‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 11 sur 53 · LS TE · texte numérisé non relu

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crits pèsent plus lourdement sur elle, troublentsa

quiétude, mais d’un bout à l’autre, c’est la torpeur -

anémiante qui suit les grandes crises politiques ; c'est l’organisation qui s'impose, après le désordre et l'émeute prolongés. À peine, au début, quelques

conspirations royalistes aussitôt noyées dans le

sang, et à la fin quelques velléités de vieux révolutionnaires,impatients du joug. L'armée sauvegarde les institutions, la dictature ; le Code civil à consigné la charté sociale du Tiers Etat vainqueur; le Code pénal, entouré sa propriété des plus redoutables garanties. Que demanderait la classe dirigeante, c'est-à-dire la finance, le gros négoce, les descendants des parlementaires? La paix et une apparence de libéralisme, exactement ce que l’Empire ne saurait lui donner sans violer son principe. Mais elle ne réclame pas; elle attend; elle s'enrichit. D’ailleurs, par ses folles convoitises, par ses campagnes.

espagrtole, portugaise, et russe, Napoléon travaille

pour elle.

L’aristocratie agrarienne, — l’émigration de de blentz et de Quiberon, — partiellement rentrée en France, boude toujours Le pouvoir nouveau .L'usurpateur corse lui ouvre ses salons, lui multiplie les avan-

ces appelle les femmes auprès de ses maréchauxpour allier l’ancienne noblesse à la sienne. Elle n'accepte

à peu près rien, pour ne point partager avec les bourgeois, détenteurs de ses biens confisqués. Son rôle demeure donc nul. Quant au peuple, il neconstitue qu’une masse inorganique, où ne se discerne. aucun courant, — sinon du mécontentement contre l'impôt croissant et la conscription. Mais autrefois si ardent pour la liberté, il se repose, lui aussi, de la

grande commotion;ouvriers des villes et paysans se …

LES PRÉCURSEURS 158 résignent à la vie effacée où les relègue! le statut national. Ni électeurs, ni éligibles, puisque le suffrage ne fonctionne plus en réalité; ils paient en nature et en argent, s’inclinent devant les lois policières de toute sorte, qui attentent aux droits jadis consacrés des citoyens, et crient : vive l'Empereur ! sur le passage du triomphateur d’Austerlitzet d'Iéna. Si cher qu'elle ait soldé sa gloire, la France des - bumbles et des petits ne vit que pour elle; elle s’inquiète plus des mouvements de troupes ou des projets de l’Angleterre et de la Russie que des transformations sociales. Elle s’est ruée dans la servitude, parce qu’elle est impuissante à penser, à agir, qu’elle ! a besoin de se confier à une pensée, à une volonté, et qu'après tont, «lle salue dans Napoléon le législateur du partage égal et le proscripteur du passé. Cette phase de 1804 à 1815, qui a donné une si ample matière aux écrivains militaires et aux historiens de l'ancien style, ne méritera pas dix pages dans l'histoire vraie des sociétés.

II. La Restauration ramène transitoirement au pouvoir la vieille noblesse, les ci-devant, auxquels les alliés avaient rouvert la frontière toute large. La signification des quinze années qui s’écoulent de 1815 à 1830 est là : l'aristocratie terrienne, exclue de la direction de l'Etat, pendant un quart de siècle, par le Tiers, ressaisit l'avantage, étale orgueilleusement sontriomphe,exerce sesreprésailles, et rapporte avec elle les conceptions de l’autre régime. En politique, en religion, elle prétend effacer l'acte indélébile, la Révolution. Elle s’imagine l'avoir rayée à jamais, parce qu’elle s'indemnise, qu'elle modifie le Code civil, complique le Code pénal, et livre la France à la Congrégation. De temps à autre, les ressorts menacent de rompre; alors le monarque

accepte un pseudo-libéralisme, qui nn à xd)

tion, mais au fond, sous Lots XVIII, comme sous

Charles X,eten dépit de l'élévation au ministère de

légistes de petite noblesse ou d'extraction bourgeoise,

ce sont les grands seigneurs d'autrefois qui gouvér- . nent le pays. [ls n’ont même plus, pour la philoso= phie, l’indulgence de leurs aïeux; jamais Voltaire : n'inspira plus de haine qu’à cette époque; jamais.

