‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 2 sur 53 · LE XVIII SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

LE XVIII SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ

L. Une étude historique sur le socialisme ne saurait se dispenser de réserver quelques pages au xvin° siècle. Si le prolétariat conscient et organisé est de formation essentiellement récente, si l’ouvrier de 1789 ne pourrait, à aucun point de vue, être Tapproché de celui de 1848 ou de 1900 ; si, d’ autre part, les conditions générales qui ont facilité la diffusion de l’idée collectiviste n’ont guère surgi qu'avec la grande industrie, c’est-à-dire vers 1820 ou 1830, nous : nous reprocherions d'entamer brusquement cet essal avec l'insurrection Lyonnaise de 1831. Le milieu nécessaire de l'expansion communiste, — le régime de je concentration progressive du capital, de Tab Priation méthodique des moyens et petits détenrs du sol arable et des instruments de travail, faisait défaut en 1796. Gracchus Babeuf n'en publie pas moins le manifeste des Egaux qui demeure

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et après le problème social, le problème éconor

mique d'une société qui se transtonnii enco lentement, mais dans des considérations idéali tes de justice et d'égalité sociale. Nous retrouve

près <'inintelligible sans ce retour oatire en rière. à

Le xvu° siècle s'impose à notre attention sous triple rapport. D'abord il a tout critiqué, soumis KA l'épreuve de la raison érigée en impérieuse maitresse, les institutions qui jusque-là régnaient incontestées, intangibles, comme d'origine naturelle« providentielle. La souveraineté absolue, la prép tence de la noblesse, les privilèges et l'autorité « clergé, le dogme catholique, furent astreints plus, périlleuses analyses. Les publicistes de époque nous ont donné toutes nos armes contr > despotisme, contre l'oligarchie, contre l'absurdi i des révélations, contre l’ PORN religieuse. | ne possédons point d'argumon's nouveaux, iné ajouter à ceux qu'ils Re contre un syst èn politique et des croyances déjà caducs. La so a été faite et parfaite. Mais 1l serait abusif de c roi

pu borner leur tâche, limiter leurs atteintes à deux aspects de la société ; il était dar à l'assaut fût général, qu "après avoir ouvert la br sur un ri0iat, il se portât sur un autre. Après le p blème dynastique et le problème catholique problème social devait forcément attirer le.

Fer ANR. RD ET PER EN EURE TE i ; LE XVIIÉ SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ 3 n qui s'y lie si intimement qu'on ne saurait les distraire l’un de l’autre. :

La royauté à terre, le dogme effondré, les icono- - clastes se trouvaient devant la hiérarchie nobiliaire. Pouvaient-ils s'abstenir de la discuter, de discerner …, ses attaches étroites avec l abselutisme monarchique

et la domination eléricale ? Si la raison ne légitimait

hi la toute-puissance d’un Louis XIV ou d’un LouisXV,

ni le commandement sans réplique d’une religion fondée sur la négation du bon sens et de la science, - justifiait-elle davantage la formation d’une oligarchie - au sein du peuple, la subordination de millions de bourgeois, de paysans et d'ouvriers, à quelques mil- Kiers de courtisans, concentrés dans Versailles ou épars sur leurs terres ? Le droit naturel autorisait-il la prépondérance d’une caste aussi restreinte sur une plèbe aussi nombreuse ? Et comme la réponse : métait point douteuse, qu'ici aussi on était entraîné à faire des ruines, on en venait nécessairement, ct de par la logique la plus simple, à examiner les conë ditions mêmes du statut social. On se heurtait main- … tenant au principe de la propriété. On découvrait .- que la féodalité tirait toute sa vitalité des liens multil. créés par elle entre le mainmortable ou le

serf et le grand détenteur du sol arable, qu’elle

n’élait rien sans les prérogatives fiscales qu’elle s’é- “tait arrogées, qu'au total sa condition dans l'Etat | reposait sur sa condition économique. La critique de la propriété féodale, si compliquée, si obscure en son dédale de ramifications, s’ouvrait ainsi. Et voilà - pourquoi le xviu° siècle qui a été la grande époque des philosophes, a été aussi la grande époque des . économistes. D’Argenson et Quesnay, et le mar- quis de Mirabeau, et Turgot et Necker, complètent très exactement l'œuvre entamée par Montesquieu,

