‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 44 sur 160 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

vanrail pour les comba(tr<^ , secoudé par les renforts la Belgique. Les corps qui osent Tattendre sont lailléâ en pièces ; ceux qui fuient devant lui sont coupés dans leur retraite , et contraints de mettre bas les armes. Môlon , à la Uile tie quelques bravos, parvient a s ouvrir un passage, et, favorisé par de secrètes intelligences , regagne Ja rive droite du Rhin.

Le proconsul de rOccident voulait achever d'écraser eelle ligue des Sicambres , abattue par un si cruel revers , et privée de ses plus braves guerriers; mais là saison trop avancée pouvait compromettre te succès de cette expédition , et d'autres dangers réclamaient ailirurs sa présence. H venait d apprendre , i^ar les dépêches de ses lieutenants dans les Ëspagnes, les rapides progrès du plus grave des soulèvements dont le nord de ces contrées eût encore été le théàire. Dirigeant aussitôt de nombreux renforts vers les Pyrénées , il partit en diligence pour les précéder à Tarragone.

On ne peut considérer sans admiration la constance des peuples du nord de l'Espagne , digne de celle que montrèrent les anciens peuples de lltalie , et qui semble même plus glorioiisi' ; ( ai les Volsques et lesSamnites n'eurent à combattre que Rome naissante : les Gantabres et les Astures luttaient contre une cité qui leur opposait ïes forces réunies de toutes les nations civilisées. INous avons vu Auguste déployer cetle vaste puissance pour les écraser, et ne revenir à Tarragone qu'après avoir fait un désert de leurs âpres contrées.' Toutefois, et lorsqu'il venait à peine de quitter cette ville, les faibles restes des Gantabres , que des rocbes isolées avaient soustraits au glaive du vainqueur, les abandonnaient pour répondre à la voix de leurs chefs.

La rasa leor èlait recommaiidée ; il§ le mMrail aux

faibles tiahilants qui avaient reçu des ëtablissementu daos teftpliiUia^, et prodiguèrent des téoioignages de zèle au proooasnl iËmilius , cbaigé de les eonleelr. A l'époque des moissons, lorsque plusieurs corps de Tarmëe romaine furent délacliés pour iever des contributions en nature, ils obtinrent de ieur servir de goides. Les ayant ainsi attirés et massacrés dans des embuscades, ils se i>ortèi4iiU avec célérité sur !o canipd'/E- Oiilius, qu'ils croyaient surprendre; mais ils furent repoussés avise yiguenr, et perdirent un grand nombre de prisonniers , qui furent renvoyés dans leur pays les mains coupées, pour servir d'exemple.

Les AstureSy qu'un impitoyable vainqueur employait aux travaux des mines , et qui s*«ppfètaîeat à joindre les Gantabres, dirent découragés par leurs revers. Les deux peuples restèrent mèiue tranquilles l'année suivante. Encouragés ensuite par le départ d'^milius, qui fut remplacé par Fumius, ils prirent de nouveau les armes, et ne cédèrent qu'apr^ de sanglantes défaites.

lis parurent alurs acçablés par cette lutte inégale , et résignés au Joug des Romains. Mais Ils ne voulaient que dérober à leurs regards les intelligences qu'ils entretenaient avec ceux de leurs concitoyens qui avaient été rédnits en Ravage » et emmenés dans le» diverses contrées de l'Espagne. Le secret de ce vaste complot fut gardé peïidaiu doux aus avec une admirable fidélité. Les esclaves reçurent des armes; au jour â«é , après avoir assassiné leurs maitres , ils se diri* gdreat vers les rende&vous qui leur étaient assignés dans la Celtibérie. La ligue des Gantabres y rassemblait des forces considérables^etréparaitles forteresses.

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qu'elle wêki peunrnes de vivras et de nranlUoi». Des cohortes 8 organinieDl et ee rormaieat an exer-

cices militaires des Romains, animées par leur haine couuaiuiey a'eipèraiii plus leur salut que de la yîgloire.

Furoius s était empressé d accourir à la tête de ses légions. Mais les plus braves soldais avaient péri daus ces luttes fréquentes , et n'étaient rwiplacés que par de nouvelles recrues; les habitudes de la guene des montagnes avaient relAclié les liens de la discipline. Déconcertés par 1 audace et la rapidité des attaques , les RouMlns eisuyèrent plusiears échecs, et virent bientôt s'éiccroître le nombre de leurs ennemis, par Taccessioa des contrées voisines à la ligue des Gantahrea. Ihi se soulevèrent alors contre leurs officiers ^ les oonlniifnlrent à ordonner la retraite , et s'enfermè-* rent dans des retranchements qui semblaient leur inspirer peu de confiance. Le vainqueur d'Actium parait alors 9 et les appelle autour de son tribunal.

