LIVRE V
horreur pour Dmsns , que &on nom passa en proverbe
dans ces contrées pour exprimer le génie du mai et de ia destruction.
Drasos ëf ablissait cependant des forts sur le territoire des Catles, et appelait ses renforts et ses convois, pour porter au delà du Weser le théâtre de la guerre. Ses préparatifs étaient terminés, la saison était peu avancée; il se flattait d'obtenir la soumission des Germains avant la Ou de la campagne.
Domitius arrive alors à Tarmée, avec un ordre pour Drusns de lui en céder le commandement , et de se rendre sur-le-champ à Lyon. Suivant les ortlres d'Auguste , il ne s'occupa que de terminer les chaussées et de constralre de nouveaux forts , pour maintenir dans la soumission tous les pa}s conquis , depuis ie iUiio jusqu au Weser.
Domitius et Drusns avaient épousé les deux Antonia , filles d*Octavle ; la plus jeune était femme de Drusus. Digne de sa mère par sa verlii et par sa beauté , destinée comme elle à se voir en butte aux caprices de la fortune, elle était alors comblée de ses faveurs ; glorieuse de l'époux qu'elle adorait, vivant avec lui dans une union dont le bonheur et la chasteté ont été célébrés par Yalére Maxime , qui Ta offerte en modèle aux siècles futurs. Elle lui avait donné un tils et une ûlle , Drusus et Liville , tous deux en bas âge, et venait de raccompagner jusqu'à Lyon, où elle donna le jour , au premier août , à un second fils, qui devait êire l'empereur Claude. Domiliiis avait reçu Tordre de partir sur-le-champ , pour renvoyer Drusus auprès de son épouse.
Cet événement domestique ne pouvait être qu un prétexte; une cause plus grave provoquait le rappel
de DniMis , au moment 0ù il allait reoneliHr le Aruit
de ses exploits. Des insinuations periides , sur les vœux secrets qu'il formait pour la liberté, avaient enfin trouvé du erédil avpréa d'Auguste y et Tibère était Fauteur secret de ces intrigues fl).
Nous avons laissé Tibère à Home, partant, après ^ la célébration de ses fiançailles » pour lillyrie. Il reçut de Marcellus le commandement de l'armée , et un corps nombreux , fourni par les Ôcordisques , qui venaient d'éire soumis à Talliance romaine. Secondé par ces braves et agilés auxiliaires , il dispersa tes Pannouiens dans plusieurs combats , les pressa vivement, et, par le ravage des contrées qui avaient donné l'exemple du soulèvement , les rëdnisit à tenter la fortune dans une action générale. Sa victoire fui complète , et les Scordisques » détachés sur leurs flancs avant la fin de Taciion , firent un grand nombre de prisonniers , qui furent vendus comme esclaves. La saison était avancée , Tibère laissa Tarmée sous les ordres de Marcellus , et fut de retour à Rome avant son frère Drusus. Se9 soldats l'avaient proclamé intperator, et un décret du sénat lui avait accordé le triompbe. Auguste voulut qu il se contentât des ornements triomphaux , premier exemple de cet hon* neur qui devait être la récompense ordinaire des généraux victorieux.
Tibère rejoignit son armée avant le printemps , sur la nouvelle que les Pannoniens rassemblaient de non*velles forces , et avaient fait soulever la Dalmatie : il détruisit en détail leurs corps épars qui cherchaient à se réunir , désola par ses ravages leur vaste terri-
<1) Dion, LIV. — Scbuten» UiM. W6Stp.> iib. I.
L1YA£ Y. â5i
loire , et ne leur accorda la paix qu'après s* être fait livrer leurs principaux chefs » qui fureut tous mis à mort. Les Dalmates comptaieiit sor ane diversiao plus puissaBte ; ils D'avaient encore réuot que des troupes peu nombreuses, el (lui ne purent défendre le passade des défilés. Un vainqueur irrité parcourut leur pays« incendiant leurs village et saccageant leurs villes mai lortifiées. Us obtinrent enlin de faire accepter leurs soumissions et livrèrent des otages. Tibère reçut à Home tes ornements triomphaux «t l ovation » et fut revêt» de la puissance proconsnlaire sur les provinces IllyrienDes(l}.
Sa prudente activité dans ces deux campagnes, et SA modération à son retour , loi avaient rendu la oon* fiance d'Auguste : il 1 accompagna jusqu'à L^un avec Livie ; tous deux restèrent auprès de lui , Tentouraot de leurs soins » pour écarter tout obstacle à leurs in* trigues. Nons en avons vu les effets : le rappel de Drusus venait de lui fermer une carrière qui s'ouvrait devant lui si brillante et si glorieuse.
Toutefois j lorsque Tibère venait à peine d'arriver ^ 9. à Lyon , les dépêches de ses lieutenants 1 avaient informé qu'une nombreuse armée de Daces traversait le Danube et pénétrait dans laMcosie. U eût semblé devoir saisir cette occasion d'étendre sa renommée ; mais la gloire ne pouvait lui suffire , il voulait attirer sur lui seni tous les regards, et n'avoir à redouter aucune rivalilé. Dissimnlmil ces nouvelles, et feignant de confondre cette dangereuse invasion avec les courses annuelles des peuples voisins de Tempire, il avait laissé à Len» tnlus , qui commandait dans la Mcosie , le soin de la
(t) Florus, IV, 12 ; on y lit Vibius, au lieu de Tiberius , miis c'est me crrewr de copiste. lU^ymar sur Dion, UV, 34» ti Palcrc. > II* SO.
réprimer. Marcelhis , son lieuteuaot en l^aunonie , avait reçu Tordre de concentrer ses légions auprès de Sciscia , pour surveiller à la fois cetle province et la Dalniatie , à peine soumises.
Ces mesures avaient produit l effcl que Tibère ï*'en était promis : les Daces , mal contenus par Lentulus , que rintèrioritè de ses forces réduisait à la défensive, se répandirent dans sa province, et obtinrent des Mysiens plusieurs corps auxiliaires. Ils se portèrent ensuite sur la Pannonie , que leur présence décida à reprendre les armes.- Les opérations du cens se faisaient alors dans la Dalraatie. Quoique moins injustes que celles qui avaient amené les derniers soulèvements et fourni à Auguste on prétexte pour reprendre cette province, ellesétaient d ailleurs f)l!is rigoureuses, el leurs formes inusitées avaient même accru l'irritation des esprits. Les Dalmates dispersent les soldats qui proté^'eaient les agents du trésor public , et ordonnent jïartout des levées pour marclier au secours des Pannooiens.
Avant l'arrivée du courrier qui apportait à Lyon ces nouvelles , Tibère avait obtenu le rappel de Drusus. Ses vœux sont comblés, les alarmes inspirées par ce vaste soulèvement lui ^garantissent que lattentioii d'Auguste va se porter sans partage sur la guerre d'Illyrie. D une course rapide il parvient à Sciscia , et conduit les légions de Marcelius sur le camp où se réunissait Tarmée des Pannonlens. Son arrivée imprévue et si redoutée répand dans ce camp l'épouvante, tous se dispersent , et clierciient un asile dans leurs montagnes. Tibère taille en pièces les corps des Daces qui s'étaient avancés pour favoriser les soulèvements , pénètre dans la Miesie , où il réunit a ses légions celles