‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 16 sur 53 · NT M · texte numérisé non relu

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dix ans. Les contemporains de Fourier et de Cabe ne pouvaient guère exposer publiquement des doctrines un peu subversives, sans risquer d'être traduits en correctionnelle ; ils ne pouvaient se gTou- | per, sous peine d’être poursuivis pour infraction à

la loi draconienne des associations ; ils ne pouvaient À exprimer leurs volontés par le bulletin de vote, # puisque le cens subsistait. Pour acquérir des ga ranties suffisamment libérales, il leur fallait susciter de un énorme courant intellectuel. Or, la bourgeoisie «

gouvernante avait assez d'armes pour enrayer ce à

courant, dès sa naissance. La conquête des pouvoirs publics que nous attendons, plus ou moins, du ; rayonnement de nos théories, de l'activité de nos orateurs et de nos écrivains, et de la formation toujours plus disciplinée du prolétariat, était interdite” aux hommes du règne de Louis-Philippe, s'ils s'en tenaient aux moyens strictement légaux. La légalité les tuait; elle s’est adoucie pour nous, sinon dan: la lettre, du moins dans la pratique, au point de nous laisser assez de latitude pour que nos mouvements ne soient plus guère paralysés. Elle était, en. 1832, une infranchissable barrière qu’on ne devait. point songer à abaisser, qu'il était nécessaire de” rompre. La révolution armée était, pour les adeptes de la démocratie d'alors, la plus impérieusedes obligations, et cette assertion est si exacte, qu'une . Révolution avait été indispensable pour établir le régime constitutionnel, et qu'une autre put seule instaurer le suffrage universel. hi Le blanquisme — pour appeler du nom qui lui est resté — la méthode de conquête des républicainsM politiques ou sociaux de Juillet, sortait donc de l'or ganisalion statutaire et légale même de la France Peut-être n'est-il pas très juste de résumer tout

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LE PREMIER SOULÈVEMENT PROLÉTARIEN ui l'héritage légué au socialisme contemporain par Blanqui, en cette simple expression. Le grand révolutionnaire n’a pas été uniquement, comme certains l'ont cru et avancé, un chef d'émeutes, un directeur de barricades. A côté du courage froid, du dévouement désintéressé à la cause démocratique, à CÔLÉ des vertus morales qui en font un exemple et un

maître, il a déployé des qualités de pensée qui ne

furent point médiocres. Nous le retrouverons plus tard, nous dirons quelle haute conception il eut d'une société nouvelle, fondée sur une transformation de la propriété; avec quelle pénétrante vigueur, il flagella les Proudhoniens, à l'heure où ils venaient s'effondrer dans la coopération mal conçue. Mais cette parenthèse fermée, et elle était de rigueur ici, il faut conclure sur le blanquisme, — sur le procédé d'attaque purement matériel, sur l'usage de la force au temps de Louis-Philippe. Nous l’aurons justifié et en même temps nous aurons restreint son champ d’action, en disant qu'il apparaissait comme l'unique moyen de renverser le régime censitaire, contrefort de la domination économique de la grande bourgeoisie, — mais qu’à coup sùr il demeurerait un procédé très inférieur d'émancipation sociale, s’il restait réduit à ces seules ressources. Et en se reportant aux dates et aux institutions, on comprend très bien que des traces de blanquisme subsistent dans le fameux manifeste des Communistes écrit avant Février, avant l'avènement de certaines libertés, et qu'au contraire Marx et Engels et bien d’autres aient relégué le système des prises d'armes au tout second plan dans les œuvres ulté-

rieures.

