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nuit, s'était porté sur Meung, rentre au point du jour, ramenant à sa suite quarante-trois têtes de bétail; le capitaine de Meung s'était défendu et avait été tué.
Nouvelle escarmouche entre les pages des deux armées ; les Français ont le dessous et perdent leur étendard.
5 avril. — Un convoi de porcs et de bestiaux amenés par des marchands du Berri, traverse la Loire en face Saint-Aignan. Les Anglais, dès qu’ils l’aperçoivent, sortent à la hâte des Tourelles; mais il est trop tard, et ils perdent leur peine.
Le même jour arrivent par la Beauce des chevaux chargés de vivres; ceux qui les conduisent racontent que trente à quarante Anglais qui apportaient « grant argent » à l’armée du siége ont été détroussés par la garnison de Châteaudun.
6 avril. — Les douze Procureurs sortent de charge. Les habitants assemblés aux halles procèdent à l'élection de leurs successeurs. Sont élus :
Charles l’Huilier, Jaquet Compaing, Jehan Morchoasne, Jehan Martin, Jehan Boillève, Jehan le Camus, Jacques l’Argentier, Guy Boilléve, Jehan Mahy, Raoullet de Rècourt, Pierre Baratin, Jehan Hillaire.
| — 68 — 7 avril. — Des vivres, des munitions « et autres habillements de guerre » entrent au camp de Samnt-Laurent.
12 avril. — Dans la nuit, quelques Orléanais traversent la Loire et pénètrent jusqu’à l’église de Saint-Marceau, où ils surprennent dans leur sommeil vingt Anglais qu’ils raménent prisonniers, aprés avoir cependant perdu deux des leurs.
43 avril. — On reçoit du dehors une grosse somme d'argent pour solder ceux de la garnison qui en avaient « bien meslier. »
15 avril. — Les Anglais finissent d’élever entre Saint-Pouair et Saint-Ladre une nouvelle bastille qu’ils appellent Paris. C'était la continuation du système de blocus, par lequel ils espéraient affamer les assiégés et empêcher les arrivages de vivres qui chaque jour pénétraient dans la ville, malgré la surveillance des bastilles déjà construites.
Dés le lendemain un convoi venant de Blois par Fleury-aux-Choux passe à peu de distance. Ils se portent en avant pour l'enlever; mais la cloche du beffroi sonne à l'attaque. Quelques gens d'armes se jettent de la place sur les champs et couvrent le convoi, qui entre sain et sauf.
16 avril. — Cinquante hommes d'armes de la garnison vont courir devant les Tourelles, et s'emparent de quinze Anglais. À la même heure un autre parti d'Orléanais surprend et tue trois Anglais de la bastille de Saint-Loup qui s'étaient avancés jusqu’à l’Orbette, où ils se tenaient en observation.
47 avril. — Poton de Xaintrailles, Guion du Fossé et Jean de Saint-Avy, envoyés près du duc de Bourgogne, le 19 février précédent, rentrent dans la ville et rendent compte de leur ambassade.
Ils s'étaient rendus à Tournay, où Philippe-le- Bon les avait accueillis avec une grande bienveillance. Après avoir écouté la requête que les Orléanais lui faisaient présenter, il avait répondu qu’elle lui paraissait juste; qu'il prenait leur ville sous sa sauvegarde, et qu'aussitôt qu’il aurait terminé certaines affaires qui le retenaient en Flandre, il se rendrait à Paris pour en conférer avec ses alliés. Jean de Luxembourg, comte de Ligny, qui était, comme le duc de Bourgogne, du parti anglais, avait fait semblable réponse.
Un mois s'était ensuite écoulé, pendant lequel les députés orléanais avaient été retenus et. festoyés à la cour du duc; puis enfin on était parti pour Paris, où Philippe-le-Bon et Jean de Luxembourg avaient exposé au duc de Bedford la de-
mande des Orléanais, ét « remontrant la justice qui était au duc d'Orléans, l'avaient requis et prié de faire lever le siége mis devant sa principale ville et cité; » mais le duc de Bedford et le conseil de régence, particulièrement les Parisiens qui en faisaient partie, avaient repoussé cette proposition avec aigreur; Bedford avait répondu « qu'il seroit bien marry d’avoir battu les buissons'et que d’autres eussent les oisillons. » Le duc de Bourgogne était alors revenu près des députés, et leur rapportant le mauvais vouloir du Conseil, avait dit que, pour lui, il demeurait fidèle à l'engagement qu’il avait pris envers les Orléanais, et que, ne voulant désormais participer à la guerre faite à leur duc, il allait envoyer un trompette pour notifier à ceux de son service qui étaient devant la ville d’avoir à quitter incontinent le siége.
