‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 73 sur 206 · XXXV.] DISPUTES MÉMORABLES · texte numérisé non relu

XXXV.] DISPUTES MÉMORABLES

ciers : ainsi il paye deux fois. Il eût été plus avantageux pour l'État et pour le clergé en général, et plus conforme à la raison, que ce corps eût subvenu aux besoins de la patrie, par des contributions proportionnées à la valeur de chaque bénéfice. Mais les hommes sont toujours attachés à leurs 5 anciens usages. C'est par le même esprit que le clergé, en s'assemblant tous les cinq ans, n'a jamais eu, ni une salle d'assemblée, ni un meuble qui lui appartînt. Il est clair qu'il eût pu, en dépensant moins, aider le roi davantage, et se bâtir dans Paris un palais qui eût été un nouvel orne- 10 ment de cette capitale.

Les maximes du clergé de France n'étaient pas encore entièrement épurées, dans la minorité de Louis XIV, du mélange que la Ligue y avait apporté. On avait vu dans la jeunesse de Louis XIII, et dans les derniers états tenus 15 en 16 14, la plus nombreuse partie de la nation, qu'on appelle le tiers état, et qui est le fond de l'État, demander en vain avec le parlement qu'on posât pour loi fondamentale, " qu'aucune puissance spirituelle ne peut priver les rois de leurs droits sacrés, qu'ils ne tiennent que de Dieu seul; et 20 que c'est un crime de lèse-majesté au premier chef d'enseigner qu'on peut déposer et tuer les rois." C'est la substance en propres paroles de la demande de la nation. Elle fut faite dans un temps ou le sang de Henri le Grand fumait encore. Cependant un évêque de France, né en 25 France, le cardinal du Perron, s'opposa violemment à cette proposition, sous prétexte que ce n'était pas au tiers état à proposer des lois sur ce qui peut concerner l'Église. Que ne faisait-il donc avec le clergé ce que le tiers état voulait faire ? mais il en était si loin, qu'il s'emporta jusqu'à dire 30 "que la puissance du pape était pleine, plénissime, directe au spirituel, indirecte au temporel, et qu'il avait charge du clergé de dire qu'on excommunierait ceux qui avanceraient que le pape ne peut déposer les rois." On gagna la noblesse, on fit taire le tiers état. Le parlement renouvela 35 ses anciens arrêts, pour déclarer la couronne indépendante, et la personne des rois sacrée. La chambre ecclésiastique, en avouant que la personne était sacrée, persista à soutenir que la couronne était dépendante. C'était le même esprit qui avait autrefois déposé Louis le Débonnaire. Cet esprit 40

17,6 AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES. [chap.

prévalut au point que la cour, subjuguée, fut obligée de faire mettre en prison l'inaprimeur qui avait publié l'arrêt du parlement sous le titre de loi fondamentale. C'était, disaiton, pour le bien de la paix; mais c'était punir ceux qui 5 fournissaient des armes défensives à la couronne. De telles scènes ne se passaient point à Vienne ; c'est qu'alors la France craignait Rome, et que Rome craignait la maison d'Autriche.

La cause qui succomba était tellement la cause de tous

joles rois, que Jacques 1% roi d'Angleterre, écrivit contre le cardinal du Perron ; et c'est le meilleur ouvrage de ce monarque. C'était aussi la cause des peuples, dont le repos exige que leurs souverains ne dépendent pas d'une puissance étrangère. Peu à peu la raison a prévalu ; et

1 5 Louis XIV n'eut pas de peine à faire écouter cette raison, soutenue du poids de sa puissance.

Antonio Pérès avait recommandé trois choses à Henri IV : Roma^ Consejo^ Pielago. Louis XIV eut les deux dernières avec tant de supériorité, qu'il n'eut pas besoin de la première.

2o II fut attentif à conserver l'usage de l'appel comme d'abus au parlement des ordonnances ecclésiastiques, dans tous les cas 011 ces ordonnances intéressent la juridiction royale. Le clergé s'en plaignit souvent, et s'en loua quelquefois; car si d'un côté ces appels soutiennent les droits de l'État

25 contre l'autorité épiscopale, ils assurent de l'autre cette autorité même, en maintenant les privilèges de l'Église gallicane contre les prétentions de la cour de Rome : de sorte que les évêques ont regardé les parlements comme leurs adversaires et comme leurs défenseurs; et le gouverne-

30 ment eut soin que, malgré les querelles de religion, les bornes aisées à franchir ne fussent passées de part ni d'autre. Il en est de la puissance des corps et des compagnies comme des intérêts des villes commerçantes : c'est au législateur à les balancer.

22 ^cs libertés de l'Église gallicane.

Ce mot de libertés suppose l'assujettissement. Des libertés, des privilèges, sont des exemptions de la servitude générale. Il fallait dire les droits, et non les libertés de l'Église gallicane. Ces droits sont ceux de toutes les an-

40 cienncs Églises. Les évêques de Rome n'ont jamais eu la

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