‹ Histoire du siège d'Orléans, et des honneurs rendus à la PucelleChapitre 3 sur 7 · Î2 HISTOIRE · texte numérisé non relu

Î2 HISTOIRE

d'Henri VI les trait&t comme des neutres, sous sa sauvegarde. Ils se résignaient à n'être plus Français , pourvu qu'on ne les forçât point d'être Anglais. Une ambassade des principaux bourgeois fut chargée de porter ces paroles à Philippe le Bon, sous la conduite de Poton de XaintraiUes. Comme le duc résidait en Flandre et que la négociation paraissait devoir être longue, on fit appel à tout ce qui restait de courage et de ressources pour conserver, jusqu'au moment où viendrait la réponse, la belle contenance qu'on avait montrée depuis cinq mois.

La défense continua donc comme par le passé , mais non pas avec l'entrain et la cordialité qui en avaient marqué les commencements. Les esprits s'assombrissaient; la multitude s'enticha de l'idée qu'un parti conspfrait pour livrer la ville , et ces soupçons, vrais ou faux, produisirent de ces émotions qui font fermer les boutiques et mettre tout le monde sur pied, sans qu'on sache pourquoi. Un trou ayant été découvert un matin dans la partie du rempart contre laquelle s'appuyait l'Hôtel-Dieu , un rassemblement formidable se forma à la porte de cet établissement. Avant toute information , des cris de mort furent proférés contre le religieux qui le dirigeait. Ce malheureux ne dut qu'à une prompte fuite de n'être pas mis en pièces par le peuple. C'en était fait de la ville, si l'annonce d'un

nouveau secours , en ralliant tous les cœurs à un même espoir, n'était venue dissiper les ferments de haine dont ils étaient déjà corrompus.

Le même motif qui rendit la confiance aux Orléanais dans un moment si critique décida leurs ennemis à exécuter enfin ce qu'ils auraient dû faire d'abord , c'est-à-dire à étendre leurs lignes sur tout le pourtour de la ville, de manière à la bloquer complètement. Pour cela ils commencèrent par établir une bastille au village de Saint -Loup, qu'on voit encore à une lieue en remontant la Loire; puis, continuant la circonvallation à partir du point où ils l'avaient arrêtée trois mois auparavant , ils firent entre la route de Blois et celle de Paris trois boulevards et une bastille, celle-ci placée sur les ruines de l'église de Saint-Pouair. Le reste de la ligne, entre Saint-Pouaîr et Saint -Loup, ne put pas être fermé à cause du résultat qu'eut l'ambassade envoyée au duc Philippe le Bon.

Le prince, flatté de l'honneur que lui faisaient les Orléanais en réclamant sa sauvegarde, avait accueilli leurs députés de la meilleure grâce. Comme il avait une grande aflaire de succession à régler au moment où ils se présentèrent, il leur fit passer un mois d'attente au milieu des plaisirs dont son palais était le séjour, voulant, disait-il, aller luimême avec eux plaider leur cause à Paris. U pensait que le gouvernement anglais, qui n'existait

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