‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 69 sur 160 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

stnicUoD. Ud magnifique auiei sèlevail dans son eoceinte ; c'était le premier qui eût été consacré m culte d'Auguste , dans les jii ovineesde rOccident. Son pontife était le chef illustre des Lduens , Vercundarius. Ses prêtres et ses augures appartenaient anx premières familles des Gaules , et devaient avoir ritt*^ teodaoce des jeux aunuels établis en l'honneur du nouveau dieu. La dédicace fut célébrée par des fêtes solennelles. Drusus avait convoqué les députés de toutes les Gaules , qu'il renvoya charmés de seségards et des témoignages de sa bienveillance.

Au milieu de ces soins pacifiques y Drusus n'avait pas négligé les préparatifs de la guerre; il venait de faire terminer par les légions un canal de plus de huit mille pas, qui Péunissi|it le Rhin à ITssel» et sur lequel les navires parvenaient au vaste lac Flévo , d'où ils entraient dans la mer du Nord : il préparait ainsi l'expédition qui devait précéder i invasion de la Germanie ^ car 11 avait reni Tordre d'occuper d'abord l'embouchure des fleuves qui traversaient ces vasles contrées. Aux premiers beaux jours de Tannée suivante^ il fit sortir ses légions de leurs quartiers , dispersa les corps nombreux des Sicambres , qui s'a* vançdient sur les bords du Rhin , pour en tenter le passage , et les poursuivit à travers le lerritoire des Usipétes, leurs alliés, jusqu'à leurs frontières, qu'il dé* sola par ses ravages. Se confiant dans la terreur qu'il avait répandue , il revint sur ses pas pour 1 expédition qui était Tobjet Je cette campagne.

Un grand nombre de navires avaient été rassemblés sur le Rhin; Drusus embarqua ses troupes, pénétra par son canal dans le lac Flévo j et attaqua les Frisons , qui furent pleinement défaits. Un usage géné-

SIECLE D'AtGUSTE

reux de la victoire lui obtint leur alliance, doiit il ne tarda pas à éprouver leâ avantages. Lorsque , parvenu dans le pays des Cauques , il traversait un vaste lae qui cammnniquait avee rOeèan , il ftat surpris par le reflux et menacé de perdre une partie de ses navires : le secours de ses nouveaux alliés le délivra de ee danger.

La conquête de Tlle de Burcliana , qui opposa une longue résistance, fut la plus importante opération de cette campagne ; celle Ile commandait les deux bouches de TËms , et Drusus acheva d'assurer sa domination sur ce fleuve , en iaisant construire sur ia rive gauche une forteresse, La saison étant avancée» il ramena ses troupes sur le Rhin , les établit en quartiers d'hiver, et reprit la route de Rome. L'ëdilité curule fut le prix de ses exploits (i).

Pendant cette glorieuse campagne de Drusus , Tibère avait pris des mesures pour soutenir une redoutable rivalité : il s occupait de recouvrer la conliance d'Auguste , lorsqu'il apprit par sa mère que ce prince, alarmé par rindtscréte conduite de Julie , s'était dé* cidéà lui choisir uti nouvel époux. Il n'avait plus les mêmes motifs pour désirer cette union i encore épris des charmes de Yipsania , qui Tavatt déjà rendu père d'un fils , nommé Drusus , et qui élail dans sa seconde grossesse; peu flatté de la main de Julie , qui u était plus le gage de Tempirê. Mais sa jalousie contre son frère dominait tous ses autres sentiments , et il nW pérait la satisfaire que par le crédit de la Aille d'Auguste.

Livie était alors disposée à le seconder ; elle ne pou-

I) Dion, LIV — Plin., Ilist. nal., IV, t5. — Slraboii , liv. IV et VU. -Srhutfti, Hi^t. Weiitfih. , lib. 1.

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▼ait aspirer que par loi à âe concilier Jalie : elle était

même alarmée de la faveur de Di usus , élevé sans son appui , trop ûer pour accepter sa domination. Tibère avait eu Tart de loi inspirer plus de confiance , et de conserver néanmoins Vascendant que lui donnaient les prëdictioDS des astrologues ; il lui imposait par les oracles suspects , qui lui promettaient Tempire » et ne semblait y prétendre que pour sillustrer dans les combats , leunui des aflaires lui ferait trop acheter sa gloire y s'il n était pas rassuré par la sagesse d'une mère , qui te soulagerait des soins du gouvernement. Cette espérance avait décidé Livie ; elle rappela aux souvenirs d'Auguste les sentiments que sa fille avait Jadis manifestés pour Tibère, qui pouvaient seuls la préserver de tant de séductions, qui désormais s'accordaient avec rinlérôt de I empire. Auguste liésita d abord , prévenu contre Tibère, alarmé pour ses iils adoptifii. Il paraissait enfin ébranlé , lorsqu'une intrigue secrète Famena à concevoir d'autres desseins.