VI. Avec l'échec de Barbès et de Blanqui en 1839, se termine la période des émeutes sous Juillet.

riorité de la an nationale, milice de sE a bourgeoisie. Elle n'attend plus rien des soulève nent des sociétés secrètes qui ne lui ont pas réussi Elle ne veut plus de batailles, parce qu’au fond me. classe n’a jamais eu l'intrépidité de la mort. À dater de 1840, elle se réfugie dans la campagne des Ban-" quets, prélude de l'autre campagne de 1848. Le prolétariat lui aussi, vers la même époque, abandonne momentanément la politique des barricades, parce qu'il n’a plus de cadres, que ses chefs ont été frappés,” et que la diffusion des thèses sociales nouvelles, autrement précises que le Fouriérisme et le Saint-… Simonisme, lui offre les plus vastes horizons. La” grande période d'élaboration intellectuelle du socia-lisme français vient de s’ouvrir. Tandis que dans la Chambre, les rares partisans de la démocratie issus du suffrage des électeurs à faible cens, tendent la main aux ouvriers, que François Arago, réclame, en un discours longuement commenté du 16 mai 1840, “ l'organisation du travail, le communisme relève la tête. Douze cents disciples du babouvisme se réu=M nissent à Belleville, dans un bruyant repas, le 4°" juillet de la même année. Radicaux et commu nistes fraternisent d'ailleurs, comme ils feront jus Ne qu’au lendemain de Février. Mais autrement pas-… sionnante que le courant PE qui porte des 4

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ront le plus honneur à ce pays, et qui exerceront

parent, sous le calme superficiel du régime » orléa- |

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I. La seconde période de la Monarchie de Juillet de 1840 à 1848 — offre,au regard de cet essai —un contraste saisissant avec la phase précédente, — des 1830 à 1840. Celle-ci apparaît presque exclusivement remplie par les émeutes,les échauffourées sanglantes,. les conspirations des sociétés secrètes. Les heurts de classes s’y traduisent par des soubresauts violents, elle demeure à peu près vide pour le progrès des idées sociales. Al opposé, les huit années que se sa

tion de Blanqui j jusqu’au 24 février, sont parmi à plus fécondes de tout le siècle, SL 108 ne consid: ë

| DE LOUIS BLANC A PROUDHON 4145 l'atteigne — même de loin — pour la profondeur des analyses économiques, pour la critique de la hiérarchie et des institutions sociales? Auparavant, deux grands noms : Fourier et Saint-Simon, mais leurs œuvres restaient encombrées de tares, de croyances routinières d'ancien régime. Plus près de nous, des vulgarisateurs, comme Benoît Malon, des propagan- distes et des orateurs, mais il n’est pas exagéré de soutenir que la pensée socialiste française n’a pas fait, par elle-même, un seul pas, depuis la gigantesque poussée du milieu de ce siècle. |

La période dont nous essaierons de retracer la tâche, en laissant sa part à chacun des hommes qui y ont collaboré, n’est pas illustrée seulement par les travaux de Louis Blanc, de Pecqueur, de Cabet, de Proudhon. Hors de France, elle a été signalée par un document qu’on peut regarder comme le plus essentiel de tous ceux que le socialisme a produits: nous voulons parler du Manifeste des Communistes. Gertes, le Capital publié dix-neuf ans plus tard, en 1867, marque une autre énergie de pénétration,

- une condamnation autrement motivée et âpre du

monde industrialiste. Mais Le grand ouvrage économique de Marx ne prend toute sa valeur, que parce qu'il a été précédé de la déclaration de Février 1848, proclamation définitive de l’entrée en lice d’une fraction nouvelle de l'humanité. D’une part, un livre de combat, capable de démanteler tout l'édifice construit par l’évolution même de la civilisation — et enfermant en lui le « Mané, Thecel, Pharès, » de la société capitaliste; de l’autre, plus qu'un livre, un acte, qui signifiait, aux vieux Etats, l'avènement au jour du prolétariat.

