LIVRE VI
esprit. Elle en usa lorociue Agrippa menaçait de ponir les mouvements suscités en Arménie, et, dénonçant à
Phraalii !es complots de ses quatre (ils du premier lit» elle lui persuada de les livrer comme otages de la paix. Après ayoir ainsi éloigné tous les rivaux de son
fils Phratacès , elle termina les jours de leur père par le poison.
Ptiratacès était ainsi parvenu au trône des PartheSi lorsqu'il reçut tes députés des Arméniens qui imploraient son secours. Odieux à ses sujets par le crime de sa mère y il se flatta de leur inspirer d autres dispositions par une guerre glorieuse : il allégua que les circonstances étaient favorables ; qu'Auguste, afiaibli par Fàgei ne pouvait plus commander ses armées; que la mort Tavait privé d* Agrippa et une injuste disgrâce de Tibère ; que le moment était favorable pour accabler cette puissance dont les divisions des Parlhes avaient seules favorisé les succès. Secondé par leurs ressentiments contre les Romains, il eut bientôt réuni une puissaalc anuét;.
Lorsqu'il parut en Arménie, les habitants accoururent en foule sous ses drapeaux. Il écrasa , par la supériorité du nombre , les cohortes romaines qui défendaient presque seules Artabaze , et le chassa de ses états. Après avoir fait élire un autre membre de la famille royale du nom de Tygranc , et laissé des garnisons dans les principales villes , sous prétexte de le maintenir sur le trène, il revint sur les frontières de TArabie pour susciter aux Romains d'autres ennemis.
Phratacès avait dans son armée Télite des guei riers arabes , qui combattaient dans les rangs des Parlhes , depuis le temps où les pays voisins avaient été compris
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dans les frontières de l empire et fermés à leurs brigandages. Ils furent envoyés dans leur patrie pour
en amener des renforts, et la Ironvèrent disposée à se lever tout entière pour venger Tinvasion d'yEUus Gallus. Une multitude furieuse se précipita à leur suite sur TÉgypte et sur la Syrie, désola les campagnes et pHla les villes qui n'étaient pas détendues par des remparts. Ces corps indisciplinés furent plu* sieurs fols battus par les légions , mais la célérité de leurs mouvements favorisait leur retraite, ils rapportèrent un ricbe butin et promirent à Pbratacès » pour la campagne suivante, de nombreux auxiliaires.
Âugusle , que ces nouvelles avaient alarmé , ne put dissimuler ses regrets sur Tabsence de Tibère. Livie fit valoir la position cruelle de son fils , qui n'avait pu supporter ni réprimer les désordres de Julie , et qui avait mieux aimé se sacrifier lui-même que de s'exposer à faire rougir le front d'un père. i:^ile obtint lautorisation de Tinviter à solliciter son retour; mais Tibère persista dans ses refus , convaincu qu'il amènerait Auguste à réclamer son appui et conlirmè dans cet espoir par la difficulté des circonstances. j 14. Auguste fut saisi d indignation quand il apprit la 752. pi ésoujptueuse réponse de Tibère. Oubliant Tàge trop tendre de Gaïus César, il le nomma au proconsulat de rOrient ; résolution funeste pour le Jeune objet de ses affections , que l'ivresse prématurée du pouvoir suprême devait corrompre et exposer sans défense aux artifices de Livie. 11 le rappela à Rome et lui donna pour épouse la jeune Liville, fille de l'infortuné Dnisus , unissant ainsi sa destinée à celle d'une lainille où vivaient les souvenirs de la perfide rivalité de Tibère. Il fit bâter les préparatifs de son départ, au mi-
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liea des fèies qoi célébraient ce brillant hymënée.
Lollius, iiommé lieutenant de Caïus César, fut cbarfi^é de diriger les opérations de la guerre. Cette noayelle faveur , accordée à son inimitié trop connue pour le fils de Livie, semblait 1 élever au-dessus de lui et justifier du moins son audacieuse concurrence.
Livie s'occupait cependant des intérêts que la témérité de Tibère avait si gravement compioiiiis, et la suite nombreuse qui devait accompagner le jeune proconsul fut en grande partie formée de ses partisans. On distinguait parmi eux le fils de Domitius , qui déjà se montrait digne, par son naturel féroce, duue telle protectrice. Le jeune Séjan fut alors moins remarqué : il était fils de Strabon , et devait bientôt lui faire obtenir la préfecture du prétoire. Avide , dissolu , soupçonné de s'être prostitué pour de i argent au prodigue Âpicius, il cachait ses inclinations vicieuses sous les dehors les plus séduisants ; instrument zélé de Livie , il développa pour la seconder ce génie audacieux qui éevait le rendre un jour Tidole ^ et ensuite la victime 4e Tibère.
Le jeune fils d'Agrippa , déjà impalient d'entrer dans la carrière où son père avait laissé de si glorieux souvenirs , s*éloigna de Rome au milieu des vœux unanimes des citoyens. Auguste s'attendrit en Tembrassant : « Je vous souhaite , dit-il , la valeur deScipion , la popularité de Pompée et ma fortune. »
Gatus César fit la revue des légions et des vaisseaux qui avaient été rassemblés sur les c6tes de TLi^ire et visita ensuite les principales villes de la Grèce. Arrivé dans rtle de Samos , oà il devait passer l'biver , il se livra tout entier , sous d habiles maîtres , aux études prescrites par les instructions d'Auguste. Il prenait
surtout plaisir aux leçons de Denis deCharax , sur l'histoire et les nneurs des prioctpales nations de rOrient. Les récits de ce savant Ingénieux flattaient la vive imagination du jeune prioce et Texcitaient à se montrer di^e de lahMte fortune qui lui avait été promise.
