LIVRE PREMIER
ABGUlffiKT.
Sitoation de la ville. — Population. — Idée sommaire du
premier siège entrepris, en 1822, par Orner -Vrionis, et soutenu par Mavrocordatos. — Construction de nouveaux remparts, eu 1823. — Invasion de Mou&tai, pacha de Soodnu-— Aocroistfèmoit de la population.-^ lËtat de la place eoi8a4«
La ville de Missolonghi, chef-lieu de la Grèce, Ocddentale, est située à l'entrée du golfe de'Patras , dans une plaine qui s'étend du rivage jusqu'à la. basé du mont Aracynthe. Ses environs sont découverts du côté de l'orient ; vers le nord et le nord-ouest s élèvent des forets d'oliviers;
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au couchàut au midi la meir baigne ses mu* railles : mais Teau est si peu profonde sur ces côtes que les plus petits bâtiments sont obligés de s'arrêter à deux lieues de la ville, près de niot de Vassiladis , situé au sud-ouest, non loin des attérages du |^rocopaniste , couverts de cabanes 'de pécheurs. Les bas-fonds qui se prolongent dans le golfe d'Anatolico, ne peuvent être traversés que par de légères barques, et sont parsemés de bancs de sable et de petites iles, parmi lesquelles je citerai : Marmaros, à peiné éloignée de deux cent cinquante toises de l'extrémité occidentale des remparts ; Xécalamisma^ tout prèsdeMarmaros; Clissova, située au sud-est et à la distance' d^une liêue de Missolonghi ; Scylla , qui s étend au midi ; Aïssostis , placée entre Scylla et Vassiladis; Ntoulma , Povos, qui s'élèvent au couchant ; et plus loin, au nordouest, Anatolico qui .seule est habitée. Ces lagunes ne sont couvertes , sur plusieurs points , que de deux à quatre pieds d'eau ; elles sont sillonnées de canaux étroits, dont le principal est défendu par le poste de Vassiladis.
Au moment où la révolution grecque éclata y la population de Missolonghi s'élevait à peine k deux mille ames. Cette ville, comme toutes celles de )a Turquie, n'ofiGrait qu'un amas confus de
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maisons petites et pauvres, des rues étroites et; cpuYert^ d'inumoQdioes. L'ordre élabli par le& autorités républicaines en eut bientôt changé la £iu;e. J^s yeux que ne rebutait plus sa malpropreté , se portaient avec plaisir sur ses églises nombreuses et assez ornées, sur ses fontaines abondantes, sur ses bazars, et sur les fertiles jardins qui l'entouraient. A la fin de i8aa le nombre de ses habitants avait doublé; mais ses fortifications se bornaient encore & une simple muraille crénelée, à un fossé de sept pieds de lai^e sur quatre de profondeur; et il n'y avait, pour toute artillerie, que cinq pièces démontées.
Quelle que fût la faiblesse de cette place, c'était cependant la seule qui pût arrêter Orner** Vrionis , dont l'armée , encouragée par la victoire de Péta, la prise de Souli -et la défection de Vâmakîotis, s*élançait sur la Grèce Occidentale , pour se joindre aux débris des troupes de Dramali , qui occupaient encore la citadelle de Corinthe. Mavrocordatos , alors président du Pouvoir Exécutif, entreprit de résister, derrière *^ ces faibles murailles, à plus de vingt mille Otto^ . roans. U entra dans Missolonghi le 219 octobre (i).
(1) Le 17, à*wprè$ ia manière de compter encore u^fée
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n'ayant avec lui que cinq cents soldats. Sa résolution parut téméraire ; tout concourait à Ten détourner. Une partie de la population de la ville avait cherché un refuge dans les îles lolaienDes. La consternation régnait dans l'ÉtoUe.
