‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 79 sur 160 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Le poëCe satMt aux désirs de ce prince, en publiant '

son poëme des Métamorphoses , qui devait accroître la passioû de la jeunesse pour ies fable:» de la mythologie. It n'obtint pas moins de succès dans la poésie éi^iaque on èrotique , non qu*il eût toujours reproduit la perfection de ses oiodeles, les grâces si [)ures de Catulle , i'exquiAt mollesse de Tibulle , la brillante élocntion éË Properce; mais il les avait tous surpassés par l'ingénieuse variété des tours, des détails, des figures de style; et l'on n osait en blâmer la prodigalité, car il avait fait voir qu'elle résultait d*une véritable richesse.

Ces souplesses du courtisan, ces qualités éminentes du poète , lui avaient obtenu la faveur d* Auguste ; sa disgrâce n'en devait être que plus cruelle , et nous en rechercherons pins tard les causes.

Mais alors , marchant sur les traces d Horace et de ^Virgile, Ovide était devenu Tun des trois poètes qui ont fait la gloire des muses latines. Gomme eux , il avait fécondé son génie par Fétude de la philosophie ; il suivait aussi leur exemple lorsqu'il secondait les vues politiques d'Auguste. Horace les avait favorisées par ce rare talent qui rendait si acérés ses traits satiriques contre les adversaires, qui oifrait , sous des formes si heureuses, Téloge des partisans du prince. Cet usage de ses satires a été observé par un de ses commentateurs, qui Ta aripliquéaux jurisconsultes, parce qu'ils avaient joué le premier rôle dans l'opposition républicaine.

On a regardé comme une tache à la mémoire d Horace les vers où il reproduit les Injures d'un rival contre Labéon , et taxe de démence le plus éminent des jurisconsultes. Il attaquait dans Labéon le mobile et le chef de leur résistance ; les autres avaient été rail* lés, Trôbatius Testa sur ses ivrogneries, Galba sur

la prostHatioo de son épouse , Fabta« mir ms adultères. Mais dans ces vers si mordants , qui dispensaient à soo gré le mépris ou le rldicole , Horace avait d« moins gardé quelque réserve ; il s'en était écarté pour

Labéon , trahissant ainsi la violence des ressentiments que ce digiK> Romain avait inspirés à Auguste.

L'art admirable de ce poète pour surmouler, par Téclat et la délicatesse de Fadulation , les dégoûts qu'elle inspire, iut d autre part d un grand usage pour relever dans lopinion ceux dont elle avait flétri le dé^ vouement aux innovations monarchiques. Ses éloges n*en ont point iiiiposé à l'histoire , et cependant elle a semblé quelquefois la complice de ceux qu'il adressait au prince. On peut du moins reconnaître que ces ingénieuses lonan^^es d Auguste , souvent répétées dans les rëuniouâ iutimes et dans iesiétes publiques, n'avaient pas peu contribué au succès des iltusions sur lesquelles II fondait sa sécurité (1).

$ 22. Mais pour n mplir le but principal d'Auguste, pour 746. imprimer un caractère sacré à sa domination^ des vers qui séduisaient les esprits ne pouvaient sufib^; il faU laitaussi toucher les cœurs par des émotions religieuses et nationales. On croit généralement que Mécène avait inspiré dans ce but le plan de tÉnéide. On peut juger du concours d'Auguste par les lettres que , du sein de la Gantabrie , au milieu des embarras d une guerre diflicile, il écrivait au poète pour en presserrexécutioa.

Virgile excusait ses délais par les recberches qu'exigeait un poëme qui devait réunir toutes les traditions chères aux Romains; les origines de leurs familles et de leurs cités , les sources antiques de leurs rites sa-.

1 1 Uilor, (le Juritp. Uortt. — St*hifb«rl , de Fatis jur. R.

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