Rousseau, Voltaire, Diderot, d Holbach, En second lieu, si l’on ne jette pas un cpup d’ au moins cursif sur les écrits de ce siècle, on demeure : incapable de saisir tout le mouvement qui travail la démocratie rurale, depuis cent ans. La volont enracinée du paysan de 1789, de se constituer u lopin de terre franc de charges, et dépendant de Ju seul, la passion frénétique de la propriété parcellai qui en 1848, qui bien après encore, dominera toute Ja conception LOHMOS et sociale des RER

bien AE que celui des ouvriers urbains, restera mal comprise. Elle sort des théories des cinquant } années qui l'ont en théories tout aussi sul

î rains.

ARTE qui aboutissent à la co cor n niste, les premières condamnations rationnelles

tation avec le droit naturel et l'idée de justice. tains mots, qui ont fait fortune, en 1848, qui contribué à déchaïiner alors le courant social, ne que des résumés ou des redites de thèses plus vieilles de soixante-dix ans. L'évolution industrielle is sue de la diffusion du machinisme, a pu renforcer d: ments précis et prépondérants la dialectique 0 muniste ; elle n’a pas créé le communisme et ce seule constatation à sa portée. Elle n 'affaiblit | coup sûr, la thèse matérialiste, mais elle suff

montrer que le socialisme ne surgit pe tou

LE XVII SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ 15 - de la transformation des modes de production, qu’il a été seulement corroboré et stimulé par elle, et - qu'ilrépond tout aussi bien à de pures conceptions de l'esprit, aux catégories philosophiques d'équité et d'égalité sociale. Ainsi l'idéologie, en ce qu'elle - offre de solide, se conciliera forcément, et à la lumière des faits historiques mêmes, avec le matérialisme. Celui-ci servira en quelque sorte de justification à celle-là, qui ne sera plus qu’une facon d'’intui- tion et de prescience.

… IE Le xvrnr siècle, au rebours du nôtre, s’est beau- coup plus préoccupé du paysan que de l’ouvrier. Les écrivains, à dater de La Bruyère, chez qui l’on relève “une si surprenante maxime sur la condition des ins, ont marqué infiniment plus de commisération, de sympathie émue pour le premier que pour le second. In "ya là rien qui doive surprendre; les . changements mêmes qui sont intervenus depuis soixante-dix ou quatre-vingts ans, dans le mode général de la production, expliquent, et dans une - large mesure, légitiment, cette différence d’appréciation. De même que l'artisan urbain, sous la Monar- chie de Juillet, sous le Second Empire, sous la Troi- sième République, — le journalier agricole, le fer- D érier. le métayer, le colon partiaire, tous ceux qui, à untitre quelconque, essayaient de vivre de la terre, - étaient, avant 89, les grands écrasés. Aujourd'hui la concurrence effrénée multiplie les engorgements, les krachs, et les chômages d'usines : alors, le serf, -quelles que fussent ses relations contractuelles avec lé seigneur, était, à peu près, de père en fils, réduit à la famine. Le paupérisme régnait sans conteste … dans les campagnes, comme il bHbniphé maintenant dans nos grandes cités. Lorsque le noble avait pré- . levé ses rentes variées, que le clergé avait perçu sa

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co que je fisc avait eclrne son dû, L reux manant était totalement dénué. La. sol des taillables demeura d'ailleurs la plaie he,

[l y avait au xvui° éde entre le re ou le el et le pure plébéien du champ et de = re

un usinier et son salarié. Au contraire, Pou v "d'avant la Révolution, sauf très rares excepti vivait sur le pied d’une égalité relative avec. sh patron. [l accomplissait sa besogne à côté de lu: connaissait, mangeait à sa table, en tout cas le vo travailler de ses mains. Ici, la différence de cle de caste, se marquait peu ou point. Tiers” Etat ‘coté, Tiers Etat de l'autre. À la campagne, le peinait pour un propriétaire foncier, dont il po ignorer les traits, qui ne venait jamais, résidu A cent ou deux cents lieues, et se bornait, aux w ques d’échéances, à envoyer son intendant.

