JUIN ET JUILLET
Du 20 au 22 juin. — Les Orléanais espéralent bien que le Roi viendrait dans leur ville. Déjà, pour le recevoir, ils avaient fait tendre les rues et préparer un dais de drap d’or; mais Charles VIT se tint à Sully, ce que plusieurs de son entourage désapprouvaient. Jeanne se rend près de lui ; elle l'accompagne à Saint-Benoîtsur-Loire, à Châteauneuf, et chaque jour elle le supplie de prendre le chemin de Reims, l’assurant que s’il se décide « il aura tout son royaume et sera couronné sous peu. » Ceux du Conseil voulaient ajourner encore et parlaient de s'emparer auparavant de Cosne et de La Charité ; plusieurs étaient d'avis de se porter sur la Normandie. Jeanne insiste et montre une si grande confiance, qu’elle finit par obtenir le consentement du Roi.
Le Connétable, n’osant venir à la cour sans y avoir été appelé, était resté en Orléanais. Jeanne et le duc d'Alençon tiennent la promesse qu'ils lui ont faite devant Baugenci et demandent au Roi de lui rendre sa faveur. Le Roi pardonne au Connétable, et toutefois ne veut permettre qu’il soit du voyage de Reims *.
23 juin. — Jeanne revient à Orléans, d’où elle dirige sur Gien tous les gens d’armes qui étaient demeurés dans la ville.
24 juin. — Elle dit adieu aux Orléanais et part elle-même pour rejoindre Charles VIT à Gien.
26 juin. —- L'amiral de Culan s'empare de Bonny.
En arrivant à Gien, la Pucelle avait trouvé la cour dans de nouvelles hésitations. Sur la route qu’on devait suivre pour gagner Reims, il yavait, disait-on, nombre de châteaux, de villes fermées et places fortes que tenaient les Anglais et les Bourguignons. « Je le sais, » répondait Jeanne, .« ce qui ne m’empêchera de mener heureusement le gentil roi Charles pour êtré sacré audit lieu de Reims. » Et de dépit de ces relards, elle s’en était allée se loger hors de la ville, où elle fut deux jours.
Il y avait une autre difficulté : le Roi n'avait pas d'argent pour payer l’armée qui l’accompagnait. La détresse du trésor était si grande, que sur la solde en ce moment échue on ne put donner à chaque homme d’armes que « de deux à trois francs. » Mais tous, chevaliers, écuyers, gens de guerre et « des communes, »
dirent qu'ils voulaient bien marcher en la compagnie de la Pucelle et ne demandaient que l'honneur de servir le Roi dans ce voyage : il fallut bien se rendre *.
97 juin. — Charles VII se met en route par Montargis et Auxerre. La ville d'Auxerre donne des vivres.
Du 5 au 15 juillet. — On arrive sous les murs de Troyes; les habitants se ferment et envoient demander des secours à Reims et à Châlons.
Le Roi les fait sommer d'ouvrir leurs portes. Jeanne leur écrit; ils répondent qu’étant en lobéissance du duc de Bourgogne, ils ne peuvent permettre l’entrée de leur ville que de son exprès commandement.
Les avis timides reprennent le dessus; dans le Conseil, plusieurs s’effraient de la forte position de la ville et du danger qu'on courrait à s’avancer sans artillerie ni argent dans un pays entièrement bourguignon : il est question de
retourner sur la Loire. Jeanne intervient et promet que, sous trois jours, la place sera au Roi. « Noble Dauphin, ordonnés à vos gens de venir et d'assiéger la ville, et ne vous retardés pas davantage en des conseils de lenteur : en nom Dieu, avant trois jours je vous introduirai dans la cité de Troyes par amour, puissance ou valeur, et la fausse Bourgogne sera très- étonnée. »
Le Ghancelier dit qu’on attendrait bien six jours, et la place est attaquée. La résistance ne fut pas même de trois jours. On vit bientôt l'évêque s’avarcer pour parlementer ; les gens de guerre obtiennent liberté de se retirer et ceux de la ville « abolition générale »
La cité de Châlons, sommée par la Pucelle de se rendre « au roy du ciel et au gentil roy Charles, » ouvre ses portes, reçoit le Roi « moult honorablement et se met franchement en son obéissance. » Toutes les forteresses du pays font de même.
Des gens de la Champagne et de la Lorraine élaient venus à Châlons sur le bruit que le Roi y passerait pour se rendre à Reims; dans le nombre se trouvaient plusieurs laboureurs de Domremy. Jeanne les reconnaît, les accueille et leur dit « qu’elle ne craint rien, sinon la trahison. » À l’un d’eux elle donne un vêtement rouge qu'elle avait porté %,
— A4 — 16 juillet. — L'armée quitte Châlons et s’approche de Reims. On manquait d’artillerie, et le Roi s’en inquiétait. « N'ayez doute, » dit la Pucelle, « les bourgeois se rendront avant que vous ne soyez arrivé et seront à votre rencontre. » Elle disait vrai : le conseil et les habitants, informés de la soumission de Troyes et de Châlons, avaient envoyé au-devant du Roi les principaux d’entre eux qui l’attendaient à Sept-Saulx et lui offrirent pleine et entière obéissance. Le soir même Charles VII, qu’on appelait encore le Dauphin, fit son entrée dans la ville. Il y fut reçu par le duc de Lorraine et le sire de Commercy, qui étaient arrivés « à grant compagnie de gendarmes » pour se mettre à son service.
A7 juillet. — Sacre. — Le sire de Retz, maréchal de France, se rend en cortége à l’abbaye de Saint-Remi, où il reçoit la sainte Ampoule. Après avoir juré de la rendre, il l’apporte dans l’église métropolitaine de Notre-Dame, et là, au milieu d’un immense concours de peuple, de seigneurs et de gens de guerre; en-la présence du duc d'Alençon, des comtes de Clermont, de Vendôme, du Bâtard d'Orléans, de l'amiral de Culan, des sires d’Albret, de Retz, de la Trémouille, de Maillé, de Beaumanoir, du sire de de Laval « qui ce jour fut fait comte » (1), du
(4) Gui de Laval.
sire de Lohéac, des seigneurs lorrains arrivés la veille, des principaux des chevaliers et capitaines qui avaient pris part à la défense d’Orléans. L’archevèque Regnault, de Chartres, donne l’onction sainte à Charles VIE, ét pose la couronne sur sa tête. Autant que les circonstances etla précipitation des événements le permettent, l'antique cérémonial est observé.
Les évêques de Châlons, d'Orléans, de Séez, représentent les pairs ecclésiastiques; le duc d'Alençon, les comtes de Clermont, de Vendôme, les sires d’Albret, de la Trémouille, de Laval, de Beaumanoir, les pairs laïques. Jeanne, en laquelle « on croyoit voir quelque chose de céleste, et comme une envoyée de Dieu, » est prés de l'autel, debout tenant son étendard, ce dont ses juges lui firent plus tard un grief. « Il avoit été à la peine, » leur répondit la Pucelle; « il étoit juste qu’il fût à l'honneur. »
Le sire de Retz reporte la sainte Ampoule à l'abbaye de Saint-Remi, où il était allé la recevoir.
À Reims, Jeanne trouva son père, qui s’y était rendu pour la voir ®.