‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 73 sur 160 · LITRE V · texte numérisé non relu

LITRE V

habitwti mteni ardre de s'éUblîr dans les plaines.

Ângnsteéfait d^àde retenr àRome, lorsque 'flbère y arriva, après avoir mis ses troupes en quartiers d'iHver ^ tous les ordres de Maroelhis 11 était disposé à le récompenser avec éclat. Nous Tavons vu jusqu'alors lui refuser le titre ù^iniji^rator, qu'il prenait seul, après les vict(Mres remportées sous ses auspices ; il raccorda au vainquenr des Daces , comme le plus signalé de tous les honneurs. Il traita néanmoins Drusus avec bienveillance , soit qu une prompte détérence à ses ordres ieài rassnré , soit qull voulût encore dissi* muler ses préventions. Après Tavoir feit désigner pour le consulat de 1 année suivante, il lui donna de nouveaux ordres pour Tarmée du Rhin.

Drusus prit po§8e8Bion de la souveraine magistra- { a, ture avec Crispi nus , l au 74.5 de Rome. Les citoyens naanifestaient les alarmes que son rappel inattendu avait provoviées, et, parmi les événements de sinistre augure, eitalent les ravages de la foudre qui n'avait pas même épargné Taule I de Jupiter dans le Panthéon. Mais sa confiance dans les démonstrations d'Auguste et dans les faveurs constantes de la for* tune le rendait ins( nsil)le à ces présages; il se promettait d'en obtenir de plus certains par ses victoires. Toutefois , les instances d'Antonia Tavaient décidé à 1 emmener dans cette campagne. Mais le dernier de ses 61s ayant alors éprouvé les premiers symptômes du mal dont les accès devaient lui être si funestes , il ne put se résoudre à le priver des soins d'une mère.

Avant la fin de l hiver, Drusus s arracha d(s bras d'Anlonia et partit avec Auguste et Tibère , qui devaient raccompagner jusqu'à Pavie. il se liàtatt pour accabler les Cattes avant Tarrivée desSicambres, lors*

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qu'il apprit, par ses espions, que île nouveaux euuemis s avançaient pour le surprendre.

Les MarcomaBS et les Qaades occupiiîeDt.les contrées qui ont depuis formé la Sonabe. Déjà cernés par les conquêtes des Komains, l occupatLoo entière du pays des Gattes devait les séparer do reste de la Germanie. Résolus de la prévenir, ils avai^t armé tous leurs guerriers pour attaquer les Romains lorsqu'ils les verraient engagés au milieu des bois et des marécages* Mais Drusos leur déroba sa marche * et son attaque imprévue sur leur nombreuse armée , qui se dirigeait sans métiance hors de leurs frontières, y répandit le désordre et la confusion. Leur résistance opiniâtre ne servit qu*à rendre leur défaite plus sanglai! le ; cette nation belliqueuse fut presque anéantie par un si terrible revers. Drusus , pour garantie de la paix , reçut en otages Télite de leur jeune noblesse, et se fit remettre toutes leurs armes. Ces armes brisées formèrent un vaste trophée , qu'il éleva sur le champ de bataille, en monument de sa victoire.

Une eipédition si rapide et si glorieuse avait répandu la terreur sur les deux rives du Weser. Les Gattes s'empressèrent d'offrir leurs soumissions; les Ghérusques obtinrent , par leurs députés, d'être admis dans Talliance romaine. Drusus se montra triomphant au delà du fleuve, et arriva sans résistance sur le lieu où TEIbe reçoit dans son cours les eaux de la Saale. Ses regards avides se portaient sur cette barrière que les nations du Nord traversaient jadis pour envahir Tltalie , et sur laquelle il avait guidé le premier les aigles romaines. Ses préparatifs, pour la franchir, étaient déjà terminés.

Un émissaire d'Auguste arriva alors dans son camp;

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il loi portail Tordre de revestr gur ses pas ponr affermir ses cooqaéles, avant ée provoquer les nations

du Nord à seconder la Hprue des Snèves. Saisi de dépit , et troublé par ses soupsoDs , it sembla d'abord peu disposé à obéir. Cédant enfin à de nouvelles instances, il lit élever un trophée sur le lieu où il avait vu suspendre le cours de ses exploits , et reprit la roule du Weser (1).

Une indisposition , qui suivit de [très son départ , J i% avait d'abord enga*,^ê Drusus a presser la marche de ses légions. Accablé enfin par une fièvre ardente j il fut contraint de former son camp sur les bords de la Saale.

Tandis que , sur un lit de douleur, il aggravait son mal par de noirs pressentiments, railégi:esse était répandue dans Rome , et les citoyens célébraient dé)à leseiipioils qui! attendaient au delà de TElbe. Antonia se consolait par ces flatteuses illusions > lorsque de secrètes dépêches l*invitéreut à précipiter son départ. Retenue par des ordres impérieux , elle se renferma dans sa maison ^ où des rumeurs sinistres vinrent bientét aggraver sa douleur.

On avait d'abord attribué la maladie de Drosus à une chute de cheval , et pour expliquer sa retraite, on avait allégué un prodige. Il parcourait les bords du fleuve pour ordonner son passage ; une femme d'une taille et d une forme surnaturelles s était alors ofierte à ses regards ; u De si grands succès » insatiable Dmsns! auraient dû suffire à ton ambition , retourne sur tes pas , Tarrêt des destins marque ici le terme de ta gloire et de tes jours. »

(1) Suél. , Qaud. 1. —Slrabon, lib. VII* — Pedo , de morte Drusi.

