‹ Histoire du siège de MissolonghiChapitre 6 sur 21 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

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AAGUMENT.

Gonp-d'cril sur l'état de la Grèce dans les premiers mois de 1825. — Nomination de Mehémet-Reschid- Pacha aux

' fonctions deRoumeli-valesi. — LesGrecs abandonnent leurs positions snr le Macnnoros. «—Invasion de Reschid dans l'Étolie. — itablissement à His^okniglii d'une junte de gouvernement pour la Gràœ Occidentale.— Nicolas Stour^ naris élu commandant de la ville. — Arrivée des Turcs devant la place. — Combats livrés sous ses murs. — Premières opérations du siège. — > Généraux qui avaient

- ydes eommand€fnients dans la garnison.» Effets produits sur les soldats et sur lea habitants par les nonvelles du

. Péloponèse. —Retard de l'escadre. — Mort de Tsaniadoe* Reschid reçoit de nouveaux canons et redouble le feu.» Courage des femmes et des enfants de Missolonghi. — Arrivée de quelques vaisseaux grecs. — Victoire remportée par Sachtouiis.— Attaqué de llle deMannares. . Progrès des assiégeants. — Renforts reçus par la gamî-

. Sjon..— Sortie. '

'année 1825 s'ou'^ sous Icâ», plus fiinc^t^s auspices. Ce n'étaient plus seulement des hordes iDcUsdplmées qui devaieot^ se précipiter sur la Grèce. Ôes Français guidaient contre elle les

Arabes du désert et les noirs de l'Afrique, iormés à nos manœuvres; les milices albanaises avaient reçu de l'Autriche des ingénieurs chargés de diriger les travaux de siège; des navires européens escortaient les flottes des barbares, transportaient leur caisse miUtaire, éclairaient

If

des dissensions intestines, de fallacieuses promesses, de perfides négociations, avaient empêché les G)recâ de s'occopiér des préparatife de défense nécessaires danB un si grand danger.

Les. IPéloponéislens voyaient avec re^et le vainqueur de Dramali (i) écarté de ses drapeaux, et jeté dans une prison. La désertion et le décourageifaeiit tétaient dans leur armée* Les places fortes manquaient d'approvisionnements : le dé- ËMit d'ensemble pairalyssdt où retardait toutes les entreprises. G^est âans ces circonstances qulbrahim, surnommé àvec justice par les Grecs la monsttimtse Oie jèroee de V Afrique (rspaT^opçûv TYiç À(ppiîcrç ftyiptov), débarqua devant Navarin.

Aussitôt, le blocus de Fatras, qu'on s'était hâté de reprendre après la soumission des révoltés, est levé pour la sixième fois. L'escadre grecque 4ui croisait dans le golfe corinthien. Vole à lâ

(i) Théodore Coiôcotrôîiï.

DE AU»$OLOJ)IGUI. iu3

rencontre de le flotté égyptienne» Ceux des chefs ro|iméliotes qui ayaient quitté la Morée y «out rappelés à rinstanl, el la Grèce Occidentale ae trouve dégarnie de soldats.

Cependant, tandis que ses braves cooibattaient A Textrémilé du Péloponése, une invasion for<midable se préparait contre leurs loyers. Méhé<- «ed-Rescbid Kioutaki venait d'être nommé roumeli-valesi, et chargé de réduire d*abord TÉtolie, pour se réunir ensuite à Ibrahim dans les plaines de la Morée. En lui confiant la charge de s^ rasker, le sultan ne lui avait dit que ces mots : Mistolanghi ou ta téie^ Dépourvu de coamis^ sances militaires, mais brav(^ actif, entreprenant, passionné pour la renommée, opiniâtre et inflexible, Beschîd était l'un des hommes les plus à craindre pour les Grecs. On remarquait |>armi les §ènér9dÀX sous ses ordres, le fameux Tsdiir<*Abas, qu'on «avait vu, pendant vingt ans chef de la police d'Ali-pacha, et chargé y m iSsio, dtt commandement d'unç de ses innées, passer dans le camp des ennemis; s'en séparer, revenir «au parti de so|i ancien maître; assister, dans Mis- «olonghi, à nn congrès convoqué par Mavroooifilatos, en i8ai, pour aviser aux moyens de secourir Ali; se réunir, pour l'attaque d'Arta^ ^uk troupes de Marcos Botasaris; tratw-ce jeune bé-

