HISTOIRE BU SIÈGE
en pau d'instants, brûla les gabions, et fiança les
assiégeants à reculer sur ce point jusqu'à leur seconde ligne. Veffet produit par les premiers coups de cette batterie lui fit donner le nom de k fbu*
droyante (jcepaiivoéoXou).
Les Turcs firent alors jouer une nane, dahs le senl but de remplir de terre le fossé du bastion Botzaris. L'explosion produisit en partie l'effet qu^ils en attendaient. Une ficmle de débris tombent sur le rempart. Aussitôt quelques soldats descendent dans le fossé pour examiner les ravages de la mine, et s'avan* cent dans le chemin couvert. La fusillade s'en- . gage entre eux et les postes tiires les plus voisins. Les canons et les mortiers des assiégeants redoublent leur feu ; la détonation de toutes ces armes différentes, les clameurs guerrières des Grecs, le nuage que l'explosion avait élevé dans les airs, tout présente l'image d'un assaut. Soudain on voit accourir des enfiints-, armés de pierres; ils viennent se ranger sur les remparts, à coté, des soldats* S'il ne peàvent donner la mort comme leurs pères, ils la bravent avec le même courage; comme leurs pères, ils chantent aubruit des balles qui sifflent autour de leur téte. L'un d'eux tomba blessé, dangereusement au front (i).
(i) Journal du siège publié dans les Chroniques» .
DB MISSOLONGHJ. l/ti
Cette action lut La seule que soutinrent les
Grecs pour la défense du chemin couvert. Us se. bornèrent ensuite à £Eiire pleuvoir du haut de leurs iDurs une gréie de mitraille et de balles sur les travailleurs ennemis. Les Turcs parvinrent bientôt au bord des fossés. Ils n'en tentèrent point la descente , quoique la qualité du' sol, qui parait un composé de sable et d'herbes marines, dût rendre cette opération moins longue et plus facile. Ils entreprirent de les combler^
La veille du jour 'où la flotte turque parut devant Mi&solonghi , la frégate .autrichienne la Caroline^ commandée par k chevalier Bouratovits , avait jeté Tancre près du bassin , accompagnée de la goélette la FigUante} elle y était encore le i4 juillet, quoique Tobjet apparent de sa missiou fut rempli. Les membres de la junte de gouvernement» étonnés de ne pas la voir partir, écrivirent au capitaine que la flotte grecque pouvant entrer d'un moment à lautre dans le golfe corinthien , on devait s'attendre ii un combat entre elle et les vaisseaux turcs, et qu'un plu» long séjour «des bâtiments autrichiens les exposerait à des dangers , ou du moins violerait la neutralité proclamée par la cour de
l44 UiSTOlKfi J>U SI£G£
Vienne (i). Le capitaine ne tint aucun compte
de cet avis , et les Missolonghiotes ne savaient comment s'expliquer la prolongation de son séjour près de leur ville. Voulait-il, au moment où les deux flottes seraient en présence, prendre parti pour l'une ou pour Tautrè? Désirait-il jouer le rôle de médiateur? Tout cela leur paraissait singulier. La conduite passée du cabinet autrichien ne leur présageait rien de favorable , et ils voyaient avec inquiétude un de ses agents s'opiniàtrer à rester sans prétexte dans leur port.
Mais un bien plus grand sujet de crainte les empêchait de s'occuper long-temps du pavillon autrichien. L'arrivée de Miaouli était incertaine, et leurs provisions de bouche, leurs munitions de guerre, commençaient à s'épuiser. De leur côté, les Turcs, instruits de la détresse où se trouvait la ville , espéraient d'engager la garnison à leur livrer une place dont l'assaut les ef- Q*ayait. Chaque jour on voyait quielquW d'entre eux s'approcher des murailles et chercher à lier conversation avec les chrétiens. Ceux-ci répugnaient en général à ces sortes de colloques^
(i) Voyez les pièces justificatives, no 3. .