00 ses quartiers. : a Loin de nous la RES des l’ouvrier des vi

et le Fu cts à lutter contre le maître naturellement, le soldait au plus bas prix. ce n salaires. Gous l'ancien régime, les grèves, quo toujours sévèrement réprimées es l autorité, e

croirait. L'histoire à conservé le souvenir ( ques-unes d'entre elles, spécialement impo ou même dramatiques : grèves des maréch des'chapeliers de Paris, en 1697; des ouv

he ES one SRE EE à Ou NAN LE ORAN ; ee ME é,

| LE XVIIe SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ A TRE

Fs bre en 4793 : des ouvriers en soie à Lyon, en 1744 et 1752 ; des forgerons à saint-Etienne, en 1752 ; des drapiers de Rouen, en 1736, 1744, 1772 : des drapiers de Nimes en 1787; des drapiers d'Amiens, en 1772 ; des papetiers du Dauphiné en 1724 ; des papetiers de Paris en 1783 ; des tailleurs, des cordonniers, des charpentiers et des imprimeurs de Paris, en 1789, — peu de temps avant la réunion des Etats. Mais les souffrances des ouvriers n'étaient point comparables à celles des paysans. L'organisation de la corporation, si oppressive fût-elle, était bienfaisante tout au moins pour ceux qui y étaient admis. Et puis la petite industrie n’a jamais entrainé, après elle, les effroyables, inévitables misères, qui accompagnent la grande ; elle ne se caractérise pas, non plus, par la même exploitation effrénée de l’homme par l’homme.

Il faut ajouter que la Due del’ancien régime était beaucoup plus agricole qu'industrielle, et que mal- . gré le développement déjà notable de son commerce extérieur, — il dépassa un milliard en 1789, — elle

= tirait ses principales ressources du labourage et du … pâturage. Le vilain était donc le rouage fondamental,

dans la machine économique. Il méritait d'autant … plus de considération que s’il se fût arrêté de semer, . de planter, de faucher, de moissonner, le pays eût - été bien vite livré au dénûment. La difficulté même . des transports imposait aux Etats de cette époque . de cultiver pour leur propre subsistance, l’afflux

. des blés ou l’arrivée du bétail étrangers demeurant toujours problématiques. On ne saurait mieux rap-

… procher la France de Louis XVI que de la Russie de

Nicolas [°’ ou de la Prusse du commencement du siè- » cle. Le travail du sol venait en première ligne ; la filature, et le tissage, et la fonderie, etla peausserie

“Be AMISTOIRE DU SOCIALISME FRAN À

territoire des labours et des pâtures à la fin du règne

moins à la aie des terres MES NURE de France. Le

qui exerçaient déjà ne MA et qui brillaient

dus des Éte tiers. Cétaient les exigences Pal

du paysan explique la compassion toute nouv

et. toutes les industries, qui ont one de augmenter la fortune publique et surtout à dév lopper certaines fortunes privées, demeuraient dar l'enfance. Les philosophes et les économistes. d'alors en vouant leur attention à l'étude des classes rurales se laissaient donc aller à une inclination naturelle spontanée, tout comme les publicistes de notre âge en se donnant à l'examen du sort de la démocratie ouvrière. È Mais ce qui sollicita spécialement les facultés de nalyse des contemporains de Rousseau et de Voltaire,

ce fut la grande crise qui se produisit sur tout L

de Louis XV et sous le règne de Louis XVI: Gette crise se répercuta, à coup sûr, comme tout affaiss ment économique, sur l’ ensemble de la populatio: mais elle sévit avant tout sur les serfs et mainmor bles. La quantité des propriétés en friche s'augmen avec une vertigineuse rapidité. Lors du voya d'Arthur Young, en 1787-1788, elle montait au

colons, sans ressources, désertaient leurs chaumii res, fuyaient le sillon, g gagnaient les centres habités

à l'horizon lointain, comme des greniers d'abo

dance. Les baux, depuis les dernières années « Louis XIV, étaient, d’après certains calculs, desce

en moins ee Cette situation très précs

LE XVIII® SIÈCLE ET LA PROPRIÉTÉ in que marquèrent pour lui les philosophes de l’aristocratie et de la grande bourgeoisie. Il suffira de même de l'évoquer pour saisir l’origine des attaques portées contre la propriété féodale, et aussi pour comprendre les aspirations qui se dessinent déjà, sous Louis XV, dans la classe rurale.

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