LIVRE VI
répondre aux accusations de ses sujets > fut relégué à VieBiie,dan9lesGanl6S. Sesétals, réduits en proTlnce» furent gouvernés par un prornratonr, et Ions ses biens furent confisqués. Ses deux frères, menacés du même traitement , le prévinrent par la cession de leurs trésors et de cet état de la Trachonite , que lenr pére avait obtenu après la mort de Zénodore. Lysanias, dont le pére Tav^it jadis possédée , la racheta à trèsbant prix du procuratenr.
Telles furent les ri( Ivesses qu'Auguste recueillit de ce seul rcQraume allié. Les renseignements noua manqoent sur tons les antres, mais ceux-IÂ suf* fisent pour faire apprécier les Immenses produits de la distribution des couronnes dans tout 1 empire.
Un autre trait de la même bisloire , la seule qui nous soit parvenue avec quelques détails, pourra donner une idée des intelligences que Livie f ntreîmait dans les diverses provinces. Elle protégeait la cruelle Salomé de son crédit , comme un Instrument qui ne devait pas lui être inutile pour ses propres attentats. Ce fut elle qui la ût appeler au partage des états d'Hérode ; elle lui fit accorder plusieurs contrées opulentes, dont elle devait hériter dans la suite , par une disposition de son iestanient (1).
Messalinus , fils de Messala, et plus avancé que lui j dans riniîmité d'Auguste , prit possession du consu- 7st. lat avec Lenlulus, l'an 751 de Rome. Il devait (^tre lauleur et 1 organe du sênatus-consulte qui déféra à ce prince le titre de pére de la patrie.
Augosie avait déjà plosiears fois été salué de re litre, et c'est ce qui explique l'erreur de plusieurs sait) Joseph , Antiq , lib. XVII.— Mierob. , Sal. 11 , i.
vants , qui ont cm (ju il 1 ên ait déjà obtenu. Mais iï rw voulait le prendre lui-même qu en vertu d'une concession légale, et II n'avait pas eneoIretroaTè Toccasion de la provoquer. Les circonstances parurent phis favorables aux élections de cette année , et la proposition de lui accorder ce titre fot accneillie avec enthouslasoie par les comices. Il se moDtra sensible à la bienveillance du peuple , éludant néanmoins d'en accepter les témoignages. 11 s'absenta ensuite de la ville sons prétexte des affaires publiques , qui le retinrent quelque tempsà Antlum. Le décret du sénat qu'il désirait avait été rendu pendant son absence.
Lorsque , à son retour , il vint prendre séance au sénat entre les deux consuls. Messalinus , lut adressant la parole . « César Auguste , dit-il , pour ta prospérité et pour celle de ta maison « que nous regardons touscommè te gage de notre propre félicité, le sénat, d'accord avec le peuple romain , te salue Père de la patrie. )> Auguste parut vivement ému : « Tous mes Vieux , Père» Conscrit»» sont désormais accomplis; je n'ai plus à demander aux dieux que de vous cou* server dans ces sentiments ju^qu a mon dernier soupir. » Vaines illusions de la souveraine puissance ! ce titre, qui avait élevé si baut Cicéron, lorsqu'un peuple libre lavait accordé, Il croyait l'obtenir, avec la même gloire, de Rome asservie.
Le décret fut sanctionné dans l'assemblée générale des comices, et publié le 5 février déPannée suivante. Auguste ne prit qu alors le titre de Père de la patrie, comme le cardinal Norris l a prouvé par un fragment conservé du Calendrier de Préneste (t).
(1) Cenot., Pis., ibid. ^ ÎMesuard , ^cad- 4e$ Inie.,Umi. 23.— Suppiémeot de Morelli au Us, u de Dion.
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Auguste 8*élaU fait accorder, pour l'an 752 de i Raoae , un treizième consulat dont il prît possession avec Plaulios ; c'était TaiiBée où il devait revêtir de la robe virile le plus jeune de ses fils adoptifs, Lucius César. Ponr préluder aux fêtes qui devaient être célébrées à cette occasioo , il procéda avec pompe à la dédicace da temple de Mars Vengeur^ qui devait être orné des enseignes restituées par les Parlhes.
Ce temple reçai popr pontifes ses deux (ils adopiifs , et tous les membres de la famille des Césars do* rent y prendre désormais la rohe virile. Il fut aussi destiné à toutes les cérémonies solennelles : les magistrats venaient y offrir des sacrifices lorsqu'ils se disposaient à partir pour leurs provinces; le sénat y prenait séance lorsqu'il délibérait pour la concession du triomphe ; le triomphateur y apportait les dépouilles des ennemis et déposait sur Tautel sa courenne de lauriers.
Caïus et Lucius César ouvrirent les fêles par les jeux équestre» qu'ils présidèrent; ils guidèrent ensuite la cavalcade des jeux de Troie , où parut à lenrs côtés leur frère .Agrippa Posthume , qui venait d atteindre sa dixième année ; le Forum de Jules-César avait élè disposé pour les jeux des gladiateurs. Dans le Cirque , où se donnaient les combats des bêles féroces , périrent deux cent soixante lions qui avaient été amenés à grands frais* de l'Afrique.