DE "XISSOLOWGHI. Î^S
mais ils s'y résignaient quelquefois pour tacher de découvrir les projets de Reschid. Ne pouvant se résoudre , même par ce motif, à déposer leur fierté , ils proToquiient les assiégeants à donner enfin Tassant Qu^attendez-Tons donc , criaient-ils? Vos ouvrages sont terminés, tous .▼os préparatifs sont fini», votre flottci est arrivée. Les Turcs répondaient en vantant la bonne foi de leur nation , la franchise de leurs chefs ; ils proposaient aux Grecs de traiter, et les -ohré» tiens irrités de ces réponses finissaient souvent la conversation par le langage plus ezprassif de. ia fusillade ou de Tartillerie.
Cependant la flotte ottomane ^ revenue de Palpas, joint ses attaques à cellès de Beschid* Après avoir tenté sans succès un débai^quement dans les îlots du Prooopaniste où se trouvait un petit poste grec, elle se porte contre Yassiladis; Voyant que ses boulets et ses bombes ne produisent aucun e£fet sur ce fort, l'amiral bit débarquer dans l'île d'Aïssostis les bois nécessaires à la eonstructicMi d'une batterie dont il espère que les coups porteront plus juste. Gomme l'entrée des lagunes de Mi&solonghi , appelée le canal de Yassiladis, était trop dangereuse pour ses petits bâtiments , il ordonne à ses matelots d'en transporter sur leur dos à travers les bas - jbnds , et
l46 HISTOIRE DU SIÈGE
de cette manière il lance dans le port phisieiirfi
barques armées. Le poste du Procopaniste deiricot dès-lors inutile, et les Grecs qui le gar*» daient se retirent dans Missolonghi. Bientôt on aperçoit du haut des murailles la fumée des cabanes de ces atténifes incendiées par les Turcs ^ se mêler à la fmnée des canons de Yassiladis et. des mortiers ottomans. Après cette ndale e^péditioD^ les frégdtes s'occupent à bombarder Taesiladis , taudis que la flotille entrée dans le port et Jmntol» portée à trente-six chaloupes f dont plusieurs étaient armées de mortiers, s'avauce vers la ville jusqu'à Tile de Scylla. Six barques grecques osent lui livrer un combat qui dore deux heures. Enfin , elle se rapproche des remparts et commence à bombarder la place y tandis que presque tous les vaisseaux de haut «bord remettent à la voile,. et qu'il ne reste eu vue de Mbsolongbi que le vaisseau , amiral et neuf au^ très bâtiments.
C'était le aS juillet (i); alors le fossé du Intth tîoa Franklin , celui de h batterie de Bigas» et le chemin couvert de la lunette de Guillaume d'Orange étaient à-moitié comblés. En vain les Grecs avaient-ils brûlé plusieurs fois le&iasciues
(i) Le II. f
DÉ MfSSOLOHGHI. 14;
et les tironcs d'olivim que les ennemis y jetaient. En vain le feu le pins soutenu moissonnait-il les travailleurs, qu'il était bien difficile de couvrir pendant une semblable opération. Le grand nombre des assiégeants, qu'excitait la promesse faite par Reschid de donner une gratification k chaque soldat qui jeterait tin' sac de terre dans l'un des fossés , triomphait de tous les obstades que lui opposaient la science et la valeur. En même temps, le feu croisé des batteries turques ébranlait les rempart& Ijcs bombes qui s'élançailent de la flotille, se joignant à celles du camp , portaient la mort dans tous les quartiers de la ville. Ën peu de jours, la gami- . son s'était vu priveir des services de trois chefs distingués, des chiliarques George Binas et Lépéniotakîs, et du chef des canonniers de la lunette du brave Gouronnaras, blessé pour la secondé fois depuis le commencement du siège.
Tout*à-coup les sentinelles viennent avertir qu'une Réputation de sept chefs ennemis parmi ksqiiels se trouve Tahir-Abas, demande à être admise. On les introduit devant les généraux assemblée. Heschid, disent «-ils, touché du sort de la villé qt^il était sur lé point d'emrpôi'ter dé vive force avait suspendu Tordre de l'assaut. 11 était temps encone de sauver Missolonghi. Amis
lO.
l4H HISTOIAE DU SIJëGE
de plusieurs des braves renfermés dans la place, ils avaient fait eux-mêmes tous leurs efforts pour amener le sérasker à ue proposer à la garnison que des conditions honorables, et ils se flattaient que leurs anciens camarades ne seraient pas plus rebelles à leturs avis que ue l'avait été Reschid. Après ce préambule, ils déployaient un projet de capitulation; la réponse unanime du conseil surpassa le laconisme des anciens Spartiates : elle se composa d'un seul mot : Guerre!
