DB MISSOLOV6HI. II
de la liberté grecque; mais ils retenaient ces pleurs qu'on aurait punis comme un crime. De féroces gardiens veillaient sans cesse sur eux pour les empêcher de passer dans la ville. Lorsqu'un ouvrier était tué, ils lui' coupaient à l'instant la téte et la portaient à leur chef. Reschid Tavait prdonné pour connaître le nombre des déserteurs, et s'assurer que ses. préposés ne^ relâcheraient point de la surveillance qu'il exigeait (i). Plusieurs chrétiens, cependant, parvenaient à ^"cchapper , à la faveur de la nuit.
Bampant des heures entières sur le sable ou dans la fange des marais, ils gagnaient quelques unes
des barques rangées au pied des murailles , et se retrouvaient avec transport au milieu de leurs concitoyens. Peu de jours s'écoulaient sans que le gouverneur apprît par quelqu'un de ces transfuges, ou plutôt de ces prisonniers déUvrés de leurs fers, Tétat et les projets de l'ennerai. Quelquefois aussi, au milieu du jour^ on en voyait s'avancer sous les murs et criei* aux soldats de la ville : nous sommes chrétiens, npus sommes vos compatriotes; au nom du Christ, au nom de la patrie , nous vous en supplions , tuea^nous; terminez nos maux qui ne sont plus supporta-
(i) Journal du siège.
Ues ! Ces paroles anrachaient les armes des mains des générem Missolonghtates, et, chaque fois qu'ils les entendaient, ils ne pouvaient plus de bien loûg^tamps se résoudre à tirer sur les tra»
-vailleurs.
On sent que des ouvriers animés de tels senti- . ments, ne devaient pas montrer beaucoup pins d'iutelligence que ne pouvaient en avoir les Turcs. Cependant le nombre des assiégeants qui grossissait chaque jour , ropîniAtreté de Reschid, les nouveaux moyens d'attaque qui ne pou valent manquer de lui parvenir bientôt, tout faisait k la garnison un devoir de ne rien négliger pour s opposer à ses progrès. Les Grecs établirent deux nouvelles batteries, )a première, placée entre le bastion Franklin et la tour de Guillaume- Tell , fut appelée ïokeli; la seconde, située entre le Franklin et la tour de Coraï, reçut le nom du général Norman. On construisit sur les remparts de nombreuses traverses pour se garantir des grenades lancées par les Turcs. J^es canons de la place étaient servis avec beaucoup d'adresse. Presque tous les canonniers étaient nés dans Missolonghi. Tout excitait leur zèle et leur vigilance. La mitraille de leurs pièces, secondée par les balles des soldats, rendait très-dangereuses les approches de l'ennemi et le forçait souvent à reculer.
DE MISSOLOUGHI. 121
Hais les booibes des Turcs portaient la siort
dans toutes les parties de la ville, et leurs bouleU commençaient à faire de légères brèches aux remparts. Rescllid,eo^eouragé par oe succès^ envoyait ses hordes dévaster les bois d'oliviers voisins pour former des fascines» U rassemblait une inmiense quantité de sacs et de paniers remplis de terre pour combler les fossés dès qu'il aurait ottirert une partie des murailles. Déjà ses soldats menaçaient les Grecs de l'escalade. Les Grecs méprisaient tous ses préparatifs. A les voir sourire du haut de leurs remparts, on n'aurait pu les prendre pour les habitants d'une ville assiégée; on les aurait crus des hommes réunis pour une panighyris (i). Deux transfuges leur annonçant que tout était prêt pour l'assaut: Dieu soil loué^ répondirent-Us, nous en aUendons le jour auec ^ autant d impatience que celui de la grande fête des chrétiens (a)«
(i) C'est propienuait ce qu'on appelle en Fraiee ffêt voiive. Tous les ans, chaque village gree eélèiire par des danses et des jeux la féte du saint qu'il a pris pour patron.