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ros; recevoir le litre de pacha en récompense de sa trahison, et guider les Toxides au dernier siège de Souli. Les chefs les plus renommés après Tahir étaient Tastucieux Albanais Hago Yassia- «8, qui avait suivi toutes ses trahisons et contretrahisons; le pacha Ismaël Pliassa, orgueilleux de la victoire qu'il avait remportée à Péta sur les malheureux Philhellènes, victimes du traître Gogo; et le farouche Banousis Sévranis. On évaluait à quarante raille hommes les forces du sérasker

Dès le 5 avril, les Missolonghiotes furent informés qu'il s'avançait à travers les défilés du M acrinoros. Les G»ccs qui, en attendant le retour du général André Uiscos, chargé de les comman* der, occupaient une partie de ces montagnes, sétaient dispersés avant d'en venir aux mains avec l'ennemi. Vainement essaya-t-on /quelques jours après, de l'arrêter au passage de TAchéloûs. Les troupes grecques, trop inférieures en nombre, forent obligées , le 22 avril, de se renfermer dans les places d'Anatolico et de Missolonghi.'Le commandement de cette dernière ville fot confié au général Stoumaris. Les généraux Noti Botzaris, Soucas, Guiotis, Bomboris, ^co'nomos et Sp. Milios (i) reçurent l'curdre de répartir

(1) Le nombre de ces cheCi pourrait faire croire qu'il se

D£ MISSOLOMGHl. lo5

leurs troupes dans Ahatx>Iico, dans le fort élevé

^ur le continent près de cette ville, et dans la petite île de Poros, qui' assure les communications d'Anatolico avec Missolonghi. Mais, comme l'ennemi parut ne vouloir rien tenter contre Anatiolico, qu'il se contenta de bloquer pour porter tous ses efforts contre le boulevard de la Ilel- . lade Moti Botzaris ne tarda pas à se rendre dans Missolonghi.

A peine ces dispositions étaient -elles prises, qu'on vit . arriver les membres- d'une junte de gouvernement établie à Missolonghi, par un dé- .cret rendu à Napoli, le a4 mars, afin d'obvier aux inconvénients qui pouvaient résulter pour la défense de la Grèce Occidentale, de f éloigne ment du gouvernement central Jean Papa Dia-

troiivait alors dans l^Étolie une armée considérable. Mais il ne faut point appliquer aux corps commandés par des généraux grecs Tidée de nos divisions ni même celle de nos brigades, lA gonvemement hellénique avait de nombreux services à récompenser, d'exigeantes ambitions à satisfaire; il a souvent donné le titre de général à des guerriers qui ne comptaient pas sous leurs ordres assez d'hommes pour former un de nos bataillons. D'ailleurs, comme le volontaire grec ne reste pas toujours sons les drapeaux, tel chef qui conduit aujourd'hui mille soldats, peut demain n'en avoir pas cent.

1q6 HISTOIRK ou SlJÉGE

mantopoulos, l'un des primats de Fatras et l'un des chefs de la première armée grecque qui, guidëe par l'archevêque GeraumoB, y proclama la liberté; George Canavos, fils du chef de ce nom, assassiné par l'ordre d'Ali, et Déméirius Thémélis, composaient cette junte locale, chargée de diriger toutes les affaires civiles et militaires, et de correspondre avec le président du Pouvoir Exécutif.

Ils trouvèrent à leur entrée en fonctions la disposition des esprits excellente. Les Soldats et

les habitants, fiers de leurs nouveaux remparts, attendaient sans crainte l'approche -des barbares. Ils se rappelaient les vains efforts d'Omer-Vrionis contre Missolonghi alors sans défense; et^ quel qne fut le nombre des troupes réunies par Reschid, ils se croyaient assurés d'un triomphe au moins égal à celui par lequel Mavrocordatos avait illustré leur cité naissante. Debout sur te haut des murailles, les .yeux fixés vers le nord, ils épiaient l'approche des infidèles comme un chasseur guette sa proie. Le (i) avril, dans la matinée, ils les aperçurent enfin qui, divisés en petites bandes , s^avançaient sôns les oliviers qui couvrent la plaine. Aussitôt plusieurs soldats

(i) Le i5.