Rousseau ne fut plus travesti, ni plus diffamé. La classe, partiellement expropriée par les décrets de la Constituante, essaie de restaurer ses prérogatives, de plier l'esprit du siècle à sa mode. Les lois électorales, qui se sont succédé de 1815 à 1830, réflétaient.

de plus ou moins près l'esprit oligarchique qui l’animait : lois féodales et non plus seulement bour-

geoises, parce qu'elles ont tendu à restreindre au-

dessous du minimum le pays légal, et à asseoirle

droit politique sur la détention du sol.

. Mais le système instauré par les hommes de la Terreur blanche et de la Chambre Introuvable, puis Retrouvée, apparaît essentiellement factice ; ni M. de

Villèle, ni M. de Labourdonnaye, ni M. de Polignac

n'étaient représentatifs de leur époque. La tentative

des absolutistes agrariens devait fatalement être

brisée, et sans trop de délai, parce qu’elle allait au rebours de l’évolution économique.Sous Louis XVIIT,

surtout sous Charles X, la vieille noblesse ne pouvait plus rencontrer les conditions spéciales qui avaient

fondé sa domination jusqu’à la fin du xvm* siècle;

la supériorité derichesse, Ia monopolisation de la pro-

priété, la suprématie des valeurs immobilières. Dès la première heure, le divorce éclata entre le statut politique et le statut social, et comme l’un repose d'habitude sur l’autre, celui-ci se transformant, celui-là de plus en plus en l’air,allait naturellement s'effondrer.

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La bourgeoisie grandissait ; les lois consulaires (OA

impériales avaient si bien fortifié son pouvoir, qu’il était à la racine même de la société française. La finance se développait, et avec elle le rôle de la fortune mobilière, adversaire née de l’hégémonie des terriens. Les banques se constituaient, le crédit augmentait son influence, au fur et à mesure que croissaient l’activité des industries, le commerce extérieur et intérieur. Le mouvement économique d'alors, moins intense sans doute que sous Juillet, mais déjà très sensible, de plus en plus considérable aux approches de 1830,— l'extension du machinisme, la révolution des transports,servaient l’ancien Tiers, tout prêt, de par ses origines, sa tournure d'esprit, sa puissance de capitaux accumulés et mobiles, son âpreté au gain, à exploiter les inventions età multiplier leur rendement. Les procédés scientifiques nouveaux lui permettaient d'employer les sommes, entassées dans ses coffres, par ses spéculations sur les biens nationaux; les savants qui découvrirent les méthodes de fabrication plus perfectionnées de ‘ee temps, furent les vrais maîtres des grands changements politiques du lendemain.

L’extraction de la houille, si faible encore, il est vrai, puisque les locomotives paraissaient à peine, et que les moteurs de toute nature sortaient seulement au jour, doublait entre 1820 et 1830, montant de 1 à 2 millions de tonnes; le fer passait de 80.000 à 148.000, et la fonte de 110.000 à 267.000. Les échanges extérieurs de la France, à la fin de la Restauration, touchaient presque au milliard, c’està-dire le chiffre même de 1789, alors que les guerres de l'Empire, les avaient ramenés, au moment de l’abdication de Napoléon, à moins de 600 millions; l'exportation des objets fabriqués, à la veille des

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L? re Ordonnances, était évaluée à 340 millions, tan is. | que les tissus seuls y figuraient pour 220. nn Or ce n'était point l'aristocratie, rappelée dans les conseils du Roi, qui bénéficiait matériellement de tout ce courant de production et de vente; c'était. la bourgeoisie, qui était exclue, ou qu’on affectait « de reléguer au second plan. Plus celle-ci s'enrichissait,et plus ardentes étaient ses ambitions politiques, plus véhémentes ses rancunes et ses protestations secrètes contre un régime, qui lui retranchait sa place due. Comparant ses initiatives, son audace créatrice, à l’inertie de la féodalité foncière, qui laissait les mauvaises herbes envahir ses domaines, et l’agriculture péricliter, elle était révoltée de l'injure que lui faisait [a dynastie restaurée. Dotée de la puissance économique, elle voulait l'autre. Quant au système qu'elle eût préféré à l’absolutisme bourbonien, ses pensées étaient vacillantes. Monarchie constitutionnelle, République ou même Empire, = elle avait des sympathies successives, parfois enche= vêtrées, pour ces diverses méthodes de gouvernement. Le fond, pour elle, l’emportait sur la forme: « ce qu'elle cherchait et préparait, c'était un régime qui lui rendit l'autorité effective et officielle. 4 Pas plus que le Tiers enrichi, le peuple n'était favorable à la Restauration. Il voyait trop bien, en « elle, la revanche de l’émigration, le retour des hommes qu’il avait chassés de la Bastille, de Vérsailles etdes Tuileries. L'égalité politique, proclamée « jadis, lui était explicitement refusée. On le traitait en vilain, comme avant 1789; les droits féodaux, « supprimés à Jamais et d’impossible reconstitution, on avait trouvé moyen de le pressurer à nouveau et « par de nouveaux procédés. Il fallait beaucoup d’argent au souverain, pour panser les plaies de sa no-