en Grèce. Les Grecs ont conservé l'ancieu calendrier, ou Y Jnnée julienne f aîosi nommée de Jules César » qui Tem^ prunU aux Égyptiens et l'introduisit à Rome. Ce calendrier, défectueux en ce qu*il donnait au cours apparent du soleil
365 jours et G lîcures, au lieu de 365 jours 5 heures 4S' 45" 3o'", fut réformé par Aloïsio Lilio, sous le pontificat de Grégoire XIII. L'excédant annuel de 11' 14" 3o'" qui résultait de rancien^^lendrier» accumulé pendant plusieurs siècles, se trouva, dès cette époque, former dix jours. Une bulle de i58i prescrivit de les reprendre sur l'année suivante, ea faisant du cinq octobre le quinze du même mois. L'ancien et le nouveau calendrier , le vieux et le now veau style qui , comme on vient de le voir , ne différaient alors que de dix jours , diffèrent maintenant de douze. Ainsi, notre 12 janvier est le i*' janvier des Grecs, etc. Les Russes, qui sont de la communion grecque, suivent aussi l'ancien calendrier. Les Turcs et tous les autres peuples mahom^tans^ n'admettent que Vannée lunaire de 36^ jours et quelques heures.
Quand je donUerat quelque date dans le texte, ce sera toujours d'après notre manier^ de compter; niais j'indiquerai souvent en note le jour qui y correspond dans le calendrier des Grecs.
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Piusieurs capitaines sétaieiit retirés dans les montagoes. d'Agrapha 9 et l'un des plus influent, Macris, s'était jeté dans les escarpements du mont Aracynthe. Mavrocordatos compta sur son courage et^sur Botzaris pour suppléer aux fortiiications ; sûr la valeur des marins grecs, pour renouveler les provisions de .la place cpii n'auraient pas suffi à un mois de siège, «t sur la puissance d'un noble exemple, pour armer contre l'ennemi la population de toute la contrée. , Les chefs, les soldats , les femmes , les enfants, qui étaient restés dans la ville, travaillèrent sans rdâche à réparer les murs, à nettoyer les fossés; On plaça les canons sur. les points les plus élevés. On crénela toutes les maisoss/voisines du rempart. A peine ces travaux étaient-ils achevésy qu'on vit s'avancer une forte .division de l'armée turque. Pour la tromper sur la force dé la gar* ntson, les Grecs imagiiièrcnt de tixer .3ur des pieux on grand nombre de baïonnettes qu'on avait trouvées dans de vieux magasins , et de les ranger, avec ordre .derrière les murailles, dont elles dépassaient le sommet. . - . Spit que ce stratagème en imposât aux chefs ennenoisy soit plutôt qu'ils .fussent détournés de ridée d'un assaut par le désir de prendre vivant le chef duijouvernement'.-grec^ et de s'assurer ka
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rkfaesséft qu'ils croyaient trouver dam la place^ et dont le soldat se serait emparé si elle eût été fH[*ise de. vive force , Us se bornèrent à quelques décharges d'arlilierie et proposèrent bientôt une capitulation. Mavrocordatos , ne cherchant qu'à gagner du temps , répondit de olbmàre à Uneser croire que la proposition pourrait être acceptée; mais qu'il avait besoin d'y préparer ses soldats, et particulièrement ses principaux officiers. Ses pi^ets forent servis par la jalousie de Reschid et de Jussuf pacha, qui désirant enlever à Omer la gloire de s'emparer du chef de la Uellade, entrepiîrent chacun une négociation partie»-* Hère. £n les flattant tour-à-tour, en les abusant par de £stusses pronesses, les Grecs parvinrent
à les tenir dans l'inaction , tandis que chaque jour voyait s élever dans la ville quelque noi^ veau moyen de défense.
