LITRE VI
0*611 fit un mérite auprès de lui. Le roi des Partiies lui eovoya de riches présents , et obtiot ainsi un armistice. Ses engagements secrets envers Lollins lui assurèrent bientôt un traité qui ne lui imposait d autre condilioa que de ne plus intervenir dans les affaires de rÂnnénie. Le traité fut envoyé à Rome » les légions revinrent sur leurs pas , et occupèrent le camp formé sous Paimyre.
Vinucius et Alfenns venaient d'oavrir Tan 755 de Rome parleur prise de possession du consulat, lorsque Caïus César reçut la ratification du traité conclu avec Phratacés. Il lui fit aussitôt indiquer pour rendezvous une Ile située au milieu de TEuphrate. L'année romaine , brillante du luxe de l'Orient , borda la rive droite ; la rive opposée fut couverte au loin par les agiles escadrons des Parthes. Le traité lut signé dans nie. Gains , rentré dans son camp . reçut le premier la visite de Pbrataees. Le roi des Parthes, charmé d'avoir obt^u ia paix , prodiguait au jeune César des protestations de dévouement ; mais , dans le feint abandon de ses confidences , il dévoila les manœuvres et les déprédations de Lollius dans 1 Orient. Lié à ce traître par d'onéreuses promesses , il dégageait sa fol en le démasquant.
Lollius , accablé par les reproches et les menaces de Gaios César, termina ses jours par le poison. Ses riches trésors furent ainsi conservés à ses héritiers ; mais nous verrons qu'ils j)ié[)ai aient à LoUia Paulina, sa petite-iille , une lin non moins funeste (1).
Tibère s'abandonnait dans Rhodes au désespoir, $ 19.
(1) Suét. , Aog. , Q3 — Tib. , 13. — Pline. , IX , 35. — Palerc. , n, 101. Ovid. , Rem Am. W. , 155. — Morelli , Sup^ de Diou, LV, — Saifile-Croii . ^ead. 4et Inta. , lom. 19.
SIÈCLE D'AUGLSTE.
lorsqueson phiscnie! ennemi surcombait sur les bords de TEuphrate. Il se voyait i o^ei duae rigcMireuM sarveilKance ; il apprenait les jemm ambitienx qui arrivaienl à 1 armée égayaient , par des propos mordants sur sa disgrâce , les festins de Gaius Cès^r ; que ran d'eux , dans les fumée» du vin , avait offert d'aller cherdier à Rhodes la f è(e de Fexilë ; que tous le désignaient sous ce nom à la cour du jeune prince. Ses précautions humiliantes attestaient leseralolesqui Tagltaîent. Il avait pris le costume des Grecs, et n'osait plus revêtir la toge. Il avait renoncé à tous les exercices militaires. Ses lettres à Livie sollîdtaieBt à tout prix son retour.
La superstition, qui lui était commune avec sa mère , et sa foi dans les astrologues qui avaient prédit sa grandeur future, pouvaient seules apporter du sonlagement aux ennuis dont son âme hautaine était ac*> câblée. Il se ménageait des entrevues secrètes avec tous ceux qui avaient acquis de la célébrité dans les sciences magiques. Thrasylle , que nous avons vn fim» der la secte des néo-platoniciens , avait ainsi été attiré à Rhodes. Telle était sa renommée , que Juvénal appelait ensuite l'astrologie judiciaire les valcuU de Thrasylle , désignant la science sons le nom de l'astrologue qui avait effacé tous les autres.
Tibère , qu'il étonnait par Taudace de ses investigations, et que ses réponses confirmaient dans Tat*tente de Fempire, lui avait témoigné une confiance sans bornes. 11 avait même pris ses leçons pour Fastrologte, et Fou cita de lui, dans la suite, des prédictions sur Favenir que l'événement avait justifiées. Mats alors les humiliations de son exil le remplissaient de méfiances ; il soupçonna la fidélité de Thrasylle, et , dés*
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espéré de lui avoir confié de dangereux secrets « il rteoiQt de le laciifier à ta eftrelè. Les meMira qu'il praralC pour le mystère de les entreviies loi en of-
fraient un moyen facile.
