abattre un pouvoir déjà énervé par d autres atteintes.

11 avait en effet préparé l'abaissement des procon* suis , en les réduisant à la puissance civile ; le sénat en avait donné Texemple à l'égard de plusieurs proconsuls, et avait envoyé dans leur province un de ses légats, qui recevait le commandement militdre. Lors* qu'Auguste lut rciuki cette mesure générale , el que le lieutenant et le proconsul furent également soumis aux ordres émanés de la puissance proconsulalre , on vît I»ient6t ces deux sortes de subordination se ewfondre dans 1 esprit des habitants des provinces.

Toutefois f attentif à n innover qu'avec lenteur , Auguste tolérait encore , en faveur de quelques pro* consuls, la concession du pouvoir militaire. Les lois sur

(I) Dion.. LV. ' Suél.t Aug , S7 et 52.

les provinces réprimaient à la vérité Tabus de ce pouvoir et prononçaient la peine capitale contre le proconsul qui entreprenait la guerre sans autorisation. Mais pour faire respecter des iois depuis longtemps méprisées, il ne suffisait pas^e les publier de nou- ▼eau; un grand exemple devenait Indispensable.

AnlonîusPrimus , qui arrivait tlu gouvernement de la Macédoine, fut cité devant le préteur, pour avoir attaqué sans ordre les Thraces Odryses. Il variait dans ses réponses , alléguant tantftt les ordres du consul Marcellus, tantôt ceux d Auguste. Mais les juges hésitaient à le condamner, et craignaient de favoriser les vues politiques qui avalent inspiré cette accusation.

Auguste paraît alors à l'audience. 11 n'avait pas cessé de fréquenter les jugements du Forum , et de s intéresser à ceux qui concernaient ses amis. Vaine affectation de popularité ! car il était trop au-dessus des autres citoyens, pour imiter sans danger leur exeniple. Le préteur, qui Tapersoit auprès du tribunal , lui demande s*il ayait ordonné d*attaquer les Odryses « Je nn'ai donné aucun ordre pour cette guerre,» pondit Auguste.

Lidnius Muréna était défenseur de Taccosé. Vaincu avec les autres républicains , il aurait pu se rouvrir la carrière des honneurs , par la protection de sa sœur Térenlia , femme de Mécène , et de son frère Proculéius. Il avait préfièré la retraite laborieuse , où le» études oratoires fortifiaient les sentiments généreux , qu il a avait pas voulu sacrifier à sa fortune. La démarche d'Auguste , qui lui présageait le sort réservé à son client, les fit éclater, il dit que Taccusation était légitime , honorable même , quand un citoyen , par zèle pour le bien public, sexpo:;ail aux vengeances

LIYKË II.

des lois, s il succoiiiôait , et , s il ii lompiiait , aux vengeaDces des hommes puissants j mais que la déposition contre uo aocoflé était iltidie , quand elle n'avait pas été réclamée par laccusateur ; que les loih lépioiivaieut ce moyen insidieux d'attaquer un accusé « sans s'exposer aux peines de la calomnie. Se toomani ensuite vers Auguste , il lui demanda par qui il était appelé, pour quels motils il comparaissait ? « Par la répu- Mique et pour ses intérêts » » dit avec calme le prince , qui dissimulait ses ressentiments , mais qui n'ooliliait pas les offenses.

AntoDîus Primus lut condamné, et cet exemple ^ sévère remplit le but qu'Auguste s'était prq^osé; les 7ss. proconsnb du sénat se résignèrent à la sonanssion. Leur dépendance s'étendit bientôt à tous leurs subordonnés; le procurateur, qu'Auguste envoyait dans leur province ponr la régie du fisc» exerça bienUi la pinpart des attributims des questeurs.

C'était par la questure que toute la jeune noblesse et tous les citoyens qui aspiraient aux iionneurs devaient commencer leur carrière. On les voyait solliciter avec ardeur pour remplir leurs fonctions dans &ome, et i on ne voyait plus briguer la questure que comme nn moyen d'obtenir la faveur du prince , qni recevait des questeurs pour les magistratures dont il avait obtenu ia puissance.

Ces mécontentements de la première classe des citoyens y et les regrets qu'inspirait le triste sort de Primus avaient aigri tons les esprits; des murmures s'élevaient contre cette puissance nouvelle , dont les progrés se manifestaient par l'abaissement de toutes les magistratures. On laissait les flatteurs du prince vanter la modération de sa réponse aux censures de

SIECLE D'AUGUSTË.