Térentia, femme de Mécène, lavait tramée : elle balansait Tascendant de Livie , 4iui s'abaissait vainement à lui diercher des rivales , qui pouvait seule tenter avec succès la concurrence de Térentia. Auguste trouvait de l'attrait dans leur jalousie mutuelle et se plaisait à les réunir : il avait même un jpur exigé qu'elles parussent devant lui telles que s'étaient jadis montrées, aux regards dun berger, les déesses qui se disputaient le prix oITert à la beauté. 'Depuis ce voyage dans les Gaules, que Ton avait cru inspiré par le désir de soustraire aux propos malins de scandaleuses amours , Térentia paraissait remporter sur sa rivale. Elle n'avait rien perdu de sesattraits, et, dans le commerce d'une cour si polie, son esprit vif et enjuué

avait acquis des grAoes plus sédaisantes. Ses brusques

saillies , ses mépris agaçaBts et ses Totoptaeox eaprices pouvaient seuls réveiller dans le prioce des goûts blasés par l'abus de tous les plaisirs.

Tel était Taseendaiit de Térentia, lorsqu'elle vit Auguste hésiter sur le choix d'un nouveau gendre. Elle se flatta qu'elle pourrait succéder au crédit, peutêtre même au rang de Livie , st elle faisait obtenir la main de Julie à sou trcre Proculéius.

Proculéius avait obtenu , par un dévouement sans bornes, toute TafTection d'Auguste. Il avait bravé une mort presque certaine , dans la guerre de Sicile , pour assurer sa fuite, à travers ses vaisseaux dispersés par Sextus Pompée. 11 avait satisfait, dans la guerre d'Égypte , au vœu le plus ardent de sa vanité , en lui livrant Gléopâtre vivante. Beau -frère de Mécène, dont il secondait rinfluence politique , il avait d ailleurs obtenu du prince une familiarité plus intime. Térentia rappela les craintes qu^Auguste avait conçues pour les jeunes Césars. Son frère s'était montré digne et capable de devenir leur appui , et n'était ni assez élevé , ni assez ambitieux pour concevoir des idées de rivalité. Elle parvint à lui obtenir la préférence d'Auguste.

{ 4. Julie déjoua cette habile intrigue par ses mépris , et

se montra indignée qu'un simple chevalier romain osât aspirer à la main de la lille d'Auguste. Telle était même sa fierté » digne de sa dépravation déjà si pro* fonde , qu'elle rejetait aussi les vœux de Gracchus. Toutefois, Seuipronius Gracchus , d'une haute naissance , d une noble ligure , remportait aussi par les qualités de Tesprit sur tous les rivaux qui se disputaient ses faveurs , et Julie , souvent entraînée vei^

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eux par soninconstaoce, revenait touj<»urBà celui qui n'avait pas cené de domîDer ses affécUons. Mais alors il De put obtenir son aveu pour solliciter le choix d'Âuguste : il se retira pleiu de rage , méditant de se ▼enger sur Tihère , à qui seul ii attribuait ces injurieux refus.

Gracchus avait mai connu tout 1 orgueil de Julie. Eiie rejetaitaussi.les vœux de Til>ère ; son cceur était changé sans doute, mais elle n'apercevait que le changement des circonstances; au temps de Marcelius , le fils de Livie eût acquis , avec sa main , des droits à Tempire. L'hérédité était désormais assurée aux Jeunes Césars, et Julie , dit Tacite , dédaignait celui qui n'était plus à ses yeux qu'un subalterne.

L'épouse d Auguste se jouait de ces vains caprices, qa'elto projetait de punir à d'autres époques, qu^elle flattait alors pour le succès de ses desseins. Elle insinuait son désir de satisfaire aux iutèréts des héritiers de l'empire. Ses fils y occupaient alors le premier ranget s'en étaient montrés dignes ; elle voulait en faire les a|)puis des jeunes Césars : devait-on les leur rendre hostiles en les traitant comme des rivaux? Cette politique adroite eut l'effet qu'elle s en était promis , Julie consentit à sl condor les vœux de Tibère.

Des nouvelles alarmantes arrivèrent alors de l lllyrie. Les Pannoniens avaient pris les armes» et leurs émissaires étaient accueillis dans les provinces voi-> sines. Ce n'était pas seulement laconfiance inspirée par la mort d' Agrippa ; des manœuvres secrètes avaient , aussi provoqué ce soulèvement, que le seul Tibère pouvait être désormais chargé de réprimer. Livre profita des hésitations d'Auguste : elle témoigna sa douleur des rivalités qui divisaient ses deux fils ; Drusus

S4i SIECLE ir AUGUSTE.

avait mëiiiè des préférences , mais des liooneors sans partage pouvaient raffiarnlr danasM dîBpOBilkMia»

trop favorables aux partisans de la liberté. Lui seul ne pouvait d'ailleurs suffire dans des drconstances qui ae reproduisaieftt saia cesse. PomrqHoi se priver 4es services de Tibère ? Ses regrets n'avaientnis pas assea expié les imprudences de sa jeunesse ? Son âme était fière, BMis féu^use, il n'aspirait qu'à justitier le dMNX d'Auguste ; c'était d'ailleurs le seul diolx éigne de Julie , le seul qui pût offrir une sûre garantie contre ses écarts, puisqu'il était conforme aux premiers vœux qn'eUe avait ouiBifeBlés.