Cependant les regards des assiégés se tournaient souvent vers la mer. Des recours envoyés du Péloponèse pouvaient seuls les sauver. Vingt jours s'étaient écoulés dans une attente pénible, lorsque le ai novembre, aux premiers rayoïis du soleil, on vit, du mole de Missolonghi, les deux vaisseauk turcs envoyés par Jussuf-Pacba pour bloquer le port, lever l'ancre avec précipitation et se diriger vers Fatras. Bienlot l'un
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de ôes bitiments , repoussé par ia vi<^nre du
vent, s'éloigne et manœuvre sur Ithaque. Lu cri de joie a'éiève dans la ville à'ia vue du pa*villon grec. Six vaisseaux chrétiens poursuivaient le brick ottoman. Toute la journée les assiégés suivirent des yèux .ces navires si long i- temps attendus; et, lorsque la nuit vint en dérober la vue, une anxiété nouvelle s'empara de tous les cœurs. Enfin l'aurore se lève. Plus d'incertitude; l^escadre grecque est rangée dans le port. On se précipite dans des barques au devant de^ la €ha<& loupe de lamiral. Il annonce l'arrivée de douze cents Pélopônésiens , iconduits par Mavfomi«^ chalis. Ces troupes rassemblées à Chiarenza, où les« vaisseaux grecs allèrent à l'instant les chçr* cher , débarquèrent quatre jorni après à Mis^ splonghi. Mavromichalis avait pour lieutenants André Lundo et Debgianiaippulo , dont le viùm^ cher aux Maniotes, était cèiÉnau de tonte la Grèce. Leurs soldats avaient pris p«r|: aux viic^ toires de Colbcotroni; il» raemitaîeiit'firvec en^ thousiasme les combats d'Argos et de^Napoii^ et redoublaient, par leurs récits , k cmmge'dcp assiégés. * î. r ,
Bientôt la garnison, forte alors de dijiKsept cents homines, s'indigna derestèr^oisivisuâfleidemandait à grands cris de s'élancer hors d^jntu^j
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Mavrocordatos se reiulit aux vœux du soldati Une sortie eut lieu le 9 décembre; elle iat heureuse. Les Grecs n'eurent que vingt hommes tués ou blessés ; plus de cent Musulnuios périreo t
Ce lé^fer succès eut un résultat aussi heureux que rapide. 11 tira les paysaîis de l'JÎtoUe de l'abattement' qui paralysait leurs forces. Animés du désir de venger les ravages commis par les barbares, ils sortirent de leurs rochers les armes à la main. Harcelant sans cesse Fennemi, ils interrompirent ses communications et réussirent à intercepter ses convois. Une partie, de la garnison, sous la conduite de Mavromichalis , fut alors transportée par mer à Dragamesie, pour appuyer la population insivgée, et couper entièrement la ligne d'opérations des Turcs.
Orner, iilstruit du départ de ces braves et sV percevant enfin qu'il était joué par Mavrocordatos, voulut profiter de l'afiaiblissement de la garnison pourdonner un assaùlldont le nombre de ses troupes semblait lui garantir le succès. U choisit la nuit du 5 au 6 janvier, où l'église grec» que célèbre la féte de Noël, espérant que les assiégés, réunis dans lemrs temples, seraient plus cilement surpris.
Huit cents Albanais d'élite portant de nombreuses échelles, avaient ordre de s'avanter, à la
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faveur des ténèbres, vers le point le plus faible
des remparts. Deux mille autres devaient les suivre à une certaine distance pour seconder cette attaque, tandis que le reste de l'armée, divisé, eu plusieurs corps, se porterait sur des points opposés, pour disséminer les forces des chrétiens.
- Heureusement ce projet fut connu des assiégés. Quelques personnes assucent que Màvrocordatos et Botzaris le devinèrent à l'agitation du camp ennemi. D'autres racontent qu'un pécheur grec entendit des Turcs, auxquels il vendait du poisson, s eutretenir des préparatifs d'un assaut. Quoi qu'il en soit, l'espérance d'Orner fut trom-« pée. La solennité de la naissance du Christ ne fîit pas un obstacle à la défense des chrétiens. Les Grecs savaient que dans une guerre nationale l'offrande la plus agréable à Die^ est le sang de l'étranger. ...
Ils restèrent tous à leur poste, et les cloches des églises ne sotinérent que pour annoncer les mouvements des ennemis de la fôi. Aeinqtieures du matin , les huit cents Turcs choisis pqur les^ calade s'étant approdiés sams être aperçus, un coup de canon devint le signal de l'attaque générale. Aussitôt une canonade épouvantable commença sur toute la ligne ennemie. Plusieurs Ot-
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tom^^is papvipffwt sur la x^uraille, mais il n'y parurent un instant que pour en être précipités ^ans vi^. Lps autres colonnes éprouvèrent le piéane sort; et qwind Faurore du jour où naquit le rédempteur vint éclairer le» glacis de la place, onxpu^pt^ sur 1«^ poussière les çorps de douze cents Turcs. Alors seulement les Grecs ae rendife^t ^yk.tpj^ph^; l'hymne de la victoire fut le plumier qui r^Mïptit dans le lieu saint, et nauf
çtçndards conquis parèrent ses voûtes sacrées.
. ,I^a$i cçtte nu^ i^émprable, les Gr^ ne per' dirent que l^qmmes et n'eurent que trente blessés. Qo?er Vrionis, qui s'éltait flatté de diner le leiidef|a^i»..à Mis^ongbi, pow célébrer^ disait-il, la grande féte des chrétiens, fut frappé d ^n^ . terreur q^M dfv^it ^'acçroilre chaque jour.