Dès que les envoyés furent retournés dans leur camp , l'ennemi reprit avec plus d'activité tous les préparatifs de Tassaut; il eut bientôt achevé
Franklin , et des batteries Montalembert et Maoris. Alors le chef de la ûotille ottomane, Machmout, écrivit aux défenseurs de Missolonghi pour leur proposer, comme Reschid, un traité. Les chrétiens lui répondirent : Les armes seules irai' teront entre les Grecs et les Turcs (i).
Cependant le feu de ses barques désolait une partie de la ville. La garnison éleva sur le rivage sept batteries , dont les boulets forcèrent la flottille à s'éloigner. En même temps les infatigables Rouméliotes continuaient à constmire de contre-
(i) Ô)rX« tlvM «2 (dtTft^ "hadimt x«l Tcépwiv «uvHxm. •
1>£ MlSSOLONGUf. î/^g
fossés et (le contre-retranchements derrièi'e les deux bastions et les deux batteries les plus menacées; ils sentaient d'autant mieux l'importance de ces ligues iul;érieures , que rennemi, parvenu sous les murs y élevait sur ces (|uatre points des cavaliers de tranchée, presque au nivean des remparts de la ville, et seulement à la distance de trois ou quatre toises. A la vérité, pendant que les Turcs couvraient de faisceaux de sarments et d'autres bois, mêlés avec de la terre, le cavalier qu'ils avaient construit devant la batterie Macris, les Grecs postés sur cette partie des fortifications étaient parvenus, en incendiant cet amas de planches et de brançhages, à faire reculer Tennemi sur la seconde ligne de ses retranchements; mais ce moyen n'avait pu réussir que sur ce point. Tout devait faire craindre que les Turcs n'eussent attaché le mineur aux murailles.
£n effet, le 28 juillet (i), tandis que le bombardement était plus faible et que le camp paraissait tranquille, le bastion de Botzaris crie, le sol tremble, un bruit semblable au tonnerre se fait entendre : c'était l'explosion d'une mine que les Turcs avaient creusée , après avoir comblé le fossé. Les barbares s'élancent à travers la brèche que
(0 Le 16.
iSo HISTOIRE JDU SIÉGB
cette explosion a formée, et plantent leur étendard sur les murailles; mais les chrétiens qui défendaient ce poste, renversent Tétendard et ceux gui Savaient élevé. £a un moment, les Turcs ont couvert la brèche de leurs morts, et sont forcés d'abandonner le bastion. On remplit la brèche avec des matela^s et des oreillers, qu'on recouvre de planches et de terre. Les assiégeants perdirent dans ce combat trois cents hommes, et en eurent presque autant de blessés. Le général Di" mos Riniasas, déjà blessé quelques jours auparavant i et le chiliarque Giotis Quionis, reçurent des blessures dangereuses. Giiiq Grecs périrent, parini lesquels trois ouvriers qui , occupés à découvrir la mine des assiégeants, furent surpris par l'explosion dans leurs travaux souterrains. • lie bombardement et la canonnade continuaient avec fureur du coté de la m^. Beschid faisait élever de nouvelles batteries. Les munitions commençaient à manquer aux Grecs : aucun ne songeait k se rendre ; mais quelques-uns craignaient de ne pouvoir que mourir, lorsque des 4épéches du gouvmiemeot annonoèrent la prochaine arrivée de la flotte grecque, et qu'une lettre de K.araïskaJu promit dfis secours tirés du camp de Salona. Ces heureuses nouvelles rendirent la confiance à tous les guerriers. ^Le 29,
m MI^LCHfGHt. iSt
après uii feu très-vif, les Turcs s'élancèrent de nouveau sur le bastion Botearis , et de nouveau y plantèrent leur étendard; mais ils furent enco^ repoussés avec perte. Du* coté des Gracs, le général Gkmnîs Soucas périt avec gloire dans cette a£Ësure. Les assaillants, étonnés d'une si vive rénatanoe, esBayèrent; de mettre le £eu aux matelats et aux oreillers dont les Grecs s'étaient fait un rempart Ils espéraient ainsi -de rouvrir la brèche; ils n'y purent f^ussir ! les Grecs -éteigni* rent' le feu, en jetant continuellement de Teau et de la terre sur les matières inflammables <(tie lançaient les ennemis.
