‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savore: écrite sur notes, pièces et documens de 1707Chapitre 2 sur 44 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'armëe des alliés se mit en marche sur cinq colonnes et prit la même route qu'elle avait tenue en venant à Toulon. Sa fuite fut prompte. Six jours lui suffirent pour arriver sur le Var qu'elle repassa le 26 août, en jprésence du duc de Savoie qui formait Farriére-garde avec soixante escadrons. Le lendemain tout était fini : l'étranger ne foulait plus le sol de la Provence : Finvasion avait existé.

Ainsi se termina l'entreprise du duc de Savoie contre Toulon, entreprise long-temps méditée dans les cabinets des puissances coalisées, entreprise préparée dans le silence et dans l'ombre par la vengeance , l'ambition et la haine , entreprise tentée avec une armée de quarante mille hommes, un matériel immense et une flotte de deux cents voiles. Certes, rien de ce qui pouvait en assurer le succès n'avait manqué , ni les mesures de prudence , ni les munitions, ni les généraux , ni les soldats, et, pourtant, elle échoua. Si l'on consulte les différentes versions des vaincus, et les vaincus sont ici l'Angleterre, la Hollande, la Prusse, l'Italie, l'Autriche et prèstous les états d'Allemagne , c'est-à-dire l'Europe entière, moins la Russie et la Suède dont les des-

(7«) tlnées se jouaient à cette époque entre le czar Pierre et Charles xii, si l'on examine tout ce qui a été écrit et publié sur les causes qui ont amené le non succès de l'expédition en Provence , on y trouvera des choses vraiment singulières. D'abord, c'est la reine d'Angleterre qui accuse le cabinet de Vienne d'avoir employé douze mille hommes à la conquête de Naples, lorsque ces douze mille hommes devaient faire partie de l'armée des alliés; ensuite, c'est l'empereur qui se plaint , à son tour, de ce que le ministère anglais n'a pas fourni les subsides convenus; puis, c'est l'électeur de Brandebourg et le prince de Darmstadt qui prétendent que l'on a mis trop de lenteur dans les opérations; c'est le prince Eugène dont on n'a pas écouté les avis; puis, enfin , c'est le duc de Savoie qui renchérit sur tous; si on l'en croit, il a été trompé, trahi par chacun , par l'amiral Showel dont la flotte n'a point agi , par Eugène qui a traversé ses projets, par le trésorier de la reine qui l'a laissé manquer d'argent ; il ne ménage personne , il s'en prend à tout le monde. L'amour-propre froissé d'un prince, d'un généralissime battu, perce à travers cette foule de

motifs allégués uniquement pour prouver que

sa défaite a été complète.

A toutes ces raisons intéressées , sans base , sans fondement, surtout sans vérité, produites par chacun des alliés, il est facile de répondre: il suffit de résumer les faits.

( 79 )' Le duc de Savoie, ancien généralissime des ar-* mées françaises^ avait été blessé dans son orgueil par le peu de prix que Louis xiv attacha à son alliance,, lorsqu'il Jui refusa le duché de Milan en échange de la Savoie. Flétri à la face de l'Europe, après sa défection en Italie, il emporta dans le camp ennemi un désir ardent de se venger. Ce désir, il le fit éclater à la première occasion favorable ^ quand le jnaréchal Marchin eut perdu la bataille de Turin et. que la France, épuisée de revers, n'eut plus cette attitude redoutable qu'elle avait au commencement de la; guerre de 1 700, Alors^ ce fut lui qui proposa rmvasion, qui en mûrit le projet dans ses conseilset qui se chargea seul , pour ainsi dire, d'en assurer le succès^ Ildut donc réunir tous les moyens possibles de réussir, car ily allait de sa gloire, de son honneur, de sa fortune , et comme jxiandataire des puissances alliées, et comme leur général, et comme prince avi-i de^ ambitieux^ ayant trahi l'oncle de sa femme et le gendre de sa fille pour le simple échange d'une province. Une reine puissante elles souverains de trois royaumes avaient les yeux sur lui. Il n'en fallait pas tant à un homme de son caractère pour l'élever au dessus de lui-même, pour le rendre capable de tout. D'un autre côté, le ministère français, soit impéritie, soit trahison , lui fesait large part : il n'avait qu'à traverser le comté de Nice l'arme au bras, paraître sur le Var, traverser le fleuve et entrer en