Les députés, en effet, ramenaïent avec eux le trompette du duc de Bourgogne, qui, le jour même, accomplit le message dont il était chargé.
Tout ce que le camp ennemi renferme de Bourguignons, de Champenois, de Flamands et de Picards, se retire sans plus de délai; d’où l'armée assiégeante, affajiblie de quinze cents combattants environ, ne se trouve plus en force suffisante pour continuer la construction des bastilles qui devaient relier la bastille de Saint- Pouair (Paris) à la bastille de Saint-Loup *.
Le siège durait depuis six mois. Paris et les provinces du Nord ressentaient un vif dépit de cette résistance, qui arrêtait les Anglais à la Loire, entretenait la lutte des partis et retardait seule l’établissement définitif d’une domination
que la capitale de la France avait acceptée. Mais
dans le Midi, dans les provinces qui étaient demeurées fidèles au Roi, les sympathies éclataient; les préoccupations les plus vives, les vœux les plus ardents se portaient vers la cité courageuse dont le sort était devenu celui de la monarchie elle-même. |
Partout les nouvelles du siége étaient attendues avec anxiété, reçues avec enthousiasme.
« On était touché, » a dit l’un des historiens de Jeanne d'Arc, « de cette brave résistance des Orléanais, du duc d'Orléans; aussi il n’était pas d'homme qui n’eût chanté dans son enfance les complaintes qui couraient alors sur la mort de Louis d'Orléans son père. Charles d’Orléans, prisonnier, ne pouvait défendre sa ville ; mais ses ballades passaient le détroit et priaient pour lui. »
« Les femmes surtout éprouvaient ces sentiments de pitié. Moins dominées par l'intérêt, elles sont plus fidèles au malheur. En général, elles ne furent pas assez politiques pour se résigner au joug étranger; elle restèrent bonnes Françaises *. »
Au loin ou de près, l'élan fut le même; chacun voulait s'associer aux sacrifices des Orléanais et s’efforçait de leur venir en aide. Les villes du voisinage, Gien, Bourges, Blois, Châteaudun, Tours, envoyèrent des hommes et des vivres ; les villes éloignées, de l’argent et des munitions ; Angers, Poitiers, La Rochelle, Albi, Moulins, Montpellier, Clermont firent passer du soufre, du salpêtre, de l'acier, des armes *. Depuis le commencement d'avril, des convois arrivaient chaque chaque jour et pénétraient dans la place par les points que les bastilles ne couvraient pas.
Mais un autre secours se préparait. La Pucelle avait comparu devant les docteurs de Poitiers, et la sagesse non moins que la fermeté de ses réponses, les avait frappés d’étonnement. Comme on lui demandait de montrer un signe de sa mission. — « En nom Dieu, » avait-elle répondu, « je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signe; mais conduisez-moi à Orléans, et je vous montrerai pourquoi Je suis envoyée. »
Un Dominicain lui ayant objecté qu’elle voulait des gens d'armes pour l'accompagner, et que cependant si c'était la volonté de Dieu que le siége d'Orléans fût levé, 1l n’était pas besoin de gens d'armes pour cela. — « Les gens batailleront, » avait-elle dit, « et Dieu donnera victoire.» Sa sainteté éclatait en tout, dans son air comme
dans ses paroles. Les docteurs et les théologiens déclarèrent qu’en sa personne il y avait quelque chose de divin. Ses actions étaient pleines de simplicité, son langage empreint d’une foi qui émouvait. Les dames et les demoiselles de la ville se pressaient à sa demeure. Elle leur parlait « si doucement, » qu’elle les faisait pleurer. A
- celles qui s’étonnaient qu’elle eût quitté les vête-
ments de son sexe et coupé ses cheveux, elle disait que devant servir et s’armer pour le Dauphin, il fallait qu’elle prit un habillement guerrier, et que devant être au milieu des hommes d'armes, il convenait qu'elle fût vêtue comme eux. Sous ce costume, sa décence était si grande, sa tenue si chaste, qu’à son approche les plus impies eux-mêmes n’éprouvaient d'autre sentiment que celui du respect.
Alors elle était revenue à Chinon, où le Roi tenait conseil pour la défense d'Orléans. Là se trouvaient l'archevêque de Reims et l’évêque d’Orléans ; les capitaines qui avaient quitté la ville après la bataille de Rouvray-Saint-Denis : Raoul de Gaucourt, Culan, La Hire ; le maréchal de Boussac qui les avait rejoints, le duc d'Alençon, Gilles de Laval, seigneur de Retz. Il s'agissait de ravilailler la place et d'y introduire, avec les
- troupes rassemblées depuis plusieurs semaines,
un convoi considérable de blé de l’Anjou, de la Touraine et du Berri, qui se formait par les ÿ
soins de la reine de Sicile. Comme les docteurs de Poitiers avaient « conclu » qu’on se pouvait fier en la Pucelle, et d'autant plus que certaines prédictions retrouvées dans les livres semblaient. avoir préditsa venue *, Charles VII, rassuré, lui confère les pouvoirs d’un lieutenant-général et - lui remet la charge de conduire le convoi dans les murs d'Orléans.