Mnréna , «'t on se comiiiuûiqiiail leâ sentinienb d iadigoation qu elles avaient îus|>irés.

Angiiflte teoU de rameaer dei disponlioDS plus fai^rables. Il déclara que l'aiilorité de§ lois étall rétablie dans la Gaule lyonnaise et dans l ile de Chypre , les fit passer sous laulonté du sénat y et ût même entendre ^11 ne tarderait pas à lui céder d'autres provincses. Il obtint ainsi, par un décret du sénat, le droit dé convoquer ses assemblées, prérogative analogue à celle du droit ét proposition on de rapport, et qui avait été jusqu'alors égalenent réservée aux oonsnls. Mais il tentait en vain par ces défcreiices de calmer la termentation générale ; poussé à bout par les propos Iffjnrleux qui rentretenalent , il résolut la perle de ses adversaires.

Un complot formé contre la vie d'Auguste fut alors déBoncè>parCastruccius, Muréna etCapioii eu étaient les chefs ; Muréna , dit Patereulus , bon citoyen a^want ce crime , Cicpion , déjà diffamé dans ropinion publique. Dion reconnaît au contraire quer tout leur crime se réduisait à des propos contre le prince.

Térentia , prévenue en secret par Mécène , favorisa la fuite df» Mnréna. Auguste fut irrilé de Tindiscrèlion de Mécène, si ion en croit Suétone; ie témoignage des antres tiistonens » et les liiéts postérieurs ^ prouvent qu'il n'en montra aucun n^ssentîment. On Ta même soupçonné de l'avoir provoqué , pour éviter une lutte ÉMisanieuse dans le Forum. L'aocusation excitait en effet de violents murmures , quoique Ton eûtéUiîgiié Casiruccius, dont le nom seul la décriail , pour la faire soutenir par Tibère. Les juges se montraient peu disposés à seconder ces trames odieuse. On redoutait surtaut les grands laleots de Maréna , qui avaieni.

UVUE 11.

Iti

dans une occesioB récente , excité l'enthmisiaMfie du peuple ; s'il était réduit à les déployer pour son salut , il pouvait exciler de dangereux soviévemeDi».

Toutelbb , pour se garantir de œ danger , Âuguete { i». avait compromis sa vengeance ; Muréna et ses prétendus compiices étaient en fuite , et les lois romaîBes ne permettaient pas de procéder contre les absenis. Auguste y pourvut par une de ces lois privées dont nous avons déjà exposé les fréquents abus. Sa loi sur les eontuniaces ordonna que les juges procéderaient contre Taccusé qui reftiserait de comparaître , admeltraient comnio avoués les faits do Taccusation , et donneraient publiquement leurs suû'rages.

Dion a prétendu que cette loi fol inspirée par des raoliis d utilitépuhlique. et amanifcstéainsi rinfluence de ces époques dQ servitude » qui faussent le jugement de rhistonen » lors même qu'elles n'ont pas mliéré sa sincérité. Disons, au contraire , que les actes violents de Sylla ii avaient pas été si funestes ; car ii n'avait pas du moins altéré les lois sur les jugements , et sa loi Gomélla laissait à raccusé un libre choix entre le seratin secret ou le vote public des juges. La loi JuHa priva de cette faculté ceux qui avaient de plus justes motife pour la réclamer; les accusés, sacrifiés à la sécurité des juges , furent condananés à rinterdiction de Teau et du ieu. Ils furenl peu après mis à mort, lyoute le même bistorien, qui s exprime avec cette indifférence sur Texécuttoo d une sentence d'exil par le deruier supplice.

Muréna, qui avait pris la fuite avec le piiilosophe Athénée, fui atteint el immolé par des sàtellites. Atbé^ née fut ramené dans le palais d'Auguste. Mis en liberté , après de longues angoisses , il disait à ses amis

qs'il avait vu de prés le séjoar des ombres. Il montrait

[M*u deconfiance «Innsiin pardon diffîdlenienl obtenu, et périt en effet quehinr temps après d'uue mort vio> lente ; on annonça qu'il avait été écrasé sous les ruines de sa maison.

Ca^pion y d'abord cacbë par un esclave fidèle , qui Tavait ensuite emporté, dans une corbeille couverte, par des chemins détournés , était parvenu à Cumes , et se voyait déjà en pleine mer. Le navire est repoussé par la tempête sur le rivage ; l'esclave est arrêté et rAsiste avec une égale constance aux promesses et aux tortures. Cet héroïque dévouement fut toutefois inutile au salut de C^epion, qui périt bientôt après , dénoncé par un autre de ses esclaves.

