‹ Histoire du siècle d'Auguste et de l'établissement de l'empire RomaineChapitre 91 sur 160 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Ce prince les avait jusqu'alors iguorès. Lor§qu il avait paru le plus irriiè de la conduite de Julie , il s'était toujours rassuré sur sa fidélité conjugale , par la conslaute ressemblance de ses enfants à leur père. Il ignorait comment une impudique épouse Tavait expliquée à ses confidents, et que le navire n^admettait pas de passa«^ers avant d avoir reçu sa cargaison. Mais son aveuglement pour des désordres aussi publics serait invraisemblable , s*il n^eût pas été entretenu par la perfide adresse qui les dérobait à S( s regards. Livie avait attendu une circonstance favorable, que vint alors lui offrir une nouvelle passion de Julie.

Nous avons vu Jules Antoine , ûls du triumvir et de Fuivie , rentrer en grâces par l'intercession d'Octavie, et parvenir au consulat. Ce vain honneur n'avait pu lui faire oublier ceux dont la chute de son père l'avait privé , et il se liai la de les recouvrer par la séduction de Julie. Animé par cet espoir, il triompha de tous ses rivaux el parvint même à la détacher pleinement de Gracchus. Dans son cœur si mobile, et qu'un autre amant avait rempli de haines implacables contre Tibère, il fit succéder les passions ambitieuses dont lui-même était animé , et Tenivra de ses espérances. Julie serait soutenue par cette ancienne faction de Pompée , plus puissante que jamais, et qui lui offrait son dévouement; elle obtiendrait Tabdlcalion d'Auguste , que l'âge avait affaibli , et que la retraite de libère laissait sans défense; elle verrait l'empire à ses pieds, et son amant serait le premier de ses sujets.

Tels furent du moins les desseins lusensés que 1 on attribua à cet audacieux jeune homme; mais sans le convaincre, sans lui permettre même de se justifier.

Jules Antoine fut enlevé pendant la nuit et jeté dans une prison : on publia le lendemaîD qu'il s'était tué de désespoir.

$ 11. Auguste avait élé poussé à celte violente imsure par l'épouse pertide qui déchirait le voile dont elle aTait couvert les égarements de Jalie. Sa eonstance, si ferme au milieu de tant d'antres épreuves , avait succombé à celte lumière hideuse, qui venait subitement frapper les yeux si longtemps aveuglés d'un pére. « Lorsque ce prince , dit Sénéque , apprit que sa fille et tant de Romains illustres , unis dans leurs complots par un adultère , comme par le pins sacré des serments, menasaient d*accablersa vieillesse, el qu'une nouvelle Cléopâlre , liguée avec un autre Antoine, conjurait sa perle, il fut à la fois saisi de terreur et de colère. )i

Dans son premier emportement, Auguste avait ordonné la mort de sa fille II se hâta de révoquer ce! ordre , ne pouvant se résoudre à verser son propre sang , et prit on parti non moins funeste » cir il allait le eouyrh* d'opprobre : mais les transports qui égaraient son esprit I avaient livré sans défense aux consells perfides qui tendaient à lui fermer tout retour à la clémence.

Le sénat avait été convoqué : le questeur du prince y lut un mémoire qui exposait au grand jour tous les désordres de Julie ; il offrit la liste nombreuse de ses amants, où figurait félile de la jeunesse , le rebut de la populace romaine ; il la suivit sur le théâtre de ses prostitutions , dans des réduits infâmes , dans les lieux les plus sacrés, et même dans cette tribune, d'où son père avait publié une loiconlie l'adultère; il compta les couronnes dont , à rimitation des vain*

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