‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 15 sur 53 · CR · texte numérisé non relu

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LE PREMIER SOULÈVEMENT PROLÉTARIEN 107 européenne, fondée sur la souveraineté du peuple, et la liberté du commerce. L'association promulgua aussi, en l'adoptant, la Déclaration, ou plutôt Île projet de Déclaration des Droits de Robespierre, que nous connaissons, et qui portait au principe de l'appropriation individuelle une si rude atteinte.

Tout ce plan ne laissait pas d’être un peu confus; Les déductions économiques, qui sont aujourd'hui à la

base de la théorie collectiviste, en étaient totalement absentes, mais nous ne cesserons de le répéter : il serait puéril de juger les notions et les hommes d’une époque relativement aussi lointaine, à la lueur des conquêtes réalisées par la science socialiste, dans les trente ou trente-cinq dernières années. Ce qu'on doit saluer, dans le programme de 1833, qui, — trait fort étrange — fut rédigé par des personnalités plutôt modérées : Voyer d’Argenson, Guinard, Cavaignac, Kersausie, Audry de Puyraveau, c'est un réveil du babouvisme. La pensée communiste n'y sonne pas, sans doute, comme dans le Manifeste des Egaux, mais comme lui, il offre un intéressant mélange de jacobinisme et de préoccupations sociales. Il constituait, à lui seul, une victoire pour le prolétariat.

Les gouvernants du temps ne s’y trompèrent pas ; les journaux conservateurs signalèrent, tout

de suite, le choc porté à la propriété. Comme sous le

Directoire, on cria : à la loi agraire! — et lorsque les membres directeurs de la société comparurent, pour complot, devant les assises, le ministère public ne négligea pas de les accuser d'avoir machiné le partage, à la façon des Gracques. La tradition bourgeoise ne se perdait pas : nous la retrouverons.

En 1836, les Familles, en 1837, les Saisons, affirmaient plus encore le caractère socialiste de leurs

ET Le MACRO TRE EN SE TE PÉTER ENS TOC PIRE

tendances. Mais alors le prolétariat — Ja petite sf bourgeoisie s’affaissant sous ses défaites successives. — remplit à peu près seul les associations secrètes et l’évolution n’a rien qui puisse étonner.

On connaît suffisamment les insurrections, célèbres au point de devenir légendaires, qui ont couvert, à intervalles variables, les dix premières années du règne de Louis-Philippe. L’émeute de juin 1832, qui prit pour prétexte les funérailles du général Lamar- … que, et qui, à un moment, se rendit maîtresse de Pa-.. ris, a été illustrée à jamais par la défense du Cloître ” Saint-Merri. Les journées de 1834 à Paris et à Lyon, eurent une ampleur exceptionnelle. Alors encore, ce fut Lyon qui donna l’exemple: pourtant le soulèvement n'eut plus l’aspect exclusivement prolétarien de 1831. 11 fut le résultat d’une alliance entre les tisseurs mutuellistes, en lutte derechef avec les fabricants, et les sections des Droits de l'Homme, mais en réalité, les cadres bourgeois ne firent rien, pour susciter la révolte, et ce ne fut qu'après avoir essayé de l’enrayer, qu ils se résolurent à la secon: der. — En février, une grève avait éclaté; certains chefs républicains, qui n’appartenaient pas au monde des travailleurs, réussirent à l’apaiser, mais l'insurrection éclata formidable après le vote de Ia loi de 1834 sur les associations qui frappait à mort « les sociétés mutuellistes et toutes les sociétés poli- # tiques. La bataille s'engagea, le 9 avril, au confluent « de la Saône et du Rhône, dura cinq jours et quinze … mille hommes de troupe furent employés à réduire la Croix-Rousse. On compta que près de douze cents personnes: périrent et que cent soixante-dix mille : coups de fusil et dix-sept cents coups de canon 3 furent tirés. Thiers, président du Conseil à cette D époque, avait enjoint à l'armée d’agir sans ménage- Fe

ment : elle ne lui obéit que trop bien. Au bruit du soulèvement lyonnais, les groupements parisiens des Droits de l'Homme proclamèrent la révolte. Ici l'écrasement s’opéra plus vite, Thiers faisant arré- “ter, dès la première heure, tous les chefs, et la troupe se signalant, comme dans la rue Transnonain, par d'exécrables atrocités. La dernière échauffourée de la Monarchie de Juillet fut celle du 12 mai 1839, provoquée par les Saisons que dirigeaient Martin Bernard, Barbès et Blanqui. Elle n'eut qu’une importance secondaire, et quelques centaines d’affiliés seulement y participèrent.

Les procédés des républicains du temps de Louis- Philippe, c’est-à-dire la constitution de sociétés secrètes et la prise d'armes subite et concertée, diffèrent : assez de la méthode employée, depuis la Commune, par les divers partis socialistes organisés, sur le continent européen. C'est au grand jour que s'exerce aujourd'hui la propagande de la thèse collectiviste et communiste, et de moins en moins nombreux sont les hommes qui croient pouvoir tirer la régénération sociale et la transformation intégrale du monde d'une révolution à jour fixe. Faut-il croire que ce changement d’allures ait été simplement imposé au socialisme par la formation des grandes armées permanentes, par l'ouverture de larges voies, dans toutes les capitales ou villes industrielles importantes, qu'il se borne à capituler par crainte devant le renforcement de la puissance matérielle bourgeoise? Les raisons de l’évolution du système sont tout autres. Pour s’en convaincre, il suffit . de remarquer que les conditions politiques à notre époque, et non pas seulement en France, mais en Allemagne, en Belgique, en Italie, sont très différentes de celles d'il y a soixante ou soixante-

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