lifalgré la présence de la flotte ottomane, les eommunieations entre Anàtolièo ét Missolonghi n'étaient pas entièrement interrompues : de petits bateauK passaient, la nuit, à traverè le canal de Vassiladis^etentrelenaient entre les deux places une correspondance journalière ; car les vai$seaux de Machmoiit avaient en vain attaqué à diverses reprises l'îlot de Yassiladis. L'amiral turc essaya de s'emparer de 111e de lUissova. Heureusement le petit poste grec, placé dans cette ile, repoussa ses attaques.
Le 3o, arrivèrent d'autres propositions de Res» chid. Ne recevant point de réponse, il renouvela, le 3i , toutes ses instances. Il offrait aux Grecs
iSft ' H15TOIBB SIBOE
de grands avantages, pourvu qu'ils lui livrassent MissoloDghi. Quelques chefs , oontidérant que ht famine régnait dans la ville « que la garnison se voyait forcée de ralentir son feu par le dé&ut de munitions, qu*on était, par la même raison , hors d'état d'établir des contre-mines, que le bastion fiotzaiis oSrsiji une brèche praticable, et que plusieurs des batteries étaient démontées et hors d'usage, couseillèreut d'accepter les pro-r positions de l'ennemi.
Cet avis indigna les soldats : les Souliotes surtout écumaient de rage; quelques-uns de leurs jeunes guerriers, s'adressant aux auteurs de la proposition : i< Quoi! vieillards, leur dirent-ils, vous tenez tant à la* vie! et nous, dans la fleur de Fàge , nous la méprisons. » Le conseil de dé* fen$e se borna donc à faire dire à Reschid d'envoyer prendre la réponse le lendemain.
pacha ne put attendre si long-temps : vers le milieu du jour, il parut vouloir tenter un nouvel assfaut. On voyait les assiégeants monter et descendre dans leurs lignes, par troupes, et en toute hâte. Cependant Reschid se contenta de &ire re^ commencer le feu , et il envoya vers les assiégés une autre députaticm dont le fameux Tahir- Abas £aiîsait partie, comme de la première. Après une courte discussion, Athauase Kasis, chef po*
D£ MISSOLOWGHJ. 1 53
Itlique de la iriUe, 8*écria : « Musulmans! si les
Missolonghiotes ne peuvent défendre leurs mu- ' railles, ils défendront leur liberté; ils se renfernieront tous dans trois maisons immeif^es, et se £eroDt sauter avec elles et avec vous.»— «Malheureux Grecs I répondirent les agas, vous êtes sans doute trop criminels, et la vengeançe divine vous pousse au désespoir. Adieu. »
Bientôt un autre émissaire des Turcs, le chevalier Bouratovits, commandant de la frégate autrichienne la Quvline^ et qui, comme je Tai déjà dit, s'était obstiné à rester dans le golfe, découvrant alors ses projets, voulut tenter encore la constance de la garnison. Ses conseils ne furent point écoutés : Noti Botzaris déclara, au nom de tous les Souiiotes^ que, tant qu'il en exis* ferait un seul, toute capitulation était impossible, et que le drapeau turc ne flotterait sur la ville qu'après avoir passé sur leur corps.