Su eff<pt 9 la nouvelle de sa d$£tite, en parcou^ ra^t ayecr^pidit^. l^s pi:Qvinces voisines, semblait les repeupler de soldats. Les plus faibles dépo-« saiept leurs craintes. Des guérillas se formaient d^ps toutei^.i^s dÂrefîtions. Déjà elles apparaissaient, sur les montagnes que devait franchir le pacha pour rentrer iùpire. 11 flottait entre la çr^pte de comproimttre son armée, et k honte de fuir devant une poignée de soldats, lorsque le traître Yarnaki^tis , envoyé dans le Xéroméros pour fourrager, liû éorivit qué le capitaine Ban^
gos marchait i la léte de tfois mille hommes
pour lui fermer la retraiite sur liangada, et que MaYTomiehalia, victorieaic des Turcs campés à Dragameste, allait occuper les d^és qui couduiseiii de Missolongiû k Vosûtza.
A ces DCNivelles, Tépou vante se répand dans le camp des barbares. La retraite est ordonnée. £Uie 6 exécute en désordre, et tellement à la hâte qu'on abandonne aux Chrétiens toute Tar- LilleriCy les munitions, les équipages et une partie des TÎvres. Cinq. cents soldats, sortis de la Tille, atteignirent cepeudaAt 1 arrière-'garde du pacha et k taillèrent en pièces.
Suivis par Marcos Botzaris, attaqués par lebey de Maina, harcelés par les paysans du Yaltos et du Xéroméros, les Turcs ne s'arrêtèrent que sous les murs Arta , où le farouche Omer n'avait pu ramener que la moitié de son snnée.
Ce premier siège commença de faire connaître en Europe le nom de Missolonghi, que tant d'exploits et de malheurs devaieiit bientôt consacrer. Marcos Boisais s y montra, comme partout, le digne représentant de toute la Grèce antique, imissant le$ vertus de ses sages et Tinspiration de ses poètes à Théivoïsme de ses demi-dieux. Nammudatoe y aoquil des droits è la reconnaissance dfC toutes les nations , en confirmant
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par ua nouvel exemple cette vérité trop souvent méconnue, qu'une année d*mvasiott, quels qiie soient ses succès, périra, si le peuple s'arme contre elle, et qu'un peuple, quels que soient ses revers et sa consternation, s'armera ; si un noble caractère lui montre que la défense Qst encore possible.
Le service immense que Missolonghi venait de rendre à toute la Grèce en arrêtant Tarmée de Vrionis , fit sentir IHmpoftance de cette placel On comprit qu'elle était le véritable boulevard de la^patrie contre les attaques des Albanus; et l'on voulut aussitôt la mettre en état de- soutenir uu>siége régulier. L'ingénieur Pierre Koccini fut chargé de diriger les travaux, qui forent poiissés avec une grande activité. Les habitants qui rentraient dans la ville se joignirent aux soldats et aux ouvriers. En moins dé trois mois, Missolonghi fut entouré de ces fortifications qui ont bravé, pendant un an, les soldats- de la Porte, les officiers de la sainte alliance, et que la famine seule a pu livrer au Croissant.
Quel que (ut le zèle du peuple, le peu de temps que prirent ces travaux^ suffit pour prouver que Missolonghi ne pouvait être comparé à nos foi^ teresses du premier rang#Mab ceux qui ont écrit que cette place n'avait que des fortifications en
terre se sont trompés. Le savant M. Pouqueville lm*niéine a été induit en erreur lorsqu'il a clit(i) qae les Grecs se bornèrent à fortifier la téte de la chaussée èt à élever quelques autres redoutes. Tous les côtés de la ville qui ne aont pâs baignés par la mer fiirient entourés d*un' remfpart revêtu en maçonnerie et défendu par deux bastions et plusieurs autres ouvrages construite d'après les systèmes des plus habiles ingénieurs(2). Chacun de ces ouvrages reçut le nom d'un homme illustré par des bienfaits rendus à la Grèce ou à son propre pays. Les-Mîssolonghiotes voulurent rendre ce noble ixommage à Maroos fiotzaris et à Franklin, à l'auteur de Tin-» dépendance helvétique , et au fondateur de la liberté de la Hollande, au patriotisme de Kos^ ciuskû et aùx'talents de Montalembert, au génie de Scanderberg et à l'héroïsme de Canaris. Ib voulurent of&ir sans cesse à la reconnaissance des citoyens le souvenirdes services du vertueux Ignace, ancien archevêque d'Arta(3), du véné^
(1} Dans la seconde édi tion de son HisUnre de la régénération de la Grèce. \
(a) Rapport de Koccini à Mavrocordatos , alors président du sénat, sous la date du 14 (26) mai 1823.