L'habile LIvie trlenpha enfin des répugnances d Auguste et des intrigues de sa rivale. Tibère reçut l'ordre de répudier Vipsania , asseï dissimulé pour témoigner des regrets quand il voyait combler les vœux de son ambition.

Julie n'était pas encore au terme de sa grossesse. Angusie avait dédaigné Jadis cet obstade à la prompte eélébratloQ d'nn second mariage ; mais il était devenu plus scrupuleux sur les bienséances, et voulait aussi montrer des égards pour la mémoire d'Agrippa. Les fiançailles forentcéMrées sans aucune pompedansson palais , et le mariage fut ajourné à l'année suivante. Tibère partit aussitôt après pour prendre lecommandeinent des légions de l Ulyrie. Noos verrons plus tard ses succès dans cette campagne , et les honneurs qui hii furent accordés à son retour (1).

{ 5. Lorsque les deux fils de Livîe repartnmt pourleur 749. province , sons le consolât de Tuhéron et de Pauhis , l'an 74«S de iiome, Auguste s était proposé de les ac-

<1) Ma , UV , <e. — Ttett. , Aon. 1, 05.

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emnpagner jusqu'à WSm, T1 oVm pm «'éloigner dt)e^ tavie que consumait une maladie de laugueur, et vit liieBtèt expirer dans ses bras cette sœur cbérte. Il conduisit le cortège m (enple de Jales-César ; en préseDce du corps, dont un voile lui dérobait la vue, îl voulut prononcer l'éloge funèbre , mais il fut contraint de s'interrompre , accablé par la violenee de sa dou* leur. Tous les citoyens lavaient partagée , le sénat ne fut que leur interprète en décernant à ces restes vénérés des honneurs dent le prince crut devoir modérer Texcès. Les mêmes eentlments éclatèrent dans les provinces : les Corinlliiens élevèrent un temple à Tépause dont ils avaient admiré la généreuse résignation m temps où les mépris d'Antoine la retenaient dans leurs mi|rs.

La 6<Bur d'Auguste avait mérité ces hommages si unanimes. W% laissait dans les souvenirs de sa vie un modèle acGompK de tout ce que son sexe pouvait elTrir

de grâces et de vertus.

Les craintes qainspirait le soulèvement de la Dal* matie forent afiors calmées par la nouvelle qu'elle venail de céder aux armes de Tibère. Auguste allégua que i excès des impôts Tavait réduite au désespoir , et, pour en autoriser la réduction , il «a fit une province présidiale.

Le prince s'était ménagé ce prétexte , en maintenant r^cien régime fiscal dans les provinces proconsulalra; les impôts étant mis en ferme , et le mode de répartition étant arbitraire , on u y avait jamais au-^ torisé les dégrèvements, on n aurait pu même trouver aucune base pour les accorder. Il les avait rendus faciles, au contraire, dans les provinces prèsidiales, en faisant percevoir les impots par voie de régie, et en

m SIÈCLE D AUGUSTE.

assurant , par àm cens périodiques , régaMté des répartitions. Il s'était iJnsi ménagé un moyen de rendre

illusoire le partage fait avec le sénat ; on voit dans Tacite que la nécessité de soulager une province accablée sous le poids des impôts était doTenue le pré*

texte ordinaire pour la laire passer sous l autorité du priuce.

Les effets de cette politique y qui maintenait dans son intérêt les anciens abus , s'étaient également manifestés 1 année précédente , lorsque la principale des provinces du sénat , la province d'Asie , avait été dévastée par un tremblement de terre. Auguste avait refusé d admettre une province proconsulaire à solliciter un dégrèvement , et préféré d ordonner au procurateur du fisc de verser dans le trésor public la totalité de ses contributions. Il avait ensuite nommé à la place vacante de proconsul ; cette nomination aurait di^ être faite par la voie du sort, entre les consulaires ; mais il avait allégué qu*on ne pouvait s'exposer aux caprices du sort dans ces graves circonstances. Le prince devait bientôt ^ par de semblables prétextes, s'attribuer les nominations des gouverneurs pour les provinces proconsulaires (1 ).

$9. Drusus avait cependant rejoint son armée, déjà réunie dans 1 ile des Bataves. 11 traverse le Kbin, soumet les lisipétes, et jette un pont sur la Lippe, pour entrer dans le pays des Sicambres. Leurs guerriers attaquaient alors lesGattes, qui avaient refusé d entrer dans leur ligue. Drusus chasse devant lui cette popuation désarmée , qui fuyait dans les forêts et les marécages; il précipitait sa marche, pour seconder la fésis-

(t) Dton , LIV. — TadI. . Ann. 1, 7S. » Svét. . Àtig. , ôl.

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