Les habitants des campagnes voisines se rendent en foule à CCS réjouissances, et leur concours forme la Panighyris» (a) ^ x«(AirpQcv Tou iKv^ik^yiUévffit not à mot: comme
1221 HUTOIRB BO BiteC
Les femmes déployaient un courage moins brillant, mais pins difficile peut-être que celui
des guerriers. £Ues vaquaient à leurs occupations •rdinaires avec le même calme, la même douceur et la même gaîté que dans les temps les plus tranquilles. Cependant elles étaient continuellement exposées aux plus grands périls; et dans les premiers mois du siège le uombre de celles qu'atteignit le feu des Turcs fut peut-être plus considérable que celui des soldats tués. Tantôt c'est une jeune fille qui tombe sous le bonlet, an moment où elle puisait dans la fontaine Feau qui devait désaltérer son père au retour des combats; tantôt c'est une mère qui voit la même bombe dont elle est renversée tuer à ses côtés ses deux enfants. Ici * une autre bombe, éclatant aux pieds de six jeunes personnes , en tue une et blesse toutes les autres ; là , un bon- * let couvre du sang d'une femo^e ses neuf fils qui Fentouraient.
Partageant la tranquillité de leurs parents, les jeunes Missolonghiotesetles en&ntsdeSouli réfugiés dans la ville rêvaient toujours les combats sans jamais songer au péril. On les voyait , sur les places publiques, traîner de petits canons et de petits mortiers en plomb qu'ils avaient eux-méines fondus avec une adresse étonnante ^
m MISSOLONGHI. l'23
mettre ces pièces en batterie, se ranger en bataille , exécuter tous les mouvements dNin coqis de troupes, et s'occuper avec transport de leur frêle artillerie, tandis que de véritables bombes les menaçaient du haut des airs, et souvent, éclatant au milieu d'eux, venaient ensanglanter cette image des combats dont ils faisaient leurs délices (i).
En dirigeant ainsi le bombardement sur la ville
et non sur les batteries, Reschid ou ses officiers européens cherchaient plutôt à assouvir leur férocité qu'à hâter la prise de là place. Ils savaient bien que ces femmes , ces enfants , au lieu d'ex-< citer les soldats à se soumettre, ne feraient entendre que de nobles exhortations où de généreuses prières, et que de ces maisons incendiées ou croùlantes, il ne sortirait qu'un cri : Vengeance aux Grecs ! Victoire à la croix ! Aussi ne cessaient-ils de battre en brèche une partie des murailles et surtout les deux bastions Franklin et Botzaris. Le a juin (a), ce dernier ouvrage soufifint beaucoup du feu continuel de la batterie qui y était opposée. Les Grecs ne cessèrent point de tirer. Seulement dix hommes
(i) Chroniques de Missolon^hi.
(a) Le ai mai.
1^4 HisToïKB m Bién
de chaque poste se relevaient alternativement, pour travailler à rétablir la partie démolie et à
élever une autre enceinte à rintérieur.
Le patriote Démétrius Sidéris encourageait tous les travailleurs par son exemple , lorsqu'un boulet lui fracassa la téte. Il tomba à laméme place où son frère Constantin était mort de la même ma* nière trois ans auparavant, pendant le siège en-trepris par Omer Vrionis. Chef d'une des fdus nobles familles deMissolonghi, Sidéris avait été souvent chargé par ses concitoyens et par le gouvernement local des fonctions les plus im» portantes; et dernièrement on lavait élu commandant de la place. Mais, préférant servir sa patrie comme simple citoyen, il avait refusé cet honneur. Habile marin et excellent canonnier, • il venait encore de £Eiire éprouver aux assiégeants de grandes pertes, en dirigeant la nouvelle batterie de Tokely. Modèle des vertus privées* il inspirait Tamitié comme Teslime Aussi son tré* pas fut-il une calamité publique. La ville entière suivit son cercueil couronné de fleurs ^ et lors^ que l'évéque Joseph prononça son oraison fu* nèbre, tous les yeux versèrent des larmes.
Au bout de quelques jours, l'ennemi^ sans ralentir ses travaux, diminua beaucoup, le feu de ses batteries. Les Grecs appremmt que K^-
DE MISSOLOKGHI. 125
raïscaki et ses braves comp<ignons avaient attaqué les Turcs campés lians la Phocide, et voyant un corps de l'année assiégeante *preYidfe la di-* rection deBochori, pensèrent que ce corps allait au secours de Salona, et que c'était la cause de l'inaction de Penneœi. Mais ils en déconvrirent bientôt, une autre. Les batteries turques leur enToyièrenc, enduise de boulets, des pierres d'une forme pyramidale; preuve certaine que Rescbid manquait de projectiles. U avait alors huit canons, quatre mortim et m obosier;' il aurait pu facilement fournir à la consommation de ses huit pièces, s.'il eût suivi Texemple donné par Bonaparte, sous les murs de Saint- Jean d'Acre, de promettre une légère récompense aux soldats pour diaqoe boulet qu'ils trouYeraient dans le camp et qu'ils apporteraient aux officiers d'artillerie. Les batteries grecques lui en envoyaient assez pour entretenu le service de huit canons.