Des armes et des chevaux lui sont donnés.
Jean d’Aulon, homme sage et de grande probité, est placé prés d’elle en qualité d’écuyer et commis à la garde de sa personne. Louis de Contes, dit Imerguet, jeune Orléanais de la suite de Gaucourt, est désigné pour lui servir de page; les deux gentilshommes qui l'avaient amenée de Lorraine (1) et deux hérauts, Ambleville et Guienne, complètent sa maison militaire. Elle-même choisit pour chapelain Jean Pasquerel, de l'ordre des Augustins.
Comme on voulait lui remettre une épée, elle dit qu’on en trouverait une en l’église de Sainte- Catherine de Fierbois, laquelle était marquée de cinq croix sur la lame; et en effet, au lieu qu’elle avait désigné, se rencontra une épée couverte de rouille, et d’abord rien ne se voyait sur la lame, mais à mesure qu'elle fut dérouillée
(4) Jean de Novelompont, dit de Metz, et Bertrand de Poulengy, gentilshommes champenois.
. les croix apparurent. Le Roi lui donna pour cette
épée un fourreau de velours semé de fleurs de lis.
Ces préparatifs achevés, les capitaines reçcoivent ordre de rassembler leur monde et de se rendre à Blois, où la Pucelle leur donne rendezvous. Elle-même, après quelques jours passés au château du Couldray, qu’on lui avait assigné pour demeure, prend congé de Charles VIL
En annonçantla mission qu’elle venait accomplir en France, Jeanne avait dit que le duc d'Orléans était de sa charge, et qu’au cas où il ne reviendrait pas « par-delà de la mer, » elle aurait « moult peine à l'aller quérir en Anglegleterre, » et qu’elle avait grande joie de s’employer « au recouvrement de ses places. » Par ces paroles, elle s'était faite « très-accointe » du duc d'Alençon, gendre du duc d'Orléans (1). Le premier avec La Hire, il lui avait fait accueil au moment de son arrivée. Jeanne voulut voir sa mère et sa femme. En quittant Chinon pour se rendre à Tours, elle passa par l’abbaye de Samt-Florent-lès-Saumur, où se trouvaient les
(4) Le duc d'Alençon lui-même avait été fait prisonnier à la bataille de Verneuil (1424) et emmené à Londres, où il avait passé trois ans dans la même captivité que son beau-père. — Depuis peu de mois seulement il avait obtenu sa liberté, moyennant une énorme rançon, et il venait de rentrer en France. -
— 76 — deux duchesses ; là elle promit à la femme du duc, qui s’alarmait pour son époux des chances de la guerre, de le lui ramener « sain et sauf *. » A Tours, Jeanne revêt son armure, et du conseil de ses anges, dont les voix lui avaient ordonné de recevoir l'étendard de son Seigneur (1), elle fait faire un étendard qui était de soie blanche, semé de fleurs de lis, et y fait peindre l’image du Sauveur, tenant le monde, assis sur l’arc-en-ciel au milieu des nuées, ayant devant lui deux anges, dont l’un présentait une fleur de lis, avec les mots IHESVS MARIA au-dessous des anges.
Les travaux du siége n’en continuaient pas moins.
Assiégeants et assiégés déployaient une égale activité. Dans la ville de nombreux ouvriers battaient la poudre; la forge ne cessait de fonctionner; les charpentiers étaient occupés sans relâche à disposer les arrêts et affûts des canons, à réparer les palissades des boulevarts ; d’autres fabriquaient des flèches d’arbalètes, des pavas(2), des fusées, des fers de lances, et aiguisaient des traits ou des épieux (3), taillaient des boulets de
(4) Acciperet vexillum Domini sui. (Déposition de Jean Pasquerel au procès de réhabilitation, QUICHERAT, III, 103.)
(2) Boucliers en bois.
(3) Pour les traits et les épieux, on employait du bois de frêne. (Comptes de ville.)
pierre, fondaient des boulets de fer et de cuivre, et des « plombées » de coulevrines. Les Procureurs se multipliaient, veillaient à tout, aux logements et à la solde des gens de guerre ; au paiement des barbiers et chirurgiens chargés de donner des soins aux blessés *; aux vivres et à l'entretien des fortifications; à l’achat des munitions, du matériel de guerre, et cela sans que les autres intérêts fussent négligés. Déjà existaient chez les Orléanais les habitudes charitables qui se sont transmises à leur descendants. Dans
ces extrémités, les pauvres ne furent pas oubliés :
malgré tant de charges, le trésorier de la Ville trouvait moyen de pourvoir aux besoins des
nécessiteux.
