LIVRE V
uietlenl à découvert les os et les muscles, et qui ne soot pas moîDs cootraires à la beauté du discours quand elieg amaigriMeiit Téloeullofi oratoire.
Déjà comaiençail à prévaloir la nouvelle éloquence que les cbangenients politiques avaient préparée, et dont Caiaios Sévèros fut le plus brillaot modèie. Elle n'offrait pas encore cette recherche des saillies ingénieuses, des pensées brillantes, des ornements empruntés à la poésie, que Ion devait ensuite censurer dans les orateurs ; elle se distinguait par Textréme violence et par l'abus des mouvements oratoires. Sévérus affec-* tait de dédaigner toute méthode dans le développement de ses moyens, toute réserve dans ses expressions ; aux railleries ingénieuses, il substituait d'amers sarcasmes et de mordantes ironies ^ dépassant le but par ses efforts sans art pour l'atteindre , s'exposant à découvert pour frapper des coups plus assurés sur son adversaire. Mais souvent il rachetait ses défauts par une véritable énergie; en sabaudonnant à cette indignation, longtemps concentrée, que lui inspiraient les regrets de la liberté , il s'élevait aux plus grands efleis de I éloquence, et prouvait ainsi qu i! eût été digne de lui rendre son ancien lustre. Si l'on consi^ dére les traits sous lesquels Tacite Ta ainsi dépeint .
dans le Dialogua des Orateurs , qui fut l oiiM n^^c de
sa jeunesse , on est conduit à penser que , dans un âge plus mûr • il a souvent imité ce modèle (1),
L'influence du nouveau gouvernenieiU lui moins j 24. nuisible à I histoire, qui a produit dans ce âièele un de 740. ses cheÊkd'œuvre : on peut néanmoins remarquer que Tite-Live survécut de trois ans à Auguste , et qu'il
(1) Qcero, de Oral. . 21.— Quint. , In«, or. X. - TacH., de Orat. dîal.
SIÈCLE B'AUGUSTË
interrompit ses travaux , à peine âgé de cinquaDte ans f lorsque la mort de Mécène l'est prîTé d'me protection qui assurait son indépendance. On pourrait ajouter, sur le témoignage de Martial et de Quintiiien, que lesKomaios le jugeaient inférieur à SaUuste, qui avait écrit sous les garanties et au milieu des orages de la liberté. Cette observation doit accroître nos regrets pour la perte de rtiistoire de leur temps^ écrite par Messala et par PoUion y sous Timprasloii encore récente des crises qui venaient de terminer leur carrière politique.
Denys d'Halicarnasse , qui profita de la nouvelle direction des esprits pour le succès de son Histoire des antiquités romaines , et Diodore de Sicile , qui écrivit comme lui en langue grecque , n obtinrent tous deux que le second rang. Trogne Pompée, l'émule en langue latine de l'histoire universelle de Diodore, aspira au premier rang , par Timitation de Thistorien grec Théopompe. Mais il reproduisit vainement les censures de Diodore contre les harangues de Salinste et de Tite-Live, dont la forme directe interrompait la narration. Ni son exemple ne put faire prévaloir la forme indirecte , ni la recherche des nombres oratoires dans son élocution ne put l'élever à la rivalité de ces, deux bistorieus. Cette infériorité causa peut-être la perte de son histoire ^ qui s'eiplique aussi par l'extrait que Justin en publia dans le siècle des Antonins.
On vif bientôt s élever un historien moins inférieur à de telles prétentions. Velléius Paterculus publia ce précis , qui est resté un modèle pour les hardiesses heureuses du style historique , pour l'art de peindre a grands traits dans un cadre si resserré , pour la méthode de grouper les faits , qui les offire en masse sans
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les confoBdre. Sa grande histoire s'est perdue , mais il suffit de ce précis pour attester liotlueace d uo siècle d'adulation, et faire voir que les bassesses du courtisan avaient arrêté dans son essor le rare génie de
Ibistorien.
Pendant ces phases diverses de la poésie et de Télo- i âs. qoence » la philosophie conservait tout son éclat, parce
que ses spéculations les avaieul tour à tour caressc^es. L orateur romain lui attribua ses succès, et lui exprima sa reconnaissance par les traités qui la rendirent familière aux Romains. Les poètes ne s'élevèrent à la rivalité de leurs brillants devanciers qu'en empruntant à ses inspirations des beautés nouvelles.
Virgile , élevé à l'école des épicuriens , et qui a sou* vent reproduit leurs doctrines, imita, pour les autres sectes, ces abeilles dont il chantait les mœurs et les révolaUons dans un palais de cire. Lorsqu'il exprime r<^inion qu'un souffle divin les anime , on croit entendre un disciple de Platon. Go reconnaît la docirioe de Zénon dans le discours d'Anchise sur cette flamme éthérée qui anime notre corps , qui en contracte les souillures, et qui doit s'en purilier avant d'être admise au si^'jour de l Élysée.
Horace avait suivi dans Athènes les le{ons des platonictens. Il emprunta aux diverses sectes les maximes de philosophie pratique qui ont fait de ses écrits le livre de tous les âges. Suivant la remarque de son traducteur, « si Platon a beaucoup puisé dans Homère , Horace a foi cé la philosopliie de rendre ù la poésie autant qu'elle en avait reçu. »
Par de semblables études , Ovide s'était élevé à la rivalité de ces deux poètes. Les plus heureuses inspirations de cet écrivain si fécond et si brillant se re-
mû SIÈCLE D ÂLGUSTË.
trouvent dans la Théogonie et dans les ingénieux systèmes de Pytbagore.
