‹ Histoire du socialisme franc̦aisChapitre 23 sur 53 · PA · texte numérisé non relu

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LA POUSSÉE SOCIALE DE 1848, DE FÉVRIER A JUIN 163 nécessité de premier ordre, et cet élargissement devait être double, dans le sens de l'électorat et dans le sens de l’éligibilité, parce que conférer la faculté de choisir des mandataires à quelques centaines de mille ou à quelques millions d’hommes nouveaux eût été illusoire, si l’on n'eût reconnu en même temps leur égale aptitude à recevoir des mandats. Ce n’est pas le corps électoral, c’est le corps législatif qui reflète exactement la structure sociale du pays. Et c’est pourquoi l'Angleterre, en dépit de ses extensions successives du suffrage n’est pas une démocratie, ses Communes se recrutant, sauf rares exceptions, dans un milieu très restreint. La moyenne et la petite bourgeoisie de 1848, conduites par une saine notion des choses, par l'appétit effréné aussi des sinécures, des dotations, des bénéfices publics, qui avaient été jusque-là l'apanage de la grande manufacture et de la grande propriété, étaient donc très favorables à une double modification de la loi électorale. Mais irait-on jusqu’au suffrage universel pur et simple ? C’est ici que la question de classe se posait très nettement. Etablirait-on une ligne de démarcation nouvelle entre possédants et non possédants, par le maintien d’un cens, si modéré fut-il, ou bien toute condition de cens serait-elle abolie ? En ce dernier cas, les couches inférieures du Tiers n'étaient pas seules à profiter de Février, mais elles admettaient au partage la plèbe tirée soudain de sa servitude, appelée sans transition à goûter de la puissance publique, capable ainsi désormais de bouleverser la structure économique de la France. On juge de toute la gravité du problème.

Le prolétariat apportait une foi mystique dans la Révolution, la volonté de l’adapter, la croyance à une régénération totale du vieux monde. Remué, depuis

huit années par la propagande qui tombait des

livres, il attendait, outre le relèvement de son statut politique, la refonte de l'organisme social. Quelque vagues que fussent encore ses tendances, ses pensées convergeaient toutes vers la formule concise lancée par Louis Blanc: l'Organisation du Travail. Le suffrage universel lui semblait la conquête inéluctable; la République, le régime obligatoire. Pour la première fois, libre de préoccupations sur la forme du gouvernement et l'étendue de ses droits civiques, il reportait ses soucis vers un autre objet.

Dès la chute de Louis-Philippe, il fut convaincu que.

son heure avait sonné, que les prédictions des philosophes sociaux devaient se réaliser sans retard. Il

s'imagina qu il suffirait de planter le drapeau démo-

cratique, pour enraciner du même coup les insti=

tutions, qui lui assureraient la subsistance, et. le labeur quotidien, qui consacreraient la pro …

tection de la vieillesse, l'extinction du paupérisme, la ruine des inégalités de toute nature. Il se jeta en avant avec cette admirable confiance dont il ne s'est jamais départi, trop peu soupconneux, trop peu réaliste. Il fut le véritable et l’unique combattant de

Février, les masses énormes des faubourgs terrori-

sant par leur seule descente les derniers bataillons

de la garde nationale, et l’armée redoutant une colli= sion avec les fils des citoyens de Juillet. Mais ilne «

devait pas être le bénéficiaire de la subversion accom-

plie, parce qu’il n'avait pas l’homogénéité parfaite.

et inébranlable de la petite bourgeoisie. Celle-ci, dans son égoïsme, se serraitautour de viséesétroites, mais condamnées, écoutait des chefs supérieurs ou

médiocres, mais reconnus ; celui-là marchait, pour

ainsi dire, à l'étoile, poursuivait, tout éveillé, son rêve, attendait le miracle de chaque minute qui

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