Du reste, il ne tarda pas à recevoir d'abondantes munirions, et recommença le feu le plus vif. Ses tranchées se rapprochaient rapidement de la lunette de Gutllaunie d'Oran^ et du bastion Francklin; il élévait à quatre -vingls toises de la batterie Norman un immense amas de terre
qui semblait aux yeux des Grecs, une batterie
de brèche. Ce fut dans ces circonstances qu on apprit à JVIissolonghi la capitulation de Navarin. A cette nouvelle, tous les fronts , voilés de douleur, sinclinent un moment; mais bientôt ils se relèvent, les chefs regardent les soldats, les soldats regardent les chefs, et sûrs les uns des ai^tres, ils s'écrient : Point de capitulation pour nous; jamais de capitulation;, ou la victcrire , ou la mort! Out> s'écrient les habitants , ou la liberté ou le tombeau ! Oui, s'écrient l'évéque et tout le clergé , ou la victoire ou le martyre! On se rend au magasin des poudres, et on y répète ce sermeut. C'est là que, dix mdis plus tard, ont été creusées les mines qui l'ont accompli.
Alors ç était la victoire que Dieu semblait promettre aux chrétiens. Dès le lendemain ils aperçurent aux premiers rayons du soleil, le pavillon de la croix flotter non loin du rivage. Le capitaine Georc^e Dimos Nenga, commandant la division navale, proclama le blocus du golfe corinthien, ordonné parun décretdu 26 ôctobrei8a4, et dont les circonstances avaient différé jusquelà l'exécution. Il n'avait avec lui que quelques bâtiments; mais il annonçait la prochaine arrivée d'une escadre considérable.
OB MISSOLOUGHI. 137
Peu de jours après, on apprit à Missolonghi la victoire remportée le premier de jtiiii(i) par le vice-amiral Sachfouris, entre le cap Doro et File d'Andros; nouvelle d'autant plus agréable aux MissoloD^otes, qu'ils savaient que les bâtiments ennemis amenaient à Rcschidun équipage de siège formidable. La flotte ottomane , forte de cent vaisseaux de guerre ou de transport, avait psura près du promontoire de Suniura. Sachtouris la suivait avec la division de la flotte grecque sous ses ordres^ épiant une occasion favorable pour l'attaquer . Le calme qui régnait depuis quelques jours ayant cessé, deux brûlots grecs avaient pro» fitédes premières brises, encore très-faibles, pour courir, l'un sur la frégate amirale, l'autre sur une corvette. Ils avaient si bien réussi qu'en un instant et la frégate et la corvette étaient devenues la proie des flanunes. Topai- Pacha avait eu la prudence de ne pas monter le navire qui portait son pavillon, et il a^vait ainsi échappé au sort de ses deux prédécesseurs. Mais frappé de terreur, il avait hit masitàt le signal de sattt^ qui peut. Le désordre le plus complet s'était emparé de sa flotte; les Grecs, se précipitant au milieu de ses navires, avaient encore brûlé une frégate, deux
(i) aomaL
ia8 HISTOIRE DU SIEGC
corvettes et un brick, avaient forcé qainse bftti-
jnents à s échouer , les uns sur lë» côtes de l'Eubée, les autres sur celies de Tmos ou de Sjrra; et s'étaient emparés de douze vaisseaux de transport, lise trouvait dans les navires phs ou échoués cinq cents canons ou fDortiers,Tiiigt mille boulets de différents calihres, quinze cents tonneaux de poudre, quinae cents de cartouobes, une grande quantité de bois propres à la oon-* structioû des bateaux , et un nombre immense d'outils nécéssaires pour les travaux d'un siège, que Topai portait à Reschid, et qui devaient servir à la ruine de Missolonghi (i).
