‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 58 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

la puissance cônsalaire , qiû faisait du prince un monarque; la réforme violente, qui éloignait du sénat les partisans de ia république ; les innovations législatives y qui menaçaient également les citoyens dans leur lîherté et dans leur fortune. L'époque alors pro- ( liaine des comices pour les élections favorisait les manœuvres les pins séditieuses , qui se coavraient des apparences d'une lutte entre les candidats , et surtout les partisans d Égnalius semblaient ne plus garder aucunes mesures.

On appritalors qu'un complot contre la vie d'Auguste $ s.

et d'Agrippa venait d ètie dénoncé , qu Éjjnatius on était le chef , qu'il s'était assuré le concours d uufrand nombre de citoyens distingués. Le délateur ne fut point nommé : Auguste n'avait point oublié Tissue de la délation contre Muréna , et tous les dangers de ces discussions judiciaires. Égnatius et une partie de ses prétendus complices, enlevés en secret, furent exécutés dans leur prison.

Paterculus a traité de coupables ces accusés , qui ne furent pas m(^me mis en jugement. Dion s'est borné à déplorer la condition d'un prince qui ne pouvait garantir ses jours sans ces actes arbitraires. Triste excuse, et que l'attentat commis contre son pére adoptif ne rend néanmoins que trop légitime.

Parmi les complices d'Egnatius , les historiens u ont cité que Tex-triumvir Lepidus ,qui fut épargné dans des vues politiques, et font seulement entendre qu'Auguste proscrivit sous ce prétexte les citoyens dont il redoutait 1 ambition ou l intluence. Mais en répandant ainsi la terreur parmi les grands de Rome , il avait irrité la multitude.

Ces dispositions se manifestèrent sous le consulat

de Furnius el de Silaous ^ Tan 737 de Kome y et le peuple comoien$aU à former des groopes sèdllicMx

dans le Forum. Auguste prit des mesures pour l en éloigner. Il lit allouer aux préteurs une somme tri> pie de celle qni leur avait été accordée Tafinée précédente pour les im% publics ; il etcîta le séle des autres magistrats ; ii prodigua ses (résors pour leur eu donner l'exemple. Le cirque , nouvellement décoré , offrit une splendeur inusitée dans les courses de chars et les luUes de gladiateurs ; une vaste naumachie fut disposée pour les combats des monstres marins.

Pftnl ces spectacles si variés , on a distingué les danses pantomimes , déjà fameuses dans tout l'Orient. Auguste les avait récemment introduites dans Rome , et cette époque est remarquable; car il publiait alors des lois pour rétablir la ixipulalion , et il l atlaqnait dans sa source y en corrompant les citoyens par ces danses voluptueuses. L'intérêt de son autorité explique ces contradictions. Pour en couvrir les dépenses , il contisquait les legs laits aux ( iioyens stériles ; pour la défendre contre le peuple , il flattait ses çapricesy et aspirait à transporter sur le thé&tre les factions qui s agitaient dans le Forum.

Ses vœux avaient été satisfaits ; les citoyens ne semblaient plus occupés que de la rivalité des deux plus fameux pantomimes , de Pylade et deBalhylle. Pylade avait Déanmoins obtenu la préférence par ses talents pour la danse tragique : Bathylle excellait en vain dans les sujets comiques ; la finesae et la grâce de son jeu avaient été moins appréciées. Mais il était protégé, et même trop chéri par Mécène; Pylade , qu'il avait fait sifller par l'un des spectateurs , ayant

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fépMdn é cèlte provocatim par un getia i^)iirmix »

il le fit bannir de Home et de Tltalie.

Le praple avait depuis vainemeiit réclaoïÀ m>q aetenr fliTorl. Auguste , voyant aloisrenaltre lea troubles

du Forum, rappela Pylade. Une repartie piquante du pantomime lui pcouva, toutefois, que sa politique n en inposail qu'à la multilode. Il l'avait mandé po«r lui ordonner d'être à l'avenir plus circonspect. « César, répondit Pylade , vous ne pouvez élre sérieusement ttcbé de riatérèt que le peuple porte à dos querelles (1). »

De splendides préparatifs vinrent bientôt offrir un j 5 autre aliment à la curiosité publique. Les fêles que 737. roii annoaçait devaient, par leur édat et leurs inventions nouvelles , effacer toutes les autres. Elles étaient destinées par Auguste à célébrer Tadoptiou des deux fils de Jolie.

Le mariage d*A grippa . peu favorable à son bonheur domestique , avait d ailleurs été prospère : au temps de la guerre contre les Partbes , la naissance de son fils âdné avait provoqué TiBStltution d*un. sacrifice annuel. Julie venait alors, en mettant au jour un second tils, de lui obtenir les mêmes témoignages de Tallégnesse publique. Mais Auguste allait > par l'adoption, les soust^ire à sa puissance , et les appeler à cette hérédité , que son association à la puissance tribunitienne avût semblé lui garantir.

' Le dépit du gendre d'Auguste fol même alors aigri par une piquante allusion a su naissance , dont on savait que ce grand bomme avait la iaiblefise de rougir. Il était Tassesseur du prince ; Toraleur Pordus

(l) Dion, LIV. — Tacite, Aim. 111,56. — Sud , Aug. , i3, Tib. 19.— Micr., Sii.,U,7.— Juven., Sai.. Vi.— Plin., VU, S.

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Lairo , fameux par sa cavatieité , plaUftit devanteux

pour le fils d'une courtisane , adopté par son grandpère paternel : On lui reproche , dit-il , 1 obscurité de son origine ; ne sait-on pas que Tadoption peut ennoblir des enfants obscurs , et même leur donner des droits à Tempire? »

L'adoption des fils d'Agrippa eut lieu dans les formes antiques de l'as et de la balance. En préseiiee de cinq témoins, Auguste posa dans la l>aiauce un as , qu'il remit ensuite à leur père. Par celte formule, trois fois répétée , il acheta les droits paternels d'Agrippa , et fit ensuite ratiûer l'adoption par une loi Curiate. Les deux flis passèrent sous sa puissance comme ses propres eniants; l'ainé , sous le prénom de Galas, le cadet , sous celui de Lucius , portèrent désormais le nom de César..

Pour donner un nouvel éclat à ses fêtes , Auguste fit célébrer , avant le temps prescrit, les jeux publics dédiés à l lionneur et à la vertu. Il déploya surtout sa magnificence dans les jeux séculaires ; Tépoque eu était passée depuis dix ans , mais les pontifes explrquérent Torade de la sibylle qui les avait ordonnés , et déclarèrent que le mot de siècle exprimait un intervalle de cent dix ans. Ces jeux furent donnés dans lé cirque , pendant trois jours consécutifs , au -milieu d'une iouie imniiiiise , attirée des lieux les plus reculés de Tempire. On y lit entendre le poème séculaire d'Horace , et l'on offrit dans les courses cent chars superbes qui représentaient les années du siècle (1).

Le calrne était rétabli dans Rome , mais Auguste le rendait précaire» en exerçant par lui-même ses vastes

(1) Senec. , ConU, 12. — Brollier , jécad. des Imc. , lom 4*, pag. 401.

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