Nationalement, internationalement, la secondé phase de la Monarchie de Juillet présente donc un

intérêt unique, pèse d’un poids colossal sur le pro= ss cessus ultérieur du quatrième Etat. Deux AE.

la résument, ou plutôt l'encadrent par les dates mêmes qu elles se sont assignées : l’organisation du travail, qui sera le grand mot d'ordre de l’insurrec-. tion ouvrière de 1848, et que Louis Blanc explique avec une infontssiable vigueur : l'union re : des prolétaires, qu’appelle la phrase terminale du manifeste de Marx et d'Engels. Qu'on le eat bien : après Février, le socialisme devra encore préciser ses vues, développer sa critique, substituer des concepts nets à la phraséologie dont il s’est « souvent entouré; il aura aussi à s’affranchir d'un. certain déalisme quasi-mystique, des vestiges de . déisme qui paralysent son élan, faussent sa marche et compliquent inutilement sa doctrine : mais il aura déjà, par Louis Blanc comme par Marx, par Cabet comme par Proudhon, exprimé quelques-unes | des notions capitales qui formeront l’armature mêm du système. r

Il reste à dire pourquoi cette littérature est inter- ; venue de préférence à l'étape où nous sommes arri=" vés. Elle a été déterminée comme il était naturel, 1 par l’état de l’évolution économique, par le relief x même que les DRSÉSREREUE nouveaux dela a a.

déploie ses effets en toute leur pe en ‘Ans È terre, le mouvement chartiste correspond à l'éps 4 nouissement déjà presque intégral du régime cs +

dans une considérable does Or c'est au no om.

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DE LOUIS BLANC A PROUDHON 117 Engels lançaient le Manifeste au prolétariat. Chez nous, bien que l'essor soit moins intense, que l’activité des mines, des manufactures, des voix ferrées n'offre pas le même coefficient d'augmentation, les progrès de l'industrialisme, sous toutes ses formes, s’accusent en statistiques très significatives. De trente-huit kilomètres en 1830, le réseau des chemins de fer montait à mille huit cent trente-deux en 1848, la plupart des lignes nouvelles étant construites dans les trois dernières années du règne de Louis-Philippe; l'extraction houillère faisait plus que doubler, passant de 1.800.000 tonnes à 4.200.000: lefer suivait la même progression avec 148.000 et362.000, etla fonte s'élevait de 267.000 à 405.000. Les échanges, au commerce spécial, gagnaient 48 0/0 dans la série 1837-1846, par rapport aux dix années antérieures : de 1.442 millions en 1840, ils bondissaient à 1.540 en 1843 ét1.676 en 1847; la vente des tissus à l'étranger se renforçait de 50 0/0 au moins, tandis que la peausserie doublait exactement ses envois de même que la métallurgie. La France entre dans La grande période d'expansion qui se poursuivra jusqu'aux dernières années du second Empire, — jusqu'à l'Exposition de 1867 — et qui coïncide d’ailleurs avec la phase de croissance de l'Angleterre, de la Belgique, de la Suisse, et de toutes E contrées déjà pourvues d'outillage. Dès la fin de la Restauration, le mouvement avait débuté par d'importantes majorations, mais, à partir de 1835, il prit une ampleur inconnue, et la longue paix, dont l’Europe bénéficia, fut exceptionnellement féconde pour les relations commerciales.

Ce tableau toutefois ne manquait point d'ombres. En même temps que la production et la circula- . tion des richesses, les dépenses publiques grandis-

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118 HISTOIRE DU SOCIALISME FRANÇAIS saient. D'une part la bourgeoisie usurière et banquière, qui enracinait chaque jour davantage son …

autorité sociale dans sa puissance économique, et qui constituait autour d'elle une énorme clientèle M de vassaux ouvriers rivés à sa fortune, étendait son … parasitisme de classe; de l’autre, la création même des entreprises de transports rapides, les besoins n généraux issus des transformations industrielles, \ comportaient des dotations sans cesse alourdies. Le u budget prenait, de plus en plus, la physionomie .