On peut penser avec qud enthousiasme les Missolonghiotes célébrèrent la victoire de Sach^ tonris. Leorardeur semblait s'accroître à mesure que les travaux des assiégeants avançaient. Le brave Koccini , qui veillait avec une sollicitude paternelle sur ces rempaits qu^ avait construits, résolut d'élever une nouvelle batterie prés de celle de Norman, peur renverser les ouvrages entrepris par les Turcs .contre ce cAté de la place, et dont l'élévation extraordinaire commençait à étonner les Grecs. Aussitôt les honmies, les
(i) Proclamation du gouvernement grec, en date du 24 mai (5 juin) j rapports à l'amirauté d'Hydra.
MISSOLOITGHf. 129
femmes, les enfants, disputèrent à qui travaiUe*
rait avec le plus d'activité. L'évéque Joseph, qui dans toutes les occasions se montrait un. digne * apôtre du Christ par son courage comme par sa charité, accourut sur les remparts suivi de tout le clergé de la ville. Il voulut transporter luimême, ainsi que ses prêtres, la terre destinée à soutenir les canons protecteurs des chrétiens. Une généreuse émulation enflammait tous oesr travailleurs si différents dage et de profession: aux chants guerriers se mêlaient , pendant l'oa-* vrage, les hjrmnes saints, qui sont aussi pour le» Grecs des hymnes patriotiques. Bientôt la batterie fiit terminée; elle reçut le nom illustre de Miaouli, et, couvrant de bombes et de grenades les travaux des assiégeants, elle ralentit leurs approches.
Effrayé de l'enthousiasme des Grecs , Reschid semblait craindre une sortie. Il se hâta de iorti* fier son flanc gauche par une huitième batterie élevée yis-à-vis et à deux cents toises de celle de Rigas. En même temps, il méditait une surprise dont le succès ne lui paraissait pas douteux.
Dans la nuit du vingt au vingt-un juin (i), le plus profond silence régnait dans son camp : tout
(1) Du S fu 9.
]3o HISTOntE BU SiteB
à ooup^ sur les deux heures, les Grecs euteud^t marcher Ters le flanc gauche de leurs remparts.
Les soldats de la batterie Sachtouris, élevée dans File de Marmaros, et ceux de là batterie de. &iriacouli, située à rextrémité de renceinte et à deux cent cinquante toises de cette ile, pensèrent que c'étaient les ennemis. En effet, sixcenta Turcs portant des pioches, des vivres et des munitions de guerre, s'avançaient à pied dana les lagunes. Loisqu'ils furent à portée de fusU, non-seulement les deux batteries qu'ils voulaient surprendre, maisencoxe celles de Kosduako et de Guillaume-Tell, vomirent contre eux si à propos les balles et la mitraille, qu'ils tournèrent à l'iiistant le dos et s'enfuirent Des que Tanrove éclaira l'horizon , quelques soldats sortirent des batteries de Sachtouris et de Kiriacoulî, et montant sur des monoxylons (i), s'avancèrent vers le continent à la poursuite des fuyards. Ils trou- Tèreot dispersés çà etlà des armes, desfairdeaaz, des vivres, des cartouches, et remarquèrent parmi ces dépouilles un sabre de. forme euro~ péenne. Us ne virent qu^un seul cadavre dans la mer^ mais le rivage était sanglant, et de longues
(i) Les Grecs appellent ainn de légers canots formés d'un seul tronc d'arbre. m.
DE MISSOLOHj&HI. l3l.
traces indiquaient que les fuyards avaient traîné les corps de leurs camarades sur la terre ferme. Le nombre des Turcs tués dans ce combat nocturne s'élevait à deux cents , et parmi les morts se trouvait un Qffîcier,d'artiUene européen.
Cette tentative , quoique malheureuse , êt penser aux Grecs que Rescbid ne tarderait pas à donner Taasaut. Depuis cpdqoes jours aucun transfuge n'était entré dans la ville. Les che6 désirant de connaître ce qui se passait dans le camp ennemi, un Bfissolonghiote, nommé liàlios, qui s'était déjà signalé par des entreprises « de ce genre pendant que les troupes du padia de Scodra entouraient la place, oflUt d'aller seul à la découverte. Il partit à la tombée de la nuit, traversa les tentes de Rescbid, et pénétra jusqu'à Galata, situé à deux lieues de Missolonghi , du coté de Torient; il revint apportant la téte d'un Turc, conduisant quatre dievaux, et amenant deux prisonniers, l'un Kaclamaiie, l'autre chré" tien.