Les spectacles qui terminèrent ces fêtes surpassaient tous ceux que la magniiicence romaine avait jusqu'alors imaginés , et leur annonce avait attiré dans Rome les babitants des provinces les plus éloignées. Deux iuimt'iiM S réservoirs, un bassin et un canal devaient être remplis par les aqueducs sans nombre qui
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voituraieol dans Kouie des Heu vos eatiers. Le bassin avait été ouvert dans le Girque FiammieA ; trente- six crooodiies vivants y fiimrt eiposés mx regards do peuple y et sueconbèrenL , après avoir longtemps déieudu leur vie contre des liommes exercés à signaler leur adresse dans ces luttes périlleuses.
Sur le canal , creusé dans le voIslBage du TIbrr , large de deux cents pieds et ioug de dix-huit cents , on vit flotter deux escadres , dont ciiacune était com^ posée de quioxe navires à éperons : rèquipafs de ToDe avait la costume des Perses ; l'autre était montée par des Athéniens. Elles formèrent diiïêrentes évolution& pour faire admirer l'adresse de leurs rammrs« et ,. rangées ensuite es ordre de bataille, se heurtèrent avec de grands cris. Le combat fut long et acharné , pius de mille rameurs y furent tués , et la victoire resta enfin aux Athéniens. Le canal fut comblé peu apcte et planté pour une promenade publique, que Ion nomma la Forêt des Césars (1).
j 9. L'éclat donné à ces fêtes , qui lemblaint célébrer "ï^^' rbérédité de rempire , prouvait assez qu'Auguste n^esf)érail plus désormais en imposer aux citoyens sur la nature de sa puissance. Celte même année, il lui donna ouvertement des appuis : il n'avait délégué que sa puissance civile au préfet de Rome ; il inslituades 4iréfets du prétoire , pour leur déléguer sa puissance militaire et le commandement des cohortes prétoriennes.
Auguste prit les précautions que Mécène avait conseillées contre les dangers d une telle institution : il s imposa la loi de nommer toujours deux {nnéfets du
(I; MoreMi, suppK de Dion, LV. Suét. , Aug., 80 et 43. — Ovid. , Art. unal., l.^Lt|>H Aocfr.
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l>rëtoirie, et de les prendre dan§ l'ordre descbevaKers.
Les noms dOstorius et de Salvius, qui fuient choisis les premiers, aUesleni même qu'il dierchait despersoooages obscars , et qui ne pussent abuser de leur autorité. Pour leur en olcr les moyens , il assigna un camp séparé mu diverses cohortes prélorieaaes.
Vaines mesures de la prudence des hmnnies contre le progrès naturel des institutions ! Celle qu'Auguste venait de fonder avait une force qu aucune di^ue ne pouvait désormais contenir. LeprèCèt du prétoire devait bientôt se montrer sans collègne, rassembler en un même camp toutes ses cohorlt^ , et réunir tous les pouvoirs civils à la puissance militaire, bltabli pour le maintien de rhéréditè y il devait prescrire Télection du successeur à 1 empire.
Mais Auguste semblait perdre la eouiiance qui ne $ lo. I avait pas jusqu'alors abandonné , et pressentir les cafMrices de la (brtune. Les disgrâce» réservées à ses derniers jours s annonrèrent alors [)ar ia révélation tardive des désordres de sa tiile Julie.
Tibère ne les avait pas ignorés avant son mariage ; mais il s était rassuré par l'inclination de Julie, si ouvertement maniiestèe en sa faveur , et qui ne devait plus être contrariée ; il eût pu même réaliser cette espérance, si le désir de s'élever au-^dessus de ses rivaux préférés, en obtenant l'adoption d'Auguste , ne t'avait pas entraîné sans cesse à des expéditions lointaines, Julie resta ainsi abandonnée à des penchants déjà trop impérieux. Llle rapprla auprès d'elle l'élite de la jeune noblesse , Appius , Crispiuus , son frère uléf in Scipion ; elle les retint pair ses capricieuses faveurs. Plus fidèle à Graccfaus et toujours ramenée par le frein que lui imposait un si danger^x adul-
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tére, elle bàla sa perle par cetle constance , car elle partagea les ressenUniento qui laoimaieDl contre son époax. La perte du fils qu^eile avait eu de Tibère
ayant alors rompu le dernier Jien qui les unissait , elle aii^grava ses torts eu lui manifestant sans détour toute sa haine.
Livie n'obtint pas sans peine le silence d'un (ils si vivement blessé dans son orgueil , si pleinement déçu dans les rêves de son ambition. £n insistant sur les préventions d*Âu;^niste , quelle espérait plus tard dissiper, elle lui lit ajourner ses projets de vengeance; mais , obligée de consentir à sa retraite, elle n'en fui que plus animée contre Hndigne épouse ifui avait tant contribué à la décider. Instruite peu a[)rès, par les contidences d Auguste , d'une lettre de Julie , qui dépeignait Tibère avec non moins d*artlfice que d'em* portement, sous les couleurs les plus odieuses, et convaincue que Gracchus Tavait dictée , elle se promit de Tenvelopper dans la perte de sa complice*
Le crédit même de LIvie était intéressé dans Fascendant que la fiile d'Auguste obtenait sur son père, dans la retraite de son fils, déjà cbangée en un véritable exil. Elle voyait se répandre contre elle de dan<gereuses impressions qui animaient l'audace de ses adversaires, et décourageaient ceux qui s étaient attachés il sa fortune. Un coup imprévu devait bientôt montrer toute rinfluence qu'elle conservait par ses intrigues. Elle avait usé, pour le préparer, de tous les artiiices que pouvait imaginer une telle femme , dont les vertus mêmes étaient un calcul de sa politique; faisant provoquer en secret les écarts de Julie , redoublant de soins pour les empêcher de parvenir à la connaissance d'Auguste.