Aupiste aurait atteint le but quMI se proposait, ajoute Dion , et aurait étouffé les dangereux propos, qui ébranlaient sa puissance ; mais il souffrit qu'un décret du sénat ordonnât des actions de grâces aux dieux pour la répression d'un complot suspect, et les citoyens s'indignèrent de voir célébrer de pareils excès comme une victoire.

Le prince ne tarda pas même à reconnaître quil rendait au caractère romain son ancienne énergie , perses imprudents efforts pour la comprimer. Le père de Cœpion ne se borna pas à récompenser par la liberté l'esclave qui avait voulu sauver son fils , il condamna celui qui l'avait trahi à expirer sur une croix , et le fit conduire au supplice, près leForum, portant sur le dos un écriteau qui lui reprocbait sa trabîsou . A oguste feignit de ne voir dans celle audace qu un emportement excusable de la tendresse paternelle.

Il ne tarda pas à se voir plus directement attaqué. Uue accusation fut portée au tribunal du préteur

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contre le délateur Caslrucciiis, lionime vil et souillé de crimes, que la crainte des sévérités de la justice avait rendu rinstrument des vengeances du prince. L'infamie de cet a^ent allait être exposée au grand jour. Auguste se rendit en personne au tribunal ; il obtint ou arracha le désistement de l'accusateur. Gastm<»nus ne pouvait plus , d'après les lois , être mis en jugement ; les mêmes lois prononçaient, à la vérité, les i)eines rigoureuses de la prévarication, contre Itaocnsatenr dont le désistement était suspect de con* nivence , mais on n'osait pas mettre en cause le véritable prévaricateur.

L'indignation générale se manifestait par des cris séditieux et de nombreux rassemblements ; des complots secrets se formèrent, plus dangereux et plus menaçants que celui dont la supposition avait •causé la perle de tant d'illustres citoyens. Auguste les envisagea saus alaiincs , comptant sur la vigilance de Mécène , sur la terreur qu'il avait inspirée, sur rinconsCance des ressentimeDits populaires. Tandis qu'il s'occupe à développer les concessions inamovibles qu'il avait reçues , observons les nouvelles mesures de sa politique pour obtenir la concession la plus importante, celle qui devait terminer rétablissement de la puissance impériale (!].

La puissance Impériale était en effet incomplète » et ^ sa faiblesse s'était dévoilée par les actes arbitraires 733. qu'elle venait d'inspirer. Lorsque Dion déclarait plus lard qu'elle n'était pas alors inférieure à la dictature , il exprimait les préjugés de son temps, et se mettait

(I) Dion. , LIV, 3 et 5. — Macrob. , Sat. , 1. - TacU., Adr. lil, 30. •«-> Stiet. * Aug. , 50 el 60.

en coutradiclion avec les faits , connue 1 uni iléiuoairê les criUqu66 du siècle deroier.

L'autorité d^Auguste ne pouvait recevoir ses der<nîers dêveloppemenis que par la concession à vie de la puissaoce consulaire , la seule puissance qui , par son origine et par sa nature ^ dominât toutes les autres. Les consuls, jadis élus pour remplacer les rois , avaient depuis exercé toutes leurs prérogatives, et les autres magistrats n'étaient que les délégués d'une partie de leurs attributions. La puissance du consulat devenait même égale à celle de la diclaluie , lorsquelle était armée de la fameuse formule qui ordonnait aux consuls de pourvoir au salut de la république.

A Tépoque des derniers décrets , Auguste n'avait pas osé provoquer la concession d'une puissance aussi semblable à la royauté ; il s'était promis seulement

de Tobtenir avant le terme de son autorité décennale. 11 projetait alors de s éloigner de Kome, sans doute avec le désir de calmer ainsi les ressentiments des citoyens. Mais son principal motif était d'imprimer une activité nouvelle aux expéditions qui devaient les occuper de leur gloire , et de soustraire à leurs regards , en les couvrant de lauriers , les ruines encore trop récentes des instilulimis de la liberté.

Nous verrons dans quelles vues il avait commencé par l'invasion de l'Arabie , ordonnée à iElius Gallns , préfet de l'Egypte. Il venait d apprendre les revers de cette entreprise mal dirigée, et d autres dépêches l'instruisirent que les Éthiopiens , entrés en armes dans la Thébaîde, avaient été reçus comme des libéra-* teurs. En recevant ces nouvelles alarmantes, Auguste part en diligence pour Misène , s'embarque sur

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