DE MlSSOLONGHi. IU7

^ s'élancèrent avec entbotisiàsme hors de la ville ^ et marchèrent à leur rencontre. Dans ce premi^ éngagement les Grecs tuè^t un perteétendard et firent quelques prisonniers.

Le lendemain, ils courufent œcore provoquer les Ôttdttians. Du haut des remparts mie foule immense suivait des yeux leurs combats. Après lavoir d'abord forcé les ennemis à se retirer derrière les bois (roliviers , ils essayaient en vain, depuis long- temps, de les attirer de nouveau dans la plaine , lorsqu'un jeune homme nommé Spyridon , tenant dans ses maius 1 étendard de la Croix,. s'avance entre led deux armées, court aux ennemis, et plante tout près d'eux sa noble bannière. Bientôt atteint d'une balle, il tombe. A cette vue, les barbares accourent pour se saisir du drapeau; mais aucun de ceux qui osent s'avancer ne peut retourner en arrière, toiis arroseât de leur sang l'étendard de la liberté. Les amis de Spyridon ressaisissent son drftpeftu. La pemr reticmt les Tmres derrière les oliviers dont ils se font un abri. Enfin, les Grecs, par une fuite simulée, leur rendent le courage. Ib s'avancent de nouveau, mais pour s'enfuir bientôt en désordre, foudroyés par le cànon des rânparts. La perte des Musulmans fut considérable : les chrétiens ne perdirent que

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le brave Spyridon, et. n'eurent que huit blessés.

Quelques jours s'écouièreut sans amener d'autres événements que des escarmoucbes du même genre. 4 lï^ai (i) il n'y avait encore sous les murs de Missolonghi que six mille Musulmans commandés par Pliassa-Pacha et le kiaia de Reschid. Reschid lui-même, retenu par le besoin de rassembler Fargent nécessaire à la .splde de^ son armée, n*avait pas encore passé FAcbélous. U conférait alors avec le pacha de Patras sur les vivres et Tartillehe que celui-ci devait lui fournir; car Xinvincible sérasker n'avait amené, pour tout équipage de siège, que trois pièces de canon. Ce fut le 5 mai qu'il arriva devant MissoioDgbi et qu'il ordonna d'ouvrir .la tranchée (a).

Aidé par quelcjues ingénieurs européens, il

(i) Le aa avril.

(a) Les tranchées sont des excavations creusées dans le terrein pour «pie les assiégeants puissent s'avancer vers les murailles , sans s'exposer an feu des batteries. Elles ont d'or-

dinairc douze pieds de lar^e et trois de profondeur. La terre qu'on retire de la tranchée est rejetée par les ouvriers du côté de la place et forme un parapet d'enyiron trob pieds de hauteur. Comme ces espèces de chemins creux sont dirigés en zig-^ag, )e parapet Couvre toujours les troupes.

entreprit une attaque dans les formes. Ce iat

devant le bastion Botzaris que commencèrent ses travaux. Bientôt il fit creuser une ligne de contrevallation qui enfermait toute Fétendue de la place depuis la tenaille de Montalerabert, jusqu'à la batterie Kiriacouli. Cette ligne, établie à trois cents toises environ des remparts, formait sa première parallèle (i). £lle n'était encore qu'ébaucbée lorsqu'il construisit une redoute vis-à-vis de la courtine qui s'étendait de la batterie de Macris à celle de Rigas, et une ^utre vis-à-vis du Francklin , plus rapprochée de cinquante toises. Ce qui le contrariait le plus était la lenteur avec laquelle arrivaient ses provisions , qu'on était obligé de transporter sur des diameaux ou sur des mulets. A peine était-il établi devant la place, et déjà les vivres devenaient rares dans son camp. Le soldat ne rece-

(i) Le même chemin creux qui s'appeUe tranchée lorsqu'il mâne vers la place , prend le nom de parallèie quand

il s'étend parallèlement aux remparts. On creuse ordinairement trois parallèles y l'une à trois cents toises environ du chemin couvert ; la seconde à cent cinquante toises , et la troisième au pied du glacis. Ces lignes serYcnt à loger les troupes chargées de protéger les travailleurs et de repousser les sorties.