Lorsqu'il voulait coosulter un astrologue , il le re* cevait dans vue tour élevée à rextrènitté de ses |ar*« dÎDS. L'astrologue ètail conduit au rendez-vous, à travers les rochers qui bordaient la côte , par un affranchi grossier, mais vigoureux et dévoué. S'il avait excité les smipçoiis de Tibère , sur un signe fait à rafllranchi il était précipité dans la mer à son retour.
Tihère avait provoqué, dans cet atroce desseia, une dernière entrevue avec Thrasylle. Frappé plus que jamais de ses rô[)onses et de l'élévation de son ^ènie, il veut tenter une dernière épreuve ; il lui propose de tirer son propre horoscope , d'appliquer sea présages i Tannée , à Fheure actuelle. Thrasylle considère la position des astres , et pâlit d'effroi ; de nouvelles observations aecrotasent ses terreurs ; il s'écrie enfin qull iMche à un moment critique , peut-être à son der» nier moment. Tibère reml)rasse avec transport , le félicitant d'avoir deviné le péril , l'assurant qu il n a plus à le redouter
Thrasylle le domina depuis cette époque ; le succès des démarches de Livie en faveur de Tibère devait même bientôt lui offrir Toccasion de confirmer Taseendant qu'il avait acquis sur son esprit ; car, lorsqu'on aperçut de loin le vaisseau envoyé par sa mère, il lui annonça que ce vaisseau portait les dépèches qui autorisaient son retour.
Livie avait lon;.^tcmps éludé de satisfaire aux vœux § 20. de son tîis. Elle alléguait les ressentiments d Auguste et la crainte de les aigrir par des instances prématu*
rèes. Mais elle âMimlaft ainsi tes propres mècoiitêii*
tements de la retraite que I ibère avait résolue contre SOD gré , et s était bien promis de ne pas lui prêter San secaors avant de le voir pleinement résigné à plier désormais sous ses volontés. Elle profitait cependant, . pour accroître son crédit , de i absence de Caïus César et de la plnpart de ses advmaires » qui Tavaient suivi à l'armée. Elle devait même de nouveaux moyens dïnlluence à la retraite de Tibère.
Auguste , irrité contre un gendre ingrat et présomptueux y s'était promis de lui fàire ressentir toute son impuissance; mais , ainsi réduit à surveiller celui qui l'avait Jusqu'alors secondé pour les soins du gouvernement , et à diriger par lui-même les débuts prématurés de son Jeune fils , il avait épuisé ses forces par des travaux qu'un âge avancé lui rendait plus pénibles. La révélation des désordres de Julie , ses éclata Imprudents et ses regrets tardife avaient achevé de Tacrabler. Les consolations et même les avis de son épouse lui étaient devenus indispensables ; Livie, plus hainle que son fils , était parvenue à se rendre néee»* saire , sans inspirer de l'ombrage.
Elle fit servir ce crédit a ses desseins lorsque la nouvelle de la fin tragique de Lollius parvint à Kome. Sttlpitlus Quirinus fut nommé pour le remplacer auprès de Caïus César : guerrier habile , sans doute , et digne par ses talents de ce témoignage de cooliance , mais qui Tavait obtenu par un dévouementsans bornes pour sa protectrice. Livie préparait ainsi des circonstances plus favorables pour Tibère. Toutefois , elle hésitait encore à seconder ce fils trop présomptueux » lorsqu'elle reçut une lettre qui attestait Texcés de son accablement. Elle céda à ses douloureuses sollicita-
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iîonâ , nou qu elle eu eût été altendrie , mais elle y Toyait des gages de sa future dépendauce. Profitant alors de la faveur obtenue par les soius d'une tendre épouse , elle fit entendre à Auguste les plaintes d une mère* Déjà privée d un Uls qui lui avait donné de si brillantes et de si vaines espérances, elle se voyait en* core sé|)ai ée de celui qui était resté son unique consolation. Si Tibère , malgré ses conseils, s était montré trop sensible à des offenses domestiques qu'il n'osait réprimer , à des soupçons de rivalité qui! no jugeait pas mérités, n était-il pas assez puni par une si longue disgrâce ? Pour achever de dissiper tous les ombrages, elle promit que son flis ne prendrait plus aucune part aux affaires publiques. Auguste exigea une autre condition, Faveu de Caïus César, et croyait ainsi rendre sans efiiet son propre consentement an retour de Tibère. Il ne connaissait pas toutes les adresses de son épouse.
