‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savoie, écrite sur notes, pièces et documens de 1707;Chapitre 3 sur 109 · CHRONIQUE · texte numérisé non relu

CHRONIQUE

LE COMMANDAIT DES ILES STK-MARGt EiUTE.

Le i 5 juillet, les ennemis éroient campes à Cannes , petite place située au bord de la mer, sous le canon des îles Ste- Margnerite, commandées alors par 31. de la Mothe-Guérin. Ce commandant n'avoit pour toute garnison que quatre compagnies détachées dont les soldats furent obligés de remplir l'office de canonniers. Ils s'en acquittèrent si bien et avec tant de succès que les ennemis, qui vouloient faire une extrême diligence , se trouvèrent foudroyés par une pluie continuelle de boulets, ce qui les contraignit à faire halte. Le duc de Savoie envoya dire à M. de la Mothe-Guérin qu'il eût à cesser sur l'heure le feu de son canon sous peine de n'avoir aucun quartier ni lui, ni sa garnison. A quoi le commandant françois répondit : « Le premier qui - aura l'audace désormais de venir avec une semblable commission et d'approcher seulement de l'île , je le fais pendre sur- " le-çli.unp. Et il continua le feu.

Alors le duc de Savoie fi: approcher l'armée nayale \ ce <jue voyant, M. de la Mothe-Guérin mit de nouvelles piec.es en bat t- m. et redoubla son canon sur l'armée de terre, afin de faire croire que sa garnison étoit nombreuse et qu'elle n aopruiu-ndoit rien.

Ce moyen réussit au mieux. La flotte resta dans l'inaction, et les princes allemands , furieux , firent afficher partout un placard ainsi conçu :

« Au nom de l'empereur, défense est faite, sous peine de « la vie et du fea, d'avoir aucun commerce avec la garnison « des îles Ste-Marguerite. «

M. de Savoie fit ajouter:

« Tous ceux qui exécuteront ponctuellement ces ordres, se- « ront déchargés de la capitation, des tailles, des droits établis « sur le sel et le tabac et des autres impôts. »

Plus tard , à la Valette , quelqu'un vint à parler au duc de Savoie de M de la Mothe-Guérin : « C'est sous le feu des îles « Ste-Marguerite, répondit ce prince, que j'ai mieux connu ? qu'en aucun autre lieu que j'étois en pays ennemi. »

(Relation du siège de Toulon par M. Devis . novembre 1707. )

Page 1