I lO ilISTOIKE DU $1£G£

vait par jour qu'une livre de paîo noir, &k

presque uniquement avec de Torge. I^s canons et les mortiers promis par 1^ pacba cje Pafraf, n'arrivaient point. Toutiefois de nouvelles troupes ayant porté son camp à quatorze mille bpmme^, il résolut d effrayer la garnison , et il Qonwença le bombardement, si Ton peut appeler de ce

nom le feu d'un .seul mortier tiré de Crkméli- A chaque bombe qui s'élevait dans airs , le^ barbares poussaient des hurlements de joie et de menace. Il leur semblait qu'elle allait incendier la ville. Ces cris sauvages leur servai^^ pendant la nuit à empêcher les Grecs de connaître la direction de leurs attaques par le bruit des travailleurs ; mais, selon toute apparencje, les Turcs ne calculaient point cet effeti et leur$ clameurs n'étaient que l'expression de la l^inç et de la stupidité.

De leur coté les assiégés se hâtaient d'ajouter à la force de leurs murailles. Ils résolurent de les «Atoufçr d'un phemjiu couvrit .qi^'o^ ^vait négligé de construire en fprtifiant la vMlie (i).

(i) C'est un espace de quelques toises de largeur qui entoure le bord extérieur du fossé et que couvre un parapet

cil terre d'environ six pieds de haut. Ce parapet forme du coté de la campagne une pente insensible qu'on appelle

m iii(UM>LoiiaHf* m

Leur feu , mieux dirigé que celui de leurs adyersaires, partait le trouble dans les lignes et dans le camp de Rescbkl. Gomme le service des gardes de tranchée se faisait sans intelligence, souvent des Csecs, s'élançant des remparts pendant la nuit, attaquaient et dispersaient les travailleurs du sérasker*

Cinq mille soldats étaient alxm réunis dam Missolongbi , sous le commandement de Stour* naris, de Macris, de Tsoogas, de Jiakatas et de Dimolzelios (i). Tous brûlaient de se signaler par de nouveaux triomphes. Le9 habitants partageatenl leur patriotisme. Los événemenls du Péioponèse étaient le sujet de toutes les conversations. Ce fut le jour même où la ville fut investie qu'on apprit la nouvelle de la bataille livrée le iQ (a) avril sous les murs de Navax'in. Les défenseurs de Missolongbi célébraient' avec transport la bravoure qu'avaient déployée dans cette journée leurs compiUriotes de la ftomélie, et smrtotf t les exploits de Kitsos Tsavellas et de Constantin Botzaris, qui, disaient-ils, s'étaient montrés les dignes émules de l'ioimovtel Marm.

(i) lournal du siège publie dans les Chroniques de Missolongbi.

lia HISTOIRE DU SIEGE

Mais on se plaignait publiquement du président Conduriotis qui avait peut-être causé la perte de la bataille en donnant le commandement suprême à un capitaine d'Hyclra plutôt qu'à l'un des habiles diefs de la Grèce continentale. Quoique peu éloignés du théâtre des opérations, les JVIissolonghiotes partageaient souvent Imcertitnde où nous nous tronTions en France sur les progrès d'Ibrahim. Tantôt on les enivrait de magnifiques espérances, tantôt des nouYelles plus sures les replongeaient dans Tinquiétude et dans la douleur.

S'ils reportaient leurs regards sur la situation de la ville et des provinces qui l'entourent, ils ▼oyaient les troupes de Reschid se répandre dans toute l'Étoile, envahir la Phocide et s'emparer de Salona. Ils sentaient le besoin de prompts secours , mais ils n'en espéraient pas. Un bruit s'était généralement accrédité que, sur la proposition faite dans le Conseil Exécutif de pourvoir à la sûreté delà Grèce Occidentale, Coleti avait affirmé que les divisions survenues . entre les Albanais, éloignaient toute idée de péril. On avait au moins promis à la garnison de Missolonghi des vivres, et l'assis tance d'une petite escadre. Mais cette escadre n'arrivait pas; et le -vice -amiral turc, Malimout, croisait impuné-