d’une contribution de guerre, imposée aux faibles par les forts, à la foule par l'aristocratie. Comme la masse de l'impôt était rejetée sur les petits par le à système même, dont le premier Empire avait posés les bases, l’oligarchie dirigeante perdait toute raison de se montrer parcimonieuse. Elle dépensait large=" ment, gaspillait des centaines de millions, sûre de recouvrer au décuple, au centuple ce qu’elle versai au Trésor. De 4.047 millions en 1835, les allocations” des services d'Etat sautent à 1.363 en 1840, à 1.428" en 1844, à 1.629 en 1847; les déficitss’affirmentécra= sants, parfois 130, parfois 200 millions, pour un seul exercice. Qu'importe? La dette croîtra d'autant 326 millions en 1835, 369 en 1845. Etcette dette, on: en distribuera l'annuité, à l’aide des taxes de con sommation, sur le prolétariat et la petite bourgeoisie Tandis que les impôts directs restent presque im muables — 270 millions en 1835 — 291 en 1845, les indirects s’augmentent en douze ans de plus de" moitié : 560en 1835,808 en 1845,892 en 1847.Les cen… sitaires sont presque exonérés, ne paient qu'une minime part deleur dû : lescitoyens privés du suffrage, entretiennent, défraientlaclassé gouvernante,prenant -pour eux à peu près toutes les charges d'un régime . -tourné contre leurs intérêts, leur dignité, leur liberté

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Sous la double pression de la transformation économique et de la fiscalité, les phénomènes sociaux qui se sont dessinés sous Charles X, marqués plus nettement après 1830, s’affirment avec une intensité grandissante. La dislocation de la bourgeoisie qui exercera une telle influence sur l’histoire des cinquante dernières années du siècle, est à peu près consommée. Nous ne voulons pas dire, que les deux ou trois tronçons qui la sectionnent,n’essaieront pas, à certaines heures, de négocier des pactes, de se renouer en un corps unique ; — Juin 1848 offrira, à cet égard, un spectacle suggestif — mais ces coalitions seront tellement contre nature qu’elles se rompront au moindre souffle des événements. — 1849, noté avec tant de détails par Marx dans sa « Guerre : des classes », apparaîtra assez édifiant. En réalité, la petite bourgeoisie est séparée, par une divergence d'intérêts qui tourne à l’antagonisme, — de la grande bourgeoisie. Définitivement reléguée à la boutique, ou provisoirement maintenue dans des industries minuscules, dont le mécanisme n’a pu se perfectionner, celle-là sent à merveille, que, sortie de la même souche que celle-ci, elle s’en écarte avec une célérité croissante. Les tendances, les aspirations, les attaches, le mode d'existence, surgissent en opposition, en contraste. L’oligarchie manufacturière, maitresse du pouvoir, s'efforce de toute sa vigueur, de s'affranchir de l'impôt. Tousles remaniements des contributions directes, toutes les aggravations des contributions indirectes, sont dirigés, avec une évidence absolue, contre le petit négoce, qui, peu à peu, prend conscience de sa solidarité obligatoire, — et momentanée, — avec le prolétariat. De là, le prodigieux intérêt qu'il attribuait à une modification de

la loi électorale, qui lui eût permis de se décharger

du faix traditionnel, et même de DOME verse l'Etat, # avec l’appui des masses ouvrières. Ce n'est qu'un peu plus tard, qu’arrivée à son tour, et par un coup de fortune, à la puissance publique, cette petite bourgeoisie se montrera subitement conservatrice et réfractaire à toute innovation. Pour l'heure, sa scission d'avec les gouvernants est absolue ; aussi bien, lors de la poussée dernière de Février, elle se déclarera - révolutionnaire, abandonnera les cadres ploutocratis ques de la garde nationale, et marchera en tête de … l’émeute. Muette pendant quatorze ans après Avril, elle retrouvera la voix, quand elle estimera le régime suffisamment miné pour être incapable de résistance. Proudhon sera, sous une forme qui lui déplaira fort, avec une dialectique qui lui demeurera inaccessible, le génial traducteur de ses velléités confuses. Le Il la reflétéra avec une précision totale, dans ses = contradictions, dans ses sursauts insurrectionnels contre la légalité existante, dans les tempéraments qu'elle s’imposera en pratique, soucieuse de se pro- 1 clamer la classe intermédiaire entre la grande bour-" geoisie et le prolétariat. Marx et d’autres après lui, 4 ont caractérisé, en termes ineffaçables, l'œuvre de. À l’homme en qui ses contemporains crurent Voir l’apôtre de la révolution sociale, et qui, en réalité, après avoir formulé quelques-unes des grandes maxi mes sur lesquelles repose le socialisme, essaya de les ruiner par son impitoyable sophistique. 2415 SE Comme cette couche inférieure de la classe dirigeante, le prolétariat, de 1840 à 1848, serrait chaque jour ses rangs. Masse encore amorphe, parce que le sens de l’organisation n'avait pas pénétré en lui, e qu'il ne connaissait pas exactement la portée des #5 phénomènes dont il était le produit, il agitait pourtant des revendications, il nourrissait des espé-