QairittuSy nommé pour remplacer Lollins auprès du jenne prinee , avait reçu en partant les instructions de celle qui lui obtenait celle faveur. II s'était détourné de sa route pour touclier a i île de iUiodes, entrevue mystérieuse et dont on ne fut instruit qu*a<près réiévation de Tibère à Fempire. Vieux courtisan , formé à Fécoie de Livie , il s était iusinué dans la confiance du jeune prince, et, l'amenant à reconnaître la perfidie des délations de Lollins , lui avait inspiré des regrets sur ses rigueurs pour Tihère. Il obtint sanspeine le<ïonsentementqu'Augusteavaitexîgé.
Tibère vit ainsi , après buit ans , se terminer oet exil , provoqué par le même orgueil qui lui en avait fait un long supplice, il arriva dans Rome à la fm de juillet y fit prendre à son fils la robe virile , FétabUt
éàm la maimi qall avail josqu'alm oceapèe , el lui en eéda la propriété. Retiré ensuite daBS les jardins de Mécène, qu Augusle lui avaii donnés, il y vécut dans une solilade praaqae abfolne , ne Tralanl eomerrar de relâtioM qn'avee ses amis les plus> intimes (1). ' Mais ces démonstrations ne pouvaient calmer les S 21. terreurs que sou retour avait inspirées. Il était apparu aux dtoyms comme un astre de sinistre augure qui se levait sur les jeunes princes, el cette menaçante influence ne fut que trop promptement manifestée par le triste sort de Ludus César.
Lneias avait été rappelé à Rome pour assister an mariage de son frère. Auguste fit terminer son èduentioD 9 et, satisfait de ses progrés , ramena avec loi anx séances du sénat pour le former par la discussion des affaires publiques. Livie avait applaudi aux heureuses dispositions de Lucius , et proposé ensuite de le former aux habitudes des camps par une notesion pour les proYinces de TOeddent. En voyant ainsi les jeunes Césars à la tête des armées , dans les deux extrémités de Tempire , on s'accouliinierait à leur rapide élévation. Mais les dtoyens ne pouvaient être surpris de la haute fortune réservée aux liJs d'Auguste; ils furent hien plus frappés de Thabileté d'une épaose qui confirmait sur lui son ascendant en achevant d'éloi^^nrr avec Lucius tout ce qui restait à Koine de partisans aux jeunes Césars.
Ludus , revêtu de la puissanoe proconsulaire ^ et nommé au commandement de ramtèe d'Espagne, était aiors sur la flotte de Misène , où s'embarquaient les renforts qui lui étaient destinés. 11 arriva peu après
(1) SuH . Tll»., 13 et H\\v. - Tacîl Ann III, 48, el VI, 21. — JuViea . Sttt- , VI. — Pczroiif hisl. I\vang., tom. I, pag. 19».
uvaE Yl.
à Mar^flle, et charmait les habitants par son aiTabilité dans les fêtes qui lui èlaieai dédiées , lorsqu il fut atteint d'mia maladie ) pea grave d'alKNrd, ma» dont les symptômes se développèrent avee une effrayante rapidité; il succomba ie 20 août » à peine âgé de dixboit ans. Son corps fut rapporté à Rome , où it reçut de magnifiques obsèques ; et mê cendres furent déposées dans le lonibeau construit pour yiuguste.