Agrippa leur reproche leur mollesse , ranime par ses discours leurs courages abattus , et les entraîne le même jour liors de leur camp pour reprendre roflénsive. Il surprend et enlève les corps avancés des Ganlabres, trop confiants dans leurs premiers succès, arrive triomphant sur leur armée , et la réduit » par la supériorité de ses manœuvres, à tenter le liasard d une action générale. Le combat fut long et opiniâtre; les voyant enûu ébranlés, il développe sur leurs flancs l'aile droite , qull commande en personne , et dont rattaqne va décider la victoire. Mais, à la voix de leurs chefs qui leur rappelaient leurs anciens désastres, leurs succès récents , les horreurs de la servitude , les Cantabres s'étaient élancés sur son aile gauche et Ta-

Digitizeci b

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vaîent mise en déroate |>ar eetle attaque Maespèrée.

Se reloijiiiaiit alors vers le centre, contre la légion d élite nommée AogufiU » Us l'avaient coatrainte à se disperser dans la plaine. Agrippa, qui accourait pour réparer ce désordre , n'osa prolonj^er le combat avec des troupes découragées ; réduit à proléger la retraite, il ramena dans leur camp ces lâches soldats qui lui faisaient pour la première fois éprouver les disgrâces de la fortune, jusqu'alors si fidèle à ses dr a peaux.

L'armée est rangée en bataitie en avant des retranchements; les cohortes qui avaient donné Texemple de la fuite sont entourées et décimées ; la légion d*èlite est condamnée à ne recevoir que du ï>ain d'orge et privée du noind iUigusta. Les légions reprennent l otfensive dès le lendemain et manœuvrent sur les flancs des Cantabres ; mais leur chef irrité refuse Tordre du conibal , il attendait I effet de ses mesures pour ramener la discipline et le sentiment de laur. ancienne hn^ voure.

Cédant cntin à leurs instances , il attend dans une forte position les Cantabres , qu'un premier succès et l'apparente timidité de ses manœuvres animaient d'une imprudente confiance ; toutefois , leur attaque intrépide culbute ses postes avancés , fait cbanceler ses légions, et eût décidé la victoire s'ils n'avaient pas rompu leurs rangs dans un dernier effort pour se rassurer. Agrippa fond alors sur eux à la tète de son corps de réserve et les contraint à reculer ; ses légions moins pressées se rallient ; il achève d enfoncer les Cantabres et les enveloppe de toutes parts , avec défense de faire des prisonniers. Celle arniéc si valeureuse el si digne dun autre sort est exterminée presque tout entière.

Les contrées que cet affreux désastre livrait à la ven-

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ffeance du vainqueur soiil aussilùl envaliies. Les habitations, qui avaient été rétablies dans les montagnes, sont livrées au pillage et détruites par le feu* ; tout ce qai restait encore d'habitants en kge de porter les armes est réduit en esclavage , les autres sont ramenés dans les plaines qui leur avaient été déjà assignées, aiciii^lIlKeDse, sous peine de mort , de les abandonner. ' Agrippa venait de terminer une guerre qui avait j e. d'abord menacé de eomprouieU l é [ honneur des armes 7^^* romaines. Il devait , dans la suite , faire tracer , sous les portiques des Parcs Jnles , la carte de tontes les li^spagnes, comme un monument dt s victoires qui les avaient paciûées. Mais alors il ne parut occupé qu'à dissimuler la gloire dont il venait de se couvrir. Les autres généraux rendaient compte au sénat de lenrs exploits : il n adl e^sa qu au khiI Auguste toutes ses dépêches et ne voulut pas accepter le triomphe qui lui fut décerné. Auguste s'autorisa de ce refus pour ne plus accorder que des ornements triomphaux , et réserver le triomphe aux succès éclatants dont il ne devait plu« offrir Toccasion qu'aux membres de sa famille.

A son retour dans les Gaules , Agrippa consacra tous ses soins aux travaux qu'il avait ordonnés avant son départ. Il s'occupa surtout des voies militaires, qui devaient bientôt rivaliser avec celles de rEspagne. La ville de Lyon en fut le centre , déjà désigné par Auguste pour le terme des chemins tracés dans les Alpes Pennines.

Les deux voits militaires qui se dirigeaient de cette ville vers le nord desCiaules od'raicnt une étendue à peu près égale , et d'envirbn six cents milles ; Tune aboutissait par Reims à Gcssoriacum ou port de Bou-

logoe ; 1 autre puisaii par Ai^gmloratM o« âlra»bourg , et ae lermiiiait à Leyde , alors LagdaMin , qui

formait sur ce point la limite de renijiire. La ligne des deux ruule^i du midi était d enviroo deux cent vingt milles : d'une part , on parvenait à Narbonne par iSisuies, a travers la chaîne méridionale des montagaes de l'Auvergne ; d'autre part, on suivait de près le cours du Rbène y et l'on arrivait à Marseille par la ville d'Arles.