Les câptife, conduits devant le gouverneur ,
et interrogés sur les projets des ennemis, ré« pondirent que Rescbid attaquerait au premier jour; que l'énorme amas de terre élevé devant la batterie Norman, et qu'on prenait pour une batterie de brèche, était destiné à fournir de
lin mSTOlRE DU SIÉGlL
quoi remplir le tbdsé, en même temps qu'il mettrait les travailleurs à Fabri du feu du bastion Botsaris et de la tour de Ck>raï; que des sept cents ouvriers chrétiens amenés par Reschid , trois cents y tout au plus, pouvaient encore travailler; que les autres, ou avaient été tués par le feu de la place , ou avaient succombé à des souffrances continuelles, ou languissaient couverts de bles« suréSy sans aucun Recours; que le pain manquait souvent à l'armée assiégeante , et que les munitions de guerre seraient bientôt épuisées.
Jusqu'alors Rescbid avait paru ne point choisir de iront d attaque ; il enfermait dans ses parallèles ' toute l'étendue des fortifications; il battait également tous les ouvrages. On ne savait sur quel point . se dirigeraient ses efforts. Maintenant on augurait, d'après le rapport de ces prisonniers et d'après Tardeur avec laquelle se poussaient les travaux devant la partie occidentale des murailles^ que l'assaut projeté aurait lieu dans Tespac^ compris entre le bastion Franklin et la batterie Coraî. Les Grecs n'entreprirent point de lignes de contre-approche (i). Jugeant sans doute qu'ils ne
(i) Ce sont des espèces de tranchées que les assiégés commencent quelquefois au pied du glacis, et conduisent vers rennemi pour découvrir l'intéheur de ses lignes et l'en chasr ser par leur feu.
DE MISSOLONGHI. t33
poumîeDt empêcher Teniieiiii de £ijre une brèche
et de s y loger, ils aimèrent mieux s'occuper dèslors k élever des retranchements intérieurs qui arrêtassent ses progrès. Ib y trayaillèrent nuit et jour, tandis que Rescbid construisait encore une batterie à deux cents toises de celle de KiriaoouU, et continuait avec opiniâtreté ses ouvrages devant les batteries de Norman et de Miaouli, mais n'avançait que lentement, tu le genre de ses trar* vaux, ^ientot il parut vouloir former une seconde attaque contre lapartie des remparts défendue paor la lunette de Guillaume d'Orange et par les batteries Higas et Macris. Des pierres lauçées par ses canons montraient qu'il commençait de nouveau à manquer de boulets; mais le bombardement se soutenait toujours. Le grand nombre 4e creux formés dans la terre, autour des remparts, à Fintérieur de la ville, par l'explosion de ses bombes, ressemblaient à une sorte de contrevallation , comme si les fortifications eussent été assiégées des deux côtés à la fois. La mitraille des batteries grecques et le feu de la 'mousqueterie disaient éprouver aux assiégeants de grandes pertes; cependant, à la fii^de juin, ils poussèrent, par un boyau, jusqu'à huit toises de l'avant-fossé du Franklin. Leur feu se dirigeait surtout contre ce bastion, où ils dierchaient à fiûre brèche*
l34 HISTOIRE DU SIÈGE
La garoison, que venaient de ren£(»oar les gé«
néraux Mitsos Contoghiannis , Giannis Ranges et Lampros Véïcos, arrivés du Péloponèse avec leur» troupes , résolut d'attaquer les lignes ennemies. L explosion d'uue mine, poussée depuis quelques jours sous les postes avancés de Res^ chid, fut le signal de la sortie, dans la nuit du a au 3 juillet (i). Les Grecs s'élaucèrent à.la.fois du centre et dés deux ailes, soutenus par la rai-. , traille des batteries du rempart. Ils dispersèrent les gardes des tranchées^ tuèrent plus de deux cents Turcs dans leurs lignes, s'emparèrent de sept drapeaux, et revinrent avec cinq prisonniers et de nombreuses dépouilles, n'ayant eu que>trois soldats tués et quatre blessés ; mais il ne paraît pas qu'ils aient songé à se loger dans les ouvrages oà ils avaient pénétré, ni qu'ils les aient détruits. Deux jours après, les assiégeants étendirent une partie de l'immense amas de terre dont j'ai déjà parlé jusque sur les bords de l'avant -fossé du Franklin , et parvinrent à s'y établir. Leurs travaux étaiÏNit alors poussés amec une grande activité, de-i puis la lunette de Guillaume d'Orange jusqu'au bastion Franklin; ils semblaiei)|t vouloir réunir leurs deux attaques en une seule, qui embrasserait
(i) Du 20 au ai juin.