PS uiasouo^Qui. ii3

ment avee son brick et troi» autre» bâtiments dans le golfe de Patras. Il s'ava^çait jusqu'aux attérages de Missolonghi, poursuivait les baiy ques de la ville et approvisionnait Tarmée de fiescbid. Les assiégés se perdfâeiU eu conjûctures sur les moti& du retard des vaisseaux grecs, lorsqu'ils en apprirent la déplorable cause. Le capitaine Tsamadcis avait .été nommé au com* mandement de l'escadre qni devait leur être en- Yoyée. Il se rendait à son poste lorsque, passant près de Navarin, il vit le commandiEmt de cette forteresse lui faire le signal d'entrer dans la rade. A peine availril obéi que la flotte égyptienne bloqua le port et menaça Tile de Sphactérie.

Aussitôt l'intrépide marin £ait débarquer dans rile six canons tirés de spn brick, et en fimne une batterie dont il prend le commandement.

Malgré ses efforts, les barbares, guidés par. le renégat Sève, parviennent à preiulre tem. Le

désordre se met parmi les Grecs. Les amis de Tsamados l'engagent à se réfugier sur son bâtiment; il voit Mavrocordatos linHodâme s'élancer dans la chaloupe , mais il refuse de le suivre et dit à ses soldats: «Partez, sauvez le vaisseau. • Pour moi, je ne quitterai point le poste que la patrie m'a confié ; je saurai y mourir : adieu. »

1 14 HISTOIRE DU 8IÉGE

Resté avec quatre Hydriotes (i) et un petit

nombre de soldats, Tsamados se défendit encore quelque temps et tomba, comme Santa- Rosa, dans le sang des ennemis (2).

Sa mort porta la douleur dans l'âme des Missolonghiotes qui se rappelaient tous les services que cet homme généreux avait rendus à la patrie. Tsamados, n'étant encore qu'un des plus riches négociants d'Hydra, avait, le premier, construit un bâtiment assez vaste pour être armé en guerre. Retiré du commerce au moment où la révolution éclata, il remonta soudain sur son vaisseau appelé à des courses plus glorieuses. Il se distingua dans tous les lieux que les victoires navales des Grecs ont rendus célèbres , et particulièrement sur les côtes de l'Eubée , où il donna le premier exemple d'un vaisseau turc pris à l'abordage , en s'emparant ainsi d'une corvette qui renferipait quatre-vingts prisonniers grecs en-

(1) Dont l'un était parent du capitaine Sahini et portait le même nom«

(2) Son fils atné commande son brick qui eut le bonheur

de traverser seul toute la (lotte égyptienne. Un autre de ses ûls , âgé de i3 ans, est maintenant à Paris, où il achève son éducation.

DE MISSÛLON GHI. I 1 5

Yoyés au capitan-pacha par le pacha de Négrepont.

Heureusement peu. de jours après avoir appris la mort de ce digne patriote, on reçut l'ayis que l'escadre était enfin sur le point; d'arriver. D autres nouTdles importantes vinrent en même temps augmenter les espérances des assiégés. *

Après la bataille de Navarin , les généraux de la Grèce Occidentale, apprenant Tinvasion de Reschicl dans leur patrie, désirant de défendre leu|s foyers , et peut-être aussi offensés de la pi:éférràce qu'on avait donnée au général hydriol» Scurtis,en le plaçant à leur tête, témoignèrent l'intention de retourner sur le sol natal , qu'ils avaient tant de fois arrosé de leur sang, et ou vivait .tout ce qu ils avaient de plus cher. On dit même qu'ils quittèrent. L'armée sans l'autorkation du président. Ce qu'il y a de certain , c'est que, soit de son propre mouvement, soit pçur paraître ordonner une mesure qu'il ne pouvait empêcher, Couduriotis leur fit écrire par le ministre de la guerre de repasser en tpute hâte sur le continent de la Grèce (i). Les généraux George Drakos, Mitzos Gontoghiannis et George Raugos reçurent Tordre exprès de se rendre à

(i) Voyez les pièces justificatives, i.

f l6 HISTOIRE DU SiteE

Miâsolonghi; et dans les derniers jours de mai, Constantin BotzaiisetKitsosTsavellascampaient

déjà entre Livadia et Saloua avec le général Karaïscaki.