Pour la direction de ces vastes entreprises , Agrippa parait avoir ûxé son séjour à ^ismes, qui reçut alors des témoignages signalés de sa Menveillanee. Il y §1 construire l aifueduc, dont le temps a respecté les vastes arceaux connus sous le nom de Pont-du-Gard. On lui attribue aussi les bains publics qui ont été découverts et restaurés dans cette ville. Les habitants exprimèrent leur reconnaissance par des médailles, que l'on retrouve dans les cabinets des curieux. { 7. Pendant qu*Agrlppa se montrait au dehors le digne TW. soutien de la puissance d Auguste , ce prince revenait à Rome pour obtenir la concessiou qui devait en terminer les développements. Instruit que les magistrats et un grand concours de citoyens se disposaient à veuir aii-devaui de lui, il les prévint en rentrant de nuit dans la ville.

Le lendemain il fit annoncer son arrivée , et les

récompenses qu'il accordait à ceux qui Tavaient suivi dans âou expédition. Tibère obtint les ornements de la préture ; son frère Drusus reçut le droit de prétendre aux magistratures cinq ans avant Tàge prescrit par les lois. Les expressions de Dion autorisent à penser que ce prince décerna lui-même ces faveurs , qu'il s'était borné jusqu'alors à solliciter des comices.

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Il se loDcJait avec raisbn mr TMeendant que la paix imposée aux Parlhes venait de lui assurer. Lorsque* dans la pompe modeste de l'ovatiott, il parut MHM râPc de triomphe érigé en aoo hoonaor, ranenaiit les prisonniers et les aigles (jui avaienl tail I orgueil des Partîtes^ y le& ciloyeos semblèrent le couffHidre, dans leurs hommages , avec les Divinités qui lui aoeordaient une protection si constante, et ressentir la môme terreur qu il avait imprimée à leurs pins rtkdwtables adversaires. Une splendide magiM^ ûeence signala les létes qui suivirenl , et fui sortoul remarquée dans le combat des gladiateurs. Mais tous les regards étaient tournés vers les sièges dont la chaire curule d'Auguste étall entourée , ei ne pou* vaienl se iaaier dV contempler les otages qui uvaienl été livrés par le roi des Partîtes.

Les comices étaient cependant assemblées , et les £ac(leux s'uiarmaienl des rigueurs dout ils se croyaîeul menacés. Car, ainsi que ralleste Dion , les séditieuses innovations qu'ils avaient exigées après son départ, et les réformes précipitées qu ils avaient» faites en ap*< pnmiint son prochain retour , apportaient dans tous les rouages du gouvernement le désordre et la eon* fusion. Auguste s exprima avec toute l autorité d'un chef suprême et victorieux , sur .les trouMes donl la vUle avait été agitée; il censura vivement le peuple qui les avait favorisés par de lâches condescendances; avec le secours des dieux , qui l avaient envoyé pour

mettre un terme aux divisimis intestines , il saurait en prévenir le retour. Les factieux alarmés s'efibr-

cèrenl de l'apaiser par de nouvelles concessic)Il^ ; la proposition de lui accorder le consulat perpétuel fui émise et votée par d'unanimes acclamations. 11 répon-

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dit à ces offres en rappelant ses refus constants du consulat depuis soû abdication , et sépara aussitèt rassemblée.

Les consuls réunirent ensuite le sénat , pour délibérer sur les mesures qu'exigeaient les circonstances, et mirent aux voix ia proposition du consulat perpétuel. Auguste n'assistait pas à cette séance, mais ses partisans opposèrent les refus qu'il venait encore de ri nouveler. Ils tirent ensuite observer que les ornements de la préture , déférés jadis à Marcellus , venaient d*être accordés à Titiére ; que le prince autorisait ainsi par son exemple la distinclion qui sétablissait entre les honneurs et ta puissance des magistratures; que Ton satisferait également à ses répugnances et aux vœux des citoyens en lui accor- ' dant la puissance consulaire.

Alors fut adopté par le sénat et sanctionné par le peuple ce décret qu'une politique habile préparait depuis si longtemps. Auguste obtint pour toute sa yie la puissance du consulat, les douze licteurs qui en étaient le signe accoutumé , et un siège dans le sénat entre les deux consuls annuels. Les clauses du décret furent étendues à la puissance extraordinaire du consulat H 11 aura le droit , qui avait été accordé au divin Auguste , d'ordonner tout ce qui pourra intéresser le salut et la mi^esté de la république , » dit ensuite le sénatus-consulte qui fut rendu à ravénement de Vespasieu.

Auguste avait pris des mesures pour dissimuler l'effet de ces concessions. Lorsqu'il convoquait le sénat, on lui présentait des propositions, il paraissait ne faire usai^c que des prérogatives spéciales qull avait obtenues par des décrets antérieurs. Il abandon-

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