Tibère déplora sa perte par une élégie en vers lyriqnes : « C'étaient des larmes de crocodile , dit le cardinal Norris , par allusion à un ancien proverbe sur la feinte douleur qui masque une perfidie ». Tibère flattait ainsi , ponr rendormir» le frère qu'il redontait seni désormais , et qui ne devait pas Ini fermer long* temps 1 accès de la souveraine puissance. 11 voulait aussi détourner de lui les soupçons qu'inspirait ans Romains cette mort si prématurée et si Impréme.
Auguste , dans Texcès de son affliction , s élait d'abord retiré au fond de sou palais* De secrètes terreurs Vj ponrsoiwent ; il reparut en public» chercbant des consolations et des appuis. On le voyait solliciter la bienveillance des sénateurs , offrir aux uns sa protection pour des dignités ou des emplois , concerter avec les autres des mesures ponr rendre à leur corps son ancien lustr(^ Ses prévenances s'étendaient à toutes les classes de citoyens; il avait pris des renseignements sur ceux que des malheurs imprévus mettaient bors d'état de s'acquitter envers leurs créanciers, et ies sommes qail leur prêta sans intérêt sélevèrent à l»500»00a deniers» on l»âOO»ÛOO francs.
Une circonstance imprévne dévoila les craintes qui l a^rjtaient. Les citoyens étaient toucliés de lui voir oublier ses cliagrius pour s'occuper de leurs besoins »
et, dans un spectacle public , Tactear ayant été amené
par son rôle à s écrier : O l excellent maitre î tous se tournèrent vers le prince , applaudissant à cette allusion. Auguste en témoigna des ressenthnenis, et publia ensuite un édit pour la censurer. Dion rapporte qu'elle lui avait paru 1 eilet d un complot formé contre lui et imaginé par ses ennemis pour comparer son gouvernement à la domination d'un maître sur ses esclaves. Son ame se remplissait des plus noirs soupçons , il se croyait entouré d'embûches et de dangers.
Si l'on en croit Paterenlus , il offrit alors d'adopter Tibère, el il essuya un refus. On ne pourrait expliquer ce fait y d ailleurs peu vraisemblable , et dont il n'existe pas d'autres indices , que par des ombrages réciproques, qui auraient inspiré au prince une offre insidieuse, à son geiulre des refus aussi peu sincères.
La superstition d'Auguste lui donnait un autre siqet de crainte. Il se trouvait alors dans son annéaelima-
térique , si redouk-e de tous ceux qui croyaient à Tastrologie judiciaire. 11 se montra plus rassuré lorsqu'il entra dans sa soixante-quatrième année , comme on peut en juger par la lettre qu'il écrivit leâS septembre à Caius César , et qu'Aulu-Gèle nous a conservée (1). ^ 22. Caïus César faisait cependant ses pr^Miratifs pour l'invasion de l'Arménie. Auguste avait jusqu^alors approuvé son ardeur ; devenu plus timide , il n'aspirait plus qu'à lui éviter de nouveaux dangers , lorsque les députés de Tygrane arrivèrent dans Rome. Le roi d'Arménie venait d'apprendre qu'Artabaze était mort dans son exil. Il ne prenait pas dans sa lettre le titre de roi y et se bornait à le solliciter^ comme n'ayant
(1) Dion , LV, 1-2. — -Paterc. , II, 102 cl suiv. — Suét., Tib., 71. - Gel, noc ail., XV, 7. — Genot., Pis., pag.
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plus de concurroit. Augusie répondit aux députés qu'il écrivait à son flb en favmr de leur demande , et qjae Tygrane pouvait aller le trouver avee confiance.