On sent que la lutte devient décisive, que le dénoûment approche; le Bâtard mande aux capitaines des forteresses « d’alentour le pays » de se jeter dans Orléans ou d’y envoyer des hommes et des munitions (1) *.
48 avril. — À quatre heures du matin, les Français attaquent le camp de Saint-Laurent, surprennent le guet, s'emparent d’un étendard et rentrent avec un butin considérable de vêtements, de tasses d'argent, d’arcs, de flèches et de munitions, mais ce n’avait pas été sans combat,
(1) Pièces justificatives, X.
ni surtout sans perte. Jamais, depuis que le siége était devant la ville, action plus meurtrière n’avait eu lieu. Il y parut au retour par le deuil des femmes d'Orléans pleurant leurs frères, leurs pères, leurs maris, qu’on rapportait morts ou blessés. Les corps demeurés sur le champ de bataille sont rendus et inhumés en terre sainte.
49 avril. — Madré, et avec lui seize cavaliers, vont courir à Fleury-aux-Ghoux, où ils font six Anglais prisonniers.
: Dansla journée, le camp deSaint-Laurent reçoit un renfort de gens d’armes amenant des munitions. Les Anglais fortifient Saint-Jean-le-Blanc, où ils établissent un guet pour garder le passage de la Loire.
90 avril. — Trois chevaux chargés de poudres entrent dans la ville.
Les assiégés s’attendent à une attaque; ils veulent la prévenir par une sortie qui est rejetée sous les murs. La nuit venue, plusieurs se portent dans la campagne au-devant des vivres qu'on supposait pouvoir venir.
23 avril. — Sont introduits dans la ville quatre chevaux chargés de poudres.
24 avril. — Le Bourg de Masqueran, gentil-
— T9 — homme gascon, et avec lui quarante combattants, se jettent dans la place.
26 avril. — Alain Giron, chevalier breton, accompagné de cent combattants, se présente aux portes et entre dans la ville.
Deux habitants, expédiés à Blois pour s’informer du convoi, reviennent et rapportent que la Pucelle y est attendue.
27 avril. — Quelques vivres envoyés des environs de Blois sont enlevés par les Anglais.
Soixante gens d'armes venant de Beaune-la- Rolande arrivent à Orléans.
28 avril. — Florent d’Illiers et le frère de La Hire amènent quatre cents combattants de la garnison de Châteaudun, et deux quintaux et demi de poudre.
Escarmouche très-forte ; les Anglais sont refoulés dans un vallon qui séparait la bastille de Paris de la bastille de Rouen (1) *.
Le même jour on eut des nouvelles de la Pucelle. Depuis le 25 avril elle était à Blois, où elle avait trouvé l'archevêque de Reims, le duc
d'Alençon, l'amiral de Culan, le maréchal de
Boussac, Gaucourt, La Hire, qui l'y avaient de-
(1) Rue de la Mare-aux-Solognots.
@ — vancée et s’occupaient d'organiser le convoi de vivres ; elle y séjournait en attendant les derniers renforts.
Le château et la ville étaient encombrés de charriots, de cavalerie, d'hommes d’armes, de peuple, attirés par les choses merveilleuses qu’on disait de la Pucelle, ou de gens d'église, de prêtres, de moines des abbayes voisines, qui avaient fui devant les Anglais *. Jeanne était entrée aux acclamations de cette foule.
Dès son arrivée, elle avait expédié au camp sous Orléans un héraut porteur d’une lettre qui était conçue en ces termes : Roy d'Angleterre, faicles raison au roy du ciel de son sang royal; rendés les clefz à la Pucelle de toutes les bonnes villes que vous avez enforcées ; elle est venue de par Dieu pour réclamer le sang royal; et à la fin : Come de Suffort, Jehan, sire de Thalbot, Thomas, sire d'Escalles, lieulenant du duc de Bcthefort, soy disant régent du royaume de France pour le roy d'Anglelerre, faicles responce si vous voulez faire paix ou non à lu’ cité d'Orléans; se ainsi ne le faicles, de voz dommaiges vous souviengne.
Pour la première fois Jeanne se trouvait au milieu des gens de guerre qu’elle devait conduire au combat, et déjà ceux-ci subissaient son influence; elle les engageait à ne plus maugréer, à renvoyer leurs « fillettes, » à se confesser pour
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