(3) Ce généreux prélat a consacré sa fortune à répandve
go HMTOIAB OU SliOE
rable Coray, dooi les en^selieate écnU, inspirés par un amour sincère de laliberlé iréritable, ont tant contribué à ta régénération de la Grèce; de Rigas, qui fit répéter par les écbos de aa pa* trie le chant de guerre des Français républicains, et qui conçut, il y a trente fms, les projets que ses compatriotes exécutent aujourd'hui; de Macris, que tant de victoires avaient rendu cher à rJÊtolie; du jeune Draoouli, i qui souriaient les muses et la fortune, et qui, doué de talents su*» périeurs, exhala, dans les plaines de Drajpaschan, où il commandait le bataillon sacré , une aune appelée sans doute à de hautes destinées (i); enfin, du vaillant frère de Mavromichalis, de ce Kiriaconli que sa bizarrerie et sa sévérité même faisaient adorer de ses soldats, qui courant des rivages de Sparte au secours de la Selléide ^ trompé dans ses projets par la barbarie de Mait-
les lumières dans sa patrie; il a fondé plusieurs écoles et des bibliothèques publiques.
(i) Dracouli était né à Idiaque; il avait fait ses études en Italie. Il avait traduit èn grec moderne Mérope , Zaïre et la Mort de César, de Voltaire, ainsi que les deux Brutus d'Alfieri. Fixé à Bucharest, où il epseignait le grec ancien ^ il avait souvent produit la sensation la plus profonde en jouant lui-même sur le théâtre de cet^ ville les premiers rôles de ses tragédies.
m MissoLoirrai. gi
laiid, $6111 avec &ix cents hommes contre une di- TÎaioii turque, consacra de ses exploits et de son sang le village de Splantza, et mourut en envoyant, pour dernier adieu, à ses prpches la prière de mounr comme loi et comme son neveu Elias (i).
ilinsi des ombres illustres semblaient entourer la ville et présider à chaque poste pour soutenir le courage des guerriei^. Les fortifications pré-* sentaient la forme d'un heptagone. Jevaie en indiqujer les points principaux, autant du moins que cela peut être nécessaire à rintelligelice de cette histoire. Le bastion de Botzaris se trouvait à peu près au centre des remparts. £n se dirigeflpt de ce bastion vm l'extrémité occidentale des murs , on rencontrait la tour de Coray , le bastion Franklin, la tour de Guillaume Tell, celle de Rosciusko et la batterie de Kiriacoull. Adeiix
(i) L'inj^cnieur en chef, pour acquitter la dette de sa reconnaissance personnelle, donna à une petite tour le nom du lord anglais Séplueld , dont la générosité venait de le samrer, onsi que ioiiuuite et dix autres Grecs qqi, partb d'Ançpne pour Brendisi, et reppossés de ee port, auraisot été obligés de mourir de faim ou de se jeter à la mer si cet étranger nç les eàt, secourus. Il appela aussi une batterie du nom de son oncle et de son bieufaitepr, J^ntoine Kftc-
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cents cinquante toises de cette dernière , placée sur le bord du bassia, s'ékvait^ dans Tiloede Marmarosv celle du oontre-amiral Sachtturi. Si 1 on se portait du bastion Botzaris vers Fextré^ mité orientale, on trouvait la batterie de Macri»»* la lunette de Gnillaume d^Orange, la batterie de fiigas et la tenaille de Moutalembert Toute, lleuceinte était entourée d'un fossé large , profond, et rendu plus fort encore par de nombreuses excavations (cunettea). Uaavant-fossé présentait, un premier obstacle aux assiégeants. Malgré le respect des Hellènes pour les .édifices destinés au cuhe, on avait démoli les églises de Saint* Démétrîus et de Saint-Athanase, qui, se trouvant bor&du tracé desfortîiicationsy pouvaient appuyer les ennemis. Enfin, on avak abattu tout ce. qui, dans la campagne, aurait pu gêner le ièu de la place.