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Mais ces vaiaes suppoiitions ne pouvaient abuser les dloyens , déjà prévenu» par de trop Justes soupsons ; leurs espérauces , après la mort d'Âgrippa , s'étaient portées sur ce jeune guerrier , héritier de ses talents et de ses inclinations généreuses. Ils n'étaient que trop portés à croire le récit plus vraisemblable qui ne larda pas à s accréditer.

Tibère s était attiré , par de perfides adresses , la confiance sans bornes de Dmsns ; il flattait ses vœux secrets pour là liberté , en provogunt Taveu par la promesse de les seconder , et avait enfin obtenu de lui une lettre qui exposait ses projets pour contraindre Auguste à se démettre de l'empire ; il l'avait portée à ce prince , déjà aigri par d'insidieuses confidences , éloigné aiors.de tous ceux, qui auraient pu modérer la violence d'un premier mouvement. Auguste avait sur-le-champ fait partir un émissaire , qui avait empoisonné Drudus , auloi isé à punir ainsi sa résistance aux ordres d<mt il était porteur » et gi^né secrètement pour en abuser.

Telle fut, suivant Tacite , Topinion des hommes les plus éclairés, buétone la combattue, alléguant les tendres sentiments d'Auguste pour Drusus pendant sa vie , et les honneurs qu'il lui rendit après sa mort. Mais ces sentiments étaient changés , et le faste de ces honneurs était moins propre à détruire qu'à confirmer tous les soupçons. Nous les verrons ouvertement manifestés par Tannée entière.

On pourrait fonder une autre objection sur la politique d'Auguste , qui Tinvltait à conserver le seul rival qu'il pût opposer à Tibère , si rhistoire n'offrait pas d'ailleurs tant d exemples des écarts où leur pouvoir menacé a jeté les plus grands princes. Les ressen-

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timento que soutevèrait les preaves iiio|4Bées de rin-

gratilude de Drusus lendenl Uo\i vraisemblable la miâfiion cruelle doul uq frère periide devait abuser , trop intéressé , par ses propres dangersi àoe pas l'a* voir inutilement provoquée.

La maladie de Drusus faisait des progrés rapides ; ^ ses soldats manifestaient leur douleur , des insinua- 7». tions odieuses éloignaient de lui ses principaux officiers. Conûrnié \mr cet abandon dans ses alarmes , Tin fortuné général déplorait l'absence de son épouse; il s'attendrissait sur le fils dont il avait conservé à si haut prix , et peut-être en vain, la débile enfance. Les souvenirs du jeune Drusus , qui ^devait recevoir de lui en héritage le surnom de Germanicus » eussent consolé son cœur paternel : mais il s'effrayait des dangers qui allaient le menacer; ilconjiuait le destin , qui lui avait été si funeste , d épuiser sur iui seul tou-^ tes ses rigueurs. Ce fut dans l'intérêt de ce fils qu il se rauiuia , en apprenant I arrivée de son frère.

Tibère avait suivi Témissaire d Auguste jusqu à Lyon. En recevant ses dépêches . il était parti avec une telle diligence , qu'il avait parcouru deux cents milles le premier jour. La beauté des cUeaiins et la célérité des postes récemment établies rendent cette assertion de Pline trés*vralsemblable.

Drusus avait ordonné de lui rendre les plus grands honneurs ; surmontant les impressions que réveillait sa présence» s'effor^ant d apaiser une inimitié trop tard soupçonnée , il presse sa main d'une main défaillante , et lui adresse les plus humbles suppiicattons. Son iils va rester sans appui ; il ne peut inspirer des méfiances comme un rival : qu'il trouve dans lui un second père. It^puisé par cet effort , non moins abattu

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par ges mioles que |»ar ses sovflk'aDoes , et , dans §â

propre destinée, euvisageant l avenir qui menaçait tous les siens , le vainqueur des Germains invoquait la mort y trop lenie à son gré , et semblait avoir trop payé sa glorieuse renommée par les liorreors d'une telle agonie. Les promesses de Tibère apportèrent toutefois des consolations à ses derniers moments , et les espérances qui! emportait dans la tombe devaient même être d abord justifiées. Vaines illusions que réalisèrent sans fruit les brillants débuts de (jermanieus ! La fortune ne parut Tavoir combié de ses faveurs que pour orner la plus illustre des victimes qui furent eusuite immolées aux perfides jalousies de Tibère.

Drustts termina ses jours le 20 Juillet , lorsqu'il atteignait à peine sa trentième année Les soldats voulaient lui rendre les iionneurs suprêmes; mais Tit>ére objecta les ordres donnés par Auguste , et se mit en marcbe pour conduire à Rome la pompe funèbre.

Leurs murmures recommencèrent à son départ; tous attribuaient au crime la mort de Drusus; faisant allusion au nom que portait à Rome la rue souillée jadis par le char parricide de Tullie , ils appelaient leur camp le camp scélérat^ et «aspiraient qu à s en éloigner. Domitius , qui avait été envoyé pour les commander, s'empressa de les saiislaire. Il dirigea sa marcbe sur r£lbe , d où Ton peut conclure qu'une invasion au delà du fleuve avait cessé de paraître im«* politique Les détails de son expédition ne nous ont pas été transmis : on sait seulement qu il eCTeetua avec succès le passage de i'Ëlbe , qu'il signala cette invasion par de glorieux exploits , et qu'il obtint m récompense les ornements du triomphe. Il revint, après

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