DE LOUIS BLANC A PROUDHON A9 rances. Il n’était plus l'éternel résigné de jadis : des batailles de rues auxquelles il avait participé, vainqueur ou vaincu, ilavait tiré une intellectualité naissante de classe. La rude école de la misère et du chômage, (1846 et 1847 seront de terribles années), la succession des surproductions hâtives et des crises, commençaient à l’éclairer sur la structure économique, sur les souffrances fatales des temps nouveaux. Il était prêt à recevoir desenseignements, à réfléchir sur son sort. Il arriva que l'éducation fut trop courte, trop accélérée, trop superficielle, que la subversion attendue éclata trop brusquement, et qu'ainsi surprise par l'événement même, la plèbe laborieuse ne put recueillir du monstrueux cyclone de 1848, toutes les semences de vie et de puissance qu'il broyait en ses ondes. Mais plus tard nous aurons à insister sur cette défaite foudroyante de Juin, suivie de la plus désastreuse déchéance morale, qu'un parti ait jamais subie. Ici il nous suffit de montrer, que, de même que l’évolution de la petite bourgeoisie justifiait l'apparition d'un Proudhon, celle du prolétariat rendait inévitable [a promulgation des thèses purement socialistes, communistes, collectivistes, que d’autres écrivains, moins grands par le talent littéraire, par l’acuité de l’analyse, — mais plus efficaces par l’action pratique, élaborèrent dans les huit dernières années de la Monarchie de Juillet.

Il. Nile Fouriérisme, ni le Saint- Simonisme n'étaient morts. Il était impossible que deux systèmes aussi vigoureux, disparussent soudain, après quelques années de propagande. À l’heure où surgissent Louis Blanc, Pecqueur, et les autres, ils semblent quelque peu surannés, celui-ci avec sa charpente hiérarchique et aristocratique, celui-là avec son res-

pect des pouvoirs établis. Il ne faut pas oublier, e en effet, que la politique pure, c’est-à-dire le problème de la structure externe du gouvernement, préoccupe tout autant les hommes de 1840 que celui de la contexture interne de la société. Pourtant les deux continuateurs du théoricien des « Quatre Mouvements » et de l’auteur du « Système industriel », Considérant et Leroux, n’ont pas laissé de jouer un rôle. Tout en demeurant fidèles, quant à l'essence même des idées, aux doctrines de leurs maîtres, ils ont subi l'influence de leur époque, et bien que leurs ouvrages aient été fort loin de remuer les esprits à légal de « l'Organisation du travail » ou du « Mémoire sur la Propriété » ou de la «Philosophie de la Misère » on ne saurait les passer sous silence, même dansun, essai cursif sur le socialisme français. Par eux, l'on “% apprend tout au moins quelle extension pouvaient prendre les thèses de Saint-Simon et de Fourier, et, de fait, avec eux, s'arrête l'évolution de ces deux conceptions sociales. Après Considérant et Leroux, elles n'offrent plus qu’un intérêt rétrospectif, etn'animent plus aucune littérature.

