LIVRE II
La sœur d'Auguste élait venue à Messiue , anieoée par Livie , qui ne doutail plus de Itiymen de Tibère , el dont roi giieil était ilallé de le célébrer sous lesyeni d'uneancienne rivale. Depuis sa perte irréparable, Octane nourrissait sa douleur dans la retraite, ne voulant entendre aucune consolation , refusant les honinia^ offerts à son (ils par les orateurs et par les poètes , évitant les familiers d Auguste , dont les suffrages la diarmaient , lorsqu'ils s'adressaient à Marcellus. Elle s'était refusée d'abord à suivre LIvIe , non qif un soupçon atroce eût brisé son cœur, mais elle enviait celte félicité ntateruelle. Aougissaot de sa faiblesse» elle avait enfin cédé à de nouvelles Instances. Arrivée , sans le soupçonner, pour orner le triomphe de Livie , elle devait encore cette fois concourir à faire avorter ses desseins.
Virgile avait accompagné Mécène, cédant aux dé^ sirs impalicnis d Auguste , qui voulait entendre trois chants de lËnëideà peine terminés. Il débuta, en présence d*Octavie , par léchant de la descente aux enfers , où il avait , suivant l'expression de Boileau , prodigué les miracles. Après avoir parcouru ces sombres demeures y SOUS la conduite d'Anchise » Énée arrive an coteau fortuné que parcourent les ombres des héros, dontil devait être le père. Un jeune homme paraît au milieu d'eux ; sa rare beauté reçoit uu nouvel éclat de sa riche armure et de son pompeux cor- , tége : mais son front plein de grâces est abattu par la douleur, et déjà l'aile de la mort le couvre dune ombre sinistre. Les dieux , dit Anchise , le raviront à Tamour des Romains , jaloux de la félicité qu'il leur aurait assurée. De funèbres accents retentiront au champ de Mars el sur les rives du Tibre , célébrant
Ifë Si£GL£ D'AU6UST£.
sa piété, ses vertus antiques, son inviudble courage. Infortuné jeuoe homme! puisses -tu fléchir nn destin trop rigoureux ! to ferais reTlTre Marcellos.
Octavie , à ces mots , perdit conoaissaoce. Elle envoya ensuite au poète dix miile sesterces on deax mille francs , pour chaque vers de cette immortelle apothéose.
Un savant antiquaire de ce siècle a , le premier, contesté ce fait , que Donat raconte dans sa vie de VlrgOe. n allègue un passage de Sénèque qui dit qu Octavie refusa les poëmes dédiés à Marcellus , ce qui ne prouve rien contre sa présence à la lecture d'un chant de TÉnéide. Il objecte le sUenee de Dion et de Suétone ; mais i'un a pu négliger une anecdote privée , et lautre la réserver pour sa vie de Virgile, fjne Donat a copiée, comme il avait déjà copié celle de Térence. La crédulité qu'il reproche à cet historien parait un faible argument contre un fait aussi vraisemblable. Des preuves négatives et aussi faibles ne penvent d'ailleurs suffire pour infirmer la croyance de tant de siècles (1).
J 18. Octavie témoigna sa reconnaissance pour Auguste, 733. en décidant son gendre et sa fille à se sacrifier comme elle leur en avait jadis donné Texemple pour les intérêts de lempire. Après une répudiation mutuelle , Agrippa célébra ses liançailles avec Julie , et mit à la voile pour Bome. Mécène l'avait précédé , et venait , par un décret du sénat , de lui faire accorder les pouvoirs nécessaires pour réprimer les factieux. Dans ces attributions , qu'un critique moderne a expliquées ,
(I) f'oyez le Moniteur du 19 août 1810 et lioooog. Rom. , lom. S . page 40.