Provence sans tirer un coup de fusil ; là, il trouvait un pays presque totalement dégarni de troupes, la place de Toulon sans fortifications élevées, sans défenseurs, n'ayant que quelques bourgeois, quelques ouvriers , quelques paysans qui devaient , à son approche, crier : pitié, merci! du moins il le croyait puisqu'il s'était vanté d'être à Lyon cufcuit la chute des Jeuilles. Eh bien ! c'est précisément devant Toulon que périrent ses projets de conquête ^ cette place se dressa tout d'un coup devant son armée et lui barra le chemin. Qu'il ait cherché à l'emporter, cela àe conçoit; mais, qu'après y avoir échoué , il ait voulu laver sa honte en accusant ses généraux de mauvaise volonté , ou les puissances elles-mêmes de félonie , c'est une mauvaise foi insigne. Ce ne sont ni les Impériaux, ni les Anglais, ni leur défection en aucune manière, qui ont causé sa défaite; ce sont les habi tans, levés en masse à la voix du gouverneur de la Provence, de ce courageux Grignan dont l'admirable prévoyance pourvut à tout.

Et par quelles actions d'éclat, le duc de Savoie mérita-t-il, pendant sa campagne , la confiance des souverains ligués, lui qui osa leur imputer son désais tre? Tenta-t-il une attaque contre la place? Non. Chercha-t-il seulement à forcer le camp de Ste- Anne? Non. Avec une armée dequarante mille honu mes , il craignit d'en attaquer une de seize , et il se

borna à faire la guerre aux habitations, caché derrière des retranchemens ; et quand les soldats français et les habitans de Toulon l'y vinrent chercher, où fut donc le talent qu'il déploya , ce prince qui avait l'orgueilleuse prétention de conquérir la France ! Indécis et tremblant , il tint à peine quelques heures avec des forces supérieures et finit par essuyer une déroute complète. Il ne fallut que la bataille de Faron, et son entreprisé s'évanouit, rainée à jamais.

Sans doute la journée du 1 6 août fut une grande et belle victoire. Elle brillerait au premier rang dans les fastes de l'histoire si , comme on aurait dû le faire, on l'eût complétée en détruisant entièrement les ennemis; mais le maréchal de Tessé avait des ménage mens, des mesures à garder; il n'y a aucun doute à cet égard. Le peu d'empressement qu'il mit à inquiéter le prince dans sa retraite* en est une preuve convaincante. Il ne dût jamais oublier un instant que le duc de Savoie était l'époux d'une nièce de Ix)uis xrv et le beaupère de Philippe v/^sanscela sa conduite donnerait

* Le maréchal envoya ^ le aa, les brigades de Bourgogne,, de Bretagne et d* Anjou pour renforcer le général Medavi , à St-Maximin ; mais il ne se mit lui-même à la poursuite de l'en-^ nemi que le ^3, trente heures après le départ du duc de Saroie.

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trop à peiiiser. .11 vaut imeux, d'ailleurs, poui^ l'hoiinèur du ^àys, expliquer les érénemeus qui se sont passés devant Toulon, avant, pendant et après le siège , par des raisons de parenté , que par des calculs de politique ; car si l'on pouvait imaginer qu'à cette époque, l'intention du gouvernement était de sacrifier la Provence et Toidon, sojt pour achetel* là pait et consolider Philippe v sur le trône d'Espagne , soit en échange d'une autre province , soit pour tout autre motif d'intérêt dynastique ou d'arrangement d^ cabinet , il n'y aurait point de nom assez vil à accoler à une telle infamie.

En résumé , Toulon arrêta court l'invasion en Provence. Envain seize princes et trente généraux de là coalition, à la tête desquels il faut placer Vietor*Amédée, duc de Savoie , et François de Savoie, célèbre sous le nom de prince Eugène, se réunirent et vinrent d^esse^ leurs tentes sous les murs de cette place ; envain ils employèrent à la réduire quarante mille soldats pourvus de munitions de toute espèce, et le concours d'une flotte de deux cents voiles^ ieur dessein échoua complètement. Après vingt-six jours de siège et à la suite d'une victoire mémorable remportée par les Toulonnais, « l'armée dés alliés se retira avec une telle vîtesse, « qu'elle ne put être atteinte , et le stérile avance tage d'avoir brûlé quelques maisons avec les « bombes des Anglais, fut payé par la perte de qua-

« torze miUç hommes que lui coûta cette InthiC-^ «f tueuse tentative. »*

Gloire, gloire immortelle à la ville de Toulon ! Honneur à la mémoire de ses habitans en 1707!

Histoire dé Frahce ( Àliqueiil ).

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