LIVRE V
cris y de leurs pratiques milUaires , de leurs coutnmes civiles. Dans ees tableaux, non moins admirables pour
leur iidélilé que pour leur richesse et pour leur éclat , it voulait offrir aux Romains le présage de leur grandeur future et de leur prééminence sur les autres
peuples.
Le véritable objet de l Enéide se déguisait sous ces apparenees. fille devait fonder sur l'origine que Fillustre maison de Jules s'était attribuée , ces droits à Tempire, que le fils de Vénus et d Anciiise lui avait transmis, fille était destinée à célébrer, sous le nom d'Énèe , les qualités éminentes du dernier et do plus illustre de ses descendants ; sa religieuse piété envers , les dieux , son zèle pour la justice, sa prévoyance surnaturelle , qui avait constamment maîtrisé la fortune.
L'oracle de Jupiter 1 au nonce à Vénus dans le premier chant du poëme : « Un héros né de ta race , un digne héritier du nom d Iule , César Auguste , accomplira tes arrêts du Destin, qui ont promis aux Romains lempiredu amude.Tu le verras un jour dans l'Oiympe, chargé des dépouilles de TOrient , pour recevoir auprès de toiles vœux des mortels. Il ramènera sur la terre les bienfaits de la paix , la foi antique , les rites sacrés de Vesta, les institutions de Romulus. On verra, sur leurs gonds rouillés » tourner les portes pesantes du temple de la Guerre, et la Discorde impie, enehat- Dée par cent nœuds d airain , les ronger vainement de ses dents ensanglantées. »
Lorsque Énée descend ensuite dans les enfers « Anchise porte ses regards sur le plus illustre de ses descendants, a Vois ce héros que t'ont promis les favorables destins y ce fils d'un dieu, César Auguste. Il fera renaître Tàge d*or dans le Latium, dans le royaume
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antique de SaturiKî. Il étendra sa domination jusque sur les Garamaotes et sur les indiens, au delà des limites tracées au eoars da soleil et des lieux on les vastes épaules d'Atlas sontienneiit la voûte étoîlée. Au sonl liruil des oracles qui pioclamaient sa venue, ia mer Caspieune et les ondes Méotides oot été troublées, les sept bouches du Nil ont retenti de cris de terreur. »
Le poète s était surpasse lui-niéiiie dans ce chant où il ofTrait, gravées sur le bouclier d'Énée, les images prophétiques de la victoire d'Aetium. César Auguste paraissait debout sur sa poupe élevée , le front resplendissant de 1 étoile paternelle, guidant au combat le sénat et le peuple romain , protégé par les pénates de la patrie et par les dieux de TOlympé. Dans ce magnifique tableau qui transportait Properce d'admiration > u les poëtes de la Grèce et de Kome, s'écriait-il , sont éclipsés ; la palme de l'épopée est ravie au chantre d'Achille ! »
Ce ne fut pas un des moins habiles artifices de la politique d'Auguste, que la- publication de ce poème , où les antiques croyances des Romains consacrent sa puissance, et qui rattache leur fortune à ses destinées. Mais les séductions qu'il exerçait sur eux ne devaient pas lui survivre ; il ne pouvait même flatter leur orgueil sans préparer de nouveaux obstacles aux institutions qui auraient pu réaliser les prédictions des oracles en faveur de ses descendants (1 ). j ^ Les Romains étaient en effet ramenés , par les sou- 746. venirs de leur grandeur, aux sentiments qui en avaient été le principe. De nobles instincts leur dévoilaient rinfluence des institutions qui les avalent élevés an-
(t) Uisr. sur V Enéide , par Valry, jiead, des Inte^, lom. 19. — Delille et TisMl > lar l'ÉnUde.