Rien ne pouvait être plus agréable aux assiégés. Tous ces chefs jouissaient d'une haute réputation 'de valeur. J'ai parlé de Botzaris et de Tsavellas ; George KtfralsGaki, originaire d'Arta, s'était déjà distingué, avant la révolution greo que, par ses exploits comme Klepfate, et il venait de se couvrir d'une nouvelle gloire dar^ le combat de Navarin. On attendait beaucoup des efibrts de ces généraux. On espérait que leur camp, grossi par les troupes que i'Attique et la Béotie se hâteraient sans doute d V envoyer, c^frtrait bientôt des forces corisid^bles, capables non-seulement de reprendre Salona, mais encore d'inquiéter le camp de Reschid.

Ce fut le 3o mai que ces nouvelles parvinrent dans la place. Reschid avait alors creusé sa seconde parallèle à cent cinquante toises des remparts, et construit, à la même distance, deux nouvelles batteries. Tune contre la partie occidentale de la forteresse , et l'autre contre le bastion Botzaris. Des canons arrivés de Fatras, des mortiers amenés de Crionéri lui permettaient de battre les murailles avec avantage. Ses travaux se

m umoumam. 117

rapprochaient de la ville; mais il parak que les Européens qui les dirigeaient n'avaient pas plus de talent que d'honneur. Les diverses attaques ne marchaient point ensemble, on s'avançait tantôt d'un côté , tantôt de l'autre; on sillonnait tout le terrein d'un labyrinthe de tranchées et de demi-places d'armes (i), hérissées sur tous les points de cavaUers On harassait les soldats

(i) Ce sont des parties de tranchée à peu près parallèles aux remparts, et qu'on établit quelquefois entre les grandes parallèles f pour y loger des troupes qui soient plus à portée fie soutenir les sapeurs dont les travaux se dirigent vers le point où l'on veut établir la dernière ligne.

(3) Les eapaUers de tnmchée sont des élévations eo terre qu'on n'établit guère qu'à une petite distance du glacis, on sur le glacis mèrue, pour que des soldats placés derrière ces retranchements puissent découvrir rinlérieur du chemin Couvert, et en chasser , par leur feu, les assiégés qai voudraient le défendre. On les construit rapidement en se servant de paniers cylindriques et sans fond appelés gabions , dont on place trois ou quatre rangées, l'une sur l'autre, m retraite, de manière à ce que chaque rangée forme une sorte de banquette. ▲ mesure qu'on pose les gabions ^ on lesrem- ^pftit'de terre et 4e fascines» Enfin ou iMmle le soMnt des cavaliers de gros aacs pleiaa de tem, laissant eMtre ces saca des intervalles qm font FofBce de cfémaux — ^Ob appelle aussi cavalier, un amas de terre formé sur le terr^-plcÎB d'un rempart et destiné à soutenir une batterie.

Il8 mSTOIRB I>U SliGE

de travaux souvent inutiles, toujours conduits sans ordre, et entrepris d'après un mélange con-

fus de toutes les méthodes.

Pour en rendre l'exécution plus facile, le farouche sérasker avait enlevé dans la Macédoine et dans la ïhessalie six ou sept cents ouvriers grecs, qu'il avait forcés à le suivre, et à travailler par corvée à la ruine de leurs concitoyens. Ils étaient abreuvés d'outrages ou plutôt traités comme les plus vils animaux. Quand les Turcs descendaient dans les tranchées, ils les faisaient marcher devant eux pour que ces infortunés, leur servant ainsi de mantelets (i) et de'sacs-iterre, leur fissent un rempart contre le feu de Ja place, et leur permissent d'avancer sans péril. Arrivés dans les tranchées , ces esclaves travaillaient sous le bâton et le sabre. Souvent leurs yeux se remplissaient de larmes, en songeant qu'ils contribueraient peut-être à la destruction

(i) Assemblage de planches très-epaisses, porté sur deux roues, et que les travailleurs poussaient devant eux pour se défendre de la mousqueteiie des remparts. La difficulté * qa'épnmvaîeiit les sapeurs à manier ces machines lésa forcés à y renoncer. On remplace depuis longtemps les man* telets par des gabions d'une grande hauteur, remplis de fascines ou de menu bois , et qu'on appelle gabions farcis.

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