Ces remparts n'étaient élevés que depuis peu de mois, quand le visir de Scodra, suivi d'une . nombreuse armée, parut devant Missolonghi.
te frère de Marcos Botzaris, le jeune Constantio, s'était jeté dans la place, et préparait une résistance digne de son nom. Mais à l'aspect de ces murs hérissés d'artillerie , lé visir crut impossible de les franchir. Il résolut d'attaquer la ville du côté de la mer; et, voulant, pourpré-
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parer Texécutioii tle ce plan, se rendre nialtre des lagunes, il mit le siège devant ÀDatolicix La résistance héroïque du petit nombre de guerriers enfermés dans cette ville, qui n offrait ]>as plus de moyens de défense que n'en possédait Missolonghi Tannée précédente, déconcerl;i les plans du pacha. Il fut obligé d'ordonner la retraite et de rentrer dans l'Acarnanie. '
En 1824, aucnn ennemi ne parut devant Missolonghi. Cette ville adopta et vit mourir presque aussitôt, un citoyen déjà célèbre dans la carrière des lettres et qui devait à son immense fortune le bonheur de pouvoir le devenir dans celle des armes , en servant la liberté. Le corps-de Byron fut placé entre trois tombeaux consacrés par la gloire. L'un renfermait les restes de Kiriacouli, Fautre ceux du général Norman; sur le troisième se lisait cette épitaphe :
«Dors, ô Léonidas, Marcos triomphe : la re- « nommée publie partout ses victoires. »
' «Marcos!. . • .voilà son tombeau! ô Ijeonidas, «si tes yeux se rouvraient à la lumière, tu t eche- «Tâîsï Europe, ia Grèce, même dans ses jours «d%sc1avage, et quoique foulée aux pieds des «barbares, produit des guerriers plus braves «que moi (i).
94 HISTOIRS DU SléGE
De la toml)e de Botzaris et de Kiriacouli sortait sans cesse la voix'des grands exemples, et les tombeaux où reposaient Norman et Byron semblaient des représentants de r£urope, chargés d encourager les Grecs à poursuivre une lutte pour laquelle des hommes de toutes les nations avaient voulu mourir.
La ville était fière de posséder ces illostres
k' fSc i^eiAtCias tfivnt »
• • KcxXXi'ova; èji.&û.
La mort du héros du la Selléide 'est le sujet d'un poëme que doit publier M. Démétiius Mourousy etqu'altendeatavei; impatience les amis des mases grecques ; elle est racontée de la manière la plus dramatique dans le brillant ouvrage de M. Camille Paganel {Le Tontbeàu de Sêareos Rouans) ^ où réclat d'an heureux talent embellit encore les généreuses inspiratious d'une ame noblement sensiblei?
DE MISSOLONGHI. i)j
dépouilles. Son importance augmentait chaque jour. On ajoutait encore à ses moyens de défense. Un nouveau fort fut construit en i8a4 dans la petite ile de Xécalamisma^ dont la prise atmiit pu donner de grandes facilités aux ennemis pour attaquer par mer Missolongfai ou Anatolico. Ce fort reçut le nom de Byron, et fut béni le -^8 juin en présence des chefs civils et miUtaires et de plusieurs étrangers (i).
Les Soiiliotes, chassés de leursrocherseni 822, s'étaient rendus des îles ioniennes dans les murs deMissolonghi, pour s'organiser de nouveau; et leurs femmes héroïques les y avaient suivis. La sécurité qu'inspiraient ses remparts j attirait sans cesse quelques habitants des campagnes voisines. DesPhilbellènes y fixaient leur séjour. Un médecin suisse, Tinfortuné Maîer, y fondait , sous le titre de Chroniques Helléniques^ un journal rédigé avec exa<ititude et avec un ardent ainottr de la liberté. L'établissement d'une école centrale d'enseignement mutuel et d'un lycée, où le jeune Démétrius Paulon , élève de Coray , enseignait le grec ancien^ le français et l'italien, semblait présager de noaveUes illustration» littéraires^ à la cité où avait reçu le jour Spyridon Tricoupi ,
(i) Chroniques helléniques y i"^* année, n° 5i.