5 Aux premiers beaux jours de Tan 753 de Rome^ sous le consulat de Pison et de Lentulus, Caïus s'embarqua pour Alexandrie. Après un court s^our dann cette ville , il se déroba aux fêtes qu'on Ini prodiguait et rejoignit ses légions , déjà rassemblées sur TEuphrate, pour franchir cette barrière des deux empires. Pbratacés , qui ne s'attendait pas à une agressicni si prompte , ayant alors fait proposer la paix par ses ambassadeurs 9 il les envoya à Rome devant Auguste et accorda une snspension d'armes pour attendre sn réponse.
Galus César fit aussitôt diriger ses légions sur l'Arabie y résistant aux conseils de Loiliiis , qui proposait de s'assurer d'abord un allié , en rétablissant Artabaxe sur le trône dArménie. Mais il était excité par la nombreuse jeunesse qui l entourait et qui aspirait à piller les trésors de cette opulente presquile. Tonte* fois, intimidé par la catastrophe réoente d'iEliu» Gai lus , il consentit à ne pas s'éloigner des côtes du golfe Arabique et des navires qui assuraient ses approvisionneoients. H n'épronva dans sa marche qu'une faible résistance, mais les habilanls avaient mis leurs richesses en sûreté dans Tintérieur des terres ou sur leurs navires. Il put seulement reconnafire qu'on commerce étendu se faisait sur ces c6tes , et , suivant le témoignage de Pline , il y remarqua les débris d'une flotte que la tempête avait dispersée lorsqu'elle rap-
portail à Cadix le§ marchandises de ITnde. Tous les
renseigneraenis qu'il put obtenir conllrnièrent , au surplus y i opinion qu il s'était formée sur les résultats que promettait une expédition dans imtérieur de VArabie. Il en fil dresser les plans avant de revenir ses pas, et demanda la permission de t entreprendre après la guerre contre les Parthes.
x4LUguste fut eharmè de la passion pour la gloire qui enflaiiiiiiait ee jeune cœur; des exploits dansées contrées presque tabuleuses lui promettaient pour son fils la renommée qui devait signaler aux peuples le dij^ne héritier de Tempire. Il donna des ordres pour renvoi d'agenls secrets dans rArahie:et Juba > roi de Mauritanie, fut chargé de diriger les préparatifs de cette guerre. Juba était rallié de Gaïus César, comme l époux de la jeune Cléopiitre, sœur de la mère de Liville. Ce fut pour diriger son invasion quil lui adressa des mémoires sur FArabie , qui subsistaient encore au temps de Pline.
Nous verrons cornaient fut al)andonnêe une entreprise qui paraissait devoir accroître Téclat du siècle d'Auguste ; la lutte entre les Romains et les Parthes s'engagea ensuilc sur d'aulres frontières. Les Arabes devaient plus tard y concourir, y signaler leur esprit guerrier, et préparer ainsi les glorieuses époques où ils traversèrent en vainqueurs les plus riches contrées de cet empire , qui avait tenté vainement de les sub- Jngtter (!)•
Cependant Tibère » dans sa retraite de llle de 5 le.
Rhodes, s abandonnait à de lardils et iuiUiies re^rels 'î^ Lorsque , Tannée précédente , sa mère lavait engagé
(I) Pline, VI , iT. — Taoii. , Aiin IV, i.— Méprit des loiêj XXI, M. - M«igtn , Jiiêt. dê VK§yfiie , lom. IL
m SI£€LË D AUGLSTË.
à solliciter son retour, il uavait vu dans cette démarche que de nouveaux motifs de confiance. Les troubips de rOrlent rendraient son appui indlspensal)le , les pr^ lictioiis dos astrolo^Mies seraient accomplies, on admirerait sa retraite si injustement blâmée. M ne pouvait être détrompé par son abaissement, car il conservait encore les éoiinentcs prérogatives de la puissance tribunîlienne.
Ou a cité des traits singuliers de Tusage qu'il en fit à Rhodes et du respect qu'elle Inspirait. Dans un cours public de philosopliie , il sêlait mêlé à une discussion , vivement soutenue par deux sophistes , et celui dont il combattait Topinion Tavait blessé par l'aigreur de ses ré[)onses. Il sortit sur-le-champ, fit amener devant son tribunal Tinsolent sophiste ^ et ordonna de le conduire en prison.
Dans une autre circonstance, Tibère avait annoncé son intention de visiter les malades de la ville; les magistrats, induits eu erreur par ce propos, le» tirent tons transporter dans une galerie publique et ranger par ordre de maladies. Honteux de cette mé- . prise , il parcourut tous les lits , s excusa envers tes malades, et les combla des témoignages de sa bienveillance.
Sa sécurité fut troublée par la nouvelle de la mission accordée à Caius César , et bientôt la tin ùq Tannée amena le terme de cette grandeur d'emprunt qu'il devaitàla puissance tribunitienne. Toutefois , sa présomption Tabusait encore ; il se persuada qu Auguste o*avait accordé cette mission qu'à regret , et verrait un témoignage de dévouement dans TofFre de son re- ■ tour. 11 écrivit à ce prince que les principales causes de sa retraite n'existaient plus; quil n'avait plus à