Mais le jeune prince était alors dans la première ivresse de ses succès , qui lui avait peat«-è(re inspiré , après la mort de son frère , cette constance que Sènéque a trop vantée. Quirinus flattait cette passion pour la gloire; lorsqu'il fut instruit par Livie du retour prochain des ambassadeurs , il fit rejeter les propositions du roi y et décider la prompte invasion de l'Arménie.
Tygrane était préparé à une vtgoareuse défense. A la tête d'une nombreuse armée que des troubles si fréquents avaient aguerrie , il disputait le passage des fleuves et des défilés , soigneux d'éviter une action générale. Jl se flattait d aUeindre ainsi la saison i igou* reuse, et, par cette résistance inespérée, d'enhardir le roi des Partlies à le seconder. Mais il luttait contre un vieux guerrier non moins redoutable par ses in* trigues que par son expérience dans les combats. Quiripus lui avait suscité pour rival Ariobarzane » déjà fameux par ses exploits dans les guerres intestines des Partbes, et dont la haute taille et la mine héroïque aclievèrent de séduire les Arméniens. De fréquentes désertions réduisirent Tygrane à tenter les hasards d une bataille. Vaiocu et vivement poursuivi , il parvint avec peine à pfagner les trontiéres. Ariobarzane fui proclamé roi de 1 Arménie.
Gains César voulait aussitôt tout disposer pour Vèxpéditiou de l Arabie ; mais Quirinus représenta les dispositions inconstantes des Arméniens. Il fallait d ailleurs ramener à la soumission les peuples voisins de
m SIECLE D AUGUSTË.
PAmteie, qiieh»kitrigaetdet PafttwmleBt dèf»>
cbés de Falliance romaine (1).
S 25. . AuJL preœkn beaux. jours 4e ïm 756 de Rome» 166. SOUS le consulat de Lamia et de Senrilios , les Mutons romaines pénétrèrent à la fois dans Flbérie vi dans l'Âlbattie. Les rois de ces contrées sollicitèrent le reaouveUenieBi de faUîanoe, et donoèreot des otages ; Farmée se remit ea mateiie, rappelée e» ArmMe par de nouveaux i^oiilèvemenls.
Les prévisions de Quiriniis s'étaieiit en efiet réolî-sèes* Le nonveaa roî y avait coacovni parso» Impradenee, et en laissant le gouvernement des principales . villes à ceux qui loi en avaie&t ouvert les portes. Il s'élait trop ooafiè dans le capriee natloml qui FavaH élevé sur le IrAue , et qui se tonmait alors contre lof. Les généraux des Arméniens étaient en butte à leurs invectives pour avoir appelé un étraufer de la natioii des Mèdes, depuialoofteaups inéprlsèe , et trahi eu sa faveur I^grane y le rejeton de 1 antique race de leurs rois.
Douuiez, que dautrss léstarieM ontappelé Addoit, ou seigneur , était le plus distininié de tous : il corn-
mandait dans Arlagère , la plus forte place dti royaume , où les trésors du roi étaient eoniés à sa garde. Les reproches des Arméniens ayant pnn'oqué
de nouveau sa défection , il venait de donner le signal de la révolte. Assiégé bieotèt par Caius César , il sou^ tint avec vigueur les premières attaques ; mais lesRo» mains , consommés dans Tart des sièges , avaient culbuté dans la place tousses postes avancés; sa garnison y vivement pressée, se décourageait; les renldrlsqu'H
(1) Dion, LV. -r-Scnec. , Cous, ad Pol.
UYKE VL m
aUendaîl«viJeii4 élé bailus par Quirious, qui couvrait le siège avec une divMon de rarmée. Dana eetle ex- M»ltè, il enroya un émlmaire pour sollfdter une
entrevue secrète et faire entendre qu'il voulait livrer la plaee aux Romains. Gaïus César , qui ne soupçonnait point la foi du barbafe, le reçoit seul dans sa tente, et sans l'avoir fait touiller. Domnez excuse la dé- CeciioQ où il a été entraîné par le mouvement suscité contre Âriolmrzane ; il aspire à la réparer en livrant au prinee les trésors renfermés dans Artagère ; mais il ne peut les lui conserver quen introduisant ses troupes à Tinsu de iagarniion , qui est résolue de s'en«^ sevelir avee eux sous les minea de la ville. Pour Mrs apprécier leurs richesses, il lui en présente rinvenlaire.