Enfin, à minuit, on vit entrer un envoyé de Kescbid, chargé d'une lettre, où le sérasker proposait de lui livrer deux batteries et une des portes, afin qu il pût introduire dans la ville c\uq cents soldats, en attendant qu'on fut d'accord sur les articles de la capitulation. Cette nouvelle proposition excita un étonnement général; ceux même qui avaient parlé de se rendre n'écouté-
|54 HlSTaiEB DU SiiOE
rent plus que l'indignation publique. I^s Grecs répondirent d'un accord unanime que si Resdnd voulait' des batteries ou des perlés, il vint les prendre avec ses armes. £u même temps, le général Lampros Véîcos, du consentement de tons les autres chefs, écrivit en son particuUef la lettre suivante à Tahir-Abas :
« Illustre Taliir-aga,
« Nous avons été amis : la différence de nos religions nous a poussés à nous combattre; mais notre amitié n'en a pas. moins continué. Je 'vois, mon ami , que tu es venu deux fois dans le dessein de t'entremettre pour fafrè rendre Misso* longhi; je vois, de plus, que Reschid nous demande deux batteries qu'il puisse faire occuper par ses troupes. Or, vous savez tous trés-bim que Dieu est avec nous , et que notre espoir s'appuie sur lui; je te prie donc, comme ami, de songer que , nous trouvant dans une place pourvue de munitions de guerre et de bouche , pos* sédant en abondance de Feau et toutes les autres choses nécessaires, si nous la livrious à Tennemi , nous attirerions sur nous, d'abord la colère de Dieu , ensuite les reproches de l'univers et ton propre mépris. Si bien que nous sommes certains
DE MlSapLOJBIGHI. l55
non - seulemeut que nous ne trouverions pas à i'avcoir tm lido où nous putsionB vivre ^ mai^ encore que perseniie ne daigneiaît plus s'informer de nous, taot nous deviendrions odieux et à notre Dieu el à rfwmMmité entière, et laéiiie à nos prochçs et à nos amis. Ainsi, comme tu nous ooimais, assure bien le rouineli-valesi qu'il ne réussira pas, à moins qu'il ne livre un assaut et u entre dans la ville le glaive à la main.
« Sur ce f je demeure
« Ton amL
« L^MPAOS V^oos. »
lliMokliUiH, Is se jaiUsl iM (i).
5. « En outre 9 reçois quatre bouteilles de rhum, que tu pourras donner à tes baïractars (porte^lrapeau) lorsqu'ils monteront à l'assaut'»
(>) Êv^oÇ^TftTt Totp-cyà,
TâfATTiaiç ^là và pâXïj àvOptÔTTouç TOU.H|wp*Ti 'noXXà xaXàoTi tovOsôv
l56 HISTOIRE OU 61BGK
Rescbidy furieux de la manière dont ses propositions avaient été reçues, fit à Tiostaut redoii* bler le feu de toutes ses batteries et de la flotte. Les bombes, les boi^ets, les grenades tombaient sans interruption sur les remparts, sur la ville, sur les barques raugées au pied des murailles. Vers le soir, les Turcs portèrent dans leurs avantpostes un grand nombre d'échelles ; tout annon» çait Tassaut : les assiégés lattendaient avec courage, préférant mille fois la mort à la honte de livrer le boulevard de la Grèce.
rbv f (Xcv ^LCLiy ÔTTOÛ lî; oùtô fti|&ftaôa ^i€caoi 6xi o^i f^^ovov (^èv ôà eûpoxal Aiv^ riv àv6p«MctfTiiT«, i^inX^f wd àis^ rebç HCwc i^txcâc f^ac
To avalai m, MtaoXc^i ^àv «tpvtu
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MiooXÔYYiov.
npôc ToÛTOt; Xe£6t Xflil T^aoapeç {xirorCXtat; poOfAi và toîc ^^^C
DE MfSSOLONGHl. 167
Dès que parut l'étoile du matin, les trompet* tes de la place avertirent les soldats de se préparer à combattre. Les postes des batteries de Franklin, de fiotzans, de Maoris et de.Montalémb^ .voyaient les barbares disposés pour l'attaque. A l'instant, toute la garnison fut sur les remparts. Auï premiers rayons de raurore, les Turcs postés sous le bastion Franklin mirent le feu à la mine qu'ils y avaient pratiquée. L'explo* sion Élite , ils s'élancèrent en poussant de grands cris, et bientôt vingt étendarts du Croissant flottèrent sur le bastion. La même cbose arrivait en même temps à celui de Botzaris (i), aux batteries de Maoris et de Montalembert : ou eiit dit cpie la ville était emportée. Toute l'armée de Reschid, encouragée par la vue de ces drapeaux, se presse de suivre son avant*garde; sur tout le front des remparts gronde et brille le feu des mousquets, des canons, des mortiers. Une fumée épaisse trouble les airs au point qu'à peine peut-on se voir à quelques pas. Les monts voisins répètent et redoublent le bruit terrible des armes. Les barbares avancent avec fureur.