Pierre Leroux a hérité, avant tout, du Saint- Simonisme, sa vision panthéiste du monde. De même que le fondateur, et que ses disciples immédiats, il réunit la philosophie et la religion, il estime qu'elles concourent à une même fin, et que … leur long antagonisme est terminé. Mais, dans ses études sur la propriété, sur la puissance de l'argent, il trouve des accents que son école n'avait pas encore fait entendre. Il reconnaît que la France de Louis-Philippe n’est qu’une ploutocratie, — dissoutle… sophisme déjà misen circulation, et défendu patiemment par les économistes, d'après lequel les propriétaires seraient la grande majorité. Par une 4

DE LOUIS BLANC A PROUDHON 423 analyse détaillée, il montre qu’au total, les vrais propriétaires sont une infime minorité, qu’à côté d'eux, la plupart des détenteurs du sol n'ont que des « mouchoirs de poche » et qu’au-dessous enfin, se pressent 4 millions de mendiants, puis 4 autres d'indigents, puis 4 autres de salariés, sans aucun titre foncier ou mobilier. Et ainsi, si l’on pousse jusqu’au bout, on arrive à cette conclusion lamentable : « 196.000 chefs de famille forment une vaste maison de commerce possédant un capital, qu'on ne saurait estimer, et qui a nom la France. Cette maison met annuellement en activité 34 millions d'employés et d'ouvriers, hommes, femmes et enfants. Le fruit de ses opérations est de rapporter au minimum 9 milliards de revenu brut, déduction faite des semences et autres frais matériels d’entre-

tien de son outillage général. Elle paie ses salaires

un peu plus de 5 milliards. Il lui reste en bénéfice net 3.800 millions. » Tel est, d’après Leroux, le système économique qui prévaut dans la France de 1847-1848, quelques mois avant Février, (de la Ploutocratie). Le résumé est d’une clarté absolue, mais les remèdes que préconise l’auteur, à la facon des autres Saint-Simoniens, n’atteignent pas le même degré de- netteté. Il revient bien, en matière de propriété, à la conception de Robespierre, la définissant : « le droit d’user d'une chose déterminée de la manière que la loi faite par tous et pour tous détermine », mais On avouera que c'est toujours là un aperçu partiel, et quand il entend ériger une constitution politique, il la fonde sur le principe de la -« Triade », le corps judiciaire, le législatif et l’exécutif formant chacun trois Chambres, où entreraient, pour des parts fixes, les diverses professions libérales, Par son insistance en faveur de la

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« Triade », Leroux se place déjà en dehors de son

temps, qui n’en est plus aux spéculations philosophiques des anciens Hellènes.

De même, Considérant nous présente une critique impeccable et profonde de la France moderne, et nous étonne par la pauvreté de ses constructions positives. Il a discerné et flétri les tares de l’organisme industriel, « colossale machine qui fait des . pauvres et des prolétaires, en quantité d’autant plus grande, que son travail est plus fort, et son mouvement plus rapide ». Analysant l’idée de liberté, il prouve que seule une oligarchie possédante bénéficie de cet attribut souverain : « où sont les hommes libres? Vous faites semblant de regarder comme

libres ces masses innombrables de prolétaires dé-

pourvus de capitaux et d'instruments de travail, et contraints, de par la mort, qui plane incessamment sur eux et leurs familles, de trouver chaque jour un

maître? » Donc, sans propriété, il n’est point de ? ;

liberté. Au rebours des déclamations des économistes, l'ouvrier n’est qu’un esclave. « La guerre industrielle, succédant à la guerre militaire, a constitué un servage, non plus personnel et direct, mais indirect et collectif, la domination de la classe des possesseurs de capitaux, de machines et d’instruments de travail, sur les classes déshéritées », et de même que l'esclavage ancien, « ce servage est d’ordre naturel et légitime aux yeux de la société offi-

cielle ». Le grand problème du temps est là; il.

consiste à affranchir le prolétariat, à doter tout homme de l'instrument de travail, et à organiser avec le travail, — ainsi surgit la formule qui remplira la littérature socialiste du milieu du siècle, — l’association des forces productives. Mais les bourgeois

d'aujourd'hui, imitant les nobles d'avant 89, aux.

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