dl

LES PRÉCURSEURS 89 blesse, payer les indemnités des confiscations, doter les familles appauvries par les événements. Le budget grossissait peu à peu; il avait sauté de 825 millions, en 1800, à 981 en 1825, et 1095 en 1830; le service de la dette seule avait triplé presque, sous les Bourbons rétablis, absorbant plus de 300 millions annuellement dans un pays, où la fortune publique n’était pas encore considérable. Qui payait toutes ces majorations de dépenses ? La plèbe, et surtout celle des villes. Tandis que les contributions directes étaient demeurées immuables, 264 millions en 1800, 291 en 1815, 271 en 1825, 270 en 1830, les contributions indirectes s'étaient accrues avec une vertigineuse célérité. De 1800 à 1825, elles se multiplièrent quatre fois, c’est-à-dire qu'elles grandirent dans la même proportion que de 1825 à 1882. On les chiffrait à 162 millions au début du Consulat, à 342 lors de l'entrée des alliés, à 567, à l’avènementde Charles X, et leur mouvement ascendant ne s'arrêta ni sous Villèle, ni sous Polignac. On conçoit l’irritation des couches inférieures de la population, auxquelles on demandait toujours davantage, tandis que, par surcroit, l'invasion subite du machinisme bouleversait toutes leurs habitudes et assombrissait leur avenir. D'ailleurs la construction des usines, la concentration de l’industrie, avec l'outillage mécanique nouveau, provoquaient la formation d’un rudiment de prolétariat. De la masse des ouvriers se séparait maintenant une fraction destinée à étendre rapidement son effectif, qui ne travaillait plus, comme jadis, dans les ateliers familiaux, mais qui allait s'engloutir dans les grands bâtiments, en armée disciplinée. Les chômages, la misère, avec l’évolution économique, se faisaient plus fréquents, plus pénibles; dépossédés dé leur instrument de travail, pri-

1 RS OO I MMS vs :

vés parfois du travail lui-même, les artisans A

gronder en eux les premières colères sociales, 1e 0

revendications impérieuses engendrées par la souffrance et par la servitude. Ces prolétaires qui ne votaient pas, auxquels on ne laissait même pas lil lusion d’un droit, étaient mûrs pour entendre un

langage nouveau, pour coopérer à toute subversion:

La Restauration avait donc groupé contre elle la ”

presque totalité de la nation française. Elle ne vécut quinze ans, que par miracle, ou plutôt, parce que la période 1789-1815 avait laissé, à tous, un extraordinaire besoin de repos.

HIT. C’est dans cette étape de notre He alors

qu'entre le régime économique et le régime politique, le divorce se “creusait chaque jour, qu'apparurent

les précurseurs du socialisme, les écrivains ee

depuis lors, on appela les « utopistes ». Babeuf avait, poussé un cri de fureur contre les spoliateurs de la. Révolution plébéienne; sa critique de la société étart

brève, réduite à quelques idées générales, privée des …

développements, qui eussent flétri par le détail, tous les vices du monde issu de la réaction thermidorienne. Avec Saint-Simon et Fourier, — nous laissons » l'Anglais Owen — surgit la protestation longuement motivée contre l'individualisme outrancier, que consacraient les institutions sociales. Il se peut que ces

deux grands publicistes soient séparés par d'énormes: dissidences des socialistes contemporains, et qu'ils aient été beaucoup moins avant, dans leurs construc-

tions positives, que leurs successeurs de la monarchie de Juillet. Mais l’époque où ils vivaient était.

loin de leur fournir tous les matériaux, qu'un Henry. Georges, un de Peepe, ou un Marx, purent utiliser dans la seconde moitié du siècle. Pour juger Fourier « et Saint Simon, il faut se rappeler qu'ils croisaient w

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