Lorsque le traître le voit attaciié à cette lecture, il lève un dmetenre qu'il tenait caché sous ses vêtements. Un mouvement de Gains César détourne le coup , et ie giaive enlève seulement la peau du crâne , au -dessus de la tempe. Domnez , qui le volt tomber baigné dans son sang , croit l'avoir tué ; il s'échappe de la tente. Mais les soldats , que les cris de Caïus avaient ikitirés f lui coupent la retraite. Désespéré » il gagne par un dernier effort un bâcher auquel on venait de mettre le feu , se perce de son glaive et se précipite au milieu des flammes (1).
Auguste y déjà troublé par de shiistres pressenti- $ ments , fut consterné quand II apprit la blessure de Caïus César. D'aulres dépêches ayant donné Tassuraoce de sa prochaine guérison , il fit partir un courrier pour lui ordonner de revenir à Rome. Convoquant i^nsuile le sénat, il lit rendre un décret qui lui accordait
(1) rioruit. IV, 12. — Sirabon . lib \K - Genot Pi«. , pag 330
340 blKGLE li AUGUSTE.
le triomphe sur les Parlhes et sur les Arménieiis ; îl avait pris pour lui-même surnom d'imperaior. Un fragment de Dioit , reoooyré par Morelli , proaTe qu'il TaYatt aimi accordé à Caîus César.
Mais tandis qii il ne semblait occupé qu'à lui assurer de glorieuses récompenses , ses alarmes se dévoilaient par de nouveaux soins pour se concilier les affections du sénat el du peuple. \a\ prorogation de Tempire, qui lui fut alors accordée par les sénateurs , n'était plus qu'une vaine forme ; il la reçut comme vne preuve de lenr lèle , qu'il s'empressa de reconnaître en les eoniblanl des (cnioicjnages de sa bienveillance. Il prodiguait d'autre part au peuple les distributions , les jeux • les spectacles les plus divers. Jamais il ne a'était montré plus généreux et plus populaire.
Son palais ayant été sur c«s entrefaites dévasté par un Incendie , les citoyens voulaient tous contribuer à la réparation de ce désastre. Il exprima sa reconnais^ sance de leurs ollïes; mais il ne voulut accepter du corps qu'un écu d'or,ipiéce de vingt francs, el des particullers» qu'un denier d'argent, qui valait huit décimes. 11 déclara ensuite que son palais, qu il allait rebâtir aux frais des citoyens, serait désormais un éditice public.
La réponse de Caïus César accrut alors les sollicitudes d'Au^îusle: le jeune prince, si proiupi jusqu'alors aux épancliemenls de sa piété Itliale et de sa passion pour la glaire, nexprimait plus qu'un profond abattement. Il insistait sur ses forces affaiblies, sur son dégoùl des alîaires, sur sa résolution de linir ses jours loin de Rome et des honneurs.
Des lettres secrètes annonçaient en même temps sa mélancolie profonde. Les unes l alln huaient à la vio-
LIVHE VI. 341
tettce du coup qa'iâ avait reçu ei qui avail ébranlé son cerveau ; suivant les autres, il avait été victime d'un attentat pins perfide que celui de Domoez; la langueur qui le consumait était Teilet d'un poison lent . mêlé dans ses aliments ou dans les remèdes appliqués sur sa blessure. Mais une puissante influence éloignait d'Auguste ces révélations , et iie lui laissait parvenir que des regrets sur la faiblesse d'un fils qui se montrait Indigne de lui , que des insinuations sur sa jeunesse énervée par les voluptés de I Orient. On accusait les flatteurs corrompus qui aspiraient à y exercer son autorité » et l'abus qu'ils en faisaient ne donnait que trop de vraisemblance à ces perfides explications.