(1) Que les lettres et mcnie des journaux de la Grèce désignent quelquefois par le nom de grande batterie ((ftsyaiXAv.
lS8 HlftTOlRX DU SliGE
les clirétieitt les reçoivent arec une valeur calme et fière. Combattant derrière leurs retranchements intérieurs et du haut des murailles qui regardent le flanc des batteries attaquées, ib opposent une résistance invincible. Au bout de deux heures et demie de combat, le bruit cessa, tes nnages de fumée se dissipèrent. Auctmiéten* dard ennemi ne flottait alors sur les remparts; mais plusieurs étaient restés ao pouvoir des Grecs; aucun Turc ne combattait dans les batteries; mais une foule les couvraient de leun cadavres ! près de dnq cents avaient'peidu la vié dans cette tentative. Les fossés qu'ils avaient comblés étaient, ainsi que leursretrancbemeiits; jonchés de moits et rougis de sang. Un nombre immense de blessés remplissaient de leurs plaintes le camp du sérasker, et redoublaient la consternation de ses troupes.
A peine cette attaque fut-elle rqpoussée que la flotille s'avança contre la ville. Le commandant turc avait imaginé de mettre le feu à l'un de ses bateaux pour que la fumée dérobâtaux Grecs la vue des autres barques qui pourraient alors s'avancer sans péril. Mais ce stratagème ne réussit pas ; et les batteries du rivage forcèrent bientôt à la retraite tous les bâtiments eu-
nemis.
Ds MiaoounroBf* tSg
Dans cette journée mémorable, les Grecs n'eurent que vingt hommes tuéi» au blessés. Le trouble que leur vaillance avait répandu parmi les troupes de Eeschid , fut cause que ses batteriesseturait pendant le jour» et ne tirèrent) le soir, qu'un petit nombre de coups.
Le .flérasker, désolé de l'issue de cet aasetit , commença par se lamenter; mais bientôt, cher- * cbant une consolation digne de lui, il demanda à. ses bourreaux le fdaisir que ses soldats u'avaieut pu lui donner. Le brave Missolonghiote BoutaeSy sorti de la ville pour aller à la découverte, avait été pris par les Turcs dans les derniera jours du mois de mai^ fiescbid le fait amener devant lui, et lui fût trandier la téte: buit autres Grecs captifs éprouvent le même sort , et le tyran se calme comme un bonune qui vient d'étândher en partie la soif dont il était tour" menté.
Cependant la disette de* vivres devenait ex-»
tréme dans la place; les munitions de guerre achevaient de s'épuiser. Il ne restait plus que dem: barils do^poudre. Une pantie des mutttilles s'était écroulée sous le feu de Tennemi; la plupart des batteries étaient éteintes^elMissolcmgbi ne pouvait plus être appelée une ville de guerre. La religion et la liberté semblaient seules proté*
i6o HianroiHE ou siiioK
ger ses ruiues , du haut desquelles les héros de la Romélie repoussaient avec dédain les propositions des barbares, sûrs de yaiticre tous les ennemis excepté la faim , et décidés à ue céder à ht faim même qu'en mourant à leur poste et le glaive à la main.
Pendant la nuit, quelques soldats, assis dans
* l'une des places-d'armes, se communiquaient leurs tristes mais généreuses pensées, et se racontaient mutuellement leurs rêves, pour dier* cher à y découvrir quelque présage d'un prompt secours* Tout-à^oup, à la faveur du silenoe qui régnait dans le camj> ennemi, ils entendent des coups de canon tirés dans Téloignement. Aussi* tôt toute leur attention se porte sur ces diétona* tions à peine sensibles. Ils pensèrent que c'était leur flotte qui s'approchait et avait rencontré l'ennemi. L'espérance se répandit dans la ville; on attendait avec impatience le lever du jour. Dès que le crépuscule permit de distinguer les objets, tous les regards se portèrent vers la mer. On n'apercevait plus dans ie port le vaisseau amiral des musulmans, et sa disparition semblait confirmer les conjectures qu'on formait sur rapproche de la flotte grecque.