DU MISSOLONGHI. t35
tout ce viéte front. Pour rassembler les mtériaux
nécessaires à la construction de tant d'ouvrages, ils démolissaient toutes les maisons qui se tronraient dans les campagnes iroisines, ils abattaient les superbes forets d'oliviers qui paraient la plaine, ils arrachaient le» vignes des environs. Ces dévasta** tions du moins étaient commandées par leurs besoins; mais les Turcs étaient loin de s'y borner. Pour le seul plaiar de détruire, ils incendiaient les moissons de i'ÉtoUe et de l'Acaruanie ; ils bouleversaient les jardina, qm auraient pu servir à leur nourriture; ils livraient aux flammes les vignes dont les ceps ne pouvaient être transport» tés au camp.
Mal payés et mal nourris, ces barbares s'éloignaient souvent par troupes et couraient au pillage de tons cètés. Dans une de ienrs lexcur*sions, ils saisirent, près de Neupacte, un vieux moine grec. Après l'avoir chaîné d'injures et de coups, pour venger, disaient-ils, la mort de six de leurs compatriotes qu'il avait tués, ils lui de^ mandèrent en qud lieu il avait cacbé les vases sacrés de son monastère. Sur son refus, ils lui coupent le nez et les oreilles. Inébranlable dans sa résolution de ne point livrer aux outrages des iuiidèles les vases qui avaient servi
wx sainU mystères, ie digne mmistns dn
Christ répond avec calme aux nouvelles interrogations de ses bouireaux : Fous m'açfez coupé le nez et les oreilles; maintenant étepes^moi sur un pal, pour que je meure Jidele aux lois de ma patrie i^i). U es^pira bientôt danscet affireax siipplice, sans que sa constance fât vaincue, ni sa tranquillité troublée.
Malgré le plaisir que trouvaient de temps en temps dans des expéditions de ce genre les soi-^ dats du sérasker, ib commençaient à se fsitiguer de tant de traivaux, de tant de périls, de leur pain noir, et des éternelles promesses qui leur tenaient lieu de solde : déjà la désertion se met** tait dans leurs bandes. Reschid , pour les retenir sous ses drapeaux, leur représentait l'assaut comme très-prochain èt comme le terme dé leurs souffrances. Quoiqu'il sût très-bien qu'il avait encore beaucoup à &ire avant de jparvenir au pied des remparts, il ajoutait aux immenses amas de fascines de tout genre et de gabions iardSy rassemblés dans son camp, un nombre pro*
DE MISSOLONGUI. 1^7
digieux d^édielies construites avec les -poutres
enlevées des Jiains Vénitiens et des villages de la plaine.
Les assiégés souriaient à l'aspect de ces préparatifs. Le général George Kit^os, revenu du Péloponèse, kvait grossi leurs rangs de sa troupe aguerrie; il avait été chargé de la garde de la lunette de Guillaume d'Orange. Une lettre, adressée par Golocotroni et les autres che£i. du camp de T^vidi aux généraux de la garnison, leur donnait les plus flatteuses espérances. Ibrahim^ disait Golocotroni, n'attendant plus rien des flottes ottomanes, détruites par les vaisseaux grecs, était bloqué de toutes, parts dans Tripolitza. Privé de ▼ivres et de munitions de guerre, il ne pouvait tarder à se rendre ; et , dès que les troupes du Péloponèse auraient achevé sa rqine, elles devaient voler au secours de Missolonghi (i). Excitée encore par ces paroles, la garnison se promettait \Àen de ne pas attendre Golocotroni pour chasser Tennemi loin de ses murs. Tous les braves qui la composaient regardaient le jour de l'assaut comme celui de leur délivrance et de la destruc- . tiou des infidèles, lorsqu'un événement, auquel
(i) Voyez les pièces justi^cative^ , a.
ï38 HISTOIRE DU SIÈGE DE MISSOLONGHl.
% étaient loin de s'attendre depuis la victoire de
Sachtouris, vint changer leur position , et leur donner loccasion de déployer autant de co](i- . stance qile de courage.