‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 81 sur 160 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

dewuft des antres peuples, sur les niAles accents qui avaient feitreleotir leur tribune. La décadence où iis la voyaient tomber ieur semblait Timage de leur propre dégénération ; les brillantes inspirations de leur poêle ne faisaient qu'accrottre leurs regrets pour les prodiges qu'enfaotaii naguère la voix si puissante de leurs orateurs.

Cet avilissement del^éloquence n'était déjà que trop sensible , cl ne peut èire attribué aux vices de I éducation; car les travaux assidus qui préparaient la jeunesse aux triomphes du Forum n'avaient pas été abandonnés. L'érudition de Virgile et de ses rivaux fait assez voir que les poêles eiix-mèmes s'Imposaient ces fortes études qui peuvent seules développer la vigueur et féconder les créations du génie. On ignorait encore ces molles habitudes de Tenfance et cette négligence des premiers éléments de l inslruction qni devaient » suivant Tacite, préparer les dédains de la jeunesse pour les ouvrages des anciens auteurs , pour l'étude des sciences, des hommes et des affaires. Ces écoles futiles où des sophistes , non moins ignorants que leurs disciples , leur enseignaient à disserter sur tous les &ujels, et, ne pouvant les élever à la véritable éloquence, les exerçaient à de vaines déclamations; ces écoles d'effronterie » suivant i expression du même auteur, ne jouissaient encore d'aucun crédit.

Mais les circonstances étaient changées, t/orateur ne peut aspirer à des triomphes éclatants que par la grandeur des dangers et des obstacles ; il' faut qu'une luUe ardente excite son courage, éieve son ànie,y fasse naître de hautes et de soudaines inspirations. Auguste les avait taries dans leur source , en surmontant les factions qui agitaient les comices ; le frein qu*il

itlS SIECLE D'AUGUSTE.

leur imposait avait arrêté dans leur éte les paMiMS

populaires : « il avait tout pacifié , dit Tadle , mène

léloqueuce. m

D'autres cause» avaient étendu cette décadence jusqu'au barreau ; la Jeune noblesse, qui s'y était jvsqoV

lors préparée au succès de la Iribuiie , par des accusations judiciaires, les aliaDdonnail désormais aux délateurs. Ces accusations , jadis oonsidérées comme la plus noble voie pour arriver aux honneurs, s'étaient avilies par la bassesse de ceux qui s eu laisaieol un titre aux récompenses ou à la laveur du prince.

Quelques orateurs, parmi lesquels on distinguait Messala et Polliou , tous deu v élèves de Cicéron, ré^istaienlà ces influeoceset n'avaieut pu toutefois entièrement s'y soustraire. On admirait sans doute, dans Messala, ce style élégant et pur, ces grâces naturelles, cette belle déclamation, où respirait, suivant Quintilien » toute la noblesse de son origine. Mais il se réduisait au genre d'éloquence dont Cieérw avait olïiit le modèle sous la dictature Jules -César, et consacrait son rare talent à justiiier, par 1 éloge d'Hérode dans le sénat , la couronne promise par les triumvirs , ou à plaider devant Antoine la cause du roi de Judée. Son fils Messalinus marcba sur ses traces; nous le verrons se rendre l'organe du sénat, dans les honneurs décernés à Auguste.

Pollion , qu un génie allier éloignait de ce genre d éloquence, ne paraissait au Forum que pour la défense des causes privées. Engagé dans des luttes firéqu(inles couire les orateurs d(î la nouvelle école , il ne perdit jamais de vue le noble but et la dignité de Téloqnence; mais il contracta cette sécheresse .et cette dureté qui dégradent le corps humain lorsqu'elles y

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