Caïus César, occupé d'abord des soins de la guerre, alors retiré au fond de son palais dans Aniioche, leur avait abandonné les rênes du gouvernement. Les fonds du trésor étaient au pillage, les décisions de la justice et les emplois se vendaient à Tenchére ^ des courtlsass avides se disputaient les dépouilles de l'Orient. Des recherches sévères furent ordonnées ; les plus coupables prouvèrent leur innocence , en partageant le produit de leurs malversations ; les autres, arrêtés et c*ondUlts à Rome , furent condamnés à être précipités dans le Tibre. Mais le jeune prince semblait également ignorer ces excès et leur répression , uniquement occupé à solliciter comme une faveur la permission de vivre oublié dans un coin obscur de la Syrie.
Auguste succombait à Texcés de sa douleur; il cherchait du soulagement dans des confidences à ses amis; il s'oublia jusqu'à consulter le sénat sur cette étrange demande. Ouvrant enfin son âme à l'espérance qu'il pourrait inspirer à son fils d autres senti-
Uè biKCLE 1) AUGUSTE.
ments, il lui répondit qu il n'exigeait que son reloiir eo Italie; qu il lui laisserait easaile le choix du genre de Tie qui aerail le plus ooBfome à m» iDcUnalioiis ( 1 ). i ^* Caiw Céfar , ranimé iiar cette eondescendaooe , prépara aussitôt son départ. Aux premiers jours de février de Van 757 de ftome, sous le consulat di'iEliiia et de Sentius , il arriva dans le part le pins voiain d'Anlioche. Ce court voyage avait épuisé ses forces , le roulis du navire lui devint bientôt intolérable ; contraint de débarquer sur les côtes de la Lyde , prés de Limyre , H fut porté mourant dans cette Tille, oà 11 termina sa vie le 21 du même mois , à l'âge de vingt*deujL ans.
On avait cependant aigris à Rome que le valBseau
qui le ramenait voguait sur la Méditerranée. Les citoyens faisaient des vœux pour son prompt retour , rappelant les glorieux débuts de sa carrière , se communiquant Fespérance qu'elle ne serait pas longtemps interrompue. Ils applaudissaient d avance à son triompbe , dont ils voyaient autour d'eux hâter les préparatfft. Au mIKeu de ces liommages publics, la nouvelle de sa mort, si peu attendue, répandit partout la consternation : tous déploraient son tnste sort et la perte irréparable d'Auguste. Sans attendre les décrets du sèuat , ils prirent des habits de deuil , fermèrent tes portes des maisons, et laissèrent désertes les audiences des tribunaux .
Le cortège funèbre vint débarquer à Brindes. Des sénateurs et des chevaliers s'y étaient rendus; un plus grand nombre avaient éludé cet hommage, craignant de s'attirer rinimitlé ou de se ravir la protection de
(I) MoKlli, Slip, de DiOD, LV. — Ccnot. Pis. , dis. U, eap. 17. — Sttét. , Aog. f S7.
UVRË VI. SiS
t^tonr Livîe. Mais une foule nombreuse, accourue des villes ,^eniT| voisines, était répandue sur toute la route. On célé- «(!).; brait les vertus aimables de Gaius César ; on couvrait Dce. son cercueil de dons funéraires; on immolait aux
rs de dieux des victimes en son honneur.
siMi' Lorsque le cortège approcha de Ko me, tous les
lîiûi citoyens se portèrent fort au delà de i enceinte de la ville pour le recevoir et pour le conduire au palais
•00. ' d Auguste. Les obsèques furent célébrées le lendeuiain
^ lie ^ avec les mêmes solennités qui avaient été suivies pour
il Lucius César. On suspendit dans la salle des séances
^j. du sénat la lance et l'armure que Caïus César avait
I reçues des chevaliers; on déposa ses cendres dans le
. tombeau construit pour Auguste.