Rien pendant le jour ne vint les détruire; mais
,rien non plus ne les confirmait. La nuit se passa
D£ MiSSOLOffGHf. l6l
dansTattente. Le lendemain, au lever de Taurorey l'atmosphère était nuageuse et sombre, et dérobait la vue de ce qui se passait à une certaine distance : tout-à-coup , on entend du côté de la mer un coup de .canon peu éloigné. Bientôt , on voit les quatre vaisseaux qui , seuls de la flotte turque, étaient restés dans le port, lever Tancre avec précipitation^ et se diriger vers Patras. Le^ brouillards commencent à se dissiper; on entrevoit une flotte. Peu -à-peu l'on s'aperçoit qu'elle est composée de quarante voiles ; avec plus d'attention, on découvre que ces bâtiments sont à deux mâts; mais, à la lenteur de leur [masche:,i oh n'ose croire que ce soient des vaisseaux grecs. . Cependant, la flotte s'avance, des voix s'élèvent dans la foule : « Regardez, ce sont nos frères; ils courent sur les bâtiments çnnemi^qi^i viennent de quitter le port. ^D'autreîs voix répondent : '«Ils s'y rallient, c'est un renfort qui arrive à l'amiral Turc. » Soudain, une jeune bile : « Non, j'ai vu sur leur bord le feu de l'artillerie ; écoutez ! » Au même instant , le bruit du . canon frappe les murs. «Plus de doute, §'écrie-ton de toutes parts , plus de doute ! C'est la flotte grecque, ce sont les secours que nous a promis le gouvernement!» Le poste de Yassiladis salue l'arrivée de Miaouli par trois salves générales ;
ifo HISTOIRE m ftliCE
ét Gloire à Dieu dans [e del {i^ix x^isr^ç BtSi ) (i), s*ëcrie, les yeu< en larmes, la foule qui s'était rassemblée sur le port; hommes, femmes , enfants se précipitent du rivage vers les batteries , en criant aux soldats : Ce sont nos vaisseaux ! c'est Miaouli 1 » Les cloches de toutes les églises retentissent dans les nucs, et l*hymne d'actions de grâces s'élève du pied de tous les autels.
plus grande partie de la flotte grecque entra dans le port ; quelques navires poursuivirent les quatre bâtiments ennemis qui venaient d'en sortir. Un de œs derniers fîit sur le pcMnt d'être pris : mais l'équipage l'incendia en se sauvant dans un autre. Les deux plus éloignés échappèrent au péril en se réfugiant sous le canon de Naupacte. matelots du quatrième n'eurent d'autre moyen de salut que de se faire échouer sur le bord où ils s'élancèrent pour la plupart. Onze de leuis camarades , qui n'eurent pas le temps de descendre-, abaissèrent leur pavillon et se rendirent prisonniers.
La flotille turque voyant qu'elle restait seule , se retira vers le rivage près du camp de Reschid.
L'arrivée de leur armée navale avait relevé
(i) C'est mot à mot notre Glona in excettis Deo,
DE MISSOLONGHI. lt)3
respérance des' asçiëgés; elle lear rapportait Tabondance , elle venait leur fournir les monitiens nécessaires à de nouveaux exploits. Mais
$ elle ne s'était pas encore approchée de la ville , elle n'avait encore lien débarqué, lorsqu*<m aperçut k flotte ennemie qui Élisait Toile deâ eaux de Corfou, et s'avançait contre les vais-
• seaux de Miaonli. A l'instant les pavilloi^s grecd volèrent à sa rencontre. Du haut des murs, les Missolonglûotes contemplèrent un combat qui pouvait engloutir dans les ondes tous les sêoêrurs qu'ils avaient si long-temps attendus. Heureusement l'incertitude ne fut pas longue. Les vaisseaux * ennemis furent forcés à la retraite ; et tandis que vingt -huit bâtiments grecs sous la conduite de l'amiral^ -de Kolantrousi et de Nicolas Apostoli , achevaient la victoire et poursuivaient les vaincus, le vice-amiral Sachtouris s'approcha de la ville avec cinq vaisseaux, et débarqua les provisions de guerre et de bouche envoyées par le gouvernement.
