LIVRE V
avoir établi son armée en quartiers d'Uver dans les
contrées voisines du Rhin (1).
Cependant Auguste se portait en avant de Pavie S pour recevoir la pompe fnnèbre. Tibère la préeédail à pied. Le cercueil avait été porté jusqu'au ftbin fiar des triiiuns et des centurions , et , après le passage du fleuve y par les principaux magistrats des villes. Dans chaque station, on avait élevé des« autels aux dieux Mânes, sacrifié des victimes, brûlé solennellement des parfums et de riches offrandes. Auguste accompagna le corps Jusqu'au etrque de Flaminius, ou il prononça réloge du défunt , et ne craignit pas d exprimer le vœu qu une tin aussi glorieuse terminât sa propre carrière. Il laissa ensuite le cortège pénétrer jusqu*à l'enceinte de la ville , où il ne devait rentrer faii-méme que rainure suivante. Les généraux qui revenaient après les victoires remportées sous leurs auàpiees devaient offh'ir, dans le temple de Jupiter, des actions de grâces aux dieux , et Auguste ne voulait pas signaler par de telles démonstrations l'année où la mort de Dmsos avait mis le deuil dans sa famille.
La pompe funèbre entra dans Rome , conduite par Tibère , et se dirigea vers le palais d Auguste. Les citoyens la suivaient en foule, faisant entendie des plaintes améres sur le sort du jeune héros enlevé^sHét à leur aaionr. Tel était donc le pr« réservé à ses exploits , à sa vertu . à ses généreux sentiments pour la Kberlé ! Ils devaient donc voir terminée , par de secrètes embûches, cette vie glorieuse quê tant de combats avaient respectée !
La cérémonie des funérailles était indiquée pour le
(1) Dion, LV, 1 et suiv — l'Iiiic, VII, iO.— Suél.,, CUuU. 1 el not. de Filiiicud — Tacit , Ann. IV,, ié.
26i SIÈCLE D'AUGUSTE.
leitdeniaiii. Tous ta iMHiiieiira étabKs par la piété des
anciens, ajoutés par le faste de leurs descendants, la signalèrent ; le cercueil était porté par des fils de sénatears et les pim ilhislrea des cbeyallers. Le cortège s'arrêta au Forum , oô Tibère monta sur la tribune aux liaran^ues, et prononça un élopre funèbre en présence du corps de Dnisus> qui du moins était alors insensible. Le iiûcher avait été dressé dans le Champde-Mars ; les cendres furent déposées dans le tombeau construit pour Auguste.
Le sénat rendit plusieurs décrets pour lioDorer la méOMire de Drosus. Il lui déféra le surnom de Germanictts , que son fils devait porter avec gloire, ordonna que sa statue serait placée sur uu arc de triomplie , et lui fit élever sur les bords du Rhin un cénotaphe où on devait lui olTrir tous les ans des sacrifices.
Livie dbtint aussi une statue , et les privilèges accordés par les lois Julia aux mères qui avaient trois enfants vivants. Soutenue par les entretiens do philosophe Aréus , elle avait montré une constance que Sénèque a ensuite vantée. On ignore si elle fut exempte de reproches : on sait seulement que la veuve de Drusus accepta chez elle un asile avec ses enfants. $ 15. Un monument triomphal s'élevait cependant sur les Âlpes 9 pour célébrer des expéditions , moins glorieuses que celles de la Germanie , maïs non moins fécondes en utiles résultats. Les nations nombreuses, dont ces montagnes protégeaient depuis longtemps l'indépendance et les brigandages, avaient été sacœs* sivement réduites à accepter le joug des Romains.
Auguste avait préparé le succès de cette vaste entreprise par tes voles militaires qui ouvraient à ses légions des pays regardés avant lui comme inacces-
UVKK V.
sibles. 11 avait décidé la soumission des Liguriens, établis bur les Alpes Maritimes, en faisant terminer la Toie Aurélia, qui traversail leurs moDlagnes el s'uBissait aux routes de la Gaule dans la ville d'Arles » dont elle devait amener la rapide prospérité.
Les routes qui devaient auvrir iaccés des Alpes GrecquesetPenninesaTalentéléconstruitesaprèsoette guerre, funeste aux Salasses, et dont Auguste semblait ainsi vouloir justifier les cruautés. Un nombre infini d'ouvriers avaient seeondè ses légions pour diriger par la vallée dAost , jusqu'à Lyon , deux voies militaires qui surpassèrent toutes h s aiiln s par la grandeur et par la difficulté des travaux. L'une, plus courte j mais plus étroite , et réservée aux bétes de somme, traversa les monts Pennins. Lauirc, plus longue, et assez large pour les charrois, fut frayée dans le pays des GentroneSyOu laTarentaise. Les peuples de ces montagnes , frappés de stupeur et menacés du sort des Salasses, le prévinrent par une soumission volontaire.
Les Alpes Gottiennes étaient gouvernées par Cot-
tius, dont la ville capitale, Segiisio , depuis Suze , gardait les passages les plus difficiles de ces contrées. Effrayé par la redoutable persévérance d'Auguste ^ Il avait eu recours aux plus humbles adulations, et pris le surnom de Jules , qui désignait les aCrranchis de ce prince. Mais ces témoignages stériles de déférence ne pouvaient suflBre : ce fut seulement lorsqu'il eut construit à ses frais une voie militaire à travers les Alpes Gottiennes qu il obtint divers privilèges pour ses villes , et pour lul*méme le titre de roi.
Ceux des peuples des Alpes qui résislait nt encore cédèrent enfin dans 1 année de la mort de Drusus.
Auguste iit alors ériger le oionumeut que le sénat lui avail décerné après les première exploits de la guerre des Alpes , et dont il avait ajourné la coDstraction au
tenue de la guerre. Ce monument fut établi au delà du Var, sur le sommet de la montagne qui dominait le port d'Hercule, depuis Monaco. Ses mines subsisteot^encore auprès du village de Torpia, dont le nom parait être la corruption du mot latin tropœum. Son inscription offrait les noms des quarante-huit nations qui avaient été subjuguées (1 ).
f 16. Auguste rentra dans la ville 1 an 74^0 de Rouie, sous 7^6* le consulat de Gai lus et de Censorinus. Il offrit des actions de grâces à Jupiter dans son temple du Gapitole, et refusa les fêtes ordonnées pour des succès qu'il avait trop chèrement payés par la perte de Drusus. Toutefois , il ne tarda pas à s'alarmer des propos qu'avait réveillés sa présence , et , pour détourner l'attention du pc'Ujile , il pressa la célébration de jeux préparés par les consuls. Il donna ensuite un combat de gladiateurs où des Germains d une force et d'une stature extraordinaires descendirent dans Tarènc. Mais il oiTril bientôt aux Kouiaius de plus nobles distractions dans les préparatifs de ses lieutenants sur les bords du Rhin. Ses légions avaient été complétées par des soldais d'élite; tous les ordres avaient été donnés pour assurer la gloire et l'éclat de cette campagne. Nous suppléerons aux détaib imparfaits de Dion par ceux qui se trouvent épars dans les auteurs contemporains.
L'armée était réunie dans le camp formé sous Mayence. Auguste en fit la revue générale , et dirigea
(t) Pline, m, SO. — Suét., Tib, 37. — Amm. Marc. , XV» 30. — Glufer. , Antiq. ilal. ,1,0.