Auguste avait <»iisidérè Tètude de la pliilo90|»hfe comme un moyen de se formerà fart oratoire. L'exhortation à la philosophie que Ton trouve dans ses écrits atteste son gofttpour lesdiscasûonaspécnlatiTes. Il les provoquait souvent dans les repas avec ses familiers. Il se plaisait dans la société des philosophes les plus estimés, et celui qui lui avait enseigné la philosophie-, Aréos , était à ses eAtés lorsqu'il fit son entrée dans Alexandrie.
Aréus, né dans cette ville , sollicita sa protection pour les écoles qu elle devait à la mnnillcenee des Ptoiémées. Auguste était disposé à Taccorder. Il aspirait à fonder l'unité des diverses parties de Tempire sur les développements des rapports entre l'Occident et rOrient , dont Alexandrie était devenue le centre , et il voyait dans ses écoles se concilier les opiulons qui exercent le plus d influence sur les mœurs des peuples. Ce prince avait pour unique but d^élargir les bases de Tordre politique ; une autre inflïience préparait alors les événements qui changèrent, dans un ordre plus élévé , la face du monde. Mais nous n*avons entrepris de considérer que les progrés de la philosophie (t). ^ 26. La secte d'Epictire dominait alors dans Rome toutes ^^^* les autres, et Brucker explique ainsi cette préférence : « Platon et Zénon avaient également abusé du syncrétisme; leur doctrine était formée de [>li'.sieurs systèmes, non-seulement divers, mais opposés les uns aux autres. Ëpicure enseignait , au contraire , une doctrine complète dans son ensemble, et qui n'était
(Ij Giorg. IV, ââO. - linéid. VI, 724. — Cru*ker, libl. phil., tom. S. - PliMiuet , pr^r. du Dicl. des lié ésics.
empruntée à aucun «ntre syslème. Tenneman ajoute
qu'Epicure avait prévenu, par des dogmes généraux et précto , toute innovation à cette doctrine.
Ainsi avait été préparé le puissant attachement t osons le dire , la foi constante que cette secte inspirait
ses disciples. Elle s accordait d ailleurs avec les opinions matérialistes de ce siècle , et avec4a licence des mœurs publiques; elle ne citait point de philosophes (^bres, dédaigneuse même de la renommée; mais elle comptait de nombreux partisans dans tous les rangs , et surtout dans les rangs les plus élevés de la société. Le poème de Lucrèce attesta sa prééminence. « ^\ les hautes conceptions spiritualistes de Platon, dit Tun des historiens modernes de la philosophie , ni les idées dramatiques de Zénon sur les lutles eoustanles de la fatalité avec le libre arbitre de Thomme, n'avaient encore inspiré aucun poète ; tandis que la philosophie mécanique d^Épicure avait trouvé pour interprète le plus digne précurseur de Virgile. C'est que la poésie n'exprime que les idées qui sont vivantes dans les esprits, et que« dans cette espèce d'agonie des croyances reli$2[ieuses , le matérialisme seul , qui faisait Tapoihéose des passions , exprimait ce qui restait de triste enthousiasme dans le cœur de lliomme. »
Ainsi fut prostitué le langage des dieux aux doctrines qui attaquaient leur culte et décriaient leurs autels. On est même contraint de reconnaître que ces doctrines sont Funique recours de Thomme qui abjure ses croyances religieuses : c^r les dogmes spiritualistes le ramènent toujours à Tètre invisible, qui a créé le monde physique aussi bien que le monde intelligent , et qui les conserve par les lois émanées de sa volonté souveraine.
â8* SIECLE D'ALGUSTE.
La secte sloiqae , dit TeDDenum , obtinl à Rome le
plus de succès , après la secte d Epicure. Adoptée surtout par les hommes d élai et par les jurisconsuUeâ» elle îDflaa sur leur résistance aux desseins d'AugusIe» et l'aliéna ainsi deses partisans. Ce prince avait été jusqu alors lavorable à une philosophie qui détournait. 1 activité des principaux citoyens sur de vaines spéculations ; un stoïcien célèbre , Âthénodore, avait même partagé avec Aréus la direction de ses études philosophiques.
Athéttodore » natif de Tane en Gilicie, avait obtenu cette faveur par Tintervention de Mécèue , qui estimait soD esprit el sa vaste érudition, li le seconda plus dune fois pour étouffer dans le cœur du prince les inclinations du triumvir. Nous avons vu un sîninilier exemple de son zèle , lorsque Auguste abusait de l'odieuse coutume introduite par Caton, et nous apprenons de Zosime qu'il avait puissamment contribué à lui inspirer les sentiments d'un grand prince (1). jj S7. La secte de Platon avait au contraire obtenu peu 740. de faveur chez les Romains » et leur génie , porté à l'action , ditTenneman ^ en avait peu goûlé les spécuialioDs ; le caractère de grandeur qui la distinguait frappa enlin leurs regards , exposé par le premier de leurs orateurs. Ils s'indignèrent des tristes chants de Lucrèce, qui n aspiraieut à les afiTrauchir du pouvoir bienfaisant de la divinité que pour les livrer à la tyrannie de leurs passions. Ils admirèrent , dans les brillants traités de Gicéron : « cette providence divine
qui manifeste sou existence el sa nature par ses ouvrages; qui offre à f homme un modèle dans les opé-
(1) Brucker, t6id. — Teuiiemann , Irad. de Cousin. — Salin is, btsl. <ie la philoi.