A l'aspect de ces braves marins , Tartillerie des remparts célébra par une triple salve et leur arrivée et leur victoke'.
Reschid , quoique déconcerté lui-même , cherchait à rassurer ses troupes en leur promettant d'achever des retranchements qui rendraient un
l64 HISTOIRE DU SIEGE
noùTel assaut plus 'fecile , et surtout moins dangereux , travail immense et bizarre dont je tâcherai de donner bientôt une idée précise. .
Cependant le gouverneur de Missolonghi reçut une seconde lettre de Karaïskaki, qui promettait de venir au secoiirs de la plaôe cette nuit même ou la nuit suivante. A cette nouvelle, on convoqua une assemblée , dans laquelle quinze cents guerriers (tirent désignés pour se précipiter hors 4es remparts dès que Fattaque de Kar^akaki cômmenc^ait, et mettre ainsi Tennemi entre deux feux. Tout fut tranquille cette nuitlà. Mais , la nuit suivante , vers une heure , l'armée de secours composée des corps de Karaïskaki, de Tsavellas et d'autres capitaines ^ donna le sigpal convenu pour avertir la .garnison de la seconder. Ces troupes s'étaient avancées à travers les montagnes qui dominaient le camp de Rèschid, et se précipitèrent sur les dernières tentes placées au pied des rochers.' Les quinze cents hommes dont j'ai parlé sortirent alors des remparts de l'Orient et du centre. Leur première ligne n'avait d'arme que le sabre. S'élançant à Timproviste sur les retranchements ennemis, ces braves immolèrent plus de trois centsbarbares. La seconde ligne, après deux décharges de mousqueterie , s'avança de même le
Diyilizea by
DE mSSOLOBTGHl. |65
sabre à la main , et s^empara de quatre batteries turques, ainsi que d'une grande partie des retranchenients élevés devant ce côté de la place. Les Turcs effrayés abandonnèrent ces postes , se dispersèrent et s'enfuirent en désordre vers le nord et le couchant. Les Grecs parvenus au milieu des lignes des assiégeants, égorgèrent tout ce qui résistait, firent un grand nombre de prisonniers , s'emparèrent de plusieurs étendards , et après trois heures de carnage, rentrèrent dans la ville comme ils en étaient convenus, laissant dans le camp ennemi la douleur et l'épouvante.
Dix -sept Grecs périrent dans ce combat, treize furent blessés. La perte des Turcs s'éleva , dit-on, à quinze cents hommes. C'étaient les plus braves de l'armée assiégeante. Aussi Reschid paraissait-il consterné. Tantôt il s'exhalait eu imprécations contre Famiral turc qu'il avait vu fuir devant Miaouli et l'abandonner sans secours; tantôt il retombait dans le silence de l'accablement Tout-à-coup il voit s'avancer vers lui, couverts de fange et de sang, et poussant des cris lamentables, des soldats, la plupart sans armes, et quelques-uns sans vêtements.
C'étaient les débris de l'équipage de la Ho tille diargée d'attaquer Mîssolonghi du côté de la
Diyiliz
l66 HISTOIRE DU SIEGE
mer* Après la bataille navale du 4 ^oût (i), les Turcs avaient traîné la plupart de leurs chaloupes daos les sablonnières, et s'étaient empressés d'élever sur la côte des batteries pour les protéger. Le 6, la flotte grecque cessant de poursuivre le Gapitan-Pacba , était revenue dans les eaux de Missolonghi , et Miaouli avait envoyé quelques-unes de ses barques contre les chaloupes^ turques qu'on n'avait pas encore remorquées. Après un combat opiniâtre, sept de ces chaloupes avaient été prises, quelques autres avaient été coulées bas (i) , et les malheu- ^ reux qui se présentaient devant Reschid avaient av^ peine gagné le rivage. Us étaient entrés dans le camp au moment même de la sortie des assiégés, et n'avaient pu de toute la nuit parvenir jusqu'au pacha.
(i) s3 juillet. ' . ,
(